‹ Précis de l'histoire cléricale de BelgiqueChapitre 38 sur 52 · ZWENÏIBOM), ROI DE LOTHARINGIE · texte numérisé non relu

ZWENÏIBOM), ROI DE LOTHARINGIE

clieren, qui avait été fait prisonnier par eux à Condé, et qui fut le fondateur de la maison comtale de Ilainaut.

Zwentibold lui avait donné en précarie l'abbayé de Saint-Servais de Maestricht : dans un plaid général tenu à Aix-la-Chapelle, il révoqua cette donation et restitua Saint-Servais à Ratlibod, archevêque de Trêves. 11 dépouilla Rainier de ses honneurs et de ses biens, et lui ordonna de sortir du royaume dans un bref délai.

Au lieu de se soumettre à cet arrêt de proscription, Rainier se retire avec Odoacre et d'autres mécontenls dans un lieu que les chroniques appellent Durfoz, situé sur la Meuse, probablement aux environs de Dordrecht. Zwentibold marche contre eux ; mais ils appellent à leur secours le roi Charles 111, qui entre avec une armée dans le royaume de Lotharingie ; il la conduit à Aix-la- Chapelle d'abord, et puis à Nimègue. De son côté,. Zwentibold, d'accord avec Francon, évêque de Liège, traverse la Meuse, et parvient à réunir sous ses drapeaux les grands de cette partie du royaume. Mais des négociations s'ouvrent pour traiter de la paix, et Charles consent à se retirer sans combattre.

L'empereur Arnulphe étant décédé (en 899), Louis, son fils légitime, fut élu roi deCermanie, dans une diète tenue à Forchheim, quoiqu'il ne fût âgé que de sept ans ; et comme Zwentibold s'était rendu

odieux par ses violences, ses exactions et ses rapines, les grands de Lotharingie portèrent égalements leurs vues sur ce jeune prince. On amena à Thionville Louis, dit l'Enfant; il y reçut les serments des Lotliaringicns, qui le proclamèrent roi.

Zwentibold, furieux, se mit à ravager les domaines de ceux qui lui faisaient défection; mais des forces arrivèrent d'Allemagne, où le roi Louis était retourné. Une bataille eut lieu le 30 août de l'an 900, sur la rive droite de la Meuse, aux environs de Susteren. Zwentibold, poursuivi par les comtes Etienne, Gérard et Matfried, fut tué. Sa veuve épousa Gérard peu de temps après. Rainier, Odoacre et les autres insurgés furent rétablis dans leurs honneurs et dans leurs biens.

Le règne de Louis, qui fut très-court, est marqué par une guerre intestine entre deux familles puissantes. D'un côté se trouvaient les comtes Adalbert, Adalard et Henri, appelés les Babenbergiens, du nom de leur château de Babenberg (aujourd'hui Bamberg) ; de l'autre était l'évèque Rodolphe de Wurzbourg avec ses trois frères, dont l'un, du nom de Conrad, fut père de Conrad I". On appelait ceux-ci les Conradiens. Les comtes lotharingiens, Gérard et Matfried, sont mêlés à cette querelle. Alliés d'Adalbert, nous voyons dans la chronique de Réginon qu'ils avaient envahi les possessions de l'église de Saint-Maximin de Trêves, et de l'abbaye d'Horrée, dans le même

ZWENTinOLD, ROI DE LOTHARINGIE. 2(31

pays. Ils furent attaqués par le fils de Conrad et se défendirent vaillamment dans un lieu fortilié; mais le roi Louis arriva lui-môme dans le pays avec un corps d'armée. Trop faibles pour pouvoir lui résister, ils furent mis en jugement dans une assemblée générale tenue à Metz, et condamnés au bannissement. Conrad perdit la vie dans un combat le 27 février 905. Adalbert fut livré au roi par une sorte de trahison d'HalLon, et eut la tête tranchée. Le roi Louis mourut en 912.

