CHAPITRE IV
L\4sie orientale comprend tout ce que nous n'avons pas encore étudié de TAsie, c'est-à-dire iimmense plateau du centre du continent, les plaines qui se trouvent à Test, puis les lies de la bordure. Trois pays, dont Tun immense, se partagent cette étendue. Ce sont la Chine, la Corée et le Japon.
I. - EMPIRE CHINOIS .^ 1. — Coup d'œll sar la géographie physique et politique.
Situation et dimensions. — L'Empire chinois occupe à peu près un quart du continent asiatique ; plus étendu que l'Europe, il n'est dépassé en superficie que par l'Empire russe. Du plateau de Pamir à l'océan Pacifique, de la Sibérie à l'Inde et à l'Indo-Chine, il s'étend en un immense triangle sur 11 millions de kilomètres carrés (1).
Composition du sol et relief. — Une ligne tirée de l'extrémité de THimalaya au golfe de Liao-Toung divise l'Empire chinois en deux parties trèsdistinctes (2). Au nord-ouest sont les dépendances de l'Empire, plateaux le plus sou vent désertiques,souvent d'une grande altitude (Tibet), quelquefois formés par le fond d'une ancienne mer, et sans écoulement actuel (Hanhaï du Turkestan et de Mongolie). Au sud-est, la Chine propre, cou verte des ramifications du plateau central d'Asie, moyennes montagnes ou grandes plaines, est variée, fertile. Le sol y est composé tantôt d'alluvions modernes, tantôt de la terre jaune comparable en fertilité au tchernoziom russe, tantôt enfin de terrains carbonifères d'une richesse inouïe.
Littoral. — La mer de Chine, partie de l'océan Pacifique, qui baigne les côtes de l'Empire, ne dessine que peu d'indentations dans la plaine généralement basse qui la borde vers le nord. Le grand golfe de Pe-lchili, séparé de la mer par les péninsules plus rocheuses du Liao-Toung et
(1) Situation astronomique :
Latitude 20o et ôS» X.
Longitude 72*» et 133o E.
(2) Léon Rousset ap. Atlas de Schrader, Prudent et Anthoine.
du Chan-Toung, avec les deux ports de Port-Arthur et de Oueï-haï-Oueïy le delta du Hoang-ho y sont les seuls accidents remarquables. A partir de l'embouchure du Yang-tse-Kiang, au contraire, la côte devient découpée, bordée d'Iles nombreuses, et offre jusqu'au golfe du Tonkin d'excellent* porls.
Climat. — Sur une étendue si considérable, les conditions climatiques ne peuvent être les mêmes. Cependant la séparation est nette entre le sud-est, au climat doux, presque tropical quelquefois, soumis au régime des moussons, et le nord-ouest ou le nord, à la température alternativement sibérienne et sénégalienne. Sur le plateau central, Prjévalsky note des écarts de 80«; près de Pékin, le Peïho est gelé trois mois par an, et le thermomètre dépasse en été 40«. La répartition des pluies n'est pas moins variée : dans la partie méridionale, les moussons apportent une couche d*eau considérable; sur les plateaux du centre et du nord, les vents n'arrivent que débarrassés de leur humidité et la sécheresse règne sans partage. Là s'étendent les déserts du Tibet, de Takla-Makan au Turkestan, et de Gobi en Mongolie.
GoiirB d'eau. — Les pays chinois possèdent plusieurs sortes de fleuves :
1® Le cours supérieur, montagneux, coupé de rapides des fleuves hindous ou indo-chinois (Indus, Yarou, Salouen, Mékong, Songcol);
2* Les fleuves ou ouadi temporaires du plateau (Tarim) ;
3« Les fleuves chinois proprement dits: moyens comme le Si-Kiangdu sud ou le Pe!-ho du nord, ou gigantesques, navigables pour les plus gros navires, mais très dangereux par l'instabilité de leur lit et leurs épouvantables inondations (Hoang-ho, Yang-tse-Kiang). Ces derniers fleuves suppléent au manque d'articulations du littoral et sont les grandes voies de pénétration de la Chine.
