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COUVENT DES SŒURS GRISES

En l'année 1658 , sœur Marie Delannoy, supérieure des Sœurs Grises de Loo , près de Furnes en Flandre , et trois de ses religieuses, fuyant « les injures et furies des présentes guerres , » vinrent se réfugier à Lannoy, dans la châtellenie de Lille ; et comme elles s'y trouvèrent « fort chéries et aimées du peuple , » elles demandèrent et obtinrent, le 31 janvier 1659 , de la comtesse douairière d'Isenghien , la permission de se fixer dans la ville , d'y ériger un cloître à leurs frais , afin que tant plus éloignées des ennemis de la foi et sous les ailes et la protection de Son Excellence, elles pussent au mieux qu'il leur serait possible vaquer à leurs fonctions religieuses, instruire la jeunesse, visiter et garder les malades lorsqu'elles en seraient requises.

Jacques Waymel , greffier de Lannoy, leur vendit une maison vulgairement appelée La Broyé 1 , comprenant salettes , cuisine, chambres, ouvroir, étables, et deux cents de terre, faisant le coin de la rue menaitf vers l'église, aboutissant sur le Haut-Jardin , tenant à la taverne de V Ecorne , au jardin des Archers et au vieux fossé de la ville. Cette vente était faite au prix principal de 3,000 livres, et à condition que les religieuses , aussitôt leur église bâtie, feraient célébrer chaque année , à perpétuité , un obit pour l'âme du vendeur et celle de sa femme , qu'elles enseigneraient gratuitement à lire et écrire aux enfants , nés et à

1 Du nom de son ancien propriétaire Antoine do La Broyé , écuyer.

naître , de Péronne Waymel , fille du vendeur, et apprendraient aux filles les travaux d'aiguille et autres « pour le gain de leur vie. » — La dame de Lannoy leur fit remise des droits seigneuriaux qui lui revenaient à raison de cette vente et de la rente foncière de 36 gros dont la maison était chargée.

Par acte du 28 juin 1660 , les religieuses du Tiers-Ordre de Saint-François, dites de l'Immaculée -Conception de Notre* Dame , reconnurent Marguerite-Isabelle de Mérode , douairière d lsenghien , comtesse de Middelbourg, dame de Lannoy, Houplines- sur-la-Lys , etc., pour fondatrice de leur couvent à ériger en ladite ville de Lannoy, promettant de prier journellement en commun pour la prospérité spirituelle et corporelle de la comtesse , et après son trépas de faire célébrer chaque année, à perpétuité, un obit solennel pour le repos de son âme.

Le prévôt et les échevins de Lannoy, puis l'évêque de Tournai avaient en ce qui les concernaient donné leur consentement à l'établissement des sœurs ; mais il fallait aussi celui du roi à qui le Conseil privé proposa de l'octroyer aux conditions et réserves suivantes : Que les sœurs devraient se contenter du lieu qui leur serait assigné sans pouvoir prétendre à aucune extension ; — qu'elles seraient tenues de payer les vingtièmes du revenu de la maison et des héritages en dépendant appliqués à leur usage ; — qu'elles contribueraient aux charges bourgeoises, maltotes et autres comme les manants de la ville ; — qu'elles reconnaîtraient le pasteur de l'église paroissiale r — que l'office divin ne serait célébré en leur église qu'aux heures désignées par ledit pasteur ; — que pour les services et sépultures elles se conformeraient aux usages de la ville.

Mais toutes ces conditions et réserves , si elles ont été imposées au nouvel établissement consacré par les lettres-patentes de Sa Majesté Catholique, du 7 septembre 1662, ont été dans la suite élargies par des concessions successives de l'échevinage et des seigneurs de Lannoy, desévôques de Tournai, et même des

rois de France sous la domination desquels le pays n'a pas tardé à se trouver soumis.

Les Sœurs Grises étaient à peine établies qu'elles recevaient dans leur couvent plusieurs novices qui apportaient en dot 1,800 à 2,000 livres et plus chacune , que la comtesse de Vertain leur confiait une enfant dont elle se chargeait de payer la pension ; que Ja douairière d'isenghien transportait chez elles un lit fondé dans l'hôpital de Middelbourg. De leur côté , les Etats de la province les exemptèrent du paiement du vingtième. Puis vinrent les donations et les fondations.

