TROUVÈRES GRANDS SEIGNEURS ET SOUVERAINS
QuESNE DE Béthlwe, poèle et guerrier, et l'un des plus célèbres chansonniers de son époque, naquit dans l'Artois vers le milieu du XII^ siècle. Il partit en 1189 pour la croisade.
Baol'l , châtelain de Coucy, contemporain de Quesne de Béthune, a laissé 24 chansons avec la musique notée (').
(i) Chansons du châtelain de Coucy , revues sur tous les manuscrits, par Francisque Michel, suivies de t ancienne musique (1850).
Robert de Béthuxe, sepliènic el dernier du nom, seignoiir do lîélbuno, de Tenremonde, do Uichebours et de Warneslon, avoué d'Arias el de St-Bavon à Gand. II élait second fils de rniillaiime de Béihune el de Mahaiit de Tenremonde. On lui allribue quelques chansons.
Robert dressa la nouvelle coutume : elle a été rapportée par Lindanus dans son Histoire de Tenremonde, el par Grammaye dans ses Anliquite's belges.
A.vDRiEU ou Andrieus Co> tredit, chevalier de la province d'xVrtois. On a conservé de lui 17 chansons.
Monseigneur Gilles de Vieux-Maison a laissé six ou sept chansons.
Maurice de Craon ou Pierre de Craon , son fils. Ces deux seigneurs se distinguèrent par leurs grandes richesses et par leurs talents poétiques.
Les chansons des deux seigneurs de Craon sont toutes du genre erotique.
Monseigneur Raoul de Ferriéres a laissé onze chansons notées.
Monseigneur Raoul de Soissons, second fils de Raoul de Nesle, a laissé treize chansons.
Raoul de Beauvais a laissé cinq chansons.
Robert du Chatel, d'Arras, d'après Fauchet, a laissé deux chansons notées.
Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre, considéré comme le premier poète français de son époque, naquit en 1201. Ses pastourelles, ses jeux-partis, ses reverdies ou chants de mai, se distinguent par la pureté , la grâce , la délicatesse, et de l'avis des meilleurs critiques soutiennent avantageusement le parallèle avec les chansons provençales du même temps.
Parmi les reverdies ou chants de mai, la sixième est surtout trèseslimée; Dante l'a citée deux fois dans son livre De vulgari eloquentia.
« Cette chanson, dit M. Paulin Paris, se recommande par la recherche » et la délicatesse des pensées. De la bonté, de la bonne grâce et de » l'amour le poète forme une trinilé inséparable. »
De fine amor vint séance et bonté.
Et amors vient de ces deux autresi; Tout troi sont un, qui bien i a pensé, Ja ne seront à nul jour départi.
Parmi les 66 pièces de poésie imprimées de Thibaut, se trouvent
39 chansons d'amour avec la musique notée, 12 jeux-parlis, 12 pastourelles el 13 servenîois.
Dans V Anthologie de Monet, on trouve le joli quatrain suivant sur Thibaut , el qui a été reproduit par M. Baron dans son Histoire abrégée de la littérature française :
Thibaut fut roi galant et valeureux; Ses hauts faits et son rang n'ont rien fait pour sa gloire, JMais il fut chansonnier, et ses couplets heureux Nous ont conservé sa mémoire.
Thibaut est le chef de ces nobles poètes qui crurent que l'éclat des talents ajoutait à l'éclat du nom. Il fut aussi le promoteur éloquent d'une nouvelle croisade, et mit à la voile au mois d'août 1239.
Les poésies du roi de Navarre ont été publiées en 1743, par Lévesque de la Ravaillière.
Gage Brûlé, poète et chevalier, originaire de la province de Champagne. Il nous reste de lui 79 chansons, parmi lesquelles ils s'en trouvent plusieurs composées en compagnie de Thibaut, comte de Champagne. « Ce prince, selon les Grandes chroniques de France, fil entre lui et » Gace Brûlé, les plus belles chançons et les plus délitables el mélo- » dieuses qui oncques fussenls oïes en chançon ne en vielle, et les fit » écrire en sa sale à Provins et en celle de Troies, et sont appellées » les chançons au roi de Navarre. »
HuGLEs, comte de la Marche, né en 1172, a laissé quelques chansons. M. Auguis cite la meilleure dans son recueil : Les poètes français depuis le XIP siècle jusqu'à Malherbe.
Henri III, duc de Brabant. On mentionne de ce prince trois chansons françaises, dans lesquelles on remarque de la grâce et de la facilité; la première a été publiée par M. Van Praet et les deux autres par M. Jubinal.
Jean I, duc de Brabant (1294). On a conservé de lui neuf chansons d'amour en langue flamande fMinneliederenJ ; elles se trouvent dans le recueil des Minnesingers allemands de Manezen, MS de la bibliothèque impériale de Paris, N° 7266, et publiées par M. F. Vanderhaeghen, ainsi que dans la collection : Onde vlaemsche liederen f Vieilles chansons flamandes) de M. Willems.
Charles, comle d'Anjou et roi de Sicile, frère de Sl-Louis. On connaît de ce prince deux chansons, dont l'une a été publiée.
Richard Coeur-de-Lion, roi d'Angleterre. Quelques écrivains ont voulu le placer parmi les troubadours. Ses poésies sont purement françaises ou en langue d'oil.
La langue française était en usage en Angleterre depuis le XI* siècle et ne cessa d'y être la langue des tribunaux qu'après l'édit d'Edouard III en 1367. Les actes du Parlement furent rédigés en français jusqu'à la fin du XV^ siècle.
Du temps de Richard, l'Angleterre était riche en trouvères anglonormands, attirés, prétend-on, par ce monarque, pour faire entendre sur les places publiques des chants à sa gloire.
D'autres trouvères chansoniuers, la plupart ducs ou comtes , se distinguèrent au commencement et dans le cours du XIII" siècle par leur talent poétique; tels sont le vidame de (Chartres; Jean de Dreux, comte de Bretagne; Pierre Mauclerc, duc de Bretagne; Jean de Brienne; Ilvcs de la Ferlé, ennemi redoutable de Blanche de Caslille, et qui prit une part active à la querelle des grands feudataires contre la régence de cette princesse; Renaud de Salleuil ; messire Bouchari de Mailli ou Marli , haut et puissant seigneur de Momoranci, etc.