T BESOINS
SOMMES
allouées
par le Roi.
Flandre occid. (l).
Flandre orientale..
En francs . . .
3,420,375 79 6.o85,235 7 4,479.^59 10 5,4^7,744 22 5,G8'f,G(i3 43 2,86G,4oS 37 1,824, 85i 3 1,478,570 57 2,233,656 68
83,497 64 aoi,444 14 212,127 7 194,385 4 197.496 41 107,239 95 74,236 77 59,71*2 5 91,576 73
33,5io,664 26
État de l'armée de terre en i83s
Infanterie.
Cavalerie.
Artillerie .
/ (le ligne
) chasseurs à pied
'"^régimens étrangers.
' compagnies sédent. ,
/guides
i lanciers
. .. ' chasseurs
f cuirassiers ,
\ gendarmerie
à pied
h cheval
de siège
train
regimens.
idem . . .
bataillons.
escadrons, régimens .
idem . . .
idem —
Génie
Garde civique mobilisée.
[I batteries..
i * idem
3 bataillons.
3 compag.. .
I bataillons.
28 idem...
Iiommcs.
48,ooo'\
5oo y 45o\ 2,800 I 2,800 > 1 ,600 \
i,iooy
hommes.
Total 85,770
Marine, d'après le rapport du budget du 18 décembre i835.
, . ^. {le Congrès , de
a brigantins. [ ^ ^ .... ae
4 goélettes canonnières de 7 canons,
4 chaloupes , idem , de S »
4 idem , dont une à la Paixhans , de 5 »
2 navires marchands montés par la marine royale.
8 canons.
(i) La Flandre occidentale est portée d'après son budget de i83i
TABLEAUX
ÉTAT récapitulatif des recettes et des dépenses de la Belgique y d'après le budget de i856.
RECETTES
francs.
/foncières 14,079,522 \ ^.^^^^
l sur les territ. cédés... 1,799,806(0 ( q (- ë r ^ 5 cent, additionnels 793,966 ( '»'20i,225
L0KTRIBDTI0^S a J I * ctj 7 I
i 16 la. id. extr.. 1,587,9.12 )
'personnelles. — Principal.. 7,465,024 ) g 211 526
V 10 cent, extraord. addition. 746^502 ' ' ^ Patentes réduites aux y4 ... 1,854,258 \
Pate>tes \ 26 cent, additionnels. . . — 4^2,107 > 2,570,000
( 10 cent, extraordinaires ... 233,635 j
Redevances sur les mines 92,400
Douanes 8,000,000
Garantie, poids et mesures 270,000
Recettes diverses 3o,ooo
Timbre et enregistrement 17,000,000
Domaines 4,026,000
Fonds spéciaux 2,200,000
Postes 2,225,000
Trésor public 2,602,000
Accises (droits sur les boissons , le sel et le sucre) 19,070,000
Total 84,558, i5i
dépenses.
francs.
! Affaires étrangères 676,000 Marine 658,078 Justice 5,273,727 Intérieur ii,o88,n4 Guerre 39,868,000
Liste civile 1,800,000
Dépenses diverses.
Pensions , intérêts de la dette publique ,
et réserve 25,194,232
Total 84,558, i5i
(i) Gomme le traité de i83i n'a point encore été reconnu par le gouvernement néerlandais, le gouvernement belge perçoit provisoirement la contribution foncière dans les parties dn Limbourg et du Luxembourg échues en partage à la Hollande.
Suite de la Description de l'Europe. — Description de la Confédération suisse.
Nous n'essaierons point de dépeindre les sensations que l'on éprouve à la vue des sites pittoresques qui font de la Suisse Tune des plus belles contrées de l'Europe. Ce contraste de la verdure et des frimas, de ces forêts silencieuses et du fracas des cascades ; ces grands tableaux d'une nature gigantesque , au milieu desquels l'homme paraît un être si chétif , offrent dans leur description autant de difficultés pour le peintre que pour l'écrivain. Dans l'esquisse chorographique que nous allons en faire, nous ne considérerons que les points les plus importans, que les généralités les mieux constatées : assez d'itinéraires sont destinés à guider le voyageur qui veut s'arrêter à chaque pas.
La Suisse est bornée à l'ouest par la France, au nord par le grand-duché de Bade et le royaume de Wurtemberg, à l'est par la province autrichienne du Tyrol, et au sud par le royaume lombard-vénitien et celui de Sardaigne. Son étendue de l'ouest à l'est est d'environ 80 lieues, et du nord au sud de 5o; sa superficie est de 1985 lieues carrées.
Cette contrée offre deux chaînes de montagnes distinctes : celle du Jura, qui s'étend du sud-ouest au nord-est, et celle des Alpes, qui suit à peu près la même direction, mais qui, beaucoup plus considérable, projette dans tous les sens de nombreuses et importantes ramifications. La première, longue de 90 à 100 lieues, large de i5 à 18,
EUROPE : Description de la Suisse. çj^'j
présente du côté des Alpes des pentes abruptes, et s'abaisse graduellement du côté de la France; elle est formée principalement de calcaires, dont quelques bancs sont de véritables marbres , mais peu recherchés. Ce calcaire est grisâtre , passant au cendré et au bleuâtre ; on y remarque un grand nombre de corps organisés , tels que ces coquilles bivalves nommées grjphées ; ces coquilles cloisonnées , contournées en spirales, qui par leur configuration ont reçu le nom à' ammonites ou de cornes d'Ammon , et ces singuliers débris allongés en pointes coniques et appelés hélemnites. Les bancs de cette roche alternent avec des lits de sable fin jusqu'à la hauteur de 1800 pieds; ils sont quelquefois séparés par des couches de cailloux roulés ou anguleux qui ne peuvent avoir été réunis par le ciment calcaire qui les enveloppe qu'au sein même de l'antique Océan. Ces cailloux sont des fragmens de diverses roches granitiques qui forment le noyau de ces montagnes et les sommets des Alpes; mais ce qui paraît singulier, c'est de voir sur les pentes du Jura, du côté de la Suisse, à 2000 pieds au-dessus de la surface du lac de Genève, des blocs de granité et de protogyne qui doivent y avoir été entraînés de quelques sommités plus élevées appartenant aux Alpes, à l'époque où ces hautes montagnes ont été soulevées par la même action souterraine qui contribue encore à former les volcans.
Les Alpes présentent un sujet d'études continuelles pour le géologiste : parmi les faits qu'elles offrent à ses recherches attrayantes et trop souvent hypothétiques, il en est plusieurs qui n'ont point encore été suffisamment observés, bien que des esprits ardens aient cru pouvoir les expliquer. Nous nous bornerons donc à relater quelques uns des plus intéressans et des plus positifs. Au premier aspect les masses immenses qui constituent les montagnes de la Suisse présentent l'image du désordre : on dirait que VII. 7
ce sont les vénérables témoins des convulsions de la nature , lorsque la terre prit la forme que le Créateur avait jugée convenable à l'accomplissement de ses desseins. Des pics inaccessibles couverts de neige; des pentes rapides qui donnent à quelques sommités la forme d'obélisques; des vallées entourées d'immenses escarpemens ; des rochers rongés par le temps et prêts à tomber de vétusté; tel est le tableau que présentent les chaînes alpines. Mais si l'observateur qui les parcourt est familiarisé avec l'étude de la nature , il y verra les traces de sa marche lente et graduée à côté des traces de la destruction. Ebel a remarqué que dans ces montagnes les dépôts les plus anciens sont disposés par bancs dont la direction est de l'ouest-sudouest à l'est-nord-est. Au nord-est du groupe du Mont- Blanc, dont nous parlerons en décrivant la Savoie, s'étendent les plus importantes chaînes des Alpes suisses, si curieuses par leurs formes singulières et par les faits que le géologiste y sait observer. Comment ne point admirer le Ceruin, dont la cime de serpentine s'élance dans les nues, en forme d'obélisque triangulaire? Ce qui étonne le plus le géologue lui-même , c'est la disposition circulaire de quel* ques sommets: le mont Rose, par exemple, est composé d'une série non interrompue de pics gigantesques qui forment un vaste cirque d'environ 3ooo toises de diamètre.
A partir du grand Saint-Bernard jusqu'à l'extrémité des Alpes helvétiques , les roches qui les constituent présentent une suite de bandes parallèles dirigées du sud-ouest au nord-est, et composées de granité, de gneiss, de micaschistes et de dolomies ou calcaires magnésifères. Ces bandes sont toutes transversales et toutes parallèles aux différens rameaux des Alpes.
Le Saint-Gothard , en se dirigeant du nord au sud depuis Amsteg jusqu'à Airolo , présente du côté occidental une
EUBOPE : Description de la Suisse. 99
alternance de gneiss, de granités et de micaschistes dont les couches sont d'abord inclinées de 70 degrés, puis deviennent verticales, et près d'Airolo s'inclinent de 5o degrés, tandis que vers le point central le granité du Gallenstock se déploie en forme d'éventail entre deux massifs de gneiss. Ces granités, ces gneiss et ces micaschistes, paraissent être supportés par des calcaires à débris organiques. On trouve, subordonnés à ces trois principales roches, des dolomies , des calcaires grenus , du gypse et de la serpentine.
Cette disposition en forme d'éventail, que nous venons de signaler dans le granité du groupe du Saint-Gothard , se fait remarquer dans plusieurs autres parties des Hautes-Alpes, et s'accorde parfaitement avec la théorie des soulèvemens. Le passage du Grimsel offre une masse de granité semblable ; et le Faulhorn , près du mont Gries , en montre un exemple très -curieux, mais dans des roches moins anciennes.
En résumé , l'on peut dire que le groupe du Saint-Gothard est composé de gneiss qui passe quelquefois au granité, et qui paraît être la roche fondamentale; que ce gneiss alterne avec du micaschiste ; qu'au milieu de ces roches se trouve une masse de calcaire grenu et de micaschiste renfermant des bélemnites; que ces roches, distinctement stratifiées, dont l'inclinaison s'approche de la verticale, se dirigent à peu près constamment de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest ; qu'elles paraissent avoir été soulevées toutes en même temps, et qu'enfin, ainsi que l'a fait observer M. Lardy, la situation actuelle des couches doit être attribuée à une cause qui a agi dans une direction parallèle sur les deux versans principaux du groupe , cause qui est la même que celle qui a relevé les couches de tout le système des Alpes, depuis le Mont-Blanc jusque dans le Tyrol, et qui doit être attribuée à l'action qui a fait sortir des entrailles de la terre le porphyre pyroxénique.
Les neiges qui s'accumulent sur les cimes appartenant
lOO LIVRE CENT CINQUIEME.
aux deux grandes chaînes des Alpes qui circonscrivent le Valais y forment, comme on sait, des glaciers par suite de» ëboulemens ou avalanches de neige qui accumulent celle-ci dans des enfoncemens abrités des rayons du soleil, où^ se fondant en partie, elle se transforme en glace. On compte environ 4oo glaciers depuis le groupe du Mont-Blanc jusque dans le Tyrol. La plupart ont au moins une lieue de longueur , et un grand nombre en ont 6 ou 7, Ces glaciers sont souvent inclinés, et toujours divisés par de larges et profondes crevasses et hérissés d'aspérités qui leur donnent de près les formes les plus variées et les plus bizarres, et de loin l'aspect d'une eau agitée qui se serait tout à coup consolidée. A l'approche du printemps ils glissent tout entiers sur les pentes qui les portent , mais ils s'arrêtent bientôt : le mouvement qu'ils ont éprouvé y détermine des ruptures dont le bruit, semblable à celui du tonnerre, retentit au loin dans les montagnes; la commotion que l'air éprouve se communique aux masses neigeuses : elles s'ébranlent , et quelques portions que Ion voit rouler au loin comme des pelotes de neige, sont quelquefois assez considérables pour renverser dans leur chute les forêts, les habitations, les villages même que trop souvent elles atteignent. Ebel croit que la glace descend dans les couloirs des glaciers de 12 à 25 pieds par an; mais si l'on considère qu'elle a entraîné graduellement des portions de rochers sur des plans inclinés de 10 à 12 lieues de longueur, et qu'à 18 pieds par année ces glaces seraient neuf siècles à s'avancer d'une lieue , on peut juger du temps qu'il a fallu à certains glaciers pour s'étendre jusque sur les places qu'ils occupent, puisque plusieurs sont descendus au fond des vallées , ce qui donne à celles-ci le plus singulier aspect par le contraste de la glace et de la verdure. Pour se faire une idée de l'effet de ces grands mouvemens de la nature qui accélèrent la marche des
EUROPE : Description de la Suisse. loi
glaciers, nous en citerons une description faite par un témoin oculaire. Le ministre de Grindelwald , traversant avec quelques amis le fameux glacier supérieur des environs de ce village , s'était reposé sur la glàce : « A peine «étions-nous placés, dit-il, que le singulier phénomène « appelé crue de glacier se manifesta par un bruit affreux ; « tout , autour de nous , paraissait se mouvoir de soi- « même : fusils, bâtons, carnassières. Des rochers en appa- « renoe solidement établis dans la glace commencèrent « à se détacher et à s'entre-choquer; des crevasses de lo « à 20 pieds de largeur s'ouvrirent à nos yeux avec un fra- « cas épouvantable; d'autres, se fermant tout à coup, lan- « cèrent à une grande hauteur l'eau qu'elles contenaient. « La masse entière du glacier, si agitée tout à coup , s'était « avancée de quelques pas ; mais tout rentra bientôt dans « un repos et un silence profonds, à peine interrompu par « le sifflement des marmottes (0. »
Le Rhin , qui depuis le Saint-Gothard poursuit son cours sinueux jusqu'au lac de Constance; XInn, qui descend du mont Bernina; XAdda^ qui prend naissance au pied du mont Gallo et se jette dans le lac de Gôme , hors de la Suisse; le Tessin^ qui sort du mont Gries, d'où il va traverser le lac Majeur en Italie; le Rhône ^ qui, formé de divers ruisseaux descendus des monts Grimsel et Furca, porte ses eaux dans le lac de Genève; XJlar^ qui passe au milieu des lacs de Brienz et de Thun pour aller se réunir au Rhin après avoir formé plusieurs magnifiques chutes d'eau; enfin la Limmat , qui descend du mont Limmeren- Alp et traverse le lac de Zurich avant de se réunir à l'Aar, coulent au milieu des plus grandes et des plus magnifiques vallées de la Suisse.