Sœur Bonaventure Liénard , religieuse non encore professe , donne à la communauté qui avait déjà touché sa dot , 600 florins à prendre sur les biens les plus clairs que le trépas de sa mère vient de lui apporter.

Par son testament en date du 8 novembre 1676 , Marie Loge, fille de feu Guillaume , lègue à l'hôpital de l'Immaculée-Conception, de Lannoy, tous ses biens, meubles et immeubles, à charge perpétuelle par les religieuses dudit hôpital d'y entretenir et nourrir deux filles honnêtes et orphelines natives de Lannoy, de leur apprendre à faire de la dentelle et tout autre métier de femme qui leur permît de gagner la vie.

Le 7 mars 1679, Marie de Riquebourg , de Lille, passa aux religieuses , par son testament , une rente de 26 florins à charge de faire célébrer, à perpétuité, une messe tous les jeudis de l'an , pour le repos de son âme.

Si bien qu'en cette année 1679, les religieuses purent acquérir au prix de mille livres , avec l'autorisation de la comtesse de Middelbourg, qui leur fit remise de ses droits seigneuriaux , une maison voisine pour l'agrandissement de leur couvent qu'elles furent bientôt en état d'approprier. Le prince d'isenghien leur vint en aide en leur donnant des bois nécessaires à leur construction.

En 1692, l'évoque de Tournai trouvant leur église assez dé-

cenle pour que le service divin pût y être célébré , leur permit de se servir d'un autel portatif et de faire bénir ladite église pour y enterrer les religieuses.

Le 24 juillet 1696, elles firent l'acquisition de 66 vergers de jardin tenant à leur enclos , cédées au prix de 400 livres , par la compagnie franche des archers de Lannoy.

La petite association croissait en nombre sous les auspices de rfmmaculée-Conception. Les dots de nouvelles religieuses, dont l'une apportait un bonnier de terre à TempleuYe-en-Dossemez, le revenu de 7 cents de t rre acquis à Hem , les rentes particulières que les parents assuraient à leurs filles a pour leurs menues nécessités, » et qui revenaient à la communauté après la mort des sœurs rentières , les fondations de lits , les sommes que de vieilles femmes abandonnaient au couvent pour y être nourries et entretenues, le travail de la maison , l'aumône de cent livres que le roi accordait annuellement, tout cela amenait sinon l'aisance, qui fut toujours inconnue aux filles de Saint-François, du moins le nécessaire à la vie matérielle. Il faut d'ailleurs si peu de chose à de pieuses vierges qui se nourrissent de l'amour de Dieu et des pauvres.

Mais, hélas ! cette naissante prospérité s'abîma dans le terrible incendie qui réduisit en cendres la moitié de la ville de Lai noy.

Le il avril 1701 , les Sœurs Grises virent dévorer par les flammes leur église et ses ornements ainsi que la plus grande partie de leur couvent et de leurs meubles. Le sinistre les mit dans la plus grande détresse. Il fallut tendre la main à l'aumône, s'adresser à toutes les générosités, aux gentils-hommes, aux abbés des couvents, aux curés, aux personnes pieuses, et promettre en retour des vœux et des prières , c'est-à-dire tout ce que peuvent donner de pauvres sœurs mendiantes.

Tant bien que mal, pourtant, une chapelle provisoire était élevée au mois de septembre suivant. L'évêque de Tournai permit d'y faire l'eau bénite à voix basse , pour les religieuses et les per-

sonnes de la maison seulement, et que la bénédiction du saint ciboire leur fût donnée tous les quinze jours à la fin de la basse messe de la communauté , à laquelle cérémonie elles pourraient chanter l'hymne convenable à l'auguste sacrement des autels, le tout sans préjudice à la messe paroissiale. La procession de la ville put s'y arrêter comme par le passé , le peuple y entendre journellement la messe et les enfants pauvres continuer à y puiser l'instruction gratuite à laquelle ces charitables filles s'étaient vouées.

