‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 220 sur 320 · Prétérits se rattachant à dedi · texte numérisé non relu

Prétérits se rattachant à dedi

A. Le latin avait un certain nombre de verbes où le parfait était marqué par un redoublement. Ex. :

pungOf pupugî (je poignis), parcOj peperci (j' épargnai), tango, tetigi (je touchai).

C'était une forme très ancienne, que la langue vulgaire laissa tomber, sauf dans le verbe do (je donne; parfait dedi) et ses composés. Le verbe do n'a pas passé en fran-

m FORMES ET SYNTAXE.

çais, mais plusieurs de ses composés lui ont survécu, et ils ont conservé une forme de parfait qui correspond au type latin.

Dans perdere le latin populaire, sentant encore la compoîition, rétablit la forme du simple, per-dare^ au parfait j^rdedi.

Il en résulta les formes suivantes :

LATIN

perdedi,

je perdi.

perdedistiy

tu perdeis, t?is.

perdedity

il perdiety

perdedimuSj

nous perdeïmeSj imes,

perdedistis,

vous perdeïstes,perdisieSj

perdederunty

ils perdièrent.

La forme de la troisième personne influant sur celle de la deuxième, onditperdies au lieu deperdeiSy et la flexion ie devient une des flexions du prétérit français.

On la trouve, en effet, non seulement dans les composés de dare, mais :

1" Dans des verbes en dere assimilés par erreur aux précédents comme descenderey ex. : il descendiet, il respundiet (RoL, 2411);

2° Dans des verbes qui avaient une dentale k l'infinitif comme abattre, ex. : abatiet [Roi., 1317);

3° Dans des verbes où la forme latine était trop loin de celle du présent, tels que rompre, ex. : il rompiet ;

k° Dans des verbes dérivés de déponents latins qui n'avaient pas de parfaits, comme suivre (*sequere), sivir, ex. : il swiet.

Cette forme du parfait ne s'est pas conservée au delà du XIV siècle, et a été remplacée par la forme en % dérivée du latin ivi. Il perdit s'est substitué à il perdiet.

88t. Prétérits latins en i. — Pour former ces prétérits : 1° Quelquefois le latin ajoutait simplement un i au radical : prehend-o faisait au ipréiérit prehend-i, prend-i. Cet i

PRÉTÉRir DE L'INDICATIF. 425

étant atone et devant tomber, le prétérit eût été semblable au présent et se fût confondu avec lui. Pour éviter cet inconvénient, la langue a donné aux verbes qui se trou- Taient dans ce cas un autre parfait, différent du type latin, et emprunté par analogie à des verbes voisins. Ainsi 'prendre a fait il prit, défendre^ il défendiei.

2<* D'autres fois l'adjonction de Vi était accompagnée d'une modification du thème.

Tantôt c'était la nasale du présent qui tombait, ainsi dans rumpo, au prétérit rupi; tantôt c'était simplement la voyelle du radical qui s'allongeait, ainsi dans video, au prétérit vidi.

Dans le premier cas, la langue a abandonné le parfait latin qui se trouvait trop éloigné du présent, et les verbes comme ry/mpo ont reçu un prétérit analogique fait avec le radical du présent; rompre fait au prétérit il rompiet, plus tard il romj^it, qui ne se rattache en aucune façon à rupit.

Dans le second cas, c'est-à-dire lorsque l'adjonction de Vi était accompagnée en latin d'un allongement de la voyelle du radical, le prétérit latin s'est parfois maintenu en français. Ex. :

vid-i, français : je v-i (par analogie je v-eis, 'w-is),

vidAsii, — tu v-eïs, v-eis, i;-is,

vid'il, — il v-it,

vidAmvLS — nousv-eïmes,î^-eisines,t'-ismes,'y-îmes,

vid-isiis — vous v-eïstes, ^-istes, v-îtes,

vid-ernntj — ils t;-irent.

Le verbe faire a un parfait analogue. Le latin feci donnait je fis. De cette première personne on a tiré la troisième il fist, aujourd'hui il fit, et ils /"irent. Quant aux autrtpersonnes tu feïs tu /"is, nous /eïmes, nous /ïmes, vous

/"eïstes, vous fîtes, elles ont subi l'analogie des mêmes personnes du verbe voir. »

383. Prétérits latins en ai. — Le latin populaire Comme le latin classique formait des prétérits avec une flexion si, Ex. :

sùr-si, en français je sor-s,

swr-sisti, — tu sor-sis,

sursit, — il sor-st,

sMr-simus, — nous sor-simes, sorsismes,

swr-sistis, — vous sor*-sistes,

sùr-serunt, — ils sor-strent.

Remarquons deux faits importants. L'accent, à la première personne du pluriel, par analogie avec les autres temps et formes, s'est porté sur la flexion, au contraire dans Sifrserunt il est sur le radical, contrairement à la règle.

La troisième personne du pluriel reçoit un t euphonique, puis le groupe se réduit de deux manières, ou bien à un s ou bien à un r; c'est cette dernière forme qui a prévalu : ils pristrent, ils distrent sont devenus : ils prirent, ils dirent.

Ces parfaits ont subi des modifications nombreuses et profondes. On dit encore : je ris, je m^s, etc.

Mais l'analogie a troublé cette conjugaison.

P Les formes fortes qui avaient l'accent sur le radical ont subi la concurrence des formes laibles qui avaient Taccent sur la flexion.

Après avoir dit :

je tor-s, tu ^or-sis,

je conduis, tu conduisis,

on a dit par analogie avec la deuxième personne :

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