ÉGLISE SAINT-PHILIPPE
A Philippe et à Bonne de Lannoy étaient réservés le soin et le mérite de pourvoir, par la construction d'une église, aux besoins spirituels de la ville que leur père avait fondée , et ils le Grent en effet dans les dernières années du XV e siècle ou au moins dans les premières années du siècle suivant. C'est dans cette église, dédiée à saint Philippe , apôtre , que les fondateurs trouvèrent leur sépulture sous une tombe élevée de trois pieds au milieu du chœur et que la Révolution n'a pas respectée.
L'édifice n'offre rien de remarquable, ni même rien d'homogène dans ses caractères architecturaux. En effet , tandis que l'abside du chœur est percé de baies ogivales entre contreforts étagés, les bas côtés sont éclairés par des fenêtres à cintre quelque peu surbaissé et soutenus par des contreforts unis. La nef principale est séparée des deux autres par des colonnes cylindriques , à bases élevées , octogones et à chapiteaux simples , supportant des arcades fortement surbaissées. Tout cela , à part l'extrême pauvreté de détails, caractérise bien l'époque de la construction de l'église.
Le premier clocher s'élevait au milieu de la nef et ren-
fermait plusieurs cloches donl la plus grosse, Campana major, fondue en 1724 et bénie le 22 juillet de cette année par maître Landrieu , pasteur de Lannoy, s'appelait Jean-Bapti$te et avait eu pour parrain Jean-Baptiste Defrenne , lieutenant du prévôt, et pour marraine Catherine Parent, épouse de Jacques Lecherf. Naguère encore il était présent au souvenir des plus vieux habitants que l'une de ces cloches , devenue la proie légale de la Nation, avait eu pour marraine, peu avant la Révolution, Madame la comtesse de Gand, et pour parrain M. Le Dieu , prévôt de la ville.
Le clocher fut transporté au commencement de ce siècle audessus de l'entrée principale et effraya longtemps la population par sa triste apparence et son peu de solidité. On n'y plaça qu'une cloche nommée Marie, qui eut pour parrain, en 1811 , M. Alexandre Desbrochers, maire de la ville, et pour marraine Henriette Defrenne, épouse de M. Dcgrimonpont, brasseur, à Lannoy.
On essaya, en 1843, de consolider ce clocheton en même temps qu'on disposait la tribune pour recevoir des orgues, fruit d'une souscription dans la ville et dont l'inauguration eut lieu le 7 janvier 1845. Mais malgré les travaux importants qu'on y exécuta, le ruineux édifice n'offrit jamais que des dangers, et en dernier lieu l'usage en fut interdit. L'Administration municipale, aidée par un secours de 6,000 francs de l'État, par un don de 2,000 francs de M. le doyen Delahaye, par les souscriptions des habitants s'élevant à 2,500 francs et par une subvention de 4,000 francs de la Fabrique , fit construire une tour dont la première pierre fut solennellement posée le 12 décembre 1857, par M. le Doyen Delahaye. Cet édifice, solidement et élégamment bâti d'après les plans et sous l'habile direction de M. Maillard, architecte à Tourcoiug , a coûté 21,000 francs.
La nouvelle tour renferme deux cloches fondues par M. Ernest Bollé, «lu Mans; l'une d'elles pèse près de 2,000 kilog. Elles
ont coûté 10,000 francs acquittés à l aide des dons et offrandes dos fidèles s'éievant à 6,325 francs 50 centimes, dune subvention municipale de 1 ,000 francs et des ressources de la fabrique. Ces deux cloches ont été bénies le 16 mai 1859 par Mgr. Régnier, archevêque de Cambrai, en visite pastorale. La plus forte, du nom de Fidéline-Amandi ne-Clémence Jeanne -Pauline- Philippine, a eu pour parrain M. Motte-Brédart , chevalier de la Légion-d'Honneur , président du Conseil de fabrique de l'église Saint-Martin, de Roubaix, adjoint au maire de cette ville, et pour marraine l'épouse de M. Amand Boutemy-Hennion, filateur, membre du Conseil de fabrique de Lannoy et du Conseil municipal de cette ville. La seconde cloche, du nom de Louise- Adèle- Marie, a eu pour parrain M. Louis De lïrennes -Del court, fabricant , trésorier de la fabrique de l'église de Lannoy et membre du Conseil municipal de celte ville , et pour marraine l'épouse de M. Henri-Joseph De Cottignies-Leclercq , marchand à Lannoy, président du Conseil de fabrique de cette paroisse.
A l'entrée de la tour , en face du grand portail , se trouve aujourd'hui assez mal placée la pierre sépulcrale, déjà fort mutilée , d'un.ancien seigneur de Courcelette et de sa femme. On n'y lit plus qu'avec peine sous le bas-relief l'inscription sut* vante :
Cy devant reposent les corps de Josse Dv Chastel , esevier. seignevr de CovrceleUes, vivant grand bailly et prévost deceste ville , et damotselle AnneLeRoy, sa femme, lesqvelz trespassèrent assçavoir led* s r le cineqviesme de fcbvrier XV e Ml" et seize et lad»e due le XXII e de jving mil six cens quatre.