Populations. — La Chine est une des agglomérations d'hommes les plus considérables du monde. Les estimations sont souvent fantaisistes et varient quelquefois de près de 100 millions ;on peut cependant admettre que le nombre d'hommes qui vivent dans l'Empire du Milieu va de 350 à 400 millions. La partie sud-orientale est naturellement la plus peuplée, la moyenne y est de 60 habitants environ par kilomètre carré, et peut atteindre, dans certaines provinces, jusqu'à 210. Le reste, en grande partie occupé par des déserts, ne compte que 3 à 4 millions d'habitants, ce qui équivaut à une population spécifique de 0,7.
Ces habitants appartiennent à des branches diverses de la race jaune, et suivent trois religions, quelquefois concurremment : le Confucianisme, le Bouddhisme et le Taoïsme.
GouTemement. — L'Empire du Milieu, tel est le titre offlciel, partagé en provinces de la Chine propre, et pays tributaires du Tibet, de Mandchourie, de Mongolie et de Turkestan, est sous l'autorité absolue de l'Empereur. Chaque province cependant a un vice-roi, dont l'indépendance est très grande en réalité. L'armée, la marine dépendent directement de ces vice-rois, ce qui, en cas de guerre, empêche l'action commune. L'armée est du reste très faible.
«5d L'ASIE.
Tous les fonctionnaires sont recrutés par voie de concours et forment une aristocratie intellectuelle et administrative jouissant d'une grande influence.
Les budgets de la Chine sont peu rigoureux ; on évalue les revenus ordinaires à 407 millions de francs, évaluation bien au-dessous de la réalité.
§ 11. — Géographie économique.
La Chine a de tout temps frappé les imaginations ; le récit des voyages de Marco Polo a lancé à la recherche du « Cathay » et de ses richesses, Christophe Colomb et ses émules, et cependant, jusqu*à ces dernières années, ce pays est resté absolument fermé aux étrangers; les marchandises européennes n'y pénétraient pas, et les produits chinois ne venaient en Europe qu'indirectement : en somme, quoiqu'elle compte plus du quart de l'humanité, la Chine était une quantité négligeable.
Cette situation si extraordinaire s'est bien modifiée depuis quelques dizaines d'années. De nombreux « pionniers du commerce » ont parcouru le pays, à la recherche des principales sources de richesses qu'il contient, •et des voies de communication qui permettent d'y accéder. Des ports sont ouverts, les Européens en ont forcé l'entrée, même par la force des armes. Les Chinois ont su d'ailleurs se défendre et sur le bon terrain. Us ont su se protéger contre l'invasion trop rapide de nos produits, tout «n nous forçant d'acheter les leurs, et ils sont en train de monopoliser À leur profit une bonne partie du commerce que nous faisons avec eux.
Mais ce n'est encore là qu'un état transitoire. La Chine est depuis trop peu de temps encore en relations avec le reste du monde, pour que l'équilibre soit d'ores et déjà atteint. Une chose est certaine, c'est qu'une révolution économique profonde suivra l'entrée d'un pays aussi riche et surtout aussi peuplé dans le mouvement général du commerce.
A. — Agriculture.
Aptitude naturelle. — L'agriculture est de toutes les professions la plus honorée dans « l'Empire du Milieu » ; le peuple la considère par tradition comme l'unique source de la richesse et du bien-être ; un vieil usage en témoigne : chaque année l'empereur, vêtu en paysan, doit labourer de sa propre main trois sillons.
L'agriculteur chinois, bien que remarquable, a du reste été trop vanté; la méthode de culture est encore primitive, les engrais sont peu employés, l'irrigation est inutile par suite de la richesse des fleuves, l'utilisation de la terre est la conséquence de la densité de la population et de la petitesse des domaines ; le possesseur de 6 hectares est un très riche propriétaire. En somme, dans les parties fertiles, le Chinois recueille les produits d'un sol généreux ; dans les parties moins fécondes, il n'a pas su violenter la terre comme les riverains de la Méditerranée par exemple.
11 est certain que cet immense pays n'offre pas partout les mêmes
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conditions naturelles à rhomme. Les parties extérieures de Touest et du nord (Tibet, Turkestan, Mongolie, etc.) sont trop élevées ou condamnées par leur position à une sécheresse croissante ; la culture n'existe que dans des vallées bien abritées, au bord des rares cours d'eau; le reste est pâturage ou désert. Au contraire, la Chine propre présente des conditions admirables.