Les œuvres de Dieu se fortifient dans les épreuves et les croix. Une novice apporta fort opportunément une dot de 1,500 florins. La comtesse de Middelbourg avait légué par testament aux religieuses qui Pavaient reconnue pour leur fondatrice , une somme de 5,000 florins qu'elles n'avaient jamais pu toucher et qui leur eût été d'un si grand secours en ce moment ; elles cédèrent au prince d'Isenghien leur droit à ce legs , moyennant 500 florins qu'il leur donna par aumône , à charge par elles de faire célébrer tous les ans, à perpétuité, un obit pour les princes et princesses d'Isenghien, seigneurs de Lannoy.

Enfin , une personne généreuse que nous savons être M. Jean- Éloy de Le Ruielle , avocat à Lille , s'offrit d'ériger à ses frais une grande et belle chapelle avec un clocher. L'évêque ordonna à la communauté de prier le Seigneur pour cet homme charitable et pour qu'un si pieux dessein fût conduit à son entière exécution. Le 13 juillet 1716, M 8 Pierre Landrieu , pasteur de Lannoy, assisté du sieur Deleporte, vicaire, et de l'abbé Fourmarié, coutre, bénit la nouvelle chapelle pour qu'on pût y célébrer l'office divin et qu'elle pût servir de sépulture aux religieuses, alors au nombre de dix-sept.

Le sieur de Le Ruielle , demanda , par son testament , à être inhumé dans la chapelle des sœurs, au-delà de la balustrade, du côté de l'évangile, près de l'autel, et qu'à cette place une grande

pierre de marbre blanc, de six carreaux au moins, portât en bons caractères l'inscription suivante :

« Sépulture de maître Jean-Éloy de Le Ruielle , conseiller du Roy au bailliage et avocat postulant à Lille , bienfaiteur de cette communauté , lequel après avoir beaucoup contribué au bâtiment et à l'ornement de cette chapelle , y a fondé cinq messes par semaine à décharger à son intention , et un obit annuel avec distribution de pains aux pauvres de ce lieu , le tout à perpétuité; décédé le —

âgé de Amis lecteurs ayei la charité de prier Dieu pour le

repos de son âme. *

Il assigna 15 florins pour la distribution de pains aux pauvres après l'obit annuel , et 15 autres florins pour procurer aux religieuses une honnête récréation avec quelques verres de vin , espérant qu'elles l'auraient toujours pour recommandé dans leurs prières et bonnes œuvres. Tl donna en outre auxdites religieuses une somme de cent florins destinée à l'achat d'une bonne pièce de vin.

Le charitable de Le Ruielle mourut vers 1722. 11 fut aidé dans son œuvre pieuse par Catherine Laillier, veuve en secondes noces de Bauduin Campion , bailli de l'église de Saint-Étienne à Lille , laquelle dame donna en avancement des bâtiments du couvent une somme de 2,000 florins, une autre de 600 florins pour obtenir d'être inhumée dans la chapelle près du conseiller de Le Ruielle , son cousin , et 30 florins par an pour un obit à perpétuité avec distribution de double pitance et d'une pinte de vin à chacune des religieuses, et de 200 pains de mousquetaire aux pauvres de Lannoy. Elle laissa enfin au couvent sa vaisselle, son argenterie, ses meublçs, et ce qui resterait de la vente de ses immeubles après que ses exécuteurs testamentaires auraient satisfait à toutes les clauses de ses dernières volontés.

Catherine Laillier et Barbe , sa sœur, avaier t fondé, par disposition du 7 juin 1686 , dans la maison des hospitalières <V

Lannoy, deux lits pour des pauvres femmes de leur parenté; un règlement donné en 1723 par la Gouvernance de Lille, arrêta que celles qui en seraient pourvues devraient porter respect aux relt gieuses , qu'elles ne pourraient sortir de la maison sans la permission de la supérieure , et y rentreraient aux heures marquées ; que pour leur nourriture , il leur serait donné au déjeuner des tartines et du potage ou du bouillon lorsqu'elles seraient malades ; au diner, de la soupe et une demi-livre de viande dont elles pourraient réserver une partie pour leur souper composé de tartines et de potage ; au diner des jours maigres,des œufs avec le potage ; à chaque repas une pinte de bière « composée de 3 havots à la rondelle ; » que leur travail serait à leur profit, à condition de s'entretenir elles-mêmes de tous habillements, si mieux elles n'aimassent travailler au profit du couvent, auquel cas les religieuses les leur fourniraient. Celles qui prétendraient à ces lits , c'est-à-dire les plus proches parentes des fondatrices, les plus pauvres , les plus infirmes , les plus âgées , devraient donner leur généalogie et les renseignements nécessaires au procureur du roi près la Gouvernance de Lille , pour reconnaître les sujets qui y auraient le plus de droits.

