DE L EGLISE REFORMEE DE PARIS. IX
cula, quae inire posset omnium ordinum secundis voluntatibus. Nulli non pertaesura esse Guisianae avaritiae, praecipue proceribus intolerabile videri tantum eorum fastidium. Quod si nihil aliud illura moveret, queniadmodum tandem contemnere posset Ecclesiae calamitates qiiœ illi suo sanguine charior esse débet ! Adferebam praeterea conjurationem quamcum Henrlco Guisiades fecerant in ejus perniciem, nec dubitare debere quin isti recuperata dignitate et adauctis viribus audaciores forent, faciiiusque perficerent quod obitu Ilenrici proliibiti fuissent exequi. Quod si quis obstinere illi viani conaretur, tum deinde rationes demonstrabam quibiis compescerentur adversarii, praecipue quod abs te in mandatis habebani. Permultis ullro citroque sermonibus habitis narrabat se velis ramisque aditui'um sui juris possessionem, inde facile posse laborantibus succurrere, sin autem adversariorum injuriis repelleretur, se quamprinmni domuni reversurum, — Quid, inquani, domuni aemulis concedens redire cogitas? An illam tibi maculam inuri patiere? An falles regni expectationeni ? Quis te postea erit in orbe princeps contemptior? — Keticuit aliquantisper, paulopost interrogavit quomodo tantum posses? quibus principibus uterere ? Negavi te quicquam temere poUiceri, satis passim esse notam gravitatem integritatemque tuani. De principibus autem, quoniam urgebat ut eoruni nomina ederem, quo saltein gratum animum erga illos exhiberet, non satis ea me tenere respondi, sed si illis uti vellet, brevi sciri posse qui et unde essent. — Germani, inquit, prodigi pollicitatores, at cum tempus est promissa palam faciendi, tum ad fidem fallendam sexcentas rationes habent in promptu. — Excepi Cbristianorum principum alios esse mores, praesertim cum de causa Christi agitur et de Christiano principe. Ad extremum quum neque accepisset, neque repudiasset conditionem quam ofl'erebam : de bis rébus, inquit, cum Lutetiam pervenero, iterum colloquemur, sed cave ne haec efferantur. Ergo aliquandiu expectandum est ut sciri certo possit qua> spes ab illo sit. Domum revertenti praesto mihi fuit Riverius ab Ottomanno missus cum iisdem fere mandatis quae abs te nuperacceperam, non paucisadjectisquœ nobis adjumento esse possunt. Verum âge, optime pater, si usque adeo ignavus ac vecors ille fuerit ut sibi nobisque déesse velit, nullane alia via est quae praesentibus Ecclesiae miseriis opitulemur....
De vidua Regina spes propemodum nulla ; cum enim satis comiter prioribus nostris litteris respondisset, et sperare jussisset tolerabiliorcm conditionem, deprehendimus paulopost illam de re nulla minus laborare quam de sainte pioruni. Nam cum, ea pnesente, Cardinalis mandata daretde vinctis extinguendis, non modo non leniit quidquam verbis de furore belluae, sed ne minimam quidcm significationem tristitiae dédit. Quapropter nostri senatus jussu litteras ad eam scripsi, acerbiores illas quidem, sed quas lenioribus verbis prescribi voluerunt; quibus perlectis : Ilem! inquit, eliam mihi minantur! Earum literarum exemplar tibi mitto ut videas quam ferrea sint pectora qua» Salanas occupavit, cum illi stomachum moverit quod inflectere ad misericordiam et dejicere apud Dominum ejus animum debuerat. Cardinalis mirabiliter furit. Nuper in senatum processit adductis una secum duobus et viginti libellis supplicibus, ul multitudine sententiarum Burgensem fortissimum Christi militem obrueret. Sed abiit vesanus infecta
X PMICIS 1>K L HISTOIRE
re , nain , cupidUate et factione Cardinalis suorumque addictorum palam deinonstrata, laies judices Biirgeiisis ejeravil, postulavitiiiR' ul, quoniain de senatus corporc esset, toliis seiialiis, non pars aliqiia, de sua causa cognoscerct. Itaque invilo Cardinal! (qui se exhausturum hujus sanguineni putabat, antequam NavarreKus advenisset), in longiorem diem dilatuni judicium est. Cyeterum nullum finem insectandorum piorinn papistae faciunt. Yix elaiiitiir septiniana quin aut aliquis vinciatur, aut vulneretur, aut interficiatur a stolida plebis credulitate, autignibus consuniatur, aut quin œdesaliquœ diripiantur. Ex quo efflcitur ut ad miserandam paucitatem sinius redacti. [lujus civitalis exeniplo passim per universum fere regnuni plèbes insaniunt. Dominus nostri niisereatur dignamque niercedem hostibus suis tandem rependat. Vale optinie colendissimequepater. CoUegasomnes nostros quaeso meo noniine salutes officiosissiine. — 15 Augusti 1539.