A l'extinction de la branche orientale des Carolingiens, dont le roi Louis était le dernier rejeton, les nations qui en Allemagne étaient réunies sous leur sceptre, les Bavarois, les Souabcs, les Saxons, les Thuringiens et les Francs d'oulro- Rhin se trouvèrent dans la nécessité d'élire un roi, si elles voulaient rester unies et ne faire qu'un seul peuple. D'après le principe de l'hérédité légitime, sanctionné en 752, renouvelé et confirmé à chaque changement de règne, l'Allemagne aurait dû chercher son roi dans le royaume occidental ■et conférer la couronne à Charles, dit le Simple. C'était l'avis des Lotharingiens, qui considéraient leur pays comme un royaume distinct de la monarchie allemande, bien qu'annexé à cette monarchie. Mais il y avait antipathie nationale entre les Germains et les Français, quelle que lut l'origine de ceux-ci, franque ou gauloise. Cet antagonisme national fut ce qui décida les Bavarois, Souabcs,

Saxons, TImringiens et Francs ripiiaires à se donner un roi de naLionalité germanique.

Dès lors, les liens qui unissaient la Lotharingie à la Germanie furent rompus. La couronne de Germanie fut décernée à Conrad, duc de Franconie, dont le père, tué dans la guerre de Bamberg, avait compté au nombre de ses ennemis plusieurs Lotharingiens, nommément les comtes Gérard et Matfried, puissants entre la Meuse et la Moselle.

De leur côté, les Belges appelèrent à régner sur la Lotharingie, le roi Charles III, dit le Simple, qui depuis quatorze ans, occupait déjà le trône de France. Ce prince confia le gouvernement de son nouveau royaume à Rainier, comte de Ilainaut.

Il paraît que Rainier avait été mêlé à la guerre des Babenbergiens et des Conradiens et avait pris parti contre Conrad, dont le fils devint roi de Germanie. On attribue à cette circonstance et à l'influence de Rainier l'oiTre faite au roi de France de la couronne de Lotharingie, qui jusque-là avait été unie à celle de Germanie. Aussi, lorsque Rainier fut chargé du gouvernement du royaume, la

guerre ne tarda-t-elle point à éclater. Le roi Conrad tenta de s'emparer de la Lotharingie à deux reprises, en 912 et 913, mais il fut vigoureusement repoussé par les Lotliaringiens.

Rainier recouvra non-seulement ses biens, mais encore ses dignités. Il reprit la commende de l'abbaye de Saint-Servais de Maestriclit, et la transmit à Gislebert son fils. On le soupçonne, quoique peut-être sans trop de fondement, dit le chanoine Ernst, d'avoir également usurpé les abbayes de Stavelot et Malmédy, dont il fut abbé commendataire au mois de septembre 90i2. A ces bénéfices il joignit, le 19 mars 907, la commende de l'abbaye d'Echternach et encore celle de l'abbaye de Saint- Maximin à Trêves. Il tenait celte dernière comme duc bénéficier de Lotharingie.

Rainier mourut en 916, au palais de Meersen. Gislebert, qui lui succéda, n'avait pas hérité des vertus de son père : peu de temps "après, cédant à l'esprit de son époque, il voulut se rendre indépendant de celui à qui il devait sa haute position. Il chercha à se créer un parti, en faisant une large distribution de bénéfices. Charles était en France, lorsqu'il fut informé de ce symptôme de trahison.

La situation de ce roi couronné de deux couronnes était vraiment étrange : tous ses États se trouvaient partagés entre ses grands vassaux ; il n'avait de souveraineté immédiate et directe que sur la ville et le comté de Laon en Vermandois,

qui lui avaient été rendus par Eudes. Hors du territoire de ce petit comté, son autorité ne pouvait s'exercer que par l'intermédiaire de ses vassaux, quand ils voulaient bien s'y prêter. La Lotharingie, laNeustrie, la Bretagne, la Bourgogne et l'Aquitaine avaient leurs ducs ; la Flandre et le Vermandois avaient leurs comtes. Tous ces feudataires visaient à une indépendance absolue, et le roi n'avait d'autre moyen de les réduire que de les faire marcher les uns contre les autres ou de soulever contre eux leurs arrière-vassaux.

Aussi longtemps que Rainier avait vécu, Charles avait trouvé dans la Lotharingie un point d'appui, qui lui faisait défaut sous Gislebert. La France lui écliappait également, le duc Robert ayant des prétentions à la couronne de feu son père Eudes, pji Bourgogne le duc Richard avait toujours loyalement défendu la cause du souverain; mais son fils Rodolphe, qui lui succéda, prit parti pour Robert, et devint son gendre. En Flandre, le €omte Baudouin II n'avait d'autre politique que celle de ses intérêts, et quant au comte de Vermandois, il n'est que trop célèbre par sa félonie.