(0 Voyez dans le Voyage en Suisse , par M. Simond, \. ï, la citation <Vun ouvrage du professeur Wiss , qui rapporte la relation du ministre de Grindelwald.
C'est ici que nous devons faire connaître l'étendue des principaux lacs. Celui de Genève , dont le nom antique est Léman [lacus Lemanus) ^ rappelle par sa forme celle d'un croissant dont les pointes sont tournées vers le sud. Sa longueur est de i6 lieues, et sa plus grande largeur entre ses deux extrémités est de 3 à 4 lieues géographiques. Sa superficie est d'environ 4o lieues. Il est élevé de ii3o pieds au-dessus du niveau de la mer. Sa profondeur est de 2 à 3oo pieds vers ses extrémités, et de plus de 900 vis-à-vis Evian en Savoie. Ses eaux sont sujettes à un phénomène particulier appelé seiches ^ qui consistent en une crue et une baisse subites qui changent son niveau de 4 à 5 pieds. On y éprouve aussi des tempêtes quelquefois terribles. Ses eaux paraissent constamment d'un bleu très-prononcé. Ses bords variés d'aspects lui ont acquis depuis long-temps une grande célébrité. Au nord il baigne plusieurs villes généralement adossées à des montagnes dont les flancs arrondis sont couverts de vignobles; au sud, au contraire, ce sont des prairies qui se terminent à une rangée de montagnes la plupart escarpées, derrière lesquelles s'élèvent les cimes neigeuses du groupe du Mont-Blanc. '
Le lac de Neuchâtel est long de 8 lieues et large de 2; le niveau de ses eaux est d'environ 180 pieds au-dessus de celles du lac de Genève, et de i3oo au-dessus de la mer. Saussure a reconnu que sa profondeur est de 325 pieds, mais dans certains endroits elle est de 400» On croit que ce lac occupait jadis une étendue plus considérable qu'aujourd'hui. Ce fait semble prouvé par les marais que l'on voit au sud près du cours de la- rivière d'Orbe ; par la tradition qui porte que la ville d'Yverdun , qui en est éloignée de quelques centaines de mètres, plongeait presque dans ses eaux; par les sables que l'on remarque à quelque distance de ses bords , et qui sont semblables à ceux du lac. Cette diminution est d'ailleurs l'effet naturel des atterrissemens et
EUROPE : Description de la Suisse. io3
des alluvions que forment à leur embouchure les rivières et les ruisseaux qui s'y jettent. On reconnaît encore parmi les sables et les cailloux roulés des dépôts qui s'élèvent en forme de dunes sur ses bords, les mêmes coquilles que celles qui vivent dans le lac.
Le lac de Bienne a 8 pieds au-dessous de celui de Neuchâtel, dont il n'est éloigné que d'une lieue au nord, a 3 lieues de longueur sur une dans sa plus grande largeur. Sa profondeur est de 200 à 220 pieds.
Le lac de Thun^ long de 4 lieues, n'en a que | de large, mais sa profondeur est de 720 pieds, et sa surface est à 1780 pieds au-dessus du niveau de la Méditerranée.
Le lac de Brienz ^ à une lieue au nord-est du précédent, est traversé comme lui dans toute sa longueur par l'Aar. 11 est situé à 3o pieds au-dessus. Sa profondeur est dans quelques endroits de 5oo pieds.
Le lac de Lucerne o\xd.es Quatre- Cantons très-irrégulier dans sa forme, est composé de quatre bras, dont le plus long a plus de 9 lieues sur une largeur de plus d'une demi-lieue. Sa profondeur la plus grande est de 600 pieds, et son niveau est à i35o pieds au-dessus de la Méditerranée. Les points de vue variés qu'il présente le placent parmi les plus pittoresques de tous ceux que renferme la Suisse.
Le lac de Zug a 4 lieues de longueur et une dans sa plus grande largeur. Son niveau est à i3oo pieds au-dessus de celui de la mer, et sa profondeur est d'environ 600 pieds.
Le lac de Zwich^ qui s'étend sur une ligne courbe de 9 lieues de longueur, a | de lieue dans sa plus grande largeur. Sa profondeur est de 600 pieds , et son niveau est à 1260 pieds.
Enfin le lac de Wallenstadt a 3 lieues ^ de longueur, une I dans sa plus grande largeur, et son niveau est à i34o pieds au-dessus du niveau de la mer. Il est entouré
Io4 LIVRE CENT CINQUIEME.
de montagnes hautes de 6*000 pieds, dont la phipart sont dépourvues de végétation, ce qui lui donne l'aspect le plus sauvage.
Tous ces lacs forment une superficie de 52 lieues carrées. Les principaux poissons qu'ils nourrissent sont le brochet, la truite, la carpe, le saumon, plusieurs espèces d'ables, le lavaret, la lotte estimée des gastronomes, le salmone ou l'ombre chevalier, dont la chair grasse et délicate le fait rechercher sur les tables de Paris même où on l'a quelquefois vendu jusqu'à 3oo francs. Dans le lac de Ziig on pêche des carpes qui pèsent jusqu'à 90 livres.
Les montagnes de la Suisse abondantes en substances utiles , telles que le porphyre , le marbre et l'albâtre , le sont encore en minéraux de toutes espèces , mais disséminés en petites quantités. Le fer, le plomb, le cuivre, le zinc, le cobalt, le bismuth, l'arsenic et l'antimoine y forment des filons et des amas; le cristal de roche y est commun; le soufre s'y trouve souvent, et quelques rivières, comme le Rhin, l'Aar, l'Adda et le Reuss, charrient de l'or. Plusieurs vallées sont riches en bancs de lignites ou de bois bitumineux, et en tourbe que l'habitant utilise comme combustible. On exploite aussi pour le même usage l'anthracite dans plusieurs cantons, et notamment dans celui de Berne. Une exploitation assez importante est aussi celle de sel gemme à Bex, dans le canton de Vaud.
Il est peu de pays plus abondant en sources minérales que la Suisse. Qui n'a entendu parler des eaux acidulés de Saint-Maurice dans le canton des Grisons ? des bains de Gurnigel àdins celui de Berne? Ceux de Bade^ dont la température est très-élevée, ne sont pas moins renommés comme moyen curatif contre la stérilité ; mais les plus fréquentés sont ceux de Pfeffers et de Leuk ou Louëche : l'hydrogène sulfuré que contiennent leurs eaux les rend d'un usage salutaire contre les maladies de la peau. Est-ce
EUROPE : Description de la Suisse. io5
au carbonate de chaux tenu en dissolution dans certaines sources, ou, comme l'on .prétend, à l'eau trop crue formée par la fonte des neiges qu'il faut attribuer les goitres dont sont affectés les habitans de quelques cantons , surtout ceux de Berne, de Lucerne, de Fribourg et du Valais?
Ebel et d'autres naturalistes divisent les Alpes de la Suisse en sept régions, sous le rapport de la végétation. La plus inférieure, ou celle des vignes , commence dans les vallées , au bord des rivières et des lacs, et finit à 1700 pieds audessus du niveau de la mer ; plus haut , la région des chênes s'élève jusqu'à 2800 pieds j au-dessus de ces arbres commence celle des hêtres qui règne encore à 4ooo pieds; celle des sapins lui succède et s'étend jusqu'à 55oo pieds ; là commence la région alpine inférieure : les arbres y font place aux plus riches pâturages; elle s'élève à 1000 pieds audessus ; elle est dominée par la région alpine supérieure qui s'élève 1700 pieds plus haut, et qui conserve pendant toute l'année des amas de neige dans les places abritées du soleil ; enfin au-dessus de celle-ci la région des glaciers et des neiges éternelles commence à 8000 pieds. Ces deux dernières ne sont point tout-à-fait dépourvues de végétation : on y voit des saxifrages , des gentianes, des chrysanthèmes et d'autres plantes des climats hyperboréens.
L'agriculture ne règne que dans les vallées basses, principalement vers leur extrémité voisine de la plaine.
Les influences atmosphériques ont un caractère particulier dans les montagnes de la Suisse ; Ebel indique d'après quels indices on peut y annoncer les changemens de temps : ainsi lorsque le soir on voit les nuages se traîner le long des hautes montagnes ; lorsque le matin ils voilent les sommets de ces dernières; ou bien enfin quand ces sommités sont • entourées de vapeurs transparentes qui semblent aplanir leur surface et diminuer leur distance respective , on peut s'attendre à de la pluie. En été, lorsqu'il pleut pendant plu-
sieurs jours, ou des semaines entières, le beau temps ne revient que quand il a neigé sur Içs Alpes moyennes ; mais dès que le matin on aperçoit les flancs des montagnes couverts' de neige depuis leur sommité jusqu'à la limite des forêts , le voyageur peut se remettre en marche : c'est un sûr indice que le ciel va redevenir serein.
La faune de la Suisse est très-variée : on y trouve la belette, la fouine, le putois, le furet, le renard, l'écureuil, le lynx ou loup-cervier , nos diverses espèces de gibier , le lièvre blanc, semblable à celui de Sibérie; le hamster, connu des dames par sa fourrure plus jolie qu'estimée; différentes martes, plus recherchées; le chamois et la marmotte, dont la chair est regardée comme un mets délicat; enfin des sangliers et des ours. Ces derniers sont bien moins nombreux que jadis. Les montagnes du Valais sont particulièrement celles qui leur servent de refuge. L'antipathie du taureau contre l'ours , qui la lui rend bien , est fort singulière. Au rapport d'un voyageur connu (0, on ne peut arrêter un taureau qui sent un ours dans le voisinage : ces deux ennemis se battent à outrance, et ne se séparent que lorsque la fatigue les y oblige ; mais c'est pour revenir le lendemain au rendez-vous jusqu'à ce que l'un des deux succombe.
On a récemment reconnu dans la vallée d'Urseren , dans le canton d'Uri , une nouvelle espèce de musaraigne nommée par M. Schinz sorex alpinus , et décrite après ce zoologiste, par un naturaliste français, M. Duvernoy. Son pelage est d'une couleur uniforme gris-de-fer; sa longueur est de 5 pouces, sur lesquels la\ queue est à un peu plus de 2. On la trouve aux environs du lac Oberalp-sée et jusque dans les pâturages les plus élevés de la vallée.
Le chamois , qui devient chaque jour plus rare , est l'objet
CO Coxe : Voyage en Suisse, en anglais-
EUROPE : Description de la Suisse, 107
des recherches du chasseur intrépide , et des attaques du grand aigle ou griffon des Alpes. Cet oiseau guette l'agile quadrupède, et, planant autour de lui, le force par de feintes attaques à prendre la fuite sur les cimes les plus escarpées ; le timide chamois, réfugié sur une étroite saillie, n'a plus d'autre ressource que la résistance. L'aigle l'observe , le harcèle jusqu'à ce que , profitant de la posture gênée que prend l'animal en lui présentant ses cornes , il le frappe de ses ailes et le précipite au fond des abîmes où il devient sa pâture. Mais ce roi des oiseaux, suivant le témoignage de Coxe , est souvent en guerre avec les corbeaux si nombreux dans les Alpes. Les combats qu'ils livrent à leur redoutable ennemi sont intéressans par les manœuvres aériennes employées de part et d'autre : les corbeaux s'alignent , se divisent en plusieurs bataillons, attaquent l'aigle de tous côtés, et sont successivement remplacés par des corps de réserve; très-souvent ils le forcent à prendre la fuite. Ce grand oiseau, qui a 16 pieds d'envergure (0 , qui enlève des agneaux, des chevreaux, de gros chiens, et qui est redouté pour sa force, n'est point épargné par l'homme, mais il est difficile à atteindre. Ebel rapporte à ce sujet un trait de courage et d'adresse extraordinaire : un chasseur avait découvert le nid d'un de ces griffons ; il venait de tuer le mâle et se glissait le long d'une pointe de rocher pour s'emparer des petits de l'animal : au moment où il mettait la main dans le nid, la mère fond sur lui du haut des airs, lui enfonce ses serres dans le bras et son bec dans les reins : le chasseur était perdu, le moindre mouvement l'aurait fait tomber au fond d'un affreux précipice. Mais il tenait d'une main son fusil ,* il l'appuie contre le rocher , le dirige avec son pied vers l'oiseau redoutable , fait partir la
(0 Les Suisses le nomment Lœmmer-gey er , c'est-à-dire vautour des agneaux j mais c'est proprement le Griffon des Alpes {phene gigantia).
détente et le tue. Les blessures qu'il avait reçues étaient si fortes qu'il garda le lit pendant un mois.
Les autres oiseaux de proie communs en Suisse sont le vautour arrian [uultur arrianus) le vautour griffon [vultur fuluus) \ l'aigle royal {^aquila regia)\ l'autour vulgaire (^dœdalion palumbarius) et le milan noir {^milçus œtolius).
Parmi les animaux domestiques de la Suisse, les chevaux se distinguent par leur taille assez élevée; les porcs, par leurs soies ordinairement noires ; les vaches de la vallée de Sarnen et du pays de Gruyère, par l'abondance de leur lait, et les bœufs des prairies du Jura , par leur force et leur stature : il n'est pas rare d'en rencontrer qui pèsent 1 200 kilogrammes.
Les premiers habitans de la Suisse orientale furent, selon les traditions, des Italiens qui, 600 ans avant notre ère, fuyant les Gaulois qui avaient pénétré dans leur patrie , c'est-à-dire la contrée où fleurirent depuis Gênes et Florence , vinrent se réfugier et s'établir dans les hautes montagnes qui environnent les sources du Rhin et de l'Inn. On les appela Rhœti^ du nom de Rhœtus^ leur dieu ou leur héros : telle fut l'origine du peuple qui habite le canton des Grisons , peuple si fier de sa liberté.