Tuus obsequentissinius lilius
F. MoRfLLANUS.
13 bujus niensis justa Uenrici facta sunt. Festinatur ad inaugurationem Francisci. Dictus est ad eam rem dies 25 hujus mensis. Te \avarrenus diligenter salutari jussit.
Tiaduclion.
Je suis allé trois journées au devaulduNavarrais , et j'ai essayé par tous les moyens de le décider. Malheureusement La Koclie-Chandieu , que nous avions envoyé avant la réception de la lettre, était reparti par un autre chemin avant mon arrivée. Dans le doute, il fallut avoir recours à des conjectures. Après avoir réuni avec soin tous les renseignements, je devinais (ce qui ensuite s'est conlirmé) qu'il est un peu mieux disposé qu'autrefois pour notre cause, mais qu'il vit dans une extrême frayeur; Montluc, Mande et d'Escars ont créé et entretiennent cette terreur, étant payés trèscertainement par les Guise pour l'énerver. J'employai toutes les ressources de mon esprit pour fortilier sa volonté. Je lui montrai que, par une intervention divine , puisqu'il ne s'attendait a rien do ce genre , une voie venait de s'ouvrir a lui pour arriver au gouvernail du royaume , et qu'il pouvait s'en emparer avec l'assentiment de tous les ordres. Tout le monde, dis-je, est dégoûté de la rapacité des Guise; les grands surtout trouvent leurs dédains intolérables; et, si rien d'autre ne l'émeut, comment peut-il enfin oublier les calamités de l'Église, qui devrait lui être plus chère que son propre sang. Je lui rappelai en outre la conjuration des Guise avec Henri III pour le perdre; il ue saurait douter que , rétablis dans leurs dignités et voyant leur pouvoir augmenté , ils ne deviendront plus hardis et accompliront facilement ce que la mort de Henri les a empêchés de faire. Enfin, pour le cas où quelqu'un lui barrerait le chemin, je lui développai par quelles raisons on réduirait les adversaires au silence, et je m'appuyai principalement sur ce que j'avais vu dans tes instructions. Après plusieurs discours de part et d'autre, il me déclara qu'il ferait valoir ses droits par tous les moyens, et que, s'il réussissait, il secourrait facilement ceux qui souffrent; mais que, s'il était repoussé par les injustices de ses adversaires, il retournerait au plus vite chez lui. --- Quoi , lui dis-je, vous pensez à retourner chez vous et à laisser le champ libre a vos rivaux ? Vous laisserez- vous imprimer une pareille tache? Tromperez-vous l'attente du royaume? Y aura-l-il alors sur la terre un prince plus méprisé ? — Après un instant de silence, il me demanda comment tu disposes d'un pareil pouvoir? de quels princes tu comptes te servir ? Je répliquai que tu ne promets rien a la légère, et que la gravité et ton intégrité sont connues partout. Et comme il insistait pour connaître les noms des princes, afin qu'il pût au moins leur témoigner sa reconnaissance, je répondis qu'ils ne me sont pas suffisamment connus, mais que , s'il voulait avoir recours a eux, je pourrais savoir en peu de temps qui ils sont et de quel pays. — Les Allemands, s'écria-t-il, sont prodigues en promesses, mais quand le moment vient d'exécuter publiquement ce qu'ils ont promis, ils ont bien vite mille excuses pour
DE l'église réformée DE PARIS. XI