Priez Diev povrlevrs âmes.
Si maltraitées que soient les figures de ce monument, il reste encore dans les sculptures quelques détails pleins de finesse et de grâce. L'écuver et son épouse sont représentés à genoux, les
mains jointes, au pied de la croix où expire le Sauveur du monde. Au-dessus l'écusson du mari : Du Chastcl portail d'argent à trois /ton* de sable, 2 et i , à une tour d'argent en abime. Timbre couronné ; cimier : un lion naissant de sable , issant d'une couronne d'or. Dans le bas de la pierre l'écu méconnaissable de la dame : Le Roy portait, d'après Le Blond , d'azur au chevron «for De chaque côté quatre quartiers généalogiques où Ton reconnaît les armes de Catherine de Meuninck. mère de Josse Du Chastel.
Le cimetière était et est encore autour de l'église ; mais la ville vient d'acheter un hectare de terrain sur le territoire de Lys contigu à Lannoy, poor y faire un champ de repos et se conformer ainsi à la loi qui veut que les cimetières soient au nord et au moins à cent mètres des habitations.
Pendant la Révolution , l'église Saint-Philippe , légalement dépouillée par les pillards nationaux de tout ce qu elle possédait de précieux, servit tour à tour de magasin au fourrage , d'atelier de salpêtre , de grange et sans doute de temple à la Raison, car on raconte qu'un membre du district, promenant par la ville la déesse républicaine , l'encensait à chaque carrefour , après avoir prononcé un discours plein d'emphase , suivi de chants dits patriotiques. Au mois de frimaire an II, on déposait à l'administration du district de Lille les vases sacrés, les argenteries , les cuivres , les reliquaires , les ornements, dont l'inventaire avait été dressé par des officiers municipaux en présence du comité de surveillance de Lannoy.
Le trésor actuel de l'église renferme entre autres richesses, un ostensoir de grand prix, rehaussé d'une parure de diamants
évalués 8,000 francs, légués à l'église en 1849 , par Madame Favereau, née Desbrochers, à charge d'en faire un bouquet pour le Saint-Sacrement , et avec condition expresse de ne jamais le vendre.
L'église de Lannoy est relativement riche en tableaux, riche en nombre et en qualité. Outre ceux qui sont encadrés dans les rétables des trois autels, on en compte huit anciens dont plu sieurs sont des œuvres remarquables.
On admire surtout à l'entrée , un Christ en croix , toile d'un grand mérite. Le torse du Dieu crucifié est d'nne exactitude anatomique et d'une touche merveilleuses, sa tête pleine. d'expression. Le tableau des fonts baptismaux, représentant le Baptême de Notre-Seigneur, est aussi bien digne de fixer l'attention des connaisseurs; Mgr. Belmas s'y arrêtait toujours dans ses visites pastorales. Au même lieu , deux autres peintures montrent Saint-Augustin au moment où la voix lui dit en chantant : Tollt , lege ; toile Ucfi ; et Saint-Jérôme lisant les livres saints.
Les deux tableaux sur bois qui recouvrent les pilastres de chaque côté du sanctuaire et qui paraissent être des volets d'un ancien triptyque, représentent des actes de Saint-Philippe, apôtre. Dans le sanctuaire même, l'Adoration des Mages, peinture sur bois donnée à l'église par M. Mulle-Dujardin , est
aussi d'une beauté irréprochable; elle a pour pendant la Résurrection de Lazare, toile donnée par M. Thieffry.
Le tableau du maltre-autel a pour sujet : Le diacre Philippe baptisant l'eunuque de Candace , reine d'Ethiopie (actes des Apôtres, ch. VIII). A l'autel de droite , c'est un miracle opéré par les mérites de Saint Philippe de Néri. A l'autel de la Sainte- Vierge, on voit Saint Philippe de Beniti ou de Florence demandant au pape Grégoire X la confirmation de l'ordre des Servîtes. Cependant c'est à Saint Philippe , apôtre, que l'église de Lannoy est dédiée; comment se fait-il que l'auteur inconnu
de ces peintures ou ceux qui les lui ont commandées aient cherché leurs inspirations dans les actes de trois autres saints du même nom, exposant ainsi les fidèles à ne plus reconnaître le véritable patron
Le chemin de la croix donné par quatorze familles lannoyennes a été solennellement érigé en 1847 par M. le doyen Gourdin , assisté du R. P. Possoz, de quatre curés du canton et de M. Couplet , principal du collège de Roubaix.
Les vitraux peints du chœur proviennent des dons de M. le doyen Delahaye , des époux Motte-Bossut , de Roubaix , de Mme. veuve Catteau , de la famille Dewismes, et sont, à l'exception du premier, dédiés à la mémoire de personnes chères aux donateurs.