Les -^e/t^e^iV proprement dits occupaient les vallées situées entre le Jura et les Alpes, depuis le lac Léman jusqu'au lac de Constance. Ils paraissent être d'origine celtique. Ils se divisaient en plusieurs nations , dont le gouvernement était démocratique ; chaque vallée formait une communauté indépendante; l'un de ces peuples, celui dont le nom est le plus anciennement connu , habitait les rives du Rhin et de la Thur; on l'appelait les Tigurini. Ils vivaient heureux, et ignorés du reste de l'univers, lorsque 100 ans avant notre ère une armée formidable composée de 3oo,ooo guerriers sortis de la Scandinavie et de la Frise, et célèbres sous le nom de Cimhri^ s'approcha des Alpes en pillant et en ravageant la Gaule. Les Tigurini^ enflammés du désir de pren-
EUROPE : Description de la Suisse. 109
(Ire part à la gloire et au butin des Cimhri^ se joignirent à eux sous le commandement de Divicon , jeune guerrier dont l'histoire a conservé le nom. On sait qu'une armée romaine, envoyée au secours des Gaulois, fut taillée en pièces par Divicon , qui fit passer les vaincus sous le joug. Si ce chef eût été plus habile, il eût rapidement marché sur Rome encore tremblante de cette défaite ; mais les Cimhri et les Tiguiini divisèrent leurs forces ; une de leurs armées se porta sur Marseille, et l'autre suivit une direction différente : aussi Marins parvint-il à les vaincre , d'abord près d'Aix en Provence, puis sur les bords de l'Adige en Italie. Les Cimhri qui échappèrent cherchèrent un refuge sous la conduite de Divicon dans les montagnes de l'Helvétie. Ils s'établirent sur les bords du lac des Quatre-Cantons au pied des montagnes appelées Hacken et Mythenberg, près de Bruck, pays montagneux dont ils défrichèrent les forêts, et ils furent appelés Bruckenbouren , c'est-à-dire paysans des marais. La tradition porte que, parmi ces Cimhri , deux frères nommés Swen et Suiter fondèrent la ville de Schw^itz. Ils se répandirent dans les vallées inhabitées autour du laci et qui appartiennent aujourd'hui à l'Oberland bernois et au canton d'Unterwald , et principalement au pied du mont Brunig, enfin dans les vallées de Frutingen, d'Obersibnen et de Hasli : aussi retrouve-t-on dans la haute stature, le teint blanc, la chevelure blonde du peuple de ces vallées, ainsi que dans leur accent, plus doux que l'accent germanique , des traces encore reconnaissables d'une antique population du nord (i).
Un auteur dont l'érudition est digne de confiance (2) , s'est appuyé sur plusieurs faits pour prouver que la Suisse avait reçu des colonies grecques , long-temps avant que les Romains eussent entendu parler de ce pays si voisin de leur
(0 H. Zschokke : Histoire de la Nation suisse, p. 12 à 20. (') J. Muller : Histoire de la Suisse.
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patrie. César nous apprend en effet que lorsqu'il défit les Heluetiïen marche pour faire une invasion dans les Gaules, on trouva parmi leurs bagages un état, écrit en caractères grecs, de tous ceux qui composaient leur expédition.
Le général romain nous apprend aussi que, lorsqu'il les atteignit dans les plaines de Bibmcte, aujourd'hui Autun , ils étaient commandés par ce même Divicon qui , dans sa jeunesse, avait vaincu et humilié les Romains. 263,000 Hehetiiet 100,000 alliés du Jura, du lac de Constance, des montagnes du Tyrol et des Grisons s'étaient mis en marche après avoir brûlé chez eux 12 villes et 4oo villages, bien déterminés à ne plus retourner au sein de leur patrie; vieillards , femmes , enfans , chariots , bêtes de somme , étaient accompagnés de 92,000 combattans. La victoire de César fut complète : il n'échappa de cette expédition que 1 10,000 Helpe^//,. auxquels il permit d'aller rebâtir leurs demeures (i).
Après cette défaite , ces peuples furent comptés parmi les alliés de la république , mais leur indépendance dura à peine six ans. Compris dans la classe des peuples conquis, ils durent, à ce titre , souffrir toutes les vexations dont Rome abreuvait les nations qu'elle avait soumises. Ainsi, pour contenir les Hehetii^ César avait fait construire sur le bord du lac Léman une nouvelle forteresse appelée iVop'«Ww7iw/w , aujourd'hui Nyon ; on cantonna successivement différens corps de troupes dans les diverses parties de leur pays; l'entrée du Ras- Valais fut gardée par de l'infanterie, et une garnison fut placée à Octodurum , dont on croit que remplacement était le même que celui qu'occupe Martigny.
Les peuples du Valais ou les Vallenses^ comme les appelaient les Romains , se divisaient en quatre nations : les Nantuates ^ les Veragri ^ les Seduni et les Viheri; les Nantuates occupaient le Ras- Valais ; les Veragri avaient
(0 César : Guerres des Gaules, liv. 1.
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probablement pour principale cité Octodunim ; les Seduniy Sedunum ou Sion, et les Viheri s'étendaient jusqu'aux glaciers du Rhône : nous sommes même portés à croire que le bourg de Visp , à l'entrée de la vallée arrosée par le torrent du Visp, pourrait bien indiquer par l'analogie qu'offre son nom avec celui de Viheri^ l'une des cités de ces montagnards. Quoi qu'il en soit, les F^i/Ze/i^e^ menaient une vie libre et sauvage \ ils imposaient un droit de péage sur les marchandises qui traversaient le Valais; ils exerçaient même sur les voyageurs toutes sortes de brigandages. Sans aucunes relations ni avec les HelvetiivS. avec les Romains, lorsqu'ils virent ceux-ci élever des forteresses sur leur territoire, ils descendirent de leurs montagnes, attaquèrent les ennemis de leur indépendance , et les harcelèrent avec tant de persévérance que les Romains abandonnèrent la contrée; mais ce fut pour revenir avec des forces tellement considérables que toute résistance devint inutile. Près de 10,000 habitans du Valais ou de la vallée (^vallis)^ périrent en voulant dé^ fendre leur liberté. Dès cette époque les Vallenses furent soumis.
Les Rhœti ou les Grisons seuls ne s'effrayèrent point de ces exemples de résistance inutile : alliés des Vindeliei et des peuples du Tyrol, ils se crurent invincibles derrière leurs lacs et leurs glaciers; ils ravageaient les villes de l'Italie voisines de leur pays, et choisissaient parmi leurs prisonniers des victimes pour les immoler à leurs dieux. Auguste , irrité de ces actes de brigandage , envoya deux armées contre les farouches habitans des Alpes italiennes. L'une franchit ces montagnes et descendit vers la vallée de XOEnus ou de Xinn ; l'autre traversa le lacus Brigantinus ou lac de Constance: tout fut soumis après de sanglans combats. On raconte, dit un historien (i) , que les femmes des Rhœti
(0 Zschokhe : Histoire <lo la Nation suisse, p. 'n
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se précipitaient dans les rangs des combattans et écrasaient leurs enfans contre le visage de leurs ennemis, comme si, dans leurs montagnes, toute vie devait expirer avec la liberté.
Trois siècles d'esclavage avaient fait perdre aux habitans de l'Helvétie leur mâle énergie, et les jouissances du luxe romain avaient effacé chez eux, avec les vertus du citoyen, la haine du joug étranger, lorsque des peuples sortis du Nord et de l'Orient poussant devant eux les nations épouvantées , et franchissant les limites de l'empire romain , asservirent à la fois les maîtres et les esclaves. L'Helvétie venait de recevoir les premières lumières du christianisme; elle était toujours soumise aux empereurs , lorsqu'au IV® siècle elle changea d'oppresseurs : une population composée àiAlamanni ou d'Allemands , de Longohardi ou Lombards , et d'autres peuples qui paraissaient pour la première fois sur la scène du monde , subjugua la plus grande partie de son territoire. Les Alamanni se partagèrent tout le pays situé entre le Rhin et l'Aar , le lac de Constance et celui des Quatre- Cantons. Les vainqueurs mêlés aux vaincus formaient déjà une nouvelle nation , lorsque les hordes d'Attila parurent. Les Huns, comme un torrent dévastateur, traversèrent l'Helvétie en détruisant les villes, en pillant et massacrant les habitans; mais les Bourguignons^ qui leur succédèrent, s'établirent dans la Gaule sur les deux versans du Jura, dans la Savoie, autour du lac Léman, dans le Bas-Valais et sur les bords de l'Aar, enfin dans toutes les parties des Alpes et du Jura où la langue française est depuis long-temps en usage. Ce peuple, disposé à la civilisation, éleva des forteresses et fonda des villes; il fit sortir Genève de ses décombres, Avenche des ruines ô^Awenticum^ et bâtit Lausanne dans un lieu où l'on croit peut-être à tort, ainsi que nous le verrons plus tard , qu'il existait une cité romaine appelée Lausonium.
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Les Goths^ maîtres de l'Italie, pénétrèrent à leur tour dans l'Helvétie ,* ils y'entrèrent par le sud , en s'emparant de l'ancien pays des Rhœtij et s'étendirent au-delà du lac de Wallenstadt : les vallées de l'Appenzell , d'Uri, et du pays de Claris, furent divisées par eux en fiefs, dont les seigneurs relevaient de leur roi qui avait son trône en Italie.
Plus humaine , et plus disposée à mêler ses mœurs à celles des vaincus, la race bourguignonne se perpétua dans cette contrée : elle eut ses rois , et Genève devint leur résidence. La nation helvétique fut plus heureuse sous ces barbares qu'elle ne l'avait été sous les Romains. Il résulta de tous ces peuples un peuple nouveau qui adopta la langue romane que parlaient les Bourguignons, et qui, bien qu'altérée, est celle de la basse classe dans les cantons de Vaud , de Fribourg et de Neuchâtel.
Cependant l'Helvétie devait encore être la proie de nouveaux envahisseurs. Un peuple plus audacieux, plus rusé peut-être que les précédens, paraissait sur la scène du monde : c'était le peuple Franc. Après avoir successivement envahi les provinces belgiques soumises aux Romains, il ne tarda pas à s'emparer de la plus grande partie des Gaules, et bientôt du territoire même qu'occupaient les Bourguignons.
Les Goths, qui n'avaient pu se maintenir en Italie, virent leurs frères de la Rœthie obligés de subir à leur tour le joug des Francs, qui , maîtres de toute l'Helvétie, réunirent à la Souabe toute la partie qu'habitaient les Allemands et les Goths, et comprirent sous le nom de Petite-Bourgogne tout ce qui forme aujourd'hui les cantons de Genève, de Vaud, de Fribourg, de Neuchâtel, de Berne, de Soleure et du Valais, ainsi que la Savoie. Tel était, vers le milieu du VP siècle , le tableau politique que présentait l'Helvétie.
Le culte druidique , en honneur chez les anciens Hel^etii^ s'était mélangé avec celui des nations qui les avaient con- VII. 8
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quis. Hesus ^ qui présidait aux combats; ie puissant Teutatès; Belenus, dieu de Ja lumière; Tarants^ armé de la foudre; Siwa^ chez les Grisons; Pennimis^ chez les Valaisans , se partageaient les hommages de ces peuples. Quelques chrétiens depuis le IIP siècle habitaient probablement certaines vallées du Jura, lorsque vers le Vli* siècle plusieurs moines écossais vinrent prêcher l'Evangile dans les montagnes de l'Helvétie ; l'un d'eux, appelé Gall , s'y fit une telle réputation de sainteté , qu'un demi-siècle après sa mort la célèbre abb.iye de Saint-Gall fut fondée en son honneur. Est-ce à l influence d'une religion qui alors éclairait les peuples abrutis qu'il faut attribuer la résistance qu'opposa l'Helvétie à de nouveaux envahisseurs?
Au VIIF siècle, une horde de Huns menaça la Suisse, mais elle fut détruite ; 200 ans plus tard , deux peuples d'une origine fort différente commencèrent à ravager son territoire : ce sont les Hongrois et les Sarrasins, les premiers appartenant à la nation slave, et les seconds à la nation arabe, mais souvent confondus sous le même nom par les chroniqueurs.
Les Hongrois, appelés par les auteurs contemporains Ungari^ et dans la chronique de Saint-Gall Jgareni, c'està-dire fils d'Agar, parce que l'auteur de cette chronique les prenait pour des Arabes , partaient des bords du Danube. On les voit arriver en Suisse, tantôt par la Souabe, tantôt par la Bourgogne et le Jura, tantôt même par l'Italie. C'est à la diversité de leurs routes qu'il faut attribuer les méprises auxquelles ils ont donné lieu : ceux qui venaient par le nord, et ceux qui arrivaient par le midi, ont été pris pour deux nations différentes. A ces Hongrois se mêlaient d'autres peuples slaves appelés Wendes oxx Wendi, que l'on a désignés aussi sous le nom de Vandali^ parce que le nom de Vandales était devenu célèbre depuis le IIP siècle par leur marche à travers l'Europe, et par leurs établissemens
EUROPE : Description de la Suisse. i 1 5
en Espagne et en Afrique. Toutefois il est probable que les Vandales et les Wendes appartiennent à la même souche , et que sortis des bords de la Baltique ils se fixèrent sur la rive droite de l'Oder, d'où ils partirent pour aller conquérir la partie méridionale de la péninsule hispanique. Ces Wendes du siècle passent chez quelques historiens de la Suisse pour avoir donné leur nom au pays de Vaud , en allemand Tf^aat; cette opinion nous semble d'autant moins fondée , que les Hongrois, et les Wendes qui les accompagnaient, paraissent ne s'être jamais fixés dans les pays qu'ils ravagèrent. Leurs fréquentes excursions en Suisse ne cessèrent que vers l'an 954 ou 906, époque à laquelle l'empereur Othon-le- Grand , à qui il fallut dix ans pour les détruire , remporta sur eux une victoire complète près des bords du Lech , et non du Leckj comme le disent à tort quelques auteurs (i).
