‹ Précis de l'histoire de la musiqueChapitre 47 sur 64 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

Instinct musical des Russes. — La chapelle du prince Galitzin. — Chœur de la chapelle impériale. — Compositeurs russes. — Les meilleurs orchestres de la Russie. — Conservatoire de musique fondé par la Société Musicale Russe à St-Pétersbourg . — Anciens instruments nationaux des Russes. — Orchestre composé de cors de chasse russes.

Les personnes qui ont séjourné longtemps en Russie conviennent que les habitants de ce pays ont en général l'instinct musical trèsdéveloppé. La plupart des hommes et des enfants du peuple possèdent des voix très-justes et très-étendues , surtout des voix de basse profonde d'une rondeur et d'une sonorité comme on n'en rencontre guère ailleurs. Les grands seigneurs russes se plaisent à encourager parmi les paysans de leurs domaines ces tendances innées, et il y en a plusieurs qui consacrent même une notable partie de leur temps et de leur revenu à l'instruction musicale de ceux de leurs sujets chez lesquels ils reconnaissent

une aptitude spéciale ; c'est ainsi que le prince Georges Galilzin a fait les plus grands sacrifices pour former le chœur de la chapelle dont il est le directeur et l'organisateur. Les chanteurs de cette chapelle, renommés pour l'ensemble parfait et le fini de leur exécution, sont au nombre de quatre-vingt-dix environ; le prince, nous dit-on, les choisit à l'âge de sept ans, parmi les jeunes paysans de ses domaines du gouvernement de Tambou et les fait d'abord solfier lui-même chaque jour et mezza voce, pendant un an et demi. Quand ils sont ainsi initiés aux difficultés de la théorie et que la voix a eu le temps de s'affermir, il les fait entrer dans le chœur, où leur éducation s'achève. Ils font surtout de la musique religieuse, et le fond de leur répertoire se compose principalement des hymnes de la liturgie grecque, mises en musique par un savant musicien russe, nommé Bortnianski , né en 1751 dans la ville de Gloukoff, gouvernement de Tcernigoff. Il acheva son éducation musicale en Italie, auprès de Galuppi , à Venise. A son retour dans sa patrie, on le choisit comme directeur du chœur de la Cour, organisé sous le règne du czar Alexis Mikailovitsch , et qui reçut en 1796 le titre de Chapelle Impériale. C'est par les soins de Bortnianski , que le chœur de la chapelle est parvenu à ce haut degré de perfection qui le rend aujourd'hui l'objet de l'admiration de tous les artistes qui visitent la Bussie.

A part les hymnes cités ci-dessus, Bortniansky a composé une messe grecque à trois parties et beaucoup de pièces diverses pour le service spécial de la chapelle de l'Empereur.

L'harmonie des ouvrages de Bortnianski composés pour la chapelle est uniquement basée sur les combinaisons de l'accord parfait et de l'accord de sixte. Le chant de l'église grecque en Bussie étant chargé d'ornements, il a conservé ce caractère dans sa tnusique, tout en employant souvent les voix supérieures à soutenir une harmonie plane, tandis que les formes mélodiques passent dans les voix graves.

On considère aussi comme un savant musicien russe du siècle dernier : Berezosky, né en Ukraine en 1725, compositeur de la chapelle de l'Impératrice Catherine II depuis 1763 jusqu'en 1767.

Les compositeurs russes actuellement les plus connus, sont le prince Youssoupou en même temps violoniste distingué (l); le prince Dolgorouki ,

(i) Les artistes qui visitent St-Pétersbourg admirent l'excellence de l'orchestre organisé par les soins du prince Youssoupou; mais un des meilleurs orchestres

le général Alexis Lwoff, directeur de la chapelle impériale; la grandeduchesse Olga; les comtes Michel et Mathieu Wielhorski ; le prince Castriot; Antonio Ruhinstein, renommé pour sa musique dramatique et instrumentale; Warlamoff et Paschkoff; Strouïsky, auteur d'un opéra russe Paracha la Sibérienne, et d'une symphonie ayant pour sujet Napoléon; Alexandre Serguéievilch Dargomyski, dont les productions dramatiques se distinguent par une grande originalité; Vertuoski , à qui l'on doit l'opéra la Tombe d'Ascolt, ouvrage remarquable; le comte

Wielhorsky, connu par ses musiques instrumentales, etc Mais

le compositeur que l'on cite en Russie avec le plus d'orgueil est M. Michel de Glinka, auteur du premier opéra original russe dont le titre traduit est : la Vie pour le Tzar, représenté à St-Pétersbourg en 1839 avec un immense succès. Dans cet ouvrage, M. de Glinka a su mettre heureusement à profit l'élément particulier qui caractérise les chants populaires de son pays. A cette production succéda du même auteur un grand-opéra en cinq actes, Rouslann et Lioudmeta , dont le sujet est pris dans l'histoire ancienne des Russes et des grands-ducs de Kiew.

En 1852, l'empereur de Russie confia à M. de Glinka la direction de sa chapelle et de l'Opéra. Cet artiste est mort à Berlin en 1857.

La Société' Musicale russe de St-Pé(ersbourg vient d'y fonder sous le patronage de S. A. Impériale la grande duchesse Hélène, un Conservatoire de musique, où seront enseignés non seulement le chant, le piano, tous les instruments qui entrent dans la composition d'orchestre, l'instrumentation, la composition, etc.; mais l'histoire de la musique, l'esthétique et la déclamation. La durée du cours est fixée à six ans. Chaque élève peut choisir un instrument ou un objet d'étude de prédilection; mais le chant en chœur, l'élude du piano, l'histoire de la musique et l'esthétique y sont obligatoires pour tous. Le comité administratif aura soin, dit le règlement, de faire donner aux élèves, à part l'instruction musicale, les connaissances indispensables de la langue et de la littérature russe, ainsi que les éléments d'histoire et de géographie. La direction de cet établisse-

de l'Europe est, dit-on, celui de la célèbre Société Philharmonique, la plus belle institution musicale de la Russie, fondée en 1752, dans le but d'assurer par le produit de ses concerts, des secours et des pensions aux veuves et orphelins de musiciens. Les théâtres italiens de St-Pétersbourg et de Moscou possèdent également des orchestres renommés.

ment ayant voulu en faire concorder l'inauguration et l'ouverture avec la fête du jubilé millénaire de Russie, cette solennité a eu lieu par conséquent le 20 septembre dernier (1862).

Page 1