Les c( terres jaunes » de la région du « lœss » ne le cèdent en rien en fertilité au fameux Tchernoziom de la Russie méridionale, et elles occupent une superficie bien plus vaste. Accumulée lentement durant des siècles parle vent et par [*eau, la terre végétale atteint parfois une épaisseur de 600 mètres.
Pour gagner de la « terre jaune », les Chinois ont déboisé à outrance et ont ainsi rendu plus terribles les inondations de leurs fleuves.
Mais ces inondations mêmes, qui causent parfois tant de ravages, jouent aussi leur rôle dans Tagriculture chinoise. Elles se reproduisent régulièrement chaque année, et si elles ne sont pas, comme en Egypte, la condition indispensable de la fertilité du sol, elles déposent du moins le long des rives des couches épaisses de limon, qui en accroissent encore la fécondité. Le Hoang-Ho et le Yang-tse-Kiang sont parmi les fleuves du monde qui transportent le plus de matières solides.
Mais les conditions climatiques ajoutent encore à ces qualités du terrain. La chaleur estivale est très élevée ; elle dépasse la moyenne de l'Europe méridionale; le ciel est souvent serein, l'action directe des rayons solaires intense : c'est déjà une condition très propice à la maturation des fruits. Et pourtant l'été n'est pas une époque de sécheresse; c'est au contraire pendant cette saison, à l'opposé de ce qui se passe sur les côtes méditerranéennes, que les nuages déversent sur le sol la plus grande quantité d'eau. De sorte qu'on peut dire que la Chine, sans connaître l'exubérante végétation des tropiques, appartient à lazone subtropicale, à la région méditerranéenne, mais avec tout ce que peuvent ajouter d'éclat et de vigueur à cette dernière d'abondantes pluies d'été.
C'est à l'ensemble de ces conditions diverses que la Chine doit le caractère si original de sa végétation et qu'elle doit surtout d'avoir conservé intact le monopole de certaines cultures qui ne pourront que difficilement réussir ailleurs.
On peut distinguer quelques régions différentes en Chine
La Chine méridionale, qui se limite assez exactement aux Nan-Chan et à laquelle se rattache l'Ile d'Haînan, n'est qu'un prolongement de la zone tropicale, mais elle n'en a plus la richesse, sans offrir encore les qualités qui distinguent la Chine véritable. C'est une région bâtarde.
Le domaine du Yang-tse-Kiang est sans contredit la zone la plus favo* risée de la Chine. C'est là que réussissent le mieux toutes les cultures qui font la richesse de l'Empire, le riz, le thé, la soie, la canne à sucre, le bambou.
Au nord du Tsing-Ling et du Founiou-Chan, les conditions de la cuU
iure rappellent davanUge l Europe : le riz fait place aux céréales, le sorgho devient la nourriture principale des habitants. La Mandchourie, «nfin, avec ses prairies et ses arbres fruitiers, ressemble encore plus à nos régions de la zone tempérée. Mais toutes les plantes, qui ont en Europe même, où tout est si mêlé, un domaine assez nettement limité, s'offrent en Chine associées les unes aux autres d une façon bien plus remarquable encore. Grâce aux précipitations si abondantes et aux chaleurs estivales si élevées, il y a comme une intrusion de la végétation tropicale très loin vers le nord, en sorte qu'on trouve le bambou jusque près du 40'' degré et qu'en bien des cantons les pommes de terre et les céréales du nord sont récoltées dans le même champ que la canne à sucre et Tindigo. 11 est impossible de déterminer exactement où finit le domaine des unes, où commence celui des autres.
Forêts. — Dans toute la Chine proprement dite, entre Pékin et Canton, il n y a véritablement que des champs cullivés. On ne rencontre ni prés, ni forêts. Les forêts abondent, il est vrai, dans les régions montagneuses de la frontière du Tibet, et notamment dans les provinces du Setchouen et du Yunnan, mais elles sont presque en pays sauvage. Dans toute la Chine moyenne, elles ont été de longue date refoulées par la culture. A mesure que la population devenait plus dense, le domaine des forêts devait naturellement diminuer d'étendue, c'est la loi générale. Si, du reste, ce déboisement a aggravé les crues des fleuves, il ne semble pas avoir transformé le climat.