Les Sarrasins, autrement appelés Maures et Ismaélites, s'étant établis sur les côtes de la Provence vers l'an 888 , pénétrèrent successivement en Dauphiné, en Piémont et en Suisse : presque toute cette dernière contrée se ressentit de leurs ravages. Leur séjour est attesté par les noms de quelques lieux, tels que Maurmont ^ Maurofonte^ et le mur des Sarrasins , près d'Avenche , etc. (2). Maîtres des différens passages qui conduisent en Suisse de l'Allemagne, de l'Italie et de la France, tels que le Vogelberg, le grand Saint- Bernard et le mont Cénis ; du coté du nord ils s'avancèrent jusqu'à Saint-Gall; vers l'est ils dévastèrent l'abbaye de Disentis et la ville de Coire, dans le canton des Grisons. Dans le Valais , l'abbaye ô^Agaune ou de Saint-Maurice fut presque entièrement détruite par eux ; ils montèrent jusqu'à
(0 Le savant M. Weiss , dans la Biographie universelle , dit, à l'arficlo Othon-lc-Grand , que ce prince défit les Hongrois sur les bords du Leck , mais il a voulu dire sur les bords du Lech: le Leck est un affluent de la Meuse , et le Lech un affluent du Danube. La rencontre eut lieu en Bavière.
(') Simoncl : Voyage en Suisse , t. II.
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Sion : au village de Saint-Pierre leur passage est attesté par une inscription latine que l'on voit encore dans 1 église de ce village, et qui date du commencement du XF siècle (i). Après 5o ans d'excursions et de rapines, le courage des montagnards parvint à anéantir ces hordes audacieuses.
Les dissensions qui régnèrent entre les petits-fils de Charlemagne préparaient un nouveau sort à l'Helvétie : chacun d'eux voulut être indépendant ; l'un eut la France, l'autre l'Italie , un troisième l'Allemagne ,* la partie de l'Helvétie qui appartenait au duché de Souabe fut incorporée à l'empire germanique. Mais la Suisse présentait déjà un esprit bien différent de celui qu'elle avait long-temps offert : les invasions et les brigandages des Hongrois avaient fait sentir la nécessité d'entourer les villes de remparts propres à défendre leurs habitans et à offrir un refuge au peuple des campagnes. Ainsi Basle, Saint-Gall, Zurich , Lucerne et Soleure s'environnèrent de murailles.
Une portion seule de l'Helvétie était sous la protection de l'empire d'Allemagne ; Rodolphe de Habsbourg , qui de simple bailli d'Arau, de Bade, de Diessenhofen et de Schwitz , devenu empereur par l'élection des princes et ducs d'Allemagne, conçut le projet de réunir les diverses parties de THelvétie en une seule souveraineté. Albert, son fils, tenta de l'effectuer; mais ses lieutenans exercèrent tant de vexations sur les habitans, Gessler surtout fit peser sur eux un joug si humiliant, que Guillaume Tell, en tranchant les jours de ce tyran , prépara la délivrance de ses compatriotes. Trois héros, dont les noms sont vénérés dans toute la république, Werner, du canton de Schwitz, Walter-Furst , de celui d'Uri, et Arnold, de celui d'Unterwald, résolurent en i3o8 de s'emparer des châteaux-forts occupés par les
(0 M. Beinaud : Incursions des Sarrasins en France, et de France en Savoie, en Piémont et dans la Suisse, d'après les auteurs mahomctans. et chrétiem. — Paris, i83€.
EUROPE : Description de la Suisse. 117 gouverneurs autrichiens. Le secret de cette conjuration fut si bien gardé, les mesures concertées avec tant de sagesse, exécutées avec tant de courage et d'intrépidité , qu'ils réussirent à conquérir l'indépendance de leur patrie. L'Helvétie libre ne comprit d'abord que les Waldstetten ou les trois cantons forestiers que nous venons de nommer, mais elle forma en i3i5 une confédération qui prit le nom de celui <le Scliwitz; plus tard les autres cantons y furent successivement-admis ; en i5i3, Appenzell compléta cette république fédérative, dont le traité de Westphalie confirma et garantit l'indépendance.
La confédération suisse se composait de i3 cantons (0, dont la petite république de Genève ne faisait point partie, lorsqu'en 1 798 elle fut , comme tant d'autres pays , obligée de se soumettre aux lois qu'imposait la France victorieuse : en échange d'une partie de son territoire , elle reçut une nouvelle constitution. Les vallées de Valteline, Bormio et Chiavene furent enlevées à la république des Grisons et réunies à la république Cisalpine : depuis ce temps elles ne font plus partie de l'Helvétie; l'évêché de Basle, dont le siège était depuis la réforme à Porentruy, fut réuni à la France, ainsi que le territoire et les villes de Genève et de Mulhouse, et le reste de l'Helvétie forma une république qui fut déclarée une et indivisible^ et dont le chef-lieu fut la petite ville d'Arau , en Argovie. La plupart des cantons accédèrent à cette organisation, qui fut signifiée par le gouvernement français, accompagnée de la formule que le chef de l'Etat employa si souvent depuis en renversant et fondant des trônes : « La confédération a cessé d'exister. » En vain les fiers montagnards de Glaris , de Schwitz, d'Unterwald et d'Uri, jaloux de leur antique in-
(0 Zurich. — Berne. — Lucerne. — Uri. — Schwitz. — Underwald. — Zug. — Glaris. — Basic. — Fribourg. — Soleure. — Schaffbuse. — Appcnzel.
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dépendance , résolurent-ils de ne la perdre qu'avec la vie ; en vain leur courage et leur enthousiasme doublèrent-ils leurs forces jusqu'à remporter une victoire contre quelques bataillons français : cette victoire leur coûtait trop cher pour pouvoir lutter long-temps; il leur fallut capituler et céder à la force. Ainsi se termina, après deux mois de résistance, l'ancienne confédération qui avait duré 490 années. Cependant quelques insurrections excitées par un capucin qui persuadait au peuple que la constitution donnée par la France était l'œuvre du diable, excitèrent les représailles des soldats français, dont le triste résultat fut la ruine et le pillage de Stanz et de Stanzstadt. Napoléon comprit enfin qu'il fallait satisfaire la Suisse en la divisant en cantons indépendans les uns des autres; leur nombre fut porté à 19 (0 ; chacun d'eux eut son gouvernement et ses lois ; mais celui de Berne fut le canton directeur; et son chef ou landamman eut, comme le premier magistrat de toute la confédération, la direction des affaires générales du pays. Le seul avantage que le peuple suisse retira de la nouvelle constitution de 1808 fut de renverser l'ancienne aristocratie qui gouvernait la moitié des cantons, de déclarer égaux devant la loi tous les Suisses , citadi ns ou paysans ; d enlever aux familles et aux villes leurs prérogatives féodales , et de donner à chaque habitant le droit de s'établir et d'exercer librement son industrie sur tous les points du territoire suisse.
En 1810 le Valais, qui depuis la dernière constitution ne faisait plus partie de la Suisse , fut réuni à l'empire français, et forma le département du Simplon.
Tel était l'état de la confédération, lorsqu'en i8i3 les
(0 Appeuzcl. — Argovie. — Basic. — Berne. — Fribourg. — Glaris. — Saint-Gall. — Grisons. — Lucerne — Scbaffouse. — Scliwitz. — Soleurc. — Tcssin. — Turgovie. — Underwald — Un*. — Vaud. — Zug. — Zurich.
EUROPE : Description de la Suisse. i kj
puissances étrangères violèrent la neutralité du territoire helvétique pour pénétrer en France. Les prétentions de l'aristocratie suisse se réveillèrent ; l'acte de médiation de Napoléon fut annulé : on vit alors la noblesse de Berne, de Fribourg et de Lucerne revendiquer ses anciens privilèges; mais à Zurich, la diète, animée d'un esprit plus en harmonie avec la marche de la civilisation, posa les bases d'une nouvelle alliance des 19 cantons; et comme le parti populaire menaçait de se porter à des excès , le congrès de Vienne prononça, le 20 mars 181 5, l'acte par lequel il déclarait reconnaître l'alliance que la majorité des cantons avait contractée, et comprenait dans la nouvelle confédération le Valais , le territoire de Neuchâtel et celui de Genève : ce qui porta à 22 le nombre des cantons.
Plusieurs lanj^ues sont en usagre dans ces différentes divisions : la plus répandue est l'allemand , mais Tallemand le plus dur; on le parle dans les trois quarts des cantons. Le français est en usage dans ceux de Vaud, de Neuchâtel , de Genève , et dans une partie de ceux de Berne , de Soleure , de Fribourg et du Valais. L'italien est usité dans le canton du Tessin et dans une partie de celui des Grisons. Le peuple des cantons où l'on parle français s'exprime dans un patois welche ou roman , que plusieurs savans regardent comme un mélange de celtique, de grec et de latin; il se divise en plusieurs dialectes , et paraît être l'une des plus anciennes langues du pays : ce qui confirme ce que nous avons dit précédemment.
Le christianisme , en détruisant les anciens dieux de THelvétie , y fit naître de nouvelles superstitions populaires. Dans les cantons catholiques la religion ne consiste guère qu'en une foule de pratiques extérieures. Suivant les montagnards, des esprits habitent les forêts et les montagnes; le diable a construit la chaussée de Pierre-Pertuis ^ ainsi que le pont naturel qui s'élève au-dessus, et dont l'ouver-
lao LIVRK CENT CINQCIÈME.
ture a 3o ou 4^ pieds de largeur, 20 de hauteur, et la voûte 25 de profondeur. La réformation du XVF siècle n'a point pénétré dans tous les cantons ceux de Basle, de Berne, de Yaud, de Schaffouse, de Zurich, et de Neuchâtel se sont presque entièrement séparés de Rome; Soleure, Fribourg , Lucerne , Zug , Schwitz , Unterwald , Uri , le Tesstn et le Valais sont restés totalement cathoUques. Mais les cantons de Genève , d'Argovie , de Glaris , de Thurgovie , de Saint-Gall, d'Appenzell et des Grisons sè sont partagés entre le culte réformé et le culte romain.
On a beaucoup exagéré la pureté des mœurs de la Suisse; les riches qui la parcourent se font quelquefois illusion sur les impressions qu'ils éprouvent à la vue d'un pays si riche par ses sites, si différent de ceux du reste de l'Europe, le seul qui nourrisse dans certaines parties un peuple de bergers et d'agriculteurs unis sous un gouvernement popu^ laire. L'image de la vie paisible des montagnards porte le citadin à envier leur sort : il les croit heureux , parce qu'il est heureux lui-même des sensations nouvelles que produit sur lui la variété des objets ; il se fait une idée favorable de leurs vertus, parce qu'éloigné de la sphère des intrigues, il lui semble que le peuple qui l'entoure est sans ambition, sans chagrins et sans vices. C'est ainsi que l'habitant des villes çst porté à considérer le peuple des campagnes comme une réunion d'hommes heureux : on sait cependant que ce n'est point toujours au village qu'il faut chercher l'exemple des vertus et des bonnes mœurs : l'ignorance et la pauvreté sont rarement compagnes des qualités morales. Ce qui se passe en Suisse est donc ce qu'on remarque partout : dans les cantons où l'éducation est répandue , où l'industrie est une source d'aisance , le cœur est pur , les visages sont rians e% le peuple est heureux. La religion y exerce une douce influence. Peut-être faut-il attribuer au protestantisme, qui. domine en Suisse, l'esprit d'union et de tolérance répandus,
EUROPE : Description de la Suisse. 1 2 i
clans tous les rangs : c'est dans ce pays que l'on voit fréquemment le même temple réunir deux cultes différens. Il est vrai de dire aussi que, par un vieux reste d'intolérance, les juifs ne sont point admis dans la plupart des cantons.
Dans les montagnes , la vie isolée des habitans semblerait devoir développer chez eux ces vertus, cette pureté de mœurs que Ton attribue aux premiers âges des sociétés humaines. Un air pur, les travaux agricoles, l'éducation des bestiaux, l'absence de besoins, et l'ignorance du luxe, devraient y prolonger les jours de l'homme comme au temps des patriarches. Cependant la morale n'y est point sans tache , et la vie ne s'y prolonge guère au-delà de 60 à 70 ans. Faut-il en conclure qu'à l'époque de civilisation où nous sommes arrivés , les vertus et la santé s'accommodent mieux du contact des grandes populations, des besoins du luxe et du travail, que de la simplicité ignorante, et des occupations- peu lucratives
Les Suisses des villes recherchent peu la société, mais ils goûtent avec plus de charmes les jouissances de la vie intérieure : dans la bourgeoisie on pourrait citer bien des exemples de morale, de vertus et de félicité, souvent trop rares dans les pays où les sensations sont moins concentrées, où les plaisirs sont extérieurs. Les hommes se réunissent, mais c'est pour causer, fumer et se promener de long en large dans une chambre où trois chaises sont plus que suffisantes pour une réunion de douze personnes. En Suisse, chaque individu se présente sans fard , avec des manières et des allures à soi. C'est ce qui fait dire à un auteur zuricois (i) : « Aux concerts, à l'église, dans tous les rassemble- « mens un peu nombreux, mais surtout au spectacle, qui « pour n'être permis que rarement chez nous n'en est quô « plus suivi, il est impossible qu'un œil observateur ne re-v
(') AJeisler y auleur du Voyage de Zurich à Zurich.
« marque avec surprise la prodigieuse diversité des physio- « nomies qu'offrent les têtes de tout âge, et très-particu- « lièrement celles des jeunes personnes; l'extrême mobilité « de leurs traits, 1 ingénuité comme la vivacité de leur ex- « pression. »
Dans tous les rangs, l'attachement au pays et le respect pour les anciennes coutumes forment les principaux traits du caractère national. La masse du peuple, dans les pays de plaine, est plus éclairée que partout ailleurs : dans quelques cantons, non seulement les gens aisés, mais les paysans aiment la littérature et les arts. Cependant l'esprit humain est un composé bizarre de tant de contrastes, qu'il ne faut peut-être pas s'étonner que dans cette contrée , où certaines libertés se sont établies depuis des siècles, plusieurs questions d'un haut intérêt n'y soient point comprises : la justice s'y rend à huis clos, et la torture n'y est point légalement abolie. En un mot, le moyen âge y est encore debout. Il subsiste dans les monumens comme dans les lois et dans les mœurs. Ainsi le droit de bourgeoisie est dans toute sa vigueur : on achète ce droit un prix plus ou moins élevé selon l'importance des lieux; et les avantages que l'acheteur en retire sont proportionnés au prix qu'y met la commune. Dans une ville d'environ 2000 âmes on acquiert la qualité de bourgeois moyennant 2000 francs une fois payés , et l'on jouit en retour de sa part dans les revenus communaux : ainsi l'on peut avoir pendant toute l'année sa provision de bois, de vin, de fromage, etc. Si l'on meurt en laissant des enfans, ceux-ci reçoivent, aux frais de la commune, l'éducation qui convient à leur naissance.