D'autre part, Henri l'Oiseleur, qui avait succédé à Conrad, roi de Germanie, en avril 920, avait repris dès son avènement le projet de son prédéfeesseur, de réunir de nouveau la Belgique à l'Allemagne. Il accueillit la proposition de Robert et entra dans une conspiration qui avait pour but de détrôner le

roi de France et de Lotharingie. Une entrevue que Charles avait eue avec lui à Worms avait fini par une mêlée sanglante. On ne connaît pas les détails de cette affaire ; mais Richer donne des renseignements précieux sur les desseins des conspilateurs. Il s'agissait de s'emparer de la personne «Je Charles à Soissons. Le projet n'échoua que par rintervention de l'archevêque Hérivée, qui délivra le prince et l'emmena à Bheims.

Charles séjourna à Rheims pendant plusieurs mois; il ne rentra en Lotharingie que lorsqu'il eut réinii assez de forces pour aller châtier Gislebert et les autres insurgés de ce royaume.

Gislebert avait distribué presque tous ses biens, pour se faire des partisans : aux plus considérables, il avait donné des terres, des bénéfices; les petits, il les avait gagnés par de fortes sommes d'or et d'argent. Lorsque Charles entra dans le pays avec une armée, les conjurés n'osèrent pas lui résister en pleine campagne, mais ils se retranchèrent dans leurs châteaux et dans leurs villes. Le roi fit dire à chacun d'eux par des émissaires qu'il leur conférerait par acte royal et solennel tout ce qui leur avait été donné par Gislebert en terres et en maisons, et qu'il prendrait leur défense contre leur duc, si celui-ci voulait leur reprendre les bénéfices qu'il leur avait concédés. Ce moyen réussit merveilleusement. Tous abandonnèrent le parti de Gislebert, se rallièrent au roi et marchèrent

avec lui contre le duc. Gislebert s'était retranché avec un petit nombre d'hommes dans un endroit appelé Harburg, au confluent de la Gheule et de la Meuse. Il s'enfuit, quand les troupes du roi s'approchèrent et alla chercher un refuge au delà du Rhin.

Parmi les Lotharingiens qui avaient déserté le parti du roi figure l'abbé de Lobbes, Hilduin. La conduite de ce prélat est exposée dans un document qui jette beaucoup de jour sur la moralité des politiciens de ce temps. Le capitulaire de Charles III ou le Simple intitulé Tongrensis episcopatus controversia, de l'an 9:21, est une espèce de circulaire adressée à tous les archevêques et évoques du royaume pour leur annoncer la déposition d'Hilduin et l'élcclion de Richer, abbé de Prum, au siège épiscopal de Tongres. On y voit que la conduite de l'abbé de Lobbes a été l'objet d'une enquête à laquelle ont assisté seize archevêques et plusieurs vassaux, yroceres, marquis, comtes et grands, optimates, du royaume. Les faits constatés par cette enquête sont des plus curieux.

Le roi raconte d'abord, en termes généraux, que plusieurs de ses leudes ont trahi leurs serments de fidélité à son égard; qu'ils ont conspiré contre sa vie et sa couronne ; qu'ils ont pactisé avec ses ennemis et qu'ils sont allés leur demander les bénéfices et les évôchés de son royaume. Hilduin notamment est allé trouver les ennemis du roi au delà du Rhin ; oubliant tous ses serments et

foulant aux pieds toutes ses promesses, il a sollicité du roi Henri, inimico nostro, l'épiscopat de l'église de ïongres. Il s'est rendu également auprès de l'archevêque de Cologne, Ilerman, lui a juré faussement que le roi -lui avait donné l'éveclié de Tongres, et a fait prêter le même serment par quelques clercs et laïques. Il a employé les menaces et la violence à l'égard d'IIerman, pour le forcer par la peur à le sacrer évoque. Celui-ci a déclaré que, s'il n'y avait pas consenti, Hilduin l'aurait privé de la vie et des biens ecclésiastiques, et qu'il aurait massacré toute sa famille. Après avoir obtenu son ordination par la terreur, Hilduin est allé prendre possession des biens de l'église de Tongres; il a ravi les trésors de cette église, et ceux de l'église d'Aix-la-Chapelle, qui étaient cachés auprès du corps de saint Lambert, et il les a distribués aux évêques et aux comtes, ses complices.