En 1731, les religieuses durent faire l'acquisition d'une maison prise en partie dans celle qui leur servait d'école et dont le voisinage les incommodait. Cette maison contenait en fonds 64 verges de terrain.

M. Huleu, curé de Roubaix , énumère , le 13 avril 1739 , les biens que possèdent les sœurs hospitalières de Lannoy, dont il est le supérieur. Pour la fondation de deux lits , en 1686, elles reçoivent annuellement , en six lettres de rente , 181 florins ; — elles ont pour la même fondation une maison rue du Vert-Bois à Lille, au loyer annuel de 138 florins; — pour la fondation de deux messes par semaine, elles reçoivent en deux lettres de rente, 72 florins ; — pour l'huile brûlée devant le Saint-Sacrement, une lettre de rente de 12 florins ; — elles possèdent une autre lettre

de rente de 36 florins , provenant de la dot d'une religieuse ; lesquelles rentes sont payées par les États de la châtellenie de Lille. — Pour la fondation de deux messes par semaine , il leur a été donné une maison dans la rue du Curé-Saint-Sauveur, à Lille , au rendage de 84 florins ; — elles ont acquis , le 7 février 1687, 7 cents de terre à Hem , au rendage de 20 florins; — et enfin un bonnier de terre à Templeuve-en-Dossemez , au rendage de 30 florins , leur a été donné le 16 mai 1685 pour la dot d'une religieuse. Le supérieur certifie que c'est là généralement tout ce que possèdent ces pauvres religieuses , à la réserve de 100 livres d'aumônes dont Sa Majesté a la bonté de les gratifier tous les ans ; aussi ne manquent-elles point de prier chaque jour pour la longue et heureuse conservation de sa personne sacrée, sa famille royale et la prospérité de ses armes.

Par acte du 4 octobre 1754, les religieuses déclarent qu'après la mort de leur très-chère sœur Alexandrine Desreux , elles feront célébrer annuellement, pendant 40 ans, un obit dans leur église pour le repos de son âme , comme une juste reconnaissance que la maison lui doij pour les nombreux services qu'elle y rend et le bien qu'elle y accomplit en employant aux besoins communs les épargnes de sa rente et le produit des jours de travail accordés aux sœurs pour leur entretien en habillements, linges et autres besoins particuliers , « en se privant de beaucoup de satisfactions et menus plaisirs permis par les supérieurs, en évitant par mortification toute superfluité en son essentiel besoin , pour en faire employ à renouveler l'oratoire d'un beau plancher, y ayant aussi fait construire quatorze belles formes en menuiserie , dont on était privé auparavant. Plaise au Seigneur, Dieu tout puissant , que cet exemple serve de modèle à toutes celles qui doivent composer la communauté. »

Le pape Pie VI accorda , le 7 novembre 1776 , une indulgence pleinière pour tous les fidèles qui vraiment pénitents, s' étant confessés et ayant reçu la sainte communion , visiteraient dévote-

ment l'église de Saint-Joseph du couvent des sœurs de Saint- François à Lannoy, le jour de la fête de Saint-Joseph , depuis les premières vêpres jusqu'au coucher du soleil , et y. prieraient pour l'union entre les princes chrétiens , l'extirpation des hérésies et l'exaltation de notre mère la sainte Église.

Qu'ajouterons-nous à l'histoire de ces dignes filles de Saint- François durant les quelques années qui les séparent encore de la Révolution, leur suprême épreuve. Leur vie si saintement fructueuse pour la jeunesse qu'elles instruisaient, pour les pauvres qu'elles secouraient , pour les affligés qu'elles consolaient , pour les malades qu'elles soignaient , pour toute la ville qu'elles édifiaient, s'écoulait pour elles péniblement, parmi toutes sortes de sacrifices , d'abnégations et d'excessives privations.