Ce n'est qu'au nord, au 40» de latitude que Ton trouve encore de vastes étendues de pays boisés. La Mandchourie est la vraie région forestière de la Chine ; c'est là seulement d'ailleurs que sont réunies les conditions climatiques les plus favorables à cette sorte de végétation, et cependant, si l'on en croit les descriptions de Marco Polo, le déboisement n'aurait pas épargné cette province.
Guitares alimentaires. — Les céréales, si nécessaires à l'alimentation d'une population aussi pressée, ont dû de tout temps occuper en Chine une surface de terrain considérable.
On sait que le Hz est le mets national. Il occupe environ le huitième de l'espace cultivé. Il demande un sol bas et humide, facile à inonder, et beaucoup de chaleur. Le riz des marais est le plus répandu. H donne en moyenne deux récoltes par an, en juin ou juillet et en novembre. Une espèce particulière réclame moins d'eau, mais elle est aussi moins précoce et moins abondante ; on la cultive dans les vallées moins humides de la région montagneuse.
On estime qu'un hectare de rizières fournit en moyenne 50 hectolitres de grains par récolte ; la production totale, qu'il est difQcile d'évaluer, n'est peut-être pas inférieure à 500 millions d'hectolitres.
La culture du riz ne s'étend guère vers le nord au delà du cours inférieur du Hoang-Ho ; elle est remplacée par les céréales des pays tempérés; le millet et le sorgho sont les plus importantes, Yavoine et l'orge ne sont employées que pour l'alimentation du bétail, le froment sert de préférence
à la préparation des paies. Ces diverses céréales sont d'ailleurs répandues dans une grande partie de Tempire du Milieu et spécialement dans le haut pays, partout où le riz ne vient que difïïcilement ou ne donne pas des récoltes suffisamment abondantes, par exemple dans le Setchouen, le Yunnan.
Les légumes jouent un grand rôle dans la nourriture des Chinois. Ils récoltent la plupart de ceux que nous connaissons : pois, haricots, lentilles, navets, asperges, betteraves. La pomme de terre, introduite au siècle dernier par les jésuites français, est cultivée en grand dans la zone centrale, au nord et au sud du Yang-tse>Kiang.
C'est par Tabondance des cultures arborescentes qui couvrent son sol, que la Chine ressemble surtout à notre zone méditerranéenne. La végétation des arbres toujours verts est représentée par de très nombreuses espèces, lauriers, myrtes, camélias, rhododendrons, buis, etc. Mais au point de vue économique, les végétaux ligneux les plus notables sont les arbres fruitiers, la vigne, le bambou et surtout le thé.
Les étés chauds et relativement secs de la Chine septentrionale sont très favorables à la culture des fruits, les pentes tournées vers le nord des montagnes de Chan-Toung, du Ho-Nan mûrissent des produits excellents; les fruits de la zone tropicale se mêlent à ceux de nos climats : bananes, ligues, oranges, grenades, pommes, poires, pêches, etc. Marco Polo vantait déjà leur saveur, mais il remarque que la vigne ne vient pas en Chine. Elle n'est en réalité dans ce pays qu une culture de luxe et ne donne que des fruits des plus médiocres. Elle mûrit de préférence dans les jardins du Petchili et du Ching-King et jusqu'en Mandchourie, où la rudesse des hivers oblige de Tenterrer pendant la saison froide. Le bambou est Tune des plantes les plus précieuses aux Chinois. Comme le palmier en d'autres pays, il sert à tous les usages : vêtement, habitation, marine. H fournit même un aliment estimé; les jeunes pousses sont comestibles et entrent pour une part notable dans Talimentation des indigènes.
Mais c'est le thé qui fait surtout la gloire de la Chine et sa richesse ; c'est la principale boisson des Chinois, qui n'ont la plupart du temps à leur disposition que de très mauvaise eau, et c'est en même temps une des plus importantes sources de revenus, aussi bien pour le trésor impérial que pour les particuliers. Le thé est un arbrisseau qui ne dépasse pas en général 1™,80 de hauteur. Les conditions de chaleur et d'humidité qu'exige sa culture sont assez difficiles à réunir; elles expliquent suffisamment pourquoi il ne s'est pas répandu davantage dans d'autres pays du monde. La croissance très activée des feuilles, constamment enlevées, réclame des précipitations abondantes et fréquentes; mais il faut qu'elles soient suivies de longues éclaircies, qui permettent aux rayons du soleil de donner promptement à ces feuilles le parfum qui fait tout leur prix. Le thé redoute par conséquent une humidité continue; il ne réussit pas sur les sols compacts, où l'eau séjourne; on ne le trouve pas dans les régions basses, ni surtout dans les deltas, mais il se platt particulièrement
sur les côtes rocheuses et en général sur tous les terrains en pente, où l'eau s'écoule vite, où la terre se sèche rapidement, 11 est d'ailleurs assez indifférent à la température et supporte aussi bien les gelées d'hiver qu& les chaleurs de 40 degrés.