Ce document confirme dans sa partie principale le récit de Richer. Le roi Henri y est nominativement signalé comme un des ennemis de (ùharles le Simple, et l'on voit clairement que les conjurés comptaient sur son appui. Cependant les deux rois finirent par compi'cndre qu'entourés d'aussi malhonnêtes gens, ce qu'ils avaient de mieux à faire était de s'entendre et de se réconcilier. Le traité de Bonn nous apprend qu'étant campés sur les deux rives du Rhin, ils se réunirent dans un

bateau amarré au milieu du fleuve, le 7 novembre 921, et qu'ils y sanctionnèrent par un serment réciproque les conventions arrêtées entre leurs ambassadeurs. Charles, roi des Francs occidentaux, jure detre l'ami d'Henri, roi des Francs orientaux, à condition que celui-ci lui fasse le môme serment et qu'il tienne sa promesse. Henri jure dans les mêmes termes d'être l'ami de Charles. Les évêqiies et les comtes de part et d'autre ajoutent à ce traité la garantie de leurs serments et de leurs signatures. On remarque que parmi eux se trouve l'évêque de Liège, Baldric, Trajectensium episcopus.

C'est probablement à l'occasion de ce traité que le roi Henri obtint de Charles la grâce et la réintégration de Gislebert. « Rappelé de son exil, dit Richer, Gislebert obtint grâce auprès du roi par la médiation d'Henri, mais à la condition cependant qu'il laisserait aux possesseurs actuels, tant qu'ils vivraient, les bénéfices qu'il avait aliénés contre toute raison, et que le roi lui rendrait seulement ceux dont les possesseurs étaient morts pendant ces années. n reçut donc tout ce que la mort des possesseurs avait laissé vacant, c'est-à-dire la plus grande partie de ses biens : Maestricht, Jupille, Ilerstal, Meersen, Littoy, Chèvremont. »

Riclior ajoute qu'à peine rentré en possession de son duché, Gislebert se mit à tourmenter par sesgens et maltraiter à outrance ceux qui avaient ob-

tenu du roi la possession de ses bénéfices. Il faisait tuer les uns secrètement, il violentait les autres sans relàclie pour leur faire abandonner ce qu'ils possédaient. « Il réussit à la fin, dit Riciier, et rentra dans tous ses biens; mais ce ne fut que pour comploter contre le roi plus furieusement que jamais. Il alla donc trouver son beau-père, et s'efforça de l'éloigner de Charles. La Celtique, lui disait-il, doit sufiire au roi; la Belgique et la Germanie ont absolument besoin d'un autre chef. Il l'excitait enfin par de fréquentes instances à ne pas repousser la couronne. Mais Henri, fermant l'oreille à ces criminelles suggestions, résista à tout ce que put dire Gislebert, et lui fit entendre à son tour 'ce qu'il jugea propre à le détourner de ses coupables projets. »

Charles parvint à former une petite armée, à la tête de laquelle il rentra en Fi'ance. On trouve dans Flodoardun récit très-obscur des péripéties de cette campagne ; ce chroniqueur représente le malheureux roi luttant avec résolution et déployant une activité qui contraste avec la réputation qu'on lui a faite. Le nombre de ses ennemis ne cessait de croître. Charles fut obligé de rentrer dans la Lotharingie, })Our y disputer à Gislebert les restes de son autorité dans ce pays. Quoi qu'il en soit de cette guerre, dont Richer ne fait pas mention, les chroniqueurs sont d'accord en ce point, que Charles se trouvait dans la Lotharingie au mois de juin 922..

Robert, enhardi par son absence , convoqua à Soissons les grands de la Celtique, pour s'entendre avec lui sur les moyens de détrôner le roi. Gislebert ne manqua pas d'y venir, dit Riclier, et sans attendre la délibération, il allait criant de tous côtés que Robert devait être mis sur le trône.

Par la volonté unanime de tous les seigneurs présents, Robert fut en effet élu, et au grand triomphe de son ambition, conduit à Rheims, où il reçut le titre de roi dans la basilique de Saint- Remi, le 29 du mois de juin 922.