Des costumes particuliers, dont l'origine remonte à plusieurs siècles, distinguent la plupart des cantons, mais ces costumes ne se conservent que chez le peuple, et même les femmes seules y sont restées fidèles. On reconnaît la paysanne du canton de Berne , tantôt à sa petite calotte de
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paille chargée de fleurs comme une corbeille , tantôt à son bonnet de dentelle noire, ou dans les jours de fête à son bonnet de velours noir garni d'une sorte de dentelle raide de la même couleur faite avec des crins de cheval , et à son corset brodé d'or et garni de chaînes en argent qui pendent sur les épaules ; l'éclat de ce corset est relevé par des manches empesées, larges , de la plus grande blancheur, et qui descendent jusqu'au coude. C'est dans le même canton que l'on voit des femmes qui portent des jupons qui ne dépassent pas le genou. Dans le canton de Fribourg la coiffure des paysannes consiste en un grand chapeau de paille parfaitement plat , garni de fleurs et de rubans , et posé sur le front. Dans le canton de Schaffhouse, elles vont tête nue, mais ornée de longues tresses de cheveux qui descendent jusque sur leurs talons. Dans l'Unterwald, la tête d'une jeune fille se pare de nates roulées sur le sommet et ornées de rubans de soie et de lames ou de feuilles d'argent , tandis que la femme mariée se reconnaît à un double morceau de mousseline empesé et plissé comme un jabot qui s'élève en forme de crête depuis la nuque jusqu'au sommet de la tête. La Vaudoise porte un grand chapeau de paille pointu et terminé par un prolongement en forme de gros tube qui sert à prendre et à mettre cette coiffure. La paysanne du canton de Soleure cache une partie de ses blonds cheveux sous une coiffe noire ornée d'un ruban froncé de même couleur, dont les deux bouts viennent se nouer sur la poitrine; enfin la Valaisanne couvre sa tête d'un petit chapeau , dont le bord arrondi est entouré d'un ruban, tandis qu'un autre ruban froncé ou une rangée de plis ronds entoure la forme du chapeau , sous lequel descendent ses cheveux relevés en chignon. A toutes ces coiffures si variées ajoutez l'éclat du reste des vêtemens : le jupon bordé, le tablier rayé de diverses couleurs, les bas rouges, les cravates de velours noir et mille autres
petits détails qui varient selon le goût ou le caprice de chacime de ces coquettes villageoises , et vous pourrez, vous les représenter avec assez d'exactitude : l'imagination aura même l'avantage de les peindre avec la grâce et la beauté qui leur manquent trop souvent; car autant ces costumes paraissent élégans lorsqu'ils sont sur une jolie taille ou accompagnés d'une figure agréable , autant ils paraissent bizarres lorsqu'ils contrastent avec une taille épaisse, un pied large, une jambe massive et une figure repoussante.
Quelques cantons sont soumis à des lois somptuaires. C'est une mesure sage dans un pays où la simplicité de mœurs entretient l'esprit d'indépendance et de liberté. Les jeux de hasard y sont défendus, mais les exercices d'adresse et de gymnastique, comme la lutte, la course et le tir, sont les amusemens journaliers de la jeunesse. Bien que les Suisses ne soient point une nation poétique (i) , de tous les arts qu'ils cultivent, celui dont le goût paraît le plus répandu, c'est la musique.
L'art d'utiliser les terres, de ménager les irrigations, de multiplier les engrais, est parfaitement entendu en Suisse, Sans la variation des saisons, elle pourrait se dispenser d'importer des grains et d'autres alimens de première nécessité. Le nombre et la beauté des pâturages favorisent la propagation des bestiaux; ils sont quelquefois remarquables par leur grosseur : on sait combien les vaches suisses sont renommées , surtout celles à petites cornes de la vallée de Gruyères. Les chevaux ne sont pas d'une race fine , mais ils sont endurcis à la fatigue. Le mulet, recherché pour sa marche assurée, est dans les montagnes la principale bête de somme.
Dans les divers cantons le commerce a beaucoup perdu
(0 De l'Allemagne , par M'"'^ dfi Staël.
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de son importance depuis les derniers traités. Le système prohibitif des États voisins rétrécit les débouchés que la confédération helvétique trouvait autrefois pour ses bestiaux , ses cuirs et ses fromages , son chanvre et son lin , son horlogerie et ses mousselines. Ses plantes officinales sont encore un objet d'exportation considérable.
A partir de l'extrémité septentrionale de la Suisse, le canton de Schaffhouse ^ l'un des moins étendus, est celui qui doit d'abord attirer nos regards. Schaffhouse ^ son chef-lieu , est une petite ville de 7 à 8000 âmes , dont les maisons sont bâties dans le goût antique , les unes avec des peintures sur les façades, les autres avec des espèces de tours. On y remarque le Munster ou la cathédrale dédiée à saint Jean , l'église de tous les saints , qui est fort ancienne, et la vieille forteresse appelée Unnoth ou Munnoth^ dont les murs ont 18 pieds d'épaisseur. Au VHP siècle son port était déjà fréquenté : sa position au-dessus des écueils du Rhin lui fît donner le nom de Schiffhausen ( abri des bateaux ) , et par corruption celui de Schaffhausen. Elle a un bon collège académique où neuf professeurs enseignent les diverses branches de connaissances qui constituent l'enseignement en usage dans nos collèges royaux; un gymnase ou école préparatoire ; un institut d orphelins ; un pensionnat de jeunes demoiselles , et trois bibliothèques publiques , riches en anciennes éditions et en manuscrits précieux. Son commerce est actif : on y fabrique des cotonnades, des étoffes de soie , et l'on y prépare le cuir. Si l'intérieur de Schaffhouse offre peu d'objets qui intéressent l'étranger, la célèbre chute du Rhin, connue en Suisse sous le nom de Laufen, suffit pour y attirer les curieux : c'est la plus importante cataracte de l'Europe.
C'est du vieux château de Laufen^ dans le canton de Zurich, que l'on peut contempler cette chute de 60 à ^5 pieds de hauteur qui vous assourdit, vous inonde d'un
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nuage de vapeurs, et forme l'un des plus beaux spectacles que l'on puisse voir, soit qu'on l'examine au lever ou au coucher du soleil, ou pendant une belle nuit d'été, à la lueur blafarde de la lune. On regrette seulement, pour l'effet pittoresque de tout un fleuve qui se précipite au milieu de rochers taillés par la nature en obélisques noirâtres, que le rideau de verdure sur lequel se détachent ses flots écumeux ne soit formé que de vignes liées d'une manière si peu poétique à leurs échalas régulièrement plantés. Heureusement pour les propriétaires de ces vignobles, que le vin rouge qu'on y récoite est un des meilleurs de la Suisse allemande. Heureusement encore pour la ville de Schaffhouse que l'on pêche une grande quantité de saumons au pied de cette cataracte, qu'ils cherchent vainement à franchir.
Stein est une petite ville située à l'endroit même où le Rhin sort du Zellersée, partie inférieure du lac de Constance. On y remarque le vieux château de Steiner-Klinge , d'où l'on jouit d'une vue magnifique. A une demi-lieue de là se trouve le village à^OEningen^ dont les carrières sont célèbres par les beaux poissons fossiles qu'on y trouve.
Le canton de Schaffhouse est situé en entier sur la rive droite du Rhin; il est couvert de collines et de montagnes, dont la plus haute, le Randenberg, a 1200 pieds de hauteur au-dessus du niveau du fleuve. La culture de la vigne est la principale occupation des habitans des campagnes. Sa population est de 34000 âmes qui, à quelques centaines près, appartiennent au culte réformé. Son territoire est divisé en 24 tribus , et gouverné par un grand conseil composé de 74 membres qui exerce ie pouvoir souverain , et par un petit conseil de 34 membres, auquel est confié le pouvoir exécutif.
Au sud-est s'étend jusqu'au lac de Constance le canton de Thurgovie^ en allemand Thurgau^ qui a pris ce nom
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de celui de la Thur^ petite rivière de 24 lieues de cours qui le traverse avant de se jeter dans le Rhin, et qui n'est navigable que pendant une partie de l'année. Son territoire est couvert de petites montagnes, dont les plus hautes ne s'élèvent pas au-dessus de 2600 pieds au-dessus du lac de Constance. La basse Thurgovie est riche en prairies , en vergers et en vignobles , et la haute Thurgovie est tellement fertile qu'on y fait jusqu'à deux récoltes par an, Tune en lin et l'autre en céréales. On y trouve les plus beaux poiriers et les plus beaux pommiers de toute la Suisse. Le lin et le chanvre qu'on y cultive alimentent de nombreux métiers à tisser qui livrent au commerce des toiles d'une grande finesse.
A Frauenfehl^ capitale de ce canton, on ne remarque que trois rues assez belles et des fabriques de soieries. La petite ville de Bischofzell n'est peuplée que d'agriculteurs. Elle conserve un pont en pierres qui date de 1484.
Le canton de Saint. G ail Q^lwxv de ceux où la démocratie est la plus développée : il n'y existe aucun privilège ni de naissance ni de fortune. Son territoire, assez étendu , comprend un grand nombre de belles vallées formées par des montagnes, dont quelques unes atteignent la limite des neit^es. Le lac de Wallenstadt, long de 4 heues sur une de largeur, et profond de 4 à 5oo pieds, doit son aspect pittoresque à ses rives verdoyantes au centre , et garnies à ses deux extrémités de rochers à pic et nus. Les i3o,ooo âmes qui forment la population du canton composée d'Allemands, dont la moitié est protestante et Vautre catholique , est une des plus ignorantes de la Suisse. La classe populeuse est en proie à la misère, surtout dans la partie catholique.
Saint' Gall est commerçante et industrieuse. Les restes de son abbaye et les manuscrits de la bibliothèque abbatiale sont ses seules curiosités. Le couvent même a été transformé en un gymnase catholique, et la partie de ses batimens,
que l'on nomme le palais , est la résidence du gou^rnement cantonal. Le nouvel hôpital des orphelins est l'édifice qui présente la plus belle apparence.
Les petites villes de Werderherg de Sargans ^ de Wallenstadt^ près du lac de ce nom , et celle de Rapperschwyl ^ au bord de celui des Quatre-Gantons, ne méritent d'être nommées que pour les sites pittoresques qui les environnent. Nous ne devons point passer sous silence le canal de la Lint, qui communique du lac de Wallenstadt à celui des Quatre-Gantons. La Lint, par les sables et les roches qui entravaient son cours, causait de fréquentes inondations sur les terrains qui bordaient ses rives et y entretenait des marais pestilentiels , lorsqu'un homme éclairé , Gonrad Escher, proposa de transformer en un canal le cours de cette rivière dangereuse : ses plans furent exécutés, et depuis 1816 la contrée a été assainie, et de vastes marais ont été rendus à l'agriculture.
Le canton dAppenzell^ enclavé au milieu de celui de Saint-Gall, présente un spectacle tout opposé,* il y règne la plus active industrie. Ge pays forme deux petites républiques appelées Inner-Rhoden et Ausser-Rhoden; la première catholique , et la seconde protestante , composant une population de 53,ooo âmes. Les habitans de l'Inner-Rhoden sont de laborieux montagnards qui se livrent avec ardeur aux travaux agricoles si pénibles dans leurs hautes vallées. Dans leurs montagnes calcaires, aux cimes neigeuses, leur principale occupation est de soigner leurs bestiaux : pendant l'été plus de 20,000 bêtes à cornes couvrent les pâtu* rages. L' Ausser-Rhoden, trois fois plus peuplée, ressemble à un immense jardin anglais parsemé de manufactures où l'on tisse le coton en toiles et en mousseline. Appenzell n'est qu'un bourg de l'Inner-Rhoden. Herizau^ plus considérable , le surpasse par son commerce et ses fabriques.
Dirigeons-nous maintenant vers le canton de Zurich^ situé
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à l'ouest de celui de Saint-Gall. Il tient un des premiers rangs dans la confédération helvétique, par son étendue, par sa population que l'on porte à plus de 221,000 âmes, et par son industrie, son commerce et sa richesse. L'agriculture y est florissante, et les principales manufactures sont celles de cotonnades et celles de soieries. Le gouvernement y réside dans un grand conseil composé de 212 membres, et dans un conseil exécutif formé de 19 membres. Son territoire ne renferme pas de hautes montagnes : la plus considérable n'a que 36oo pieds au-dessus du niveau de l'Océan. Parmi les 7 lacs qu'on y compte , les plus importans sont le Pfeffikofi^ le Greifensée et celui qui porte le nom de la capitale.