Aussi les districts à thé occupent-ils en Chine une surface considérable» Us s'étendent depuis les côtes du Fo-Kien et de Tche-Kiang jusqu'à l'extrémité du Sétchouen, de la vallée de Si-Kiang, au sud, jusqu'à la péninsule du Chan-Toung au nord. Mais les meilleures sortes sont récolté e» entre 25<> et 32» de latitude.
Les Chinois n'ont plus le monopole de cette précieuse denrée. Ce n'est guère, en Europe, que sur les côtes du Portugal qu'il aurait chance de croître. Hors de Chine, il n'a pris jusqu'à présent une certaine importance que dans deux pays, au Japon et dans l'Inde. Mais dans ces deux contrées du moins, les modes de culture et de récolte, les méthodes de préparation et d'empaquetage ont fait en peu d'années de grands progrès, qui laissent bien loin derrière eux tout ce qui se fait dans le Céleste Empire ; les planteurs chinois en sont encore aux vieilles traditions léguées par les ancêtres, et s'ils les ont modifiées, ce n'a pas été, en général, pour le» améliorer.
La canne à sucre f moins exigeante pour les qualités du sol et du climat, a toujours été une des principales cultures de la Chine ; c'est qu'à ua autre point de vue, elle a rencontré dans ce pays des conditions favorables, grâce à la densité de la population. C'est en effet une culture qui exige au plus haut degré, comme celle du riz d'ailleurs et comme la préparation du thé, des soins minutieux et constants, une application patiente et souvent pénible, qui ne peuvent s'accommoder que d'une population nombreuse et peu exigeante. C'est dans ce genre de travaux qu'a toujours excellé le paysan chinois, et c'est en cela que consiste toute sa supériorité. Les plantations les plus importantes sont dans le Fo-Kten et dans l'Ile d*UaInan. La production, qui est chaque année plus abondante, dépasse de beaucoup la consommation locale.
Le pavot et le tabac occupent aussi en Chine de grands espaces. Les sociétés de tempérance n'ayant pas sensiblement remédié aux ravages causésdans tout le Céleste Empire par la consommation de Vopium^ les industriels chinois ont voulu du moins diminuer le mal, en s'affranchissant de plus en plus des envois de l'Inde. Ils ont planté en grand le pavot sur le plateau du Sétchouen et du Yunnan ; et dans toute la Chine méridionale on achète de moins en moins les produits anglais: mais il ne semble pas qu'au total, la consommation ait beaucoup diminué. Le ta2Mic est cultivé dans presque toute la Chine par chaque cultivateur 'pour son usage personne], mais on ne trouve de grandes plantations que dans la province de Hou-Pé et sur le Hoang-Ho.
Guitares industrielles. — Parmi les cultiares industrielles, le coton ne peut plus soutenir la concurrence avec les produits indiens et américains; et l'importation toujours plus grande des cotonnades anglaises restreint tous les jours davantage la surface des champs consacrés à cette culture.
ï!n revanche, l'ortie blanche ou ckina-gi'ass commence à prendre une certaine importance comme plante textile ; on l'exporte en Angleterre et en France .
Les plantes tinctoriales sont nombreuses et celles qui fournissent le jaune, safran, etc. sont au premier rang. Uindiuo est une culture très prospère dans les provinces voisines de notre colonie duTonkin, Kouang-Si, Kouang- Toung, Ile d'Halnan. Les huiles pour la consommation, Téclairage, le vernissage sont fournies par des plantes oléagineuses nombreuses, et la laque si fameuse n'est que la résine d'un arbre qu'on substitue partout au coton, surtout dans les provinces centrales. Une sorte de roseau, l'aralia papyrifera, sert à la fabrication du papier de riz.