A Robert succéda son gendre Raoul de Rourgogne, élu roi presque malgré lui et sacré dans la basilique de Saint-Médard, le 13 juillet 923.

Charles le Simple avait perdu une de ses couronnes ; mais il lui en restait une autre qui pouvait l'aider à reconquérir la première. Il s'était retiré dans son royaume de Lotharingie, et là, malgré le triste état de l'ordre social, ses ennemis n'étaient pas assez forts pour aller le chercher. Ils n'imaginèrent rien de mieux que de l'attirer dans un guet-apens. Ce fut le comte Héribert, son parent, qui se chargea de la tâche odieuse de le faire tomber dans le piège.

« Feignant de voir l'élection de Raoul à regret, dit Richer, il envoya des députés au roi Charles, pour lui dire qu'il avait voulu s'opposer à de si grands forfaits, mais qu'il avait échoué devant la

U^'IOX DES COUR. DE LOTIIAR. ET DE FRAXCE. S"!

violence de nombreux conjurés. Alors, ajoutait-il, ses desseins n'avaient pu se faire jour, mais il avait trouvé maintenant un excellent moyen de remédier au mal. Que le roi revienne donc promptement, pour qu'il puisse aller lui-même à sa rencontre; mais qu'ils aient peu de monde avec eux, car s'ils menaient une nombreuse suite, la mésintelligence de leurs gens pourrait les forcer à la guerre. Si le roi désire des garanties de sûreté pour ce voyage, il peut exiger des envoyés eux-mêmes un serment de fidélité. »

Flodoard dit qu'à la tête de cette députation se trouvait Bernard, comte de Salins et cousin d'Héribert. Cbarles reçut de tous leur serment de fidélité; mais la chronique suppose qu'ils ignoraient les projets de celui qui les faisait agir. Trompé par leurs serments, le roi se rendit auprès d'Iléribert avec une faible escorte. Celui-ci le reçut dans un château qu'il possédait sur la Somme, à Saint- Qiicntin. Ils s'embrassèrent mutuellement et se mirent à causer avec familiarité ; mais pendant l'entretien, Héribert fit sortir de lieux cachés une troupe de gens armés et les dirigea contre le roi qui, attaqué à l'improviste, ne put résister au nombre et fut pris par les assaillants. Quelques-uns des siens furent pris de même, quelques autres tués, le reste mis en fuite.

Héribert fit conduire le prince dans une de ses forteresses, à Château-Thierry sur la Marne.

Peu de temps après, Charles III fut transportéà Péroniif tobre 929,

à Péronne, où il mourut de chagrin le 7 oc-

Après la mort du roi Charles, la Lotharingie se trouva dans une situation critique. Le moment semblait être venu pour Gislebert de s'approprier ce royaume; mais il paraît qu'il y avait en Belgique un fort parti pour le roi de Germanie, Henri P', et que Gislebert se vit forcé d'aller lui offrir la couronne. Suivant Flodoard, Henri avait été reconnu roi par les grands du pays de Trêvesdès l'année 923, il le fut par les autres Lotharingiens en 925, à l'époque môme où les chroniques nous montrent Gislebert parmi les seigneurs de sa cour. On sait, du reste, que le duc de Lotharingie fut maintenu dans sa position par le nouveau roi, qui lui donna un témoignage éclatant de sa bienveillance en lui accordant la main de sa fille Gerbe rge.

Le roi Henri étant décédé en 936,1e royaume de Lotharingie échut à son fils et successeur Othon V'\ toujours sous le gouvernement bénéficiaire de Gislebert. Cependant celui-ci n'avait pas renoncé

à ses vues ambitieuses ; il attendait l'occasion de les réaliser.

Othon avait un frère plus jeune que lui, nommé Henri, qui prétendait que la couronne lui était due, parce qu'il était né alors que son père était roi de Germanie, tandis que la naissance d'Otlion remontait à l'époque où son père n'était que duc de Saxe. Cette prétention fat encouragée par Eberhard, duc de Franconie, qui amena le jeune Henri à Gislebert. C'était l'occasion que le duc de Lotharingie attendait.

