‹ Précis de l'histoire ancienneChapitre 44 sur 103 · HISTOIRB DE SPARTE ; LYCURGUE · texte numérisé non relu

HISTOIRB DE SPARTE ; LYCURGUE

ritoire, payaient tribut, suivaient les Spartiates à la guerre, recevaient leurs ordres avec une obéissance aveugle, pour conserver quelques possessions et la liberté civile. L*autorité des rois de Sparte avait péri. Les Doriens formant la classe du peuple , chassés de Sparte, privés de toute participation au gouvernement, réduits à une portion de terre insuifisante pour les nourrir, ne conservaient que le nom de citoyens. Une poignée de grandsavait usurpé tous lespouvoirs et presque toutes les propriétés , et se voyait sans cesse menacée par un peuple souffrant : lesang avait déjà coulé plus d'une fois dans les guerres civiles (1}.

Appelé à détruire tant d*abus, 866, Lycurgue fit entrer dans sa constitution, en les réformant, beaucoup de lois et de coutumes anciennes des Doriens : de là Fopinion qu'il avait existé deux Lycurgue, l'un plus ancien , l'autre plus moderne. Il fit aussi de nombreux emprunts à la législation des Cretois.

Il ne changea rien au sort des Hilotes, fixé par Agis ; ils demeurèrent esclaves de l'État : à Sparte comme dans les autres républiques grecques, la servitude se trouva toujours à côté de la liberté. Il n'accorda point aux Laconiens le titre et les droits de citoyens de Sparte. Mais, après avoir fait une masse commune des terres de la Laconie , et l'avoir divisée en trente-six mille lots égaux, il en attribua trente mille aux Laconiens ; il accorda de plus à. leurs députés le droit de paraître dans les assemblées où se décidaient les questions dans lesquelles ils se trouvaient intéressés.

Toutes ses autres institutions concernent exclusivement les Spartiates. Elles se divisent en deux parties : l'une regarde le partage des pouvoirs entre les divers corps de l'État; l'autre règle la vie privée et l'éducation des Spartiates*

Il appela au trône, par ordre de primogéniture, les rois des deux maisons régnantes, et leur conféra les prérogatives de chefs militaires pendant la guerre, de premiers magistrats et de chefs de la religion pendant la paix. Il modéra leur pouvoir par les attributions d'un sénat composé de vingt-huit vieillards, choisis par le peuple et revêtus de leurs fonctions pour toute la vie ; par celles du peuple, qui avait ses assemblées générales et particulières, par celles des cinq éphoresou inspecteurs qu'il laissa subsister, mais dont l'autorité, prodigieusement accrue à partir des guerres de Messénie, était alors assez restreinte. Le

(1) Paasan-, I. ni,c. 16, et Plut., in Ly«arg. Voyez oi-des8us, p. 2f5, 217-219.

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sénat, convoqué et présidé par les rois, discutait fous les grands intérêts de TÉtat, et les décidait à la majorité des voix. Cette décision était communiquée ensuite à rassemblée du peuple, qui pouvait l'accepter ou la rejeter, mais sans y apporter le moindre changement. On décrétait la guerre," la paix, les alliances, dans des assemblées générales, et Ton y admettait les députés des villes de la Laconie. On décidait les questions relatives aux seuls Spartiates dans des assemblées particulières, où eux seuls étaient appelés.

La seconde partie des lois de Lycurgue regardait la vie domestique et l'éducation des Spartiates. Dans ses divers règlements relatifs à ces deux objets, on découvre l'intention: 1<» d'accorder indistinctemoit à tous les citoyens la même mesure de biens, de plaisirs et de pein«; 2^ de les rendre les plus vigoureux des hommes, les plus vaillants et les plus habiles des guerriers, pour assurer à jamais l'indépendance de Sparte; 3*^ de détruire dans leurs âmes les autres aCTections natorelles à l'homme, pour concentrer toute leur énergie morde sur deux sentiments, l'amour de la patrie, l'amour de la gloire.

U leur accorda à tous une égale portion de terre, et pourvut , par une loi particulière, à ce que cette égalité se maintint. Cette loi, violée (1) pendant les guerres de Messénie, fut remise en vigueur par Polydore, qui créa trois mille parts nouvelles pour ceux qui avaient perdu leurs propriétés : elle fut observée depuis Polydore jusqu'à TéphoreÉpytadès, contemporain de Philippe de Macédoine (2). Lycurgue discrédita les richesses en rendant la monnaie si lourde qu'elle était à peu près de nul usage. Il rendit uniformes , et d' une extrême simplicité , les maisons, les meubles, l'habillement des Spartiates. Il leur ordonna de prendre en commun des repas où l'abondance et la gaieté s'unissaient à la frugalité. Il leur interdit la culture des terres, abandonnée aux Hilotes, le commerce, les procès, l'étude des sciences et des lettres. Il partagea leur temps entre les repas publics, les exercices de la gynmastique, les conversations tenues dans les leschés^ et les fêtes nombreuses de la religion, qui exerçait sur eux un grand empire. Telles étaient leurs occupations pendant la paix. Pendant la guerre, ils servaient la patrie de

(0 Tyrtée , dans Arislole , de RepiibK, 1. V, c. 7 î « Une seconde cause de troubles , i> c'est lorsque les uns sont dans Texlréffle indigence et les autres dans l'opulenee , » comme à Lacédëmone., durant la guerre de Messénie. Suivant Tyrtée, dans son poSme » sur la législation, plusieurs, que cette guerre avait appauvris , requirent an Doaveau » partage de terres* »

(2) PluUrcb., in Lycul-g. et in Agide.

vingt à soôante ans, et au delà quaod renaemi entrait en Laconie. Chez eux la yieillesse était honorée, parce que la vie avait été toute remplie d'actions utiles, et souvent de grandes actionai. A leur mort, on les enfermait dans des tombeaux sans faste : les pleurs n*açcompa^ gnaient ni leurs derniers moments ni leurs funérailles : le deuil était borné à onze jours : on ne permettait pas à la plus juste douleur d'amollir et d'énerver les âmes.