Zurich s'élève à l'endroit où la Limath ou Limmat sort du lac pour aller grossir l'Aar; le cours de la rapide rivière la divise en haute et basse ville : la première sur la rive droite , et la seconde sur la rive gauche. Cette cité se rappelle encore la campagne de 1799, pendant laquelle, occupée tour à tour par les Français , les Autrichiens et les Russes , Masséna remporta dans ses environs une victoire éclatante sur l'armée de Souvaroff. Elle conserve une partie de ses bastions; mais ceux qui entourent la ville haute sont en partie détruits, et seront remplacés par des boulevards. Sans être bien bâtie , Zurich renferme d'assez belles maisons , sur, tout dans la partie haute, où résident de riches fabricans. On* traverse la Limath sur trois ponts en bois, dont celui du milieu est le seul sur lequel les voitures puissent passer : il est assez large pour qu'il s'y tienne un marché. A l'extrémité de ce pont, sur la droite de la rivière, on remarque un édifice bâti vers la fin du XVIF siècle : c'est la maison du grand conseil; à l'extérieur, la frise est ornée de bustes des personnages les plus remarquables de la Suisse et de l'antiquité. A l'extrémité de la ville, au bord du lac, se trouve l'hôtel de ville, maison de modeste apparence,
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et dans le style du moyen âge. L'ancienne cathédrale, édifice surmonté de deux tours , est bâtie dans le style roman : on croit qu'elle existait du temps de Charlemagne. Dans l'un des deux bâtimens servant d'arsenaux on conserve une belle collection d'armures suisses, françaises et autrichiennes du moyen âge. Le théâtre n'offre rien de remarquable, non plus que l'hôpital. La maison de correction est vaste , et le casino situé sur un des boulevards de la ville haute est d'une assez belle apparence. Vis-à-vis de l'hôtel de ville on voit la bibliothèque publique, composée de 60,000 volumes, et de plus de 700 manuscrits, parmi lesquels nous citerons plusieurs lettres de Jane Gray, écrites en latin à BuUinger, une partie du Codex ^vaticanus ^ et le manuscrit original de Quintilien.
Zurich est remarquable par les beaux points de vue qu'offrent ses promenades et ses remparts. Les montagnes neigeuses qui, vers le sud-est, bornent son horizon, ajoutent à la beauté de son bassin, circonscrit par le mont Albis à l'ouest , et le Zurichberg à l'est. De belles maisons de campagne ornent ses environs. Entre la petite rivière de la Sihl et la Limath, dans laquelle elle se jette, s'étend une magnifique promenade sur laquelle s'élève un monument à la mémoire de Conrad Gessner. Zurich, par sa position àl'extrémité d'un grand lac, est devenue un des importans entrepôts de la Suisse. Son commerce est alimenté par des fabriques de toiles de coton , de chapeaux de paille et de savon. Dès le moyen âge cette ville devint célèbre par les talens du réformateur Zwingle , et depuis par les hommes distingués auxquels elle a donné naissance. 11 suffit de nommer ^S. Gessner^ Z<<^('rtfcretPe^fa//o^^ipour justifier ses titres à la célébrité. Ses écoles sont nombreuses; son université jouit d'une bonne réputation ; ses sociétés savantes feraient honneur à des cités plus importantes. Elle ne renferme que II à 12,000 habitans.
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La jolie petite ville de Winterthur ^ qui rivati^e avec Zurich dans la carrière des arts , des sciences et de l'industrie, a dans sa bibliothèque une belle collection de médailles et de pierres gravées trouvées dans le village à'Ober- Winterthur , sur l'emplacement de l'ancienne ville de Fitodurùm, Bulach est entourée de vignobles et de champs en culture 5 Eglisau n'offre rien de particulier; mais sur le chemin de Zurich à cette petite ville de 1800 âmes, on traverse le village de Kloten^ où l'on a trouvé des antiquités romaines qui prouvent que la XP légion a stationné dans ce lieu.
A l'ouest du canton de Zurich , celui ^Argovie^ en allemand Aargau^ est arrosé par la Limath, la Reuss et l'Aar , dans laquelle elles se jettent, et qui donne évidemment son nom au pays. Il est composé de vallées formées par des collines et de petites montagnes. L'agriculture y est dans un état prospère, et l'industrie y est alimentée par l'exploitation des mines de fer, par de bonnes routes, par plusieurs foires et par des fabriques de cotonnades et de soieries.
Arau ou Aarau^ capitale du canton, est une vieille et sale petite ville, mais commerçante et industrieuse. Elle possède plusieurs établissemens de bienfaisance, et des écoles où les parens sont obligés d'envoyer leurs enfans. Sa bibliothèque renferme une riche collection de manuscrits relatifs à l'histoire de la Suisse. C'est , après Genève , la seule ville de la confédération où l'on recueille des observations météorologiques. Bade ou Baden est connu par ses bains , que les Romains appelaient Aquœ uerbigenœ. Tacite en vante la beauté et l'utilité. On y a découvert un grand nombre d'antiquités, entre autres une statue d'Isis, vénérée sous le nom de sainte Verène (i). Les bains de Bade sont distribués
(0 Ebel , Voyage en Suisse.
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dans chaque auberge près de la ville, et fréquentés par un grand nombre de malades, mais les plus chauds, ceux de Sainte-Verène , sont publics et peuvent contenir une centaine de baigneurs. Le seul édifice à remarquer à Bade est l'hôtel de ville , qui date de 1 4 1 6 , où fut signé le 7 septembre 1 7 1 4 le traité de paix entre le prince Eugène et le maréchal de Villars. Bruck ou Brugg^ sur l'Aar, près du confluent de la Reuss et de la Limath , est une petite ville entourée de vieilles murailles : la porte par laquelle on y entre en venant de Bade est dans le style du moyen âge. C'est à Bruck que naquit le docteur Zimmermann. Zoffingen^ qui jouit d'une grande réputation sous le rapport de l'industrie , est bien bâtie, renferme de jolis édifices, tels que l'église de Saint- Maurice, l'hôtel de ville, une bibliothèque, un cabinet de médailles digne d'être vu, et la maison des tireurs. Près de la jolie petite ville de Lenzbourg on voit les ruines du château du fameux bailli Gessler.
Sur la rive gauche du Rhin , Kaiserstiihl , petite ville de 600 âmes, paraît occuper l'emplacement de l'ancien jFb7^w7?2 Tiherii; plus loin , Klingnau , sur la droite de l'Aar, récolte d'exceîlens vins.
Dans la belle et riche vallée appelée Frickthaly qui comprend un petit pays peuplé de 20,000 âmes, et borné au nord par le Rhin , vit un peuple docile et laborieux qui professe le catholicisme. Ce pays, qui appartenait autrefois à l'Autriche, ne fait partie de la Suisse et du canton d'Argovie que depuis i8o3. On y trouve la petite ville de Laufeiibourg ^ sur le Rhin , qui la divise en deux parties inégales. Elle doit son nom à une chute que forme le fleuve, et qui n'est pas à comparer à celle qui tombe au pied du château de Laufen , prèstle Schaffhouse, mais qui rend la navigation dangereuse. Plus loin on traverse Rheinfelclen ou Rhinfelden^ la plus importante des petites villes forestières du canton d'Argovie. Après avoir quitté cette ville, on passe à Augst , village
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embelli par des maisons de campagne ornées de beaux jardins. Ce village , ainsi que l'indique son nom , occupe l'emplacement de l'antique Rauraca , appelée aussi Augusta Rauracorum , parce que cette ville romaine était située dans le pays des Rauraci. On y découvre fréquemment des restes d'antiquités.
Ce village est sur la limite du canton d'Argovie; au-delà on se trouve dans le canton de Basle, qui, sous le rapport administratif, en forme deux : celui de Basle-ville et celui de Basle-campagne.
Arbourg on Aarhourg est dominé par la seule forteresse que possède la confédération helvétique.
Basle ou Basel ^ qu'Ammien Marcellin désigne sous le nom de Basîlia^ était au XP siècle la plus importante ville de l'Helvétie; elle a été pendant long-temps la seule de l'Europe où l'art de l'imprimerie fût porté à un haut point de perfection. Elle se glorifie d'être la patrie des Bernouilli, des Euler et des deux Holbein. Plusieurs tableaux de ces deux artistes sont précieusement conservés dans la bibliothèque de la ville , enrichie de celle que possédait Erasme, qui termina ses jours à Basle. Cet établissement, situé aujourd'hui près de la place de l'ancienne cathédrale, renferme 4o,ooo volumes. On conserve dans une salle particulière un grand nombre de manuscrits, dont quelques uns sont du XIF siècle : entre autres un de saint Grégoire de Nazianze, ainsi qu'une nombreuse collection de lettres de différens personnages célèbres qui ont marqué dans l'histoire de la réforme , tels que Luther, Mélanchton, Erasme, etc. C'est au rez-dechaussée de l'établissement que se trouvent deux salles où l'on conserve des tableaux anciens; l'une d'elles renferme une trentaine de tableaux peints par Holbein père et fils , Sigismond et Ambroise Holbein , quatre tableaux de Luc Kranach, ainsi qu'un grand nombre de dessins de ces peintres et de quelques autres artistes contemporains. Dans la
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même salle on voit avec intérêt une belle suite de médailles et de figarines antiques qui ont été trouvées à Augst. Dans une autre salle on conserve plusieurs livres précieux : entre autres l'exemplaire de FEloge de la folie par Erasme, sur les marges duquel Holbein a dessiné à la plume plusieurs des scènes retracées par le savant de Rotterdam. Basle, dont la population est aujourd'hui de 17,000 âmes, était plus considérable au XVF siècle ; elle renferme quelques belles rues et des places spacieuses, des hôpitaux, des écoles dans lesquelles on pratique la méthode d'enseignement de Pestallozzi, des sociétés savantes et de nombreuses manufactures. Sa situation est magnifique : « D'une haute « terrasse ombragée de dix beaux marronniers et sur la- « quelle la cathédrale est bâtie, la vue plonge sur le Rhin, n qui présente ici l'aspect d'un torrent "furieux , plus pro- « pre à ravager le pays qu'il traverse qu'à le fertiliser et à « faciliter ses communications (i). Sa couleur est d'un bleu « blanchâtre comme le Rhône, et l'on aperçoit au premier a abord un air de famille entre ces deux grands fleuves, « qui indique leur origine commune. » La communication du grand au petit Basle, sur la rive opposée, a lieu par le moyen d'un pont de i4 arches, bâti en pierres aux deux extrémités et en bois au milieu, à cause de la profondeur et de la rapidité du Rhin. Le petit Basle est un quartier mal bâti, renfermant un grand nombre de maisons et quelques églises. On remarque vers le milieu de la longueur du pont, c'est-à-dire à environ 100 mètres du grand Basle, une construction dans le style gothique qui paraît avoir été destinée à recevoir dans une niche une figure de vierge ou de saint. De chaque côté de celle-ci un ange est représenté, l'un tenant une croix et l'autre une lance. Cette espèce de tour paraît être du commencement du XIIP siècle. Les
(') M. Simond , Voyage en Suisse.
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montagnes de la Forêt-Noire terminent l'horizon du côté du nord-est. On lésa constamment à sa droite, comme un large rideau d'un vert sombre, depuis Laufenbourg jusqu'à Basle.
Mais montons à l'ancienne cathédrale qui domine la plateforme ombragée de marronniers dont nous venons de parler. Ce monument présente sur ses côtés des arcades cintrées et sur sa façade des arcades en ogives. Le portail, où s'ouvrent trois portes richement sculptées, est surmonté de deux tours carrées terminées en flèches élégantes , mais d'inégale hau- ' teuT et d'une architecture différente : la plus haute a 25o pieds d'élévation. De chaque côté des portes on voit, sur des pilastres , deux figures à cheval qui se détachent en relief : l'une , incomplète, représente un saint Martin coupant un morceau de son manteau, et l'autre est un saint George armé de pied en cap, qui de sa lance, longue de \i à i6 pieds, perce de part en part un dragon. La porte latérale est ornée d'un grand nombre de figures qui sont évidemment plus anciennes que celles du portail, et qui représentent Jésus- Christ et d'autres personnages du Nouveau-Testanjent. Le cloître qui entoure le côté droit de l'église est rempli d'anciennes tombes sur lesquelles on marche, et de monumens funéraires de différens âges, dont quelques uns sont trèsvieux et dont plusieurs sont remarquables par leur style et leur exécution ; des familles privilégiées s'y font encore enterrer. Dans l'intérieur de l'église, qui est transformée en temple réformé, on voit à gauche, près de la porte, le tombeau de Bernard de Masw^au , chevalier du XIV^ siècle , représenté couché et revêtu de son armure. La chaire , formée de trois blocs de pierre, est du plus beau travail dans le style gothique. Plus loin, sur le côté gauche , on remarque un tombeau représentant couchée une comtesse de Thierstein, femme du margrave Rodolphe de Hochbourg, morte en i385. Sur le même côté, mais près de la porte principale, on conserve de belles stailes en bois sculpté, qui par l'élégance des or-
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nemens annoncent l'époque de la renaissance. Près du chœur s'élève, adossée à la muraille, une pierre sépulcrale en marbre rouge : c'est le tombeau d'Erasme. Derrière le chœur on remarque celui de l'impératrice Anne , femme de Rodolphe de Habsbourg. Elle y est représentée couchée près d'une petite princesse , sa fille , qui mourut à Basle quatre ans avant elle, et près de laquelle elle voulut être inhumée en 1286. Dans le chœur on montre un bassin en pierre, destiné à servir de fonts baptismaux et parfaitement sculpté dans le style gothique. Cette église a été commencée en 1019 par l'empereur Henri IL; mais d'après ce que nous venons d'en dire, par le style gothique qui y domine, on voit qu'elle doit avoir été terminée dans le siècle suivant. Elle fut probablement destinée à remplacer une petite église beaucoup plus ancienne dont nous allons dire quelques mots. Par le chœur on descend dans une chapelle souterraine : c'est tout ce qui reste de cette antique église ; on en porte la construction au IX^ siècle, et certainement, à en juger par son architecture et sesornemens, elle n'est pas postérieure à cette époque. Elle est surtout remarquable par les restes de peintures à fresque qui en décorent les murs et le plafond cintré , et qui représentent plusieurs scènes du Nouveau-Testament. Une belle figure du Christ, de grandeur naturelle, et dans l'attitude que Ion donne à Yecce homo, présente surtout une rectitude de dessin que l'on ne remarque point dans les sculptures qui ornent la grande église. Les arbres seuls, dans ces peintures, sont dessinés d'une manière assez grossière. Tout porte au surplus à regretter qu'elles ne soient pas mieux conservées; mais l'humidité de cette chapelle souterraine les endommage tous les jours davantage. . On a scellé dans la muraille près de l'entrée un bas-relief qui date du VP siècle et qui représente six des apôtres. Ce monument a été découvert à Augst.