La conspiration fut bientôt organisée ; les trois conjurés ayant pris les armes, unirent leurs forces et se disposèrent à marcher contre le roi. Mais Othon ne les attendit point; il se porta rapidement avec une armée sur le Rhin ; une bataille sanglante fut livrée à Rurick, dans le pays de Clèves. Vainement les insurgés voulaient-ils empêcher le roi de traverser le Rhin, ils furent vaincus et mis en fuite. Othon les poursuivit, entra en vainqueur dans la Lotharingie et vint mettre le siège devant le château de Chèvremont sur la Vesdre, où Gislebert s'était réfugié, mais d'où il parvint à sortir. Les partisans de Gislebert offrirent la couronne de Lotharingie au roi de France, Louis d'Outre- Mer. Flodoard rapporte que cette couronne lui fut offerte à deux reprises ; . la seconde fois les principaux chefs du pays, le duc Gislebert, les comtes Othon, Isaac de Cambrai et Théodoric vinrent en

personne lui faire hommage. Le roi Otlion, après avoir parcouru le pays et fait un traité avec Hugues, Héribert, Arnoul et Guillaume de Normandie, venait de repasser le Rhin. Alors seulement le roi Louis paraît avoir cédé aux sollicitations des Lotharingiens. « Il entre dans le pays de Verdun, dit Flodoard, où quelques évêques se donnent à lui ; de là il se rend en Alsace, confère avec Hugues de la Gaule cisalpine, reçoit quelques Lotharingiens, qui lui font hommage, et repousse au delà du Rhin quelques fidèles d'Othon. H revient à Laon, chasse de la ville l'évêque Raoul, accusé de trahison, retire aux vassaux du prélat les fiefs de l'évôché et les donne aux siens, »

Tandis qu'Othon assiégeait le château de Brisach et d'autres localités appartenant au duc Eberhard de Franconie, celui-ci, avec Gislebert, marchait contre lui; déjà ils avaient traversé le Rhin, près d'Andernach, lorsque le roi envoya à leur rencontre Hermann, duc des Allemans. Gislebert et Eberhard, dont une partie de l'armée se trouvait encore de l'autre côté du fleuve, furent surpris dans leur camp. Le duc de Franconie trouva la mort en se défendant avec courage ; Gislebert se jeta avec son cheval dans le Rhin, qu'il espérait traverser, mais où il périt. Le roi Louis, qui ne possédait pas de forces suffisantes pour attaquer seul l'armée d'Othon, licencia ses troupes et revint à Laon.

Luidprand rapporte que le prince Henri, frère

ANNEXION DE LA LOTHAR. A LA (fERMANIE. 27:.

du roi, voulut se réfugier dans la forteresse de Chèvremont, qui était inexpugnable, mais que sa sœur, veuve de Gislebert, l'en empêcha et qu'elle lui conseilla de faire sa soumission au roi Otlion, leur frère. Henri alla effectivement se jeter aux pieds du roi et implora sa miséricorde. Celui-ci lui ordonna de se rendre au château d'Ingelheim, où il le fit garder pendant quelque temps.

Othon étant rentré dans la Lotharingie, marcha contre le comte de Flandre, Arnould, petit-fils de Baudouin Bras-de-fer, qui était intervenu dans la dernière guerre pour soutenir les prétentions de Louis d'Outre-Mer. Il se mit en possession d'une partie du pagiis fjandensis, ainsi que du pays de Waes et des quatre métiers, qui en dépendaient. Il fit construire à Gand une forteresse qui fut appelée le Château d'Othon, et y plaça un comte chargé de veiller à la conservation du pays de Waes et des îles de Zélande.

Au surplus, la paix et la concorde paraissaient rétablies ; tous les seigneurs lotharingiens s'étaient soumis au roi, et pour que rien ne manquât à la réconciliation, Louis d'Outre-Mer épousa Gerberge, veuve de Gislebert et sœur d'Othon. Peut-être espérait-il par ce moyen remonter sur un trône qu'avaient occupé ses aïeux ; mais ilparaîtqu'Othon réservait la dignité de duc de Lotharingie à son neveu Henri, fils mineur de Gerberge et de Gislebert; car il le plaça sous la tutelle d'Oddon, fils-

de Ricuin, à qui fut confié le gouvernemciU du duché. Il entendait bien en conserver la souveraineté, puisque le jeune Henri et son tuteur étant morts inopinément, en 944, il nomma successivement d'autres ducs, qui ne purent se maintenir dans le pays, et finit par en confier le c^ouvernement à son frère Bruno, archevêque de Cologne. Force fut donc à Louis d'Outre-Mer de se contenter de la couronne de France.