L'éducation préparait les Spartiates à ces austères habitudes. L'enfant Gontrefait, ou même faible, était condamné à mort au moment de sa naissance. De sept à vingt ans, les jeunes Spartiates se livraient aux exercices propres à développer leur vigueur, leur agilité , leur adresse ; à. étouffer dans leurs cœurs toutes les passions, excepté l'amour de la patrie et de la gloire^ L'éducation des femmes était également toute gymnastique, toute guerrière. On avait fixé le mariage à trente ans pour les hommes, à vingt pour les femmes, époque où le corps avait pris tout son développement et acquis toute sa force. Les célibataires expiaient chaque année, par des outrages publics, le tort de n'avoir pas laissé de défenseurs à la république (1).

§ m. — Histoire de Sparte, depuis la constitution de Lycurgue jusqu'à la guerre Midique,

Dès que les institutions de Lycurgue ont mis fin aux dissensions intestines des Spartiates et leur ont donné le caractère éminemment guerrier, ils attaquent soit les Laconiens, qui s'étaient relevés pendant leurs troubles , et qui avaient rebâti Hélos, soit les Àrgiens, les Arcadiens, les Messéniens.

Dans la Laconie, ils s'emparent à main armée d'iËgys, et réduisent les habitants à l'esclavage. Ils forcent ceux de Phares, de Géranthres, d'Amiclès , à sortir du Péloponèse et à passer en Italie : ils ruinent Hélos de fond en comble , Seo-^SIS. Vers le même temps, Charilatis, neveu et pupille de Lycurgue , dévaste les campagnes des Argiens, et détrône leur roiPhidon. Il attaque les Arcadiens de Tégée; maisilest vaincu, fait prisonnier, et les Spartiates sont chargés des chaînes qu'ils avaient apportées pour les Tégéates (2),

(1) Platarch., in Lycurg. etinst. Lacon.—Xeoophon, de Republ. Lacedem.— Aristot.^ d« B^epub., I. II, e. 9, expose ou plutôt oritique la constitution des Spartiates de soir temps, devenue très-différente de celle de Lycurgue.

(2) Pausanias , 1. lU, c. i, 7 ; 1. VUI, c 48. Hérodote, 1. 1, c. 66.

^2 PR£€IS de L'hISTOIR:!^ AlfCIEimB.

Première guerre de Messénie. — Les Spartiates convoitent les riches campagnes des Messéniens, et cherchent des prétextes de guerre. Ils leur reprochent le meurtre de leur roi Téléclus et Toutrage prétendu fait à leurs jeunes filles, 813 : ils leur demandent Tinjuste extradition de Polycharès , refusent de soumettre leurs communs différends au conseil J amphictyonique, et les attaquent l'an 744. En sortant de Sparte, ils jurent de n'y rentrer qu'après avoir subjugué leurs ennemis, leur enlèvent Ampheïa , et leur livrent près de cette place deux batailles indécises, mais sanglantes. Les Messéniens affaiblis se retirent sur le mont Ithôme. Aristodème immole sa fiille aux Dieux pour obéir à l'oracle de Delphes. Les Messéniens , secourus par les Ai^ens et par les Arcadiens, engagent deux actions , où périt le roi Euphaës , et où Aristodème obtient le prix de la valeur. Choisi pour remplacer Euphaës, Aristodème brave pendant cinq ans tous les efforts des Spartiates , et leur fiait éprouver une défaite , à la suite de laquelle il immole à Jupiter Ithomicpie trois cents de leurs prisonniers et leur roi Théopompe. Mais bientôt il se tue sur le tombeau de sa fille pour accomplir un nouvel oracle. Les Messéniens découragés par sa mort, pressés par la famine, capitulent la vingtième année de la guerre, 724. La Messénie reste asaijettie aux Spartiates pendant quarante ans, 724-684. Ils appesantissent leur joug: les Messéniens se révoltent , et la seconde guerre de Messénie commence.

Secondé guerre de Messénie. — Les Messéniens prennent pour chef Aristomène, prince du sang royal. Ils engagent à Dérac une première action, où ils se soutiennent contre leurs ennemis, 682. Aristomène pénètre seul pendant la nuit au milieu de Sparte , et consacre à Minene un trophée des dépouilles des Spartiates. Peu après il voit les Argiens et les Arcadiens se déclarer en sa faveur. D'après les conseils de l'oracle, les Spartiates prennent pour chef, ou plutôt pour conseiller, le ïK)ëte Tyrtée. Ils éprouvent cependant trois défaites dans les plaines de Stényclaros, et veulent renoncer à la guerre : Tyrtée s'y oppose. Les Messéniens, trahis une première fois par Aristocrate , roi des Arcadiens, sont vaincus à la bataille des Tranchées , et se retirent sur le mont Ira, 680. Aristomène défend ce fort pendant onze ans. Dans cet espace de temps, il tombe au pouvoir des Lacédémoniens, est précipité dans la Céada , et n'échappe à la mort que par un bonheur qui tient du prodige. les Spartiates , favorisés par sa blessure , par les avis d'un transfuge, et par un orage, s'emparent d'Ira après quatorze ans d'hostilités, G68. . Aristomène obtient la^ permission de se retirer , conduit son armée en

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