Élevage. — Vélevagc n'est pas une industrie prospère dans l'Empire du Milieu et il est complètement négligé dans toute la Chine proprement dite, où les herbages manquent totalement et où la propriété est trop morcelée. Au reste, 1^ genre de cultures auxquelles s'adonne de préférence le Chinois réclame peu le secours des animaux de labour. Tout se fait à la main dans les plantations de thé, de canne à sucre, de riz, de tabac, comme >€hez nous pour la vigne. Les transports mêmes se font à dos d'hommes dans une grande partie de la <^hine, où l'assistance des cours d'eau rend d'ailleurs le service des bêtes de somme moins nécessaire. Le bétail enfin ne sert pas davantage à l'alimentation ; les indigènes n'utilisent ni la viande ni le lait; ils ne fabriquent ni beurre ni fromage.
Les animaux domestiques sont donc très rares dans toute la Chine agricole ; on rencontre pourtant des bœufs et des buffles, qui sont employés à quelques travaux des champs et aux transports les plus pénibles. Les porcs, les chèvres, la volaille abondent dans toutes les maisons, ce sont les seules viandes que les Chinois consomment. Les canards sont élevés en grand.
Les hauts plateaux du Tibet et de la Mongolie, les plaines de la Mand- •chourie sont 'beaucoup plus favorables à l'élevage, comme en général tous les pays de steppes herbeuses, où la terre est peu fertile, la population peu dense. Les chevaux sont élevés en troupeaux considérables chez les Mongols et les Mandchoux ; les yacAs, les moutons sont la principale richesse des habitants du Tibet et du Turkestan. La Mandchourie est également un grand pays d'élevage et de chasse.
Le poisson est, après le riz et la viande de porc, le principal objet de l'alimentation chinoise; aussi ïdi pèche est-elle passée dans ce pays à l'état d'art véritable, le long des cours d'eau, sur les étangs et les lacs. La pisciculture est très avancée et très savante, c'est une des occupations favorites des Chinois. La pèche maritime est également très active parmi les insulaires de la côte. Les llesChu-San sont le centre de cette industrie, c'est là qu'on sale une grande partie du poisson destiné à être vendu dans l'intérieur du pays.
Mais c'est à une branche toute spéciale de l'élevage que les Chinois ont dû surtout leur renom. La culture du ver à soie est de temps immémorial une spécialité de leur pays.
Géographie économ. 36
lis ont toujours passé pour en être les principaux producteurs, et c est à ce titre qu'ils ont été connus des Grecs et des Romains. L'empire chinois a d'ailleurs conservé jusqu'à notre époque une place tout à fait prééminente pour la production de la soie. L'élevage des vers à soie s'était sans doute répandu en Europe de très bonne heure, dès les premiers temps du moyen âge ; mais les maladies qui depuis plusieurs années sévissent sur les magnaneries de l'Occident n'ont pas peu contribué à rendre au pays d'origine une partie de son importance d'autrefois. Malgré les progrès accomplis, ni le Japon, ni l'Inde, ni le Levant, ne peuvent entrer en comparaison sous ce rapport avec la Chine.
La soie, qui est l'étoffe nationale de tout l'empire, est produite par différents vers, dont celui du mûrier n'est qu'une variété. La moitié au moins des cocons est fournie par les vers du frêne, du ricin, du chêne ; les (ils donnés par ces dernières sortes sont peut-être plus communs, mais ils sont aussi plus solides, ce sont eux surtout qu'emploient les industriels du pays pour la fabrication des tissus destinés aux indigènes.
C'est encore en fin de compte à la densité de sa population que la Chine doit d'avoir maintenu pour ce produit comme pour tant d'auti*es sa su^»ériorité. Des milliers de paysans n'ont pour toute fortune que quelques pieds d'arbres qu'ils soignent de toute leur ardeur.
Tche-Kiang et Kiang-Sou sont les principaux centres de la culture de la soie; ils fournissent plus de la moitié de la production annuelle, mais c'est Chang-Haï qui est l'entrepôt central et c'est dans un rayon de 200 kilomètres autour de cette ville que s'échelonnent les marchés secondaires.