Bruno était Allemand, mais sa qualité d'arche- Têque métropolitain en faisait un membre essentiel de la hiérarchie romaine. Un grand rôle politique lui était réservé après la mort de Louis d'Outre- Mer, qui eut lieu le 9 septembre 954. Deux fils étaient nés du mariage de ce prince avec Gerberge. L'aîné, du nom de Lothaire, était âgé de douze ans au moment du décès de son père. Il fut élevé sur le trône dans une assemblée composée d'un grand nombre de seigneurs et d'évêques de Belgique, de Germanie, de Bourgogne, d'Aquitaine, de Gothie, et sacré roi, du consentement de tous, par Artold, archevêque de Rheims, dans la basilique de cette ville, le il2 novembre 954.

Hugues, dit le Grand ou l'Abbé, chercha à l'envelopper de sa tutelle, comme il avait fait à l'égard de Louis; mais le véritable tuteur de Lothaire fut Bruno, son oncle. Au reste, Hugues ne vécut plus longtemps; après une campagne assez heureuse -en Aquitaine, il tomba malade et mourut à Paris,

le 16 juin 956. Il laissait trois fils en bas âge; celui qui fut connu sous le nom d'Hugues Gapet n'avait alors que dix ans. Leur mère, Hedwige,qui était sœur de Gerberge, se plaça comme celle-ci, avec ses enfants, sous le patronage de leur frère commun, l'archevêque duc Bruno; de sorte que les fils de Hugues le Grand furent, pour ainsi dire, élevés avec les fils du roi Louis dont ils étaient cousins germains,

Bruno se trouva ainsi à la tête du gauvernement des deux royaumes. S'il y avait eu en France, comme se l'est imaginé Augustin Thierry, un parti national et anti-germain, c'eût été le moment pour ce parti de se lever, lorsque les rênes du char de l'État se trouvaient entre les mains d'un évêque allemand. Or, la seule opposition que Bruno ait eu a combattre fut celle de Rainier HI, neveu de Gislebert et comte de Hainaut. Gelui-ci prétendait à la succession de son oncle Gislebert et s'était mis en possession des biens donnés en dot par Gislebert à Gerberge.

Si l'on en croit Richer, la reine concerta avec les siens le moyen de rentrer dans ses domaines. Elle fit enlever par quelques hommes d'armes la femme et les enfants de Rainier, qui se trouvaient à Mons. Dès qu'il en fut informé, le comte pria Bruno « d'indiquer, sans retard, dans le lieu qui plairait à la reine, une entrevue dans laquelle il pût reprendre sa femme et ses enfants et rendre

à la reine ses maisons et ses terres. La conférence eut lieu au temps convenu ; la reine reçut ses domaines du comte, et celui-ci ramena avec lui sa femme, ses enfants et ses troupes. »

En 959, Rainier III reprit les armes contre le gouvernement de Bruno ; mais alors il fut fait prisonnier et envoyé en Allemagne, d'où on ne le vit jamais revenir. Son comlé de Hainaut fut concédé à deux seigneurs, appelés Garnier et Renaud. Vers la même date, Flodoard rapporte « qu'à l'instigation d'un certain Immon, qui avait été jadis le conseiller de Bruno, mais qui venait de le quitter, les Lotharingiens se révoltèrent contre leur duc, à cause de quelques places nouvelles qu'il ordonnait de détruire et de quelques charges extraordinaires qu'il voulait, dit-on, leur imposer. Il les fit rentrer dans l'obéissance et leur donna le comte Frédéric pour les gouverner à sa place.

Flodoard dit encore : « Bruno ayant appris qu'une partie de la Lotharingie se révoltait contre

lui, s'y rendit en toute hâte Un ennemi de

Bruno, nommé Robert, fortifiait le château de Namur; un autre, Immon, celui de Chèvremont. Bruno, arrivant pour assiéger celte dernière place, trouva les environs épuisés de vivres, et eut à combattre un ennemi abondamment pourvu. On fit une trêve et il se retira à Cologne. »

Ces faits donnent un certain caractère de vraisemblance à une légende liégeoise, qui attribue à

ANNP:XI0N de la LOTIIAR. a la GERMAXIE 27v-

levêquc Nolker la destruction du château de ClièvremoiU en 979 ou 980. Cette forteresse était, dit la légende, habitée par un guerrier farouche, nommé Immon, qui répandait la terreur et la désolation dans le pays. L'évèque, appelé au château pour administrer le baptême à un enfant nouveauné,)' introduisit, sous l'habit religieux, des hommes d'armes, qui, à un signal donné, égorgèrent le châtelain et ses gens.