En 1780, le temps avait considérablement endommagé la toiture et les vitres de leur église ; l'évêque de Tournai leur permit , en les recommandant chaleureusement, de se présenter dans les maisons aisées, les chapitres, les abbayes et les monastères du diocèse , pour solliciter les secours dont elles avaient si grand besoin , non-seulement pour rendre la décence à leur chapelle , mais encore pour soutenir leurs forces épuisées dans l'exercice incessant de la charité- Eh bien 1 réduites comme elles sont à la plus extrême pauvreté, elles tendront encore une main secourante à d'autres infortunes.

Le 14- juin 1782 , la prieure du couvent de Lannoy recevait du procureur général des Annonciades la lettre suivante datée • de Douai :

«c Les religieuses Annonciades de la ville de Lille , ma Révérende Mère, ayant contracté des dettes pour une somme à peu près égale à la valeur de toutes leurs propriétés réunies , et dont les intérêts excèdent de beaucoup les revenus dont elles jouissaient , elles se sont vues hors d'état d'acquitter les cours échus des rentes qu'elles avaient constituées. Les créanciers

ayant fait saisir tous les revenus de cette communauté, ces religieuses ne vivent depuis plusieurs mois que de charité et de secours , et leur subsistance du jour au lendemain n'est assurée que sur la bonne volonté de ceux qui veulent bien y pourvoir.

» Dans cet état , il est reconnu nécessaire de procéder à la vente , non seulement des immeubles appartenais à cette communauté , productifs d'intérêts, mais même des bâtiments que ces religieuses habitent et généralement de tout ce qu'elles possèdent.

a Cependant il y a lieu d'espérer , d'après l'estimation qui en a été faite , que le produit de ces ventes excédera la somme de leurs dettes réunies , et d'un autre côté les réductions consenties par le plus grand nombre des créanciers ajouteront à l'excédant du produit des ventes; mais ce reliquat , placé en rentes viagères , ne suffirait pas à beaucoup près pour assurer à ces religieuses les moyens de vivre réunies en communauté , et d'ailleurs la vente de leur couvent entrant nécessairement dans le plan proposé, la dispersion des religieuses qui l'habitent en est une conséquence nécessaire.

» J'ay pensé, ma Révérende Mère, que ces religieuses, au nombre de vingt -six , pourroient être réparties dans les diffé- . rens couvents de la ville de Lille et des environs , et j'ay présumé que la charité de celles qui les habitent les détermineroit à concourir avec plaisir à faciliter l'exécution d'un projet qui procureroit aux religieuses Annonciades la consolation de vivre et de mourir dans le cloître. Je suis bien persuadé que ces religieuses ainsi distribuées dans les communautés qui voudroient bien s'en charger, y porteroient l'édification et se feroient un devoir de s'y rendre utiles , seul moyen dont il soit en leur pou voir de témoigner leur reconnaissance.

» D'un autre côté , les capitaux qui pouroient rester libres après que les créanciers auroient été payés , seroient remployés en autant de rentes viagères par portions égales , qu'il y a de

religieuses Annonciades , et ces rentes viagères , reçues par les communautés qui auroient bien voulu les admettre , seroient au moins un léger dédommagement de la charge qu'elles auroient consentie.

» Telles sont , ma Révérende Mère , les considérations qui m'ont déterminé à vous proposer avec confiance de recevoir, nourrir et entretenir une ou plusieurs religieuses Annonciades dans votre communauté. Vous voudrez bien la convoquer pour délibérer sur cette proposition et m'envoyer copie de la résolution capitulaire que vous aurez prise , afin qu'étant assuré du vœu des communautés auxquelles j'écris , je puisse en rendre compte au ministre et lui proposer de prendre les ordres du roy pour l'expédition des lettres-patentes à ce nécessaires.

