PREFACE
Les dernières réformes introduites dans la scolarité médicale ont eu Tavantage de faire rentrer renseignement chimique des Facultés de médecine dans une voie qui est la sienne, et d'où il ne s'était écarté que pour obéir aux nécessités d'une organisation défectueuse. Pendant trop longtemps, la chimie n'a été qu'une étude préparatoire à l'entrée des Facultés de médecine, mais en dehors, pour ainsi dire, de l'enseignement médical. Elle n'était pas étroitement liée au groupe des sciences médicales, elle leur était presque étrangère. Ce n'est pas que la chimie médicale n'existât point. Elle se développait, au contraire, avec une grande activité et un plein succès ; mais, en France tout au moins, elle était presque bannie des cours officiels de nos Facultés. Comment traiter les sujets qui sont les plus difficiles de la chimie, qui exigent de ceux qui les abordent des connaissances assez étendues en physiologie et en pathologie, devant des auditeurs qui n'avaient pas encore maîtrisé les éléments de la chimie générale et à qui les notions les plus simples de la biologie et de la clinique étaient absolument étrangères?
Il n'en est plus ainsi fort heureusement. La chimie a reconquis la place qu'elle n'aurait jamais dû abandonner dans l'enseignement médical, tout à côté de la physiologie
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Il PREFACE
qui ne saurait se développer sans elle, de la bactériologie et de la clinique qui n'en soïit plus à compter les services que la chimie leur a rendus. Il n'est plus aujourd'hui un seul physiologiste qui méconnaisse le rôle de plus en plus grand des idées et des méthodes de la chimie dans les sciences biologiques, soit pour contrôler des faits acquis, soit pour étendre le cercle des recherches proprement originales. Il y a tout un côté de la physiologie, et non le moindre, qui est presque exclusivement chimique et on pressent que bien des problèmes biologiques, en apparence étrangers à la chimie, seront un jour élucidés par elle. Et cependant, ces deux sciences qui ont tant de points de contact et dont Tune ne peut se passer de l'autre, ces deux sciences réclament de ceux qui se consacrent à elles une éducation très différente et des tendances presque opposées.
Abstraction faite de quelques très grands esprits qui, à l'exemple de Lavoisier, de Claude Bernard ou de Pasteur, ont mis au s&rvice de leurs conceptions la précision rigoureuse des procédés chimiques, nul ne peut se flatter, et aujourd'hui moins que jamais, de posséder la double éducation du chimiste et du physiologiste. De là découle la nécessité de créer, dans cette grande science qu'est la physiologie, un domaine restreint, une spécialité où s'exerce l'activité des chimistes.
En Allemagne, la chimie physiologique s'est constituée en une discipline indépendante, ayant ses chaires, ses laboratoires et ses recueils périodiqi^es, possédant, en un mot, toutes les ressources que comporte son développement. Le moment n'a jamais été plus favorable pour réaliser en France le même progrès, et rien ne sera plus facile si chacun veut apporter à cette œuvre l'esprit qu'il faut y apporter, j'entends Tesprit physiologique et, en un sens aussi, l'esprit médical.
PREFxVCE III
La chimie physiologique ne se propose pas pour terme final de ses efiforts la connaissance purement chimique des matériaux qui constituent nos organes ou entrent dans la composition de nos tissus. Elle doit voir plus loin et aspirer plus haut : il faut qu'elle apporte sa contribution aux recherches biologiques, qu'elle pénètre par toutes les voies qui sont accessibles à ses méthodes, ce domaine si obscur où s'exercent des forces par lesquelles se manifeste ce que nous appelons d'un mot impossible à définir : la vie. Gela ne suffît point encore ; chemin faisant, la chimie contracte, dans nos Facultés de médecine, d'autres devoirs ; on lui demande souvent d'éclairer la physiologie pathologique et le diagnostic : on lui demandera de plus en plus de renouveler les méthodes thérapeutiques, de rechercher et de trouver dans l'organisme non seulement la cause de la maladie, mais le moyen de l'enrayer. Les dernières découvertes de la bactériologie, les tâtonnements encore bien imparfaits de l'opothérapie, en ouvrant des voies nouvelles à la chimie médicale, autorisent bien des espérances; mais, ces espérances ne se réaliseront que si l'enseignement chimique s'inspire de cette vérité, c'est qu'en médecine, la chimie n'est pas un but ; elle n'est qu'un moyen, une voie d'accès vers la physiologie et la clinique, que nous ne devons jamais perdre de vue, parce que nous devons tous, dans nos Facultés, graviter autour d'elles.
C'est de cet esprit que je me suis inspiré en écrivant ce livre. J'ai restreint les notions chimiques au strict indispensable k l'intelligence du sujet. J'ai développé, au contraire, tout ce qui peut directement ou indirectement être utile à l'initiation professionnelle du médecin.
Ce livre a été écrit pour des étudiants en médecine, avec la certitude qu'ils y trouveraient un complément nécessaire de leurs éludes physiologiques, avec l'espoir qu'ils