‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 33 sur 52 · ROYAU.ME DE LOTHARINGIE · texte numérisé non relu

ROYAU.ME DE LOTHARINGIE

rappoi'té comme suit dans les Annales de Metz : « Après la messe finie, le souverain ponlife, prenant en main le corps et le sang du Seigneur, appela le roi à la table du Clirist, et lui parla ainsi : « Si tu te reconnais comme innocent du crime » d'adultère pour lequel tu fus interdit par le pape » Nicolas, et si tu as bien arrêté dans ton cœur » de ne jamais plus, dans tous les jours de ta vie, » avoir un commerce coupable avec Waldrade, ta )) maîtresse, approche-toi avec confiance et reçois y ce sacrement de salut, qui sera pour toi le gage « de la rémission de tes péchés et de ton salut » éternel. Mais si dans ton àme tu t'es proposé » de céder de nouveau aux séductions de ta maî- » tresse, garde-toi de prendre ce serment, de » peur que ce que le Seigneur a préparé pour re- )) mode à ses fidèles ne se change pour toi en » châtiment. »

» Lothaire, l'esprit égaré, reçut en silence la communion des mains du souverain pontife. Après quoi Adrien, se tournant vers les compagnons du roi, leur offrit à chacun la communion en ces termes : « Si tu n'as point prêté ton consentement » aux fautes de ton roi Lothaire et si tu n'as point » communié avec Waldrade ou avec les autres » que le saint-siége a excommuniés, puissent le » corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ » te servir pour la vie éternelle ! «

» Chacun d'eux prit la communion avec une

audace téméraire; chacun d'eux mourut, par un jugement divin, avant le premier jour de l'année suivante. Il yen eut un très-petit nombre qui évitèrent de prendre la communion et qui réussirent ainsi à se soustraire à la mort. Lotliaire lui-même, en sortant de Rome, fut atteint par la maladie, et en arrivant à Plaisance y mourut le 8 août 869. »

Si cette histoire est vraie, c'est une des plus affreuses tragédies politiques du moyen âge. Ce qui lui donne assez de vraisemblance, c'est que le pape Adrien, qui avait succédé à Nicolas, n'avait pas renoncé à l'idée de reconstituer l'unité de l'Empire et que Lothaire mourant sans postérité légitime, c'était à l'empereur Louis II que devait échoir sa succession. S'il n'en fut pas ainsi, c'est que Charles le Chauve s'empressa de convoquer à jMetz une assemblée qui le proclama lui-même roi de Lotharingie. Il fut couronné comme tel, par son ministre l'archevêque Hincinar, le 5 des ides de septembre 869.

Le pape protesta vainement contre cette usurpation; il lui envoya deux évèques, Paul et Léon, avec des lettres comminatoires d'excommunication, pour le. cas où il voudrait occuper la Lotharingie. Il écrivit aussi des lettres aux seigneurs du royaume de Charles, les exhortant à ne point participer aux injustes desseins du roi et affirmant que la Lotharingie élait le légitime héritage de l'empereur Louis. Des lettres semblables furent adres-

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sées aux évoques pour les engager à détourner le roi de ses injustes entreprises.

Mais avant que les ambassadeurs du Saint-Pèi'e fussent arrivés à leur destination et que les lettres fussent parvenues à leur adresse, le fait était accompli, et le roi Charles était allé s'installer à Aixla-Chapelle. Là il ne demeura pas longtemps ; il y reçut bientôt des envoyés de Louis le Germanique, qui vinrent le sommer de déguerpir.

Charles le Chauve proposa alors à son frère le Germain de partager le royaume de Lothaire. Louis y consentit, et les deux rois convinrent de se réunir pour procéder à ce partage. Charles le Chauve vint à Ilerstal et Louis le Germanique se rendit à Meersen. La conférence devait avoir lieu dans un endroit situé sur la Meuse à égale distance de Meersen et d'tlerstal. Les deux rois s'y rendirent j accompagnés chacun de quatre évèques, leurs eoni seillers et leurs vassaux. Le traité de partage fut signé le 9 août 870.

Cet acte contient l'énumération détaillée de tous les territoires, évèchés et abbayes attribués à chacun des copartageants. C'est une nomenclature qui présente un certain intérêt pour l'histoire de la Belgique; nous avons eu déjà l'occasion de la citer ailleurs, lorsque nous avons lait la des- I cription des pafji. Le mode de partage adopté est bien simple : l'Ourthe et la Meuse forment la ligne principale de démarcation entre les deux parts.

Charles a tout ce qui se trouve à roccident de cette ligne : un tiers de la Frise, la partie du Masau inférieur, du Masau supérieur et du pays de Liège, qui est située sur la rive gauche de la Meuse ; Tongres, Calmont, Eyck, près de Maseyck; le Condroz et la partie des Ardennes située sur la rive gauche de l'Ourthe; Arlon, le pays de Voivre, Dinant, Ardenne ; le pays de Lomme ou de Namur, Fosses; le Hainaut, Saint-Gliislain, Maubeuge, AVaslare; Lobbcs, Saint-Sauve, Crespin, Maroilles, Honnecourt, Soignies, Antoing, Condé, Leuze, Haumont; Cambrai et le Cambrésis; le Brabant Nivelles, Matines, Lierre, Meerbeek, Dickelvenne; la Ilesbaie, la Toxandrie ou la Campine, etc.

Dans la part de Louis sont compris les deux tiers de la Frise, la Betuwe, le Teisterbant, le pays des Hattuaires, c'est-à-dire la Gueldre; Utrecht, Susteren, Berch; tout ce qui du Masau inférieur, du Masau supérieur et du pays de Liège, se trouve sur la rive droite du fleuve; les districts d'Aix-la- Chapelle et de Theux; les abbayes de Stavelot, de Prum, d'Echternach ; le pays de Bittbourg, et la partie de l'Ardenne située à l'orient de l'Ourthe, sauf ce qui appartient au Condroz.

L'empereur Louis II étant mort sans laisser d'enfant mâle, sa succession revenait de droit à son oncle Louis le Germanique, qui était frère puîné de l'empereur Lothaire P'. Mais Charles le Chauve jDartit immédiatement pour l'Italie et se fit couron-

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