» Je suis très-parfaitement , ma Révérende Mère, votre trèshumble et affectionné serviteur. De Castellb. »

« Les religieuses Sœurs Grises du couvent de la ville de Launoy, répondit la prieure , ne sont que trop sensibles au malheur des consœurs Annonciades de Lille , d'autant qu'au moindre revers, nous serons dans la même- catégorie; ce que Mgr. l'évêque de Tournai , très-instruit de notre temporel, confirmeroii au besoin.

» Aussi nous sommes nécessitées de ne manger journalièrement qu'une sdtipe et une petite portion telle qu'un œuf, et du pain le soir, même sans beure ; néanmoins nous sommes à vos ordres et avec des sentimensde secourir nos dites consœurs pour autant qu'il nous seroit possible. »

Et , en effet, elles accueillirent au moins une Annonciade qui se vêtit comme les Sœurs Grises , se soumit à leur règle et prit parmi elles son rang d'ancienneté en religion.

Les Sœurs Grises de Lannoy, immédiatement soumises à l'ordinaire . obéissaient à un supérieur que leur donnait l'évêque

de Tournai , et qu'il choisissait parmi les curés , soit de Lannoy , soit des paroisses environnantes : elles trouvaient chez ces dignes pasteurs des protecteurs désintéressés , généreux, pleins de dévoûment pour les intérêts spirituels et temporels de la communauté.

Nous savons peu de chose de leurs constitutions, si ce n'est peut-être ce qui concerne leurs retraites dont un règlement est en nos mains. Après la messe de communauté suivait une lecture d'une demi-heure en forme de méditation sur l'obéissance ; — à dix heures , après la prière à l'oratoire , une lecture d'une demi-heure; — à une heure et demie , les litanies de la Sainte- Vierge , suivies d'une lecture dans l'Imitation ; — à trois heures, après une lecture , le chapelet ; — après souper, une lecture précédant l'examen et la récollection.

La formule de leurs vœux nous est aussi restée :

« Je, sœur N..., de franche et libre volonté, fais vœu et » promesse à Dieu tout-puissant , à la bienheureuse toujours » vierge Marie, à notre bienheureux et séraphique père saint » François et à Monseigneur l'illustrissime et révérendissime » évêque de Tournai , et à vous , ma mère , d'être tous les jours » de ma vie obéissante à Notre Saint Père le Pape et à ses suc- » sesseurs entrant canoniquement , et de vivre<en obédience , » en pauvreté sans propre et en chasteté , gardant la règle du » Tiers-Ordre de Saint-François selon la déclaration des Souve- » rains Pontifes et de la sainte Eglise romaine , avec la clôture » lorsqu'il plaira aux supérieurs de me le commander. »

Nous pensons que les prieures étaient élues par la communauté pour trois ans , mais qu'elles pouvaient être réélues indéfiniment. Elles étaient assistées de deux sœurs dites discrètes. La liste de ces prieures n'est pas longue ; voici celles dont les

noms se rencontrent dans les documents que nous avons explorés :

Marie Delannoy , 1658-1676; — Marie- Aldegonde Sœutreman, 1677-16791696;— Marie-Agnès Laillicr, 1687-1696, 1701-1704 ; — Béatrix Houplain 1722-1724 , 1727-1733 ; — Bernardine Nolf, 1725-1726, 1735; — Marie-Catherine Cuve- Jier , 1741-1755 ; — Marie-Louise Leroux , 1765 ; — Scolastique Sandra, 1774; — Henriette Debailleux, 1778 1783; — Julie D'Ossancourt , 1786-1791.

Quand vint la Révolution , les hospitalières de Lannoy pensèrent pouvoir vivre dans leur couvent sous l'égide et l'autorité de la municipalité ; elles élaborèrent même un projet de règlement qui parut réunir les suffrages et par lequel elles se proposaient de prendre la coiffure des Concept ionnistes. Elles étaient encore , au 20 avril 1791 , au nombre de dix sœurs , une pensionnaire à vie et une domestique. Mais cette existence transitoire dura peu ; le 10 novembre 1792 , quand les commissaires du Directoire du district de Lille se présentèrent pour dresser l'inventaire des meubles , la maison était évacuée et les pauvres sœurs dispersées. Sur l'emplacement du couvent s'élèvent aujourd'hui deux maisons d'école et le presbytère.

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