‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 96 sur 320 · DÉRIVATION LATINE · texte numérisé non relu

DÉRIVATION LATINE

Dans féerique^ humoristique, il s'attache à des mots français. Dans vocalique, consonantique, il s'attache à des mots latins.

aceus a fait fortune en botanique, au féminin pluriel, pour désigner des familles de plantes : les renonculacées, les magno- Placées, etc....

as, adis, franc, ade ; eis, eidis, franc, ide, ont donné quelques noms littéraires. Ex. : les Napoléoniàes, la Franciade.

ludo, au nominatif, donne tude, qui entre dans : ampli\.\iù.Q, aptitVidQ, certitude.

alis a deux formes comme dans la langue populaire : al et el; seulement dans la dérivation savante il s'attache à des radicaux latins. Ex. : caudal, latitudinal. Citons les beaux noms du calendrier révolutionnaire : germinal, floréal.

ulus, ula (suffixe à signification diminutive) donne des substantifs masculins et féminins : antennVilQ, ovule, plantyjle.

Comme il est souvent précédé en latin d'un c, il donne naissance à un nouveau suffixe cule également diminutif : principicule , théâtricvile .

ibilis, franc, ible^ s'ajoute à des types latins. Ex. : tangible, indestructible.

anus, ana, avait passé dans la langue populaire sous la forme ain,aine; il a fourni en outre deux suffixes à la langue savante : ien et éen. — ien (de ianus) s'attache à des noms savants en ique, comme polytechnique, ou à des noms propres comme A arii pour donner des adjectifs : polytechnicien, kantien. — éen (de é-\-en) donne d'autres adjectifs : marmoréen, chaldéen.

ïnus, ma, donnent m, ine, usités en chimie pour désigner les principes essentiels des corps composés organiques : aniline atropine, caféine.

aris (langue populaire, ier, ière) a fourni à la langue savante : aire (comparez averster et adversaire, de adversarium) ; aire entre dans garnisaire, égalitaire. Citons les mots du calendrier révolutionnaire ; frimaire, brumaire, vendémiaire. Ce suffixe est devenu populaire.

Les substantifs ainsi formés ont tantôt le sens passif : donataire, celui à qui on donne ; tantôt le sens actif : commissionnaire, celui qui fait une commission ; tantôt les deux sens : pensionnaire^ celui qui paye ou qui reçoit une pension.

^a) tor, sor-, (a) tura, sura; (a) torius, sorius; (a) tionem, sionem deviennent dans la langue populaire eur, ure, oir, aison. La formation savante fait disparaître ces suffixes populaires et les remplace par : ateur, ature, atoire, ation.

teur, ateur forment des noms d'agents ; certains d'entre eux

représentent des types latins : injecieuT, panificateuT. D'autres sont tout français : calomniateur, condensateur, vulgarisatBVLT.

ature signifie l'ensemble des caractères qu'indique le radical-, on le trouve dans : mwscw^ature, ossature.

loire. Les mots populaires en oire indiquaient des instruments d'action : ^m^toir, balançoixe ; il manquait des adjectifs avec le sens de : propre à, qui fait, qui sert à. Pour en former, la langue savante a repris le suffixe toire. De là : aléatoire, ^>^ansitoire (qui est hasardeux, qui est susceptible de passer).

ation, tion remplace aison. Comparez inclination et inclinaison.

De là des dérivés en isation : romanisation, vulgarisaition, et en ification : prwssification, momification.

On a ainsi formé une foule de mots abstraits, souvent utiles, presque toujours disgracieux, dont le nombre grandit sans cesse. Citons : déconstitutionnalisation (Disc, de M. Buffet au Sénat, 1884).

osus (langue populaire eux) a donné ose, d'où : mvôse, pluviôse, ventôse.

atus a donné é. at, ate.