manquer a leur foi. — Je prétendis que telles ne sont pas les liabitiides des princes chrétiens, surtout quand il s'agit de la cause du Clirisl et d'un prince également chrétien. Enlin , n'ayant ni accepté ni repoussé la proposition que je lui apportais , il ajouta : Quand je serai arrivé a Paris, nous reprendrons celle conversation , mais ayez soin que rien ne s'en ébruite. — H faut donc attendre encore quelque temps pour, savoir avec certitude ce qu'on peut espérer de lui. Comme je revenais ici, Holman m'a envoyé à la hàle La Rivière a peu près avec les mêmes instructions que j'avais reçues naguère de toi , mais avec un certain nombre d'additions qui pourront nous être utiles. Toutefois, très-excellent père, si cet homme est lâche et bas au point de faire défaut et a lui et a nous, tâche de trouver quelque autre moyen de porter secours aux souffrances actuelles de l'Église....
11 n'y a guère à attendre de la reine-mère ; car, quoiqu'elle eût répondu avec assez d'égards a notre première lettre et nous eût dit d'espérer une meilleure position, nous avons bientôt compris que le salut des fidèles est le dernier de ses soucis. Le cardinal ayant donné en sa présence l'ordre de tuer des prisonniers, elle n'a pas dit un mot pour apaiser la fureur de cette bête féroce, et n'a donné même aucun signe de mécontentement. Aussi, sur l'ordre de notre consistoire, je lui ai écrit une seconde lettre, assez vive , mais à laquelle on m'a fait ajouter des paroles plus douces. Après l'avoir lue, elle s'est écriée : Quoi ! ils me menacent moi aussi ! Je t'envoie une copie de cette lettre pour que tu voies combien sont endurcis les cœurs dont Satan a pris possession : elle s'irrite précisément de ce qui aurait dû l'exciter à la pitié et l'humilier devant le Seigneur. La fureur du cardinal necoimaît pas de bornes. Il s'est rendu naguère au parlement accompagné de vingt-deux [maîtres des] requêtes afin d'écraser Du Bourg, cet héroïque soldat du Christ, par le grand nombre des votes. Mais l'insensé n'a pomt réussi. La violence factieuse du cardinal et des siens s'étanl montrée au grand jour. Du Bourg a récusé de pareils juges, et, en sa qualité de membre du parlement, il a demandé à être jugé par le corps entier et non par une. commission. Aussi , malgré le cardinal , qui espérait s'enivrer de ce sang avant l'arrivée du roi de Navarre, le jugement a été remis à plus lard. Les papistes ne cessent d'ailleurs de persécuter les fidèles. Il s'écoule a peine une semaine sans qu'un des nôtres soit arrêté, frappé, mis en pièces par une population stupidement crédule, livré aux flammes, ou sans que quelque maison soit saccagée. Il en résulte que nous sommes réduits à un petit nombre déplorable. A l'exemple de la capitale , presque tout le royaume est exposé a cette fureur de la multitude. Que le Seigneur ait pitié de nous et châtie enfin ses ennemis suivant leurs œuvres. Adieu, très-excellent et vénérable père. .\Ies salutations aiïectueuses à tous nos collègues. — IS août 1559.
Ton très-obéissant fils, Kr, de Mouel.
Le 13 de ce mois on a rendu les derniers honneurs a Henri 11. On se hâte de procéder au sacre de François, pour lequel on a fixé le 23 de ce mois. Le roi de Navarre t'envoie ses salutations empressées.