Pour ne pas pousser plus loin cet inventaire , bornons-nous à constater que l'église de Lannoy est ornée avec une certaine munificence. Il est remarquable en effet de voir combien cette petite ville de Lannoy. si peu riche et de mœurs si peu fastueuses, est cependant libérale envers la maison de Dieu ; la plupart des objets qui concourent à la décoration des autels et de l'église rappelleraient, si nous pouvions en continuer l'éuumération , les pieuses offrandes des habitants et de leur généreux pasteur.
ni.
Jusqu'en 1636 , l'église de Lannoy resta succursale de Lys ; le 14 février de cette année, mourut maître Jacques Ouret, pasleur de Lys , laissant des biens suffisants pour fonder la cure de Lannoy et faire ériger en paroisse l'église Saint-Philippe ; ce qui eut lieu par le ministère de Maximilien Vilain de Gand, évéque de Tournai. La fondation Ouret fut l'objet de longues difficultés
dont nous ne connaissons pas la nature , mais qui furent ter* miné, s en 1676 par une transaction portant que les rentes dont se composait le legs seraient abandonnées au Magistrat de la ville, à charge par celui-ci de garantir à perpétuité 450 florins au pasteur, et 100 florins au vicaire. La cure de Lannoy, dit Jacques Legroux , fut presque ruinée par le rembours de billets de la banque de Law en 1720. Cette cure était conférée de plein droit par l'évêque de Tournai.
Au -concordat , Lannoy , chef-lieu de canton , devint l'un des décanats de l'arrondissement de Lille. A son tour, la paroisse de Lys fut réunie a celle de Lannoy, sous le nom de section de la chapelle de Lys desservie par un vicaire ; elle ne fut rétablie en paroisse particulière , succursale du décanat de Lannoy , qu'en
Suivant l'article 76 du concordat , le Conseil municipal de Lannoy eut à nommer le 1 er floréal an xi , trois administrateurs de la fabrique, dont un de la commune de Lys ; mais le décret du 30 décembre 1809 apporta dans cette administration une organisation plus complète qui est encore suivie ; le Conseil de fabrique constitué à Lannoy suivant ce décret fut installé le 14 mars 1811.
Le loyer de douze cents de terre à Étaimpuis, de sept cents à Evregnies , de deux cents donnés par Ferdinand Desprez le 25 décembre 1731 , quelques menues rentes parmi lesquelles une de 26 livres 10 sous léguée le 24 janvier 1703 par maître Sébastien Malfait, pasteur d'Obigies, à charge de 12 messes basses à célébrer chaque année dans la chapelle ; les 30 livres qu'on recevait du seigneur pour les 12 obits fondés par Philippe et Bonne de Lannoy , le 1 er avril 1532 ; les obits à charge de la table des pauvres , la messe du corps des baulelisseurs , les pourchats , les offrandes du jour de Saint-Marcou , la location des chaises et
* Le Glay. Cameracum Chrittianum ; appendice , p. 429.
bancs , les funérailles soleunelles , bourgeoises et demi-bourgeoises, composaient avant la Révolution les recettes de l'église, qui s'élevaient à environ 1,000 livres et avaient peine à balancer les dépenses.
Les ressources actuelles de la fabrique consistent dans le revenu de 90 ares de terre à Etaimpuis qu'elle a recouvrés non au concordat , mais à la Restauration ; dans la location des chaises . dans les droits qu'elle perçoit en vertu des tarifs dresses conformément aux règlements des évoques , dans un secours annuel de la commune ; ensemble elles ont atteint en 1863 le chiffre de 3,344 francs 80 centimes , qui est aussi celui des dépenses.
Quatre confréries sont érigées dans l'église de Saint-Philippe à Lannoy :
1° La confrérie du Très-Sain t-Sacremenl, à laquelle notre Saint Père Pie IX a accordé des indulgences par une bulle du 13 novembre 1829.
2° La confrérie de la Très-Sainte Vierge , affiliée à l'archiconfrérie du Très-Saint et Immaculé Cœur de Marie, établie à Paris dans l'église de Notre-Dame-des-Victoires.
3* La confrérie de Saint-Marcou et de Saint-Roch , à laquelle notre Saint Père Pie IX a accordé des indulgences par rescrit donné à Rome, le 27 juillet 1850. — L'église de Lannoy possède une relique de Saint-Marcou obtenue par M. Gourdin, doyen-curé de cette ville, et des reliques de Saint-Roch et de et de Saint-Antoine , vénérées au couvent des Croisiers avant la Révolution , et retrouvées par M. le doyen Delahaye en juin 1849. Il se faisait et se fait encore un pèlerinage considérable à Saint Marcou qu'on vient invoquer pour la guérison des écrouelles.
4° La confrérie des Fidèles Trépassés, affiliée par le Saint-Siège à l'archiconfrérie érigée à Rome dans l'église de Saint-Biaise, sous le titre de Notre-Dame du Saint-Suffrage.
On a imprimé à Lille, chez Lefort , en 1864, pour ces quatre confréries, un très-bon petit livret qu'on doit aux soins de M. le doyen Delahaye.