ë, sufiixe de la langue populaire, s'ajoute dans la dérivation latine à des types latins. Ex. : salarié.

at, représente atum dans assionat ; alcoolat ; atus dans : internat, orphelinat, patronat, volontariat.

itatem a donné en langage populaire été; dans la langue savante : ité. A son tour ité se retrouve dans les suffixes complexes abilité, ibilité, icité, ivité, gui ont supplanté les formes populaires ableté, ibleté, isté, iveie. Ex. : comptabilité, perfectibilité, conicité, collectivité.

ivus a donné ive, if, qui se joint au participe passé pour former des adjectifs : amplificatii, coopératif , explosii,

c. Autres suffixes.

andus, endus ont donné des substantifs masculins. Ex. : muitiplicanàe. (D'après l'analogie ce mot devait être féminin, comme propagande.)

bundus, franc, bond, se trouve dans imoribond, nauséabond.

escentem, escentiam, franc, escent, escence, ont un sens inchoatif qu'on retrouve dans dégénérescent, opalescent, arbo- T^escence, turgescence.

iscus (comparer avec le grec iscos) nous vient par l'intermédiaire de l'italien, esco. D'après des mots comme burlesque et

DÉRIVATION LATINE. lOU

arotesque, on a formé aristophanesqae , simi$sqae, carnava-

)!esque. ..^ O ;!;>;.

ismus, ista, venus au latin du grec ismos^ istès^ ont d*abord servi à désigner des systèmes et les partisans de ces systèmes. Ex. : calviniste, cartésianisme. Puis la signification de ces suffixes s'est étendue, on sait à quel point. Les mots où ils entrent sont extrêmement nombreux maintenant et se multiplient tous les jours, comme le prouvent les dérivés nouveaux ; hlanguiste, guesdisie^ obstructionnisme.

Il est à remarquer du reste que les mots en iste n'ont guère de corrélatif en isme et réciproquement, ou si les deux formes se trouvent, elles n'ont souvent rien de commun: Ex. : naturralisme et naturaliste.

2° Suffixes verbaux.

Il n'existe dans la langue savante que deux suffixes verbaux : er et iser. Mais er se restreint devant iser, qui se joint non çlus seulement k des thèmes latins, mais à des substantifs et adjectifs français : ,. ;,

dramatiser, insensibiliser., vulgariser sont latins, mais monopoliser, naturaliser, organiser, stériliser sont français.

Composition latine.

ts». GénéraïUés. — Les composés savauts se distinguent des composés d'origine française en ce qu'ils relèvent, non des lois qui président à la composition en français, mais de celles qui régissent la composition dans les langues oià ils sont nés et que nous ne saurions indiquer ici. Remarquons seulement une différence essentielle : tandis que le français ne combine que des mots, le latin et le grec combinent des thèmes, c'est-à-dire des mots dont on a retranché la désinence. Ainsi angui-man-us, à main de serpent, vient de la combinaison des deux thèmes angui et man, et non des deux mots anguis et manus.

to8. Composés de mots. — Ge SOnt :

A. Des juxtaposés empruntés au latin, comme aqueduCy ou de formation française, comme viaduc.

B. Des composés possessifs empruntés au latin ou de formation française comme : magnanime (qui a une grande âme).

Nous ne pouvons pas énumérer ces composés ; en voici quelques exemples :

omniscient (qui sait tout),

chèvre-pieds (qui a des pieds de chèvre),

parricide, insecticide (qui tue son père, qui détruit

les insectes), lucifuge, fébrifuge (qui fuit la lumière, qui fait fuir

la fièvre), funambule, somnambule (qui marche sur une corde,

qui marche pendant son sommeil), léthifère (qui porte la mort), vivipare (qui produit des êtres vivants), Carnivore, herbivore, fumivore (qui mange de la chair,

de Fherbe, qui détruit la fumée), agricole^ vinicole, horticole (relatif à la culture des

champs, du vin, des jardins).

Parmi les nouveaux mots,il en est quelques-uns sans analogues latins. Ex. : pédicure, prestidigitateur.

159. Composés par particules. — Parmi ces composés, les uns ont été empruntés au latin, nous les appelons composés latins; d'autres, formés d'après les premiers par le français, nous les appelons composés français.

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