Situation de l'Eglise de Paris au seizième siècle
La Noue (Bras-de-Fer), dans ses Discoui^s politiqîies et militaires , a traité avec une grande autorité la question de savoir si , comme beaucoup de personnes l'ont cru, Condé, en 1562, fit une faute en quittantParis dontil était maître. Le savant homme de guerre répond négativement. Cette question l'amène à exposer en quelques mots la situation de l'Église de Paris en 1562 et plus tard sous la Ligue.
« M. le prince de Condé ayant veu comment son frère le roi de Navarre s'esloit laissé peu à peu glisser en une vie délicieuse et abuser par les vaines et riches promesses de ceux qui se mocquaient de luy..., tascha de planter dans Paris la prédication de l'Evangile.» Cela réussit d'abord si bien, «qu'aux assemblées qui se faisoient, il se trouva telle fois jusques à 30,000 personnes. Tels beaux commencements invitèrent ceux de la Religion de chercher les
DE l'église RÉFORMÉE DE l'ARIS. 173
moyens de s'y establir, à (|uoi toutestbis ils furent un peu négligens. Mais quand les ed'els de la ligue se manifestèrent, alors aperçeurent-ils clairement qu'il convenoit faire ce qui, pour avoir trop tardé, n'esloit plus faisable.» Et voici pourquoi : «Je parleray premier de Paris, continue riiistorien, et monstreray les empeschemens qui s'y fussent trouvés. Chacun scait que là est le siège de Injustice, qui a une merveilleuse aulhorité. Et comme la ftiveur d'icelle eust beaucoup servi à ceux de la religion, aussi la desfaveur leur apportoit grande nuisance. Cependant tout ce sénat et sa suite se monslra toujours ennemy capital d'iceux, excepté très-peu. Le clergé qui en ceste cité est très-puissant et révéré, enrageoit de voir en public choses qui le touchoient si au vif, et sous main brassoit mille pratiques à l'encontre. Le corps de la Maison-de- Ville , craignant les altercations qu'il estimoit provenir de la diversité de la religion, s'efforçoit aussi de les bannir ou reculer. A ceste mesme fin tendoient aussi la pluspart de l'Université, et quasi tout le bas et menu peuple avec les partisans et serviteurs des princes et seigneurs catholiques.... Quant à la force nerveuse et asseurée de quoy ceux de la religion faisoient estât , elle consistoit en trois cens gentilshommes et autant de soldats expérimentés aux armes; plus en quatre cens escholiers et quelques bourgeois volontaires sans expérience. Et qu'estoit-ce que cela contre un peuple comme infini , sinon une petite mouche contre un grand éléphant? Je cuide que si les novices des couvens, et les chambrières des prestres seulement se fussent présentés à l'impourvue , avec des bâtons de cotterets es mains , que cela eust fait tenir bride. Néanmoins , avec leur faiblesse , ils firent bonne mine, jusques à ce que la force descouverte des princes et seigneurs ligués les contraignit de quitter la partie.»
(Observations sur plusieurs choses advenues aux trois premiers troubles) ^