Un escalier conduit de l'église dans la salle où depuis
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i43i jusqu'en i444 se tint le mémorable concile de Basle. Cette salle n'offre rien de curieux,' mais dans celle où non loin de là Erasme faisait ses cours, on remarque sur une des tables un portrait fort ressemblant de ce savant docteur, tracé dans le bois avec la pointe d'un canif par un de ses auditeurs. Une dame anglaise a offert 20,000 francs du morceau de cette table qui porte le croquis de quelque jeune artiste ignoré.
A l'entrée de la place du marcbé, l'hôtel de ville, édifice du moyen âge, déploie sa façade ornée de sculptures et de peintures à fresque, représentant différens personnages relatifs à l'histoire de la Suisse. Le vestibule est décoré de grands tableaux peints dans le même genre et dont les sujets sont tirés de l'Ecriture sainte. Au pied de l'escalier, on remarque la statue en bronze de Munatius Plancus , fondateur Augiista Rauracorum. Cette statue est moderne comme les peintures. Le marché aux poissons est orné d'une fontaine dans le style gothique remarquable par son élégance. Dans l'arsenal , où les armes du canton de Basleville sont aussi bien rangées que dans les autres cantons, on conserve la cotte de mailles de Charles-le-Téméraire , et l'armure de tête et de poitrail du cheval qu'il montait à la bataille de Morat. On sait que plusieurs villes de la Suisse se partagèrent ses dépouilles.
Basle est une ville fermée. Son origine paraît remonter au IV^ siècle 5 ai^XP elle était la cité la plus grande de i Helvétie, elle l'est bien encore, mais ce n'est pas la plus peuplée. Les croisés s'y rassemblèrent en 1202. Elle occupa de bonne heure un rang parmi les cités lettrées ; son université fut long-temps célèbre et peut rivaliser encore avec les autres établissemens de ce genre que possède la Suisse.
Cette ville fut à plusieurs reprises bouleversée par des ircmblemens de terre. Au XV*^ siècle la peste la ravagea , et l'on raconte même que ce fléau réduisit à un seul membre
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le fameux concile, décimé par la mort et dissous par la fuite.
Dans le canton de Basle-campagne nous n'avons aucune ville intéressante à citer. Liestall ou Liechstall^ qui en est le chef-lieu, n'est peuplée que de 2000 âmes. Elle est située sur la rive gauche de l'Ergolz , qui , à peu de dislance de là , forme une jolie cascade. Waldenhourg , que sa population de 5 à 600 âmes devrait exclure du rang des villes, est située au pied du mont Ober-Nauenstein , à l'entrée d'une étroite vallée arrosée par la Frenke.
Le canton de Soleure^ au sud de Celui de Basle, est u n pays de pâturages et de culture , où l'on élève une belle race de bœufs remarquables par l'épaisseur de leur queue, et où l'on trouve un grand nombre de châteaux du moyen âge. Il n'existe que deux villes dans ce canton.
Soleure^ avec ses bains sur l'Aar, ses rues larges et bien bâties, ses belles fontaines, son église dédiée à saint Ours et qui passe pour être l'une des plus belles de la Suisse, est plus intéressante sous le rapport du commerce que sous celui de l'instruction. Les écoles de cette ville ont fait moins de progrès que celles des campagnes, mais les prisons publiques et les hôpitaux méritent des éloges pour leur excellente tenue. L'arsenal renferme une collection de 2000 cuirasses qui passe pour être une des suites les plus complètes qui existent. La bibliothèque publique se compose d'environ 10,000 volumes. Cette petite ville de 4ooo âmes, appelée en allemand Solothurn et au moye||âge Salodurum^ paraît occuper l'emplacement d'une station romaine. On y a trouvé beaucoup d'antiquités. Il en est de même de la petite ville à'Olteji^ sur l'Aar, où l'on voit quelques jolies maisons et une belle église: mais on sait que celle-ci s'appelait Ultianum du temps des Romains.
Dans le canton de Berne ^ le plus vaste de toute la Suisse, puisqu'il s'étend depuis la frontière de la France jusqu'à celles du Valais, on trouve les sites les plus célèbres, les
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cascades les plus pittoresques, et quelques unes des plus hautes cimes des Alpes. Parmi ses villes il en est aussi plusieurs qui sont dignes d'être mentionnées; commençons par celles-ci. Nous citerons d'abord celles de la partie septentrionale, c'est-à-dire dans les montagnes du Jura. Délémont^ en allemand Delsherg , où l'on fabrique de l'horlogerie et des toiles peintes, et dont les environs offrent au confluent de la Sorne et de la Birse de belles ruines de bains romains; Wiedlishach^ près de laquelle on voit sur une cime du Jura le château de Bipp, ainsi appelé du nom de Pépin qui le fit bâtir comme rendez-vous de chasse; Porentruy^ ou Pruntium , enrichie par ses tanneries ; Burckdorf., en français Berthoud, jolie petite ville célèbre par l'institution qu'y fonda Pestallozzi; Bienne ou Biel., qui élève beaucoup de vers à soie, et qui est connue par son lac. Ses maisons bizarrement peintes sont bâties en arcades; ses places publiques sont ornées de vieilles fontaines de mauvais goût qui remontent au XV^ et au XVP siècles. Les femmes y portent de longues tresses de cheveux tombant plus bas que leurs jupons qui descendent à peine aux genoux.
Berne mérite par son importance d'être la capitale de ce riche canton. Ses rues bordées de galeries massives et sombres qui avancent sur le rez-de-chaussée des maisons, sont belles, mais tristes; on y voit peu de monde, excepté les jours de marché. Des fontaines, des eaux courantes et limpides y entretiennent la propreté. Les magistrats n'y ont point sacrifié l'utilité à l'apparence : des greniers d'abondance et des hôpitaux frappent d'abord les regards. Le commerce y est peu actif, mais l'aisance y est générale : on n'y voit point de mendians. Ce que l'on doit remarquer dans cette ville, c'est le Mw/i^^er ou l'ancienne cathédrale, bel édifice gothique commencé en 1421 et terminé en i5o2:elle a 108 pieds de hauteur et le clocher 191 de plus. La principale de ses cloches a 9 pieds de diamètre et pèse 280 quintaux. Le por-
LIVRE CENT CINQUIEME, tail est de la plus riche architecture : on y voit représentés le jugement dernier, le paradis et l'enfer; au centre, le soleil, la lune et les étoiles. L'intérieur est orné de beaux vitraux; les orgues sont d'une grande dimension et richement ornées. Le chœur, séparé de la nef par une cloison vitrée, est décoré d'un rang de stalles en bois parfaitement sculptées, représentant d'un côté Jésus-Christ et les douze apôtres , et de l'autre, Moïse et autant de prophètes. On remarque dans cet édifice deux tombeaux : l'un élevé à la mémoire de Berthold V, duc de Zeringen , fondateur de la ville, l'autre à celle de Frédéric Steiger, qui en était avoyer lorsque les Français s'en emparèrent en 1798. La terrasse sur laquelle l'église est bâtie forme une promenade plantée de deux carrés de marronniers entourant deux pièces de gazon. De cette plate-forme, qui s'élève à 108 pieds de hauteur au-dessus du cours de l'Aar, on jouit d'une vue magnifique qui se prolonge au sud-est sur les montagnes neigeuses de rOberland bernois.
En suivant la grande rue de Berne, sillonnée dans sa longueur par un fossé de 3 pieds de largeur, creusé au milieu de la chaussée, et servant à l'écoulement des eaux, on arrive en montant et en passant devant une dizaine de fontaines du moyen âge, dont une représente un ours revêtu d'une armure de chevalier portant une bannière, accompagné d'un ourson vêtu en page; on arrive, disonsnous, à la Grosse horloge^ c'est ainsi que les Bernois nomment une porte intérieure de leur ville; elle est, en effet, surmontée d'une horloge représentant, près de la principale cloche, une grande figure de guerrier du moyen âge dont le bras droit, armé d'une masse d'armes, fait le mouvement de frapper la cloche lorsque l'heure sonne. Plus bas on voit alors se mettre en marche une procession de petits personnages dont la plupart sont des ours, les uns jouant de divers instrumens, les autres armés de mousquets. Au-
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dessus du cintre de la porte, un zodiaque paraît avoir été destiné à être mis aussi en mouvement. Au-delà de cette horloge on trouve la porte de Morat, bâtie en i583, et ornée d'une figure colosâale peinte sur des planches découpées et représentant dans d'assez mauvaises proportions un guerrier armé d'une hallebarde et d'une longue épée. Non loin de cette porte, l'église du Saint-Esprit, édifice moderne, rappelle par son portail celle de Saint -Gervais de Paris. La maison pénitentiaire, située à peu de distance de là, est vaste et bien construite. On y comptait, en i835, 33o prisonniers des deux sexes. Nous ne pouvons nous dispenser de faire l'éloge de la belle tenue qui y règne, soit dans les différens ateliers, soit dans les dortoirs. Un assez grand nombre de détenus sont logés dans de petites cellules trèspropres; tous sont bien couchés et bien nourris. Ils sont classés par catégories. Il n'y a que des adultes.
La halle aux grains est un vaste bâtiment carré, orné d'un fronton dont le centre est occupé par deux ours soutenant l'écusson de Berne. L'un d'eux verse une corne d'abondance du côté de Gérés, tandis que l autre tend sa pate au dieu Mars. Gette sculpture est simple et d'une assez médiocre exécution. Sur la place que décore cet édifice on remarque une fontaine assez singulière, et dans le style du moyen âge : c'est une colonne dont la base est entourée d'une suite d'ours armés, et dont le chapiteau est surmonté d'un personnage qui mange un enfant, et qui en tient plusieurs autres qu'il va dévorer.
Lliôtel de^ille^ qui n'offre rien de remarquable , est un édifice noirâtre dont la façade est décorée de tous les écussons de la Suisse, et dans lequel on entre par un double escalier.
Dans la partie de Berne qui comprend le Munster, nous avons encore à citer Yhôtel des monnaies^ monument d'une architecture simple et régulière, et Xhopital de vaste
bâtiment dont l'intérieur se fait remarquer par la bonne tenue. Le bas-relief qui en orne le fronton n'est pas d'une meilleure exécution que ceux qui décorent les autres édifices modernes de cette ville. Dans le même quartier se trouve la bibliothèque publique qui renferme 82,000 volumes, un grand nombre de manuscrits relatifs à l'histoire de la Suisse, dont le plus ancien est de i444j plusieurs manuscrits classiques, une collection de vases grecs et romains, et une belle suite de médailles antiques. La principale salle est décorée de colonnes et de pilastres en stuc qui lui donnent l'aspect le plus élégant. Cet établissement communique au inuséwn cl histoire naturelle^ dans lequel on remarque au rez-de-chaussée une assez belle collection de minéraux, classés d'après la méthode d'Haùy, plusieurs plans en relief des plus importantes parties des Alpes, et une suite de fossiles et de roches du canton. Le second étage se compose d'une vaste salle consacrée à la zoologie; les oiseaux s'y distinguent par leur belle conservation. Cette salle est ornée des portraits des avoyers de Berne et de tous les hommes marquans que la république a produits, en tête desquels se trouve Haller. Dans le jardin botanique on voit le monument que la ville a fait élever à la mémoire de ce grand homme qu'elle a vu naître.
Berne renferme une population de 18,000 âmes, et possède un arsenal bien approvisionné une université fréquentée par environ 200 étudians, et un gymnase qui compte 25o élèves.
La situation de cette ville sur une hauteur contribue à la salubrité de l'air et aux fréquens exemples de longévité. Son nom, qui vient du mot allemand Bœr (ours), a donné lieu à diverses opinions sur son origine. On croit cependant que son fondateur Berthold V, duc de Zeringen, l'appela Bœj^n parce qu'il avait tué un ours dans ses environs. La figure de cet animal compose ses armes parlantes;
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mais est-ce en mémoire de cet ours que depuis long-temps on en élève dans ses fossés ?
La route de Berne à Thun, que l'on prononce Thoune, longe agréablement le cours de l'Aar, caché par des prairies, des vergers, des maisons de campagne, des fabriques de toiles peintes et de jolis villages aux maisons en bois ou châlets. Thoune est dans la position la plus pittoresque , sur Tune des rives de l'Aar, qui s'y partage en deux branches à peu de distance du lac qui prend le nom de la ville. La principale industrie de cette petite cité qui ne paraît pas avoir plus de i5oo à 2000 âmes, consiste dans la fabrication de tabatières et de jolis ouvrages en bois peints, ornés des principales vues et des costumes de la Suisse, et dans la vente des toiles de ses fabriques et de celles de ses environs. Elle est aussi, en quelque sorte, l'entrepôt de tous les petits meubles en bois sculpté que l'on travaille dans l'Oberîand ou haut pajs, c'est-à-dire au milieu de ces belles montagnes qui s'étendent au sud des lacs de Thoune et de Brienz jusqu'au Valais. Elle possède de bonnes écoles, un hôpital, une maison d'orphelins, une bibliothèque publique, et une école fédérale d'artillerie. Ses deux seuls édifices sont le château flanqué de tourelles où se rassemblent les autorités, le temple situé sur un plateau qui domine la ville, et qui n'est remarquable ni par son architecture ni par son ancienneté : il est au contraire moderne, à l'exception du clocher. Autour de ses murs s'étend le cimetière, où l'on voit quelques tombes assez belles, mais les plus beaux mausolées sont scellés dans le mur extérieur de l'église. De la plate -forme sur laquelle celle-ci est bâtie, on domine la ville et les environs; et l'on jouit d'une vue magnifique sur le cours rapide de l'Aar, sur le lac, et sur les hautes montagnes qui bornent l'horizon, et parmi lesquelles on reconnaît la Jung-frau. Les jolies habitations qui bordent la rive droite de l'Aar sont
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louées chaque année par de riches étrangers et surtout par des Anglais. Sur la rive gauche on trouve de jolies promenades et au milieu d'un jardin un bâtiment dans lequel on montre le panorama du Rigi peint avec beaucoup d'exactitude par Huber de Kulm.