La production totale ne peut être évaluée que très approximativement, mais elle semble double de celle de l'Europe, et égale en somme à la production du reste du monde. La Chine conserve donc incontestablement le premier rang, mais elle aura de plus en plus à lutter contre la concurrence étrangère. L'Italie surtout la suit de près et menace très sérieusement de lui enlever ses débouchés d'Europe. Le Japon d'autre part lui ferme la route de l'Amérique.
Mais malgré tous ces dangers très réels, et bien que la Chine ait perdu, pour ses produits les plus précieux, son ancien monopole, on voit néan* moins de quelles ressources immenses dispose son agriculture et de quelles richesses nouvelles elle peut devenir la source, lorsque les Chinois se seront décidés — un peu trop tard, peut-être — à quitter leurs vieilles méthodes et à profiter des progrès que leur apporte la civilisation occidentale.
B. — Industrie.
Richesses minérales. — Les Chinois commencent toutefois à se porter vers l'industrie, et leur pays n'est pas à vrai dire moins bien pourvu de ce côté en ressources naturelles, qu'il ne l'est pour lagriculture. C'est d'abord le pays du monde le plus riche en houille, et celui peut-être où l'exploitation de ce précieux combustible est la plus ancienne.
ASIE ORIEiNTALE. 563
Marco Polo lui consacre un des chapitres les plus curieux de sa relation : « C*esl une manière de pierres noires, dit-il, qui se cavent des montagnes et se trouvent par toute la province de Cathay. On s'en sert de préférence au bois, parce qu'elles « ardent mieux et coûtent moins ». Et un commentateur ajoute que le bois n'eût jamais pu suffire à la grande quantité de bains chauds qu'ont l'habitude de prendre les Chinois ! La houille — qui sert aujourd'hui à d'autres usages — parait se trouver dans toutes les provinces de la Chine. Les gisements les plus riches, si bien explorés par le professeur von Richthofen, sont ceux du Petchili, du Chan-Toung, du Chan-Si. Us ne couvrent pas moins d un million de kilomètres carrés, près de deux fois la superAcie de la France, et renferment, sur une épaisseur moyenne de 12 à 16 mètres, des provisions inépuisables d excellent anthracite, qui pourraient suffire aux besoins du monde pendant plusieurs milliers d'années. Mais lexploitation est encore très primitive, les transports se font à dos de mulets, tandis qu'il sufQrait d'un chemin de fer pour faire du Chan-Si en particulier, qui est la première province houillère de la Chine, un des plus grands marchés du monde. Pour le moment, les houilles anglaises et australiennes pénètrent encore dans le pays, mais ne peuvent beaucoup tarder à en être refoulées.
Les principaux bassins actuellement exploités sont ceux de Petchili (à quelques kilomètres au nord de Péking) et Chan-Toung, qui fournissent un charbon de première qualité ; les mines du Setchouen servent au ravitaillement des navires du Yang-tséKiang.
La Chine est riche en inétaux de toute nature, mais tire si peu parti de ses richesses, qu'elle continue d'importer en quantités toujours croissantes les minerais d'Angleterre et des lies de la Sonde; ce n'est que le développement des voies de communication qui pourra l'affranchir du lourd tribut qu'elle paye annuellement de ce chef à l'étranger.
Les sables d'alluvion du Yang-tsé-Kiang contiennent des paillettes d'or, qu'on en retire en petite quantité ; des mines riches dans le Yunnan, le Setchouen, le Kouang-Si, ne sont pas exploitées. h\ir(j€nt vient des mêmes provinces et aussi des pays situés au nord de la « grande muraille ». Le Chan-Toung recèle d'abondants filons ; l'exploitation n'en a pas encore été autorisée. On estime que la Chine produit environ annuellement pour 50 milhons de francs de métaux précieux (1).
Les autres métaux sont localisés dans deux grandes régions. Le Chan- Si, déjà riche en charbon, possède encore d'immenses gisements de fevj où le minerai est de première qualité. On remarquera que cette réunion dans les mêmes districts du métal et du combustible en si grande abondance assure à la Chine une situation tout à fait privilégiée et un grand avenir industriel. C'est au même avantage que l'Angleterre doit la prospérité de son industrie. On peut rattacher au Chan-Si le Chan-Toung,
(1) Production de Ter en Chine (1893) :