Quoi qu'il en soit de cette histoire, il résulte des faits rapportés tant par Widukind que par Flodoard que le pays était profondément troublé et que Bruno s'évertuait à détruire les châteaux dans lesquels les insurgés pourraient trouver un refuge. Cette situation explique et l'expédition de Notker et la résolution prise par l'archevêque Bruno, de scinder la Lotharingie et d'en donner une partie à gouverner à Frédéric, comte de Bar. On donna à cette fraction, qui comprenait l'Alsace et la Lorraine moderne, le nom de Lotharingie mosellane ; elle fut érigée en duché particulier, et demeura dans la famille de Frédéric. Il paraît que Bruno se réserva la basse Lotharingie, comprenant tout le pays situé enlre le Bhin, l'Escaut et la Meuse. Quant aux évèchés de Trêves, Metz, Toul et Verdun, il en abandonna le gouvernement aux évêques de ces sièges, sous la suzeraineté de l'empire. Il en fut probablement de même de l'évêché de Liège, conféré en 97:2 par Olhon, devenu cmpe-

reiir, à Notker, un de ses conseillers, moine de l'abbaye de Saint-Gall, mais issu d'une maison princière de Souabe,

Les grands vassaux laïques tendaient vers le même but ; ils auraient voulu ne relever que de l'empire, comme le comte de Flandre relevait immédiatement de la couronne de France. Les comtes de Hainaut avaient peut-être des vues plus élevées; mais depuis la défaite de Rainier III, le gouvernement de leur comté continuait d'être confié à Garnier et Renaud. Les fils de Rainier, qui s'étaient réfugiés en France, n'avaient pas renoncé à l'espoir de rentrer en possession de leur héritage ; ils avaient d'ailleurs contracté des alliances puissantes. L'aîné, appelé Rainier comme son père, s'était marié avec une fille d'Hugues Capet ; l'autre, appelé Lambert, avait obtenu la main d'une fille de Charles de France, frère du roi Lothaire.

A la mort de l'empereur Othon P'', en 973, Rainier IV et Lambert envaliirent le Hainaut avec une petite armée, et livrèrent à Garnier et Renaud une bataille dans laquelle ceux-ci trouvèrent la mort. Mais l'année suivante, Othon II envoya des troupes dans le comté ; Rainier et Lambert furent expulsés; le château de Boussoit, qu'ils avaient fortifié, fut pris et démoli. Othon partngea alors le Hainaut entre Godefroid d'Ardenncs, qui eut le comté de Mons, et Arnoul, fils d'Isaac, comte de Cambrai, qui eut celui de Yalcnciennes.

En 976, Rainier et Lambert revinrent avec une nouvelle armée, et soutenus par plusieurs seigneurs français, notamment par Charles de France. S'étant avancés jusqu'au château de Mons pour en faire le siège, Godefroid et Arnoul en sortirent pour leur livrer bataille. Le combat s'engagea le 19 avril, vers midi, et dura jusqu'au soir, avec un acharnement égal de part et d'autre. La victoire resta douteuse, bien que Godefroid et Arnoul demeurassent maîtres du champ de bataille, mais le comte Godefroid était grièvement blessé.

L'archevêque Bruno était mort depuis l'an 965, de sorte que le duché de Basse-Lotharingie était vacant. Othon, dans un dessein de conciliation et paix, l'offrit à Charles de France, beau-père de Lambert. C'était un commencement de réparation pour l'ancienne maison de Hainaut. Mais le roi Lothaire se montra furieux de cet arrangement; il fit une excursion armée jusqu'à Aix-la-Chapelle, où se trouvait l'empereur. Othon répondit à cette bravade en faisant une excursion semblable jusqu'aux murs de Paris. Ces actes d'hostilités n'eurent pas d'autres suites.

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