La navigation du lac de Thun se fait dans un bateau à vapeur, qui parcourt la longueur du lac depuis Thun jusqu'à Neuhauss en une heure et demie. C'est dans cette traversée que l'on peut juger de la beauté des sites qui entou' rent ce lac. Ce n'est pas sans intérêt que l'on voit une de ces machines locomotives, dues au progrès des sciences et de l'industrie, transporter le voyageur au milieu de tant de sites variés où les beautés d'une nature tantôt sévère, tantôt gracieuse, prêtent leurs charmes à de vieux monumens du moyen âge. Les regards sont d'abord attirés vers le mont Niesen , magnifique pyramide qui s'élève à 5564 pieds audessus de sa base, et dont la cime sert de baromètre aux habitans des contrées voisines : selon qu'elle se détache nettement sur le fond du ciel, ou qu'elle se couronne de nuages, elle annonce le beau temps ou la tempête. Presque au pied de la montagne on voit, au-dessus de l'embouchure de la Kander, un pont d'une seule arche qui semble suspendu dans les airs 5 au-dessous du nouveau canal de la Kander l'antique tour de StrœUligen^ et le vieux château de Spies ^ qui portait jadis le nom de Golden-Bof ( cour dorée ) , se détachent sur le rideau vert que forment de vastes forêts. Plus loin derrière ce château l'on aperçoit celui de Wimmis^ placé entre deux montagnes comme pour défendre l'entrée de la vallée. Sur la rive opposée se présente le village (ÏHilter-Fingen^ dont l'église, fondée par le roi Rodolphe de Strœttligen, date, dit-on, de l'an 933. A Ober-hofen on voit encore les traces d'un éboulement qui eut lieu en 1820 : les rochers à pic qui bordent ce côté du lac menacent à ^chaque avalanche d'engloutir ces beaux villages. Plusieurs
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jolies cascades tombent de la cime de ces rochers. C'est près àeRalUgen que les curieux vont visiter la caverne de Saint- Béat, ainsi appele'e du nom d'un zëlé missionnaire du III^ siècle , qui quitta l'Angleterre , sa patrie , pour aller prêcher l'Évangile dans l'Helvétie, et qui s'établit dans cette grotte dont une des cavités sert de passage au Beaten-bach , ou ruisseau de Saint-Béat. A l'extrémité du lac on retrouve i'Aar, et sur ses bords la petite ville à' Unterséen, nom qui signifie au-dessous du lac^ parce que la rivière descend de celui de Brienz, et de l'autre côté de I'Aar on est à Interlaken^ qui a perdu l'aspect qui charme dans les villages suisses, pour prendre la physionomie élégante, mais étrangère, d'une réunion d'habitations anglaises. Les indigènes se sont relégués à Unterséen pour faire place à une colonie d'Anglais. Le nom de ce village paraît dériver du latin inter lacus , parce qu'il est situé entre le lac de Thun et celui de Brienz.
Nous ne dirons que quelques mots de l'Oberland bernois , dont nous avons déjà cité les beautés naturelles dans l'aperçu général que nous avons donné de la Suisse. A deux lieues au-dessus du lac de Brienz , Meyrîngen , sur la rive droite de I'Aar, vis-à-vis de la magnifique chute du Reichenbach , est un des plus jolis villages de la belle vallée de Iiaslic[m, sur une longueur de dix lieues, présente les sites les plus romantiques et une longue suite de hautes montagnes boisées qui s'élèvent comme un double rempart d'où tombent avec fracas de distance en distance de brillantes cascades. Les habitans de cette vallée forment par leur taille, la beauté de leurs traits, la noblesse de leur maintien, leur courage, leur franchise, leur probité et leur patriotisme, la plus remarquable peuplade de la Suisse. Le village de Grindenwald^ dont les glaciers sont célèbres, est environné d'Alpes aux gras pâturages et de chalets où l'on fabrique du fromage qui se vend sous le nom de Gruyères. Lauterbmnji est dans une vallée qui retentit du bruit VII. 10
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(le nombreuses cascades dont la plus belle est le Staubacb, magnifique masse d'eau qui tombe de 800 pieds de hauteur. Dans la vallée qu'arrose la Kander, Frutlngen passe pour le plus beau , le plus riche et le plus grand village du canton de Berne. Il a été brûlé plusieurs fois; ses maisons, pour la plupart neuves, sont grandes et bâties en pierres. Ce qui, par un beau temps, donne à la partie qu'occupe ce village un aspect imposant , c'est la vue d'une haute montagne appelée la Frau, Enfin, en remontant encore la Kander, on arrive à Kandersieg, charmant village, le dernier que l'on trouve en continuant à monter jusqu'au passage de la Ghemmi.
Quittons les hautes montagnes du canton de Berne , et descendons dans celui de Lucerne. Ce canton, presque au centre de la Suisse, en est l'un des plus fertiles ; il produit plus de céréales qu'il n'en consomme; l'agriculture occupe la plupart de ses habitans, et l'industrie manufacturière y est peu développée.
Sursée et Sempach sont deux jolies petites villes agréablement situées aux deux extrémités d'un lac qui porte le nom de cette dernière; près de Sursée se trouvent les bains de Knutwyl qui depuis le XV^ siècle jouissent en Suisse d'une grande réputation d'efficacité contre les douleurs rhumatismales. A une lieue de la ville le village de Buttisholz est dominé par la colline des Anglais, ainsi appelée parce qu'on y enterra les ossemens d'une division de 3ooo hommes de l'armée anglaise commandée par Enguerrand de Goucy, qui en iSyô fut battu par les habitans de la vallée d'Entlibuch. Sempach est célèbre par la fameuse bataille gagnée par les Suisses sur Léopold d'Autriche, grâce au dévouement d'Arnold deWinkelried qui, s'élançant au milieu des ennemis en saisissant une grande quantité de leurs lances, ouvrit un passage à ses compagnons d'armes qui entourèrent les troupes autrichiennes, mirent le désordre dans leurs ranges et en firent un terrible carnage.
EUROPE : Description de la Suisse. \ 47 Lucerne est encore p!us remarquable par la beauté des sites qu'offre son lac, dont la plus grande partie, qui n'appartient point à son territoire , porte le nom de lac des Quatre-Cantons : les monts Rigi et Pilate qui se réfléchissent à sa surface, les beaux points de vue dont on jouit près de la chapelle de Maria-Zell et sur d'autres lieux élevés , présentent un aspect admirable. Au milieu de murailles flanquées de tours qui datent du XIV^ siècle , Lucerne prolonge ses rues dont plusieurs sont larges et garnies de maisons modernes. Elle est située au piedd'une colline appelée Musegg^ à l'extrémité occidentale de la partie du lac des Quatre-Cantons, qui porte le nom de la ville. Elle est traversée par la Reuss, qui sort du lac, et par un canal ; aussi ses ponts sontils ce que l'on remarque d'abord, non point qu'ils attirent l'attention par leur éiégance ; ils sont au contraire tout-àfait rustiques; construits en bois et couverts d'un toit que supportent des solives grossières, leurs côtés garnis de planches n'y laissent pénétrer la lumière que par quelques ouvertures placées de distance en dislance ; ils ne sont point de niveau avec le sol, on y monte par plusieurs degrés. En un mot, ce qui les distingue, c'est leur construction ancienne et les peintures qui les décorent. Le premier en date est celui de la chapelle; il a été construit en i3o3; sa longueur est de 1000 pieds; il est décoré de i54 tableaux triangulaires destinés à cacher la jonction des poutres qui soutiennent la toiture : 90 de ces tableaux représentent des scènes relatives aux temps héroïques de la Suisse; les 64 autres retracent des traits de la vie des deux patrons de la ville, saint Léger et saint Maurice. Le pont des mouli ns, construit en i4o3, a 3oo pieds de long et est orné de 36 tableaux à double face peints par Meglenger, et représentant des scènes allégoriques et quelquefois burlesques, dans lesquelles la mort, sous toutes les formes et dans tous les costumes, joue le rôle principal. Le pont de la Reuss, qui a i5o
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pieds de long et 26 de large, est le seul qui ne soit pas couvert et sur lequel les voitures puissent passer; mais le plus long de tous est celui du Hof ou de la cour; il a 1 38o pieds de longueur, et sert à traverser l'extrémité d u lac; c'est la seule route directe qui conduise à la cathédrale. Il est décoré aussi de peintures au nombre de 238, dont la moitié représente des scènes de l' Ancien-Testament, et l'autre des scènes du Nouveau. De l'extrémité occidentale de ce pont on jouit d'une vue magnifique sur le lac et ses environs; des coteaux cultivés ou boisés, des villages, des maisons de campagne situées sur ses bords se réfléchissent agréablement dans ses eaux tranquilles, sillonnées çà et là par quelques barques légères et couvertes d'une innombrable quantité de poules d'eau qu'il est défendu de tuer. Derrière les coteaux qui bordent le lac s'étend un rideau de hautes montagnes : la plus proche de la ville est le Pilate aux onze cimes dentelées, plus loin vers le sud, le Blumalp, le Buscher-Horn et le Sechsberger-Rulm , derrière lesquels s'étendent les cimes neigeuses de rOberland bernois et du canton d'Uri; enfin l'horizon se termine à l'est par la belle masse du mont Rigi dont les couches inclinées forment de larges bandes parallèles qui se présentent comme intercalées entre deux bandes de verdure. Il domine comme un colosse le Rossberg qui, plus éloigné, n'a que quelques centaines de pieds de moins.
L'église du Hof, ou de Saint-Léger, qui s'élève à la base d'une colline, fut fondée vers la fin du VIP siècle; mais, terminée beaucoup plus tard, elle offre la réunion de plusieurs genres d'architecture; ses deux clochers pointus sont dans le style gothique, mais le portail et l'intérieur nous semblent être du XYP siècle. En y entrant, on est étonné de voir réunis, sur un espace peu étendu, un si grand nombre d'autels surchargés d'ornemens que l'œil en est fatigué ; outre un grand buffet d'orgues placé au fond de la nef, on en voit deux autres de chaque côté de celle-ci j
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cette nef est séparée tlu chœur par une grille en fer d'un assez beau travail ; le maître-autel est décoré d'un tableau de Lanfranc, représentant Jésus-Christ au mont des Oliviers. Les stalles et la chaire, sculptées en bois, sont bien travaillées, et dans le goût de la renaissance. Autour du cimetière qui environne l'église , règne une galerie en pierres sous laquelle sont scellés , dans le mur d'enceinte , un grand nombre de mausolées dont les plus modernes sont empreints du goût du moyen âge. L'ancien collège des jésuites et l'église qui en dépendait méritent d'être visités; celle-ci surtout est remarquable par sa construction et la richesse de ses sculptures. L'église du couvent des franciscains est dans le style gothique; on y voit une très-belle chaire; la nef est décorée de peintures représentant les drapeaux pris jadis par les Lucernois. L'hôtel de ville est vm petit édifice qui paraît plus ancien qu'il ne l'est réellement : une partie porte la date de 1577, et l'autre, qui est la plus ornée, celle de i6o3; on y voit une frise formée par une suite de bustes tout-à-fait détachés de la pierre. Deux salles de cet édifice sont garnies de beaux lambris. L'arsenal, dont la construction est de l'an 1567, renferme, outre un grand nombre d'armes, plusieurs curiosités du moyen âge : d'abord une magnifique suite de vitraux peints relatifs à l'histoire de la Suisse, et presque tous du XYP siècle; l'armuiiî de Léopold d'Autriche , trophée de la bataille de Sempach; le collier en fer, garni intérieurement de pointes, et que les Autrichiens destinaient à l'avoyer Gundoldingen ; enfin 1 epée et la hache d'armes de Zwingle , tué à la bataille de Capelle, en i53i; cette arme est remarquable, en ce que le manche en fer est creux et servait de pistolet. Il serait mieux, pour la mémoire de ce réformateur, qu'il n'eût jamais porté une arme si redoutable.
On pourrait encore citer à Lucerne les vieilles tours qui la dominent, et dont une surtout se fait remarquer par une
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peinture extérieure représentant la figure d'un géant; la porte de Basle, qui est dans le style du moyen âge, et plusieurs fontaines, entre autres celle de la place du marché au vin , surmontée d'une colonne autour de laquelle se groupent plusieurs chevaliers revêtus de leurs armures.
Mais sortons de la ville et allons visiter un monument moderne, plus remarquable, sous certains rapports, que tous ceux qu'elle renferme. Au pied de la plate-forme sur laquelle s'élève l'église du Hof, un joli sentier traverse, dans sa longueur, un petit vallon où l'on trouve quelques habitations et un établissement de bains. A quelques pas de là s'élève une chapelle sur l'entrée de laquelle on lit ces mots : invictis pax ; elle a été érigée aux mânes des Suisses morts aux Tuileries le lo août 1792. Un peu plus loin un monument d'un style simple et grand à la fois frappe tout à coup les regards. C'est dans la montagne même qui forme le vallon , dans le rocher de grès que couronnent des touffes d'arbres et d'arbrisseaux , et que baignent les eaux limpides de plusieurs sources qu'on y a rassemblées, que s'est exercé le ciseau d'un sculpteur habile. Une grotte creusée au milieu du rocher est l'asile où le lion helvétique rend le dernier soupir. Ce lion expirant , percé d'une lance dont le tronçon est resté dans la plaie, couvre de son corps un bouclier aux fleurs de lis, qu'il n'a plus la force de défendre; des armes et un autre bouclier portant une croix gisent à ses côtés. Au-dessus de la grotte, on lit, sur le rocher : Hehetiorum Jidei ac -virtuti; au bas , une inscription latine rappelle les terribles journées des 10 août, 2 et 3 septembre 1792, et donne les noms des chefs et le nombre des soldats qui y ont péri. A l'aspect de ce monument , les opinions des partis s'effacent pour faire place à l'intérêt et à l'admiration qu'inspire le courage malheureux accomplissant religieusement son devoir; l'âme sympathise avec la pensée simple et poétique si bien exprimée par le célèbre sculpteur suédois
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Thorwaldsen; et l'expression de douleur qui règne dans la pose du noble animal vous émeut et vous pénètre d'admiration. Le lion a 28 pieds de longueur et 18 de hauteur; la grotte dans laquelle il est sculpté est longue de 44 pieds et en a 28 d