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s'est conservé, c'est malgré eux. Quel est l'intérêt moral et religieux qu'ils représentent? Tantôt ils ne poursuivent que des fins politiques, tantôt ils se disputent la domination, sans songer à la détresse de l'église divisée; les moyens enfin qu'ils emploient sont peu conformes à leur prétention d'être les vicaires de Jésus- Christ. Ils commettent sur une plus vaste échelle les abus qui s'étaient introduits déjà précédemment, et ils en ajoutent de nouveaux.
Les besoins de leur cour, et à l'époque du schisme ceux d'une double cour, leurs menées diplomatiques, leurs guerres, les obligent à augmenter leurs ressources. Outre les décimes extraordinaires qu'ils imposent au clergé, ils pratiquent plus d'exactions qu'ils n'en avaient jamais reproché aux princes. C'est en vain que plusieurs d'entre eux essayent de rétablir une administration plus régulière; leur entourage est hostile à toute réforme.
La grande période de la papauté, à partir de Grégoire VII, avait commencé par la lutte contre la simonie; la fermeté déployée alors avait été une des causes des progrès de la puissance pontificale, qui était respectée parce qu'elle représentait, au sein du catholicisme, l'ordre et le droit. Au quatorzième siècle, oubliant ce qui avait fait sa force, elle devient elle-même simoniaque. Les fonctions ecclésiastiques ne semblent plus avoir d'autre importance que celle d'être des bénéfices plus ou moins lucratifs; elles sont des grâces que vendent les papes; on vend de même les dispenses, les absolutions, les jugements.
Un usage déjà ancien autorisait les papes à se réserver la collation de certains bénéfices. En 1265 Clément IV avait décrété que ceux qui deviendraient vacants en cour de Rome , ne seraient plus conférés que par le pape. Rome était toujours pleine de clercs étrangers, sollicitant des faveurs ou soutenant des procès ; si l'un d'eux venait à mourir, la prébende dont il
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avait joui dans sa patrie était aussitôt donnée à quelque protégé de la cour pontificale. Jean XXII étendit ce privilège du saint-siège aux bénéfices devenus disponibles par renonciation, par déposition, par le passage à une autre place. Il arriva ainsi que des cures, des canonicats, des évêchés tombaient en partage à des courtisans, qui continuaient de vivre à Avignon ou à Rome. Pour toutes ces provisions on payait des taxes. Les papes vendaient même des grâces expectatives , promettant la jouissance future de bénéfices dont les titulaires vivaient encore. Ils autorisaient le cumul, en accordant plusieurs prébendes au même personnage. Us réclamaient les annales, c'est-à-dire le revenu de la première année d'un bénéfice nouvellement conféré ; Jean XXII les exigea de toutes les charges et dignités, mais on finit par les restreindre «aux grandes prélatures » , abbayes, évêchés, archevêchés.
Pour prévenir les abus qui menaçaient de désorganiser les chapitres, plusieurs de ces corps statuèrent qu'ils ne délivreraient leurs prébendes qu'à des chanoines résidants. Ces règlements ne purent prévaloir contre les faveurs accordées par les papes; il fallut se tenir pour satisfait, si les étrangers faisaient au moins un séjour d'un an auprès de l'église dont ils étaient membres; le plus souvent même cette condition était éludée. Le désordre était partout ; on voyait des évêques en guerre avec leurs chapitres ; des prêtres se disputant de maigres chapellenies, ou ayant plusieurs cures et n'en desservant aucune ; des prélats et des chanoines jouissant dans divers pays de bénéfices qu'ils faisaient administrer par des procureurs et pour lesquels ils ne rendaient aucun service à l'église. Quand parfois un pape voulait intervenir pour faire respecter la discipline, il n'était pas sûr d'être obéi; c'est surtout pendant le schisme que l'autorité fut ébranlée jusque dans ses fondements.
On peut se figurer quel a dû être, dans ces circonstances,
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l'état moral d'une grande partie du clergé. La cour d'Avignon offrait un spectacle tel que Pétrarque la comparait à Babylone. L'exemple venu de si haut était imité plus bas. Nous répétons ce que nous avons dit à plusieurs reprises, il y a eu des exceptions qui ont sauvé l'honneur de l'église ; nous ne parlons que du clergé pris en masse. Adversaires et défenseurs des papes, clercs et laïques, sont unanimes à constater les progrès de la corruption 24. Un des pamphlets les plus véhéments est le de ruina ecclesiœ, longtemps mais faussement attribué à Nicolas de Clémanges 25 ; l'auteur fait avec une éloquence indignée le tableau des misères de l'église. Cupidité, avarice, mépris des choses spirituelles, amour effréné du monde, concubinage, tels étaient les vices qu'on reprochait aux clercs de tous les rangs.
Les hommes pieux et éclairés commencèrent à réfléchir aux moyens de remédier à ces maux, aggravés par le schisme. Ils recherchèrent une autorité qui fût supérieure aux papes et capable de réformer l'église dans son chef et dans ses membres;» cette autorité ne pouvait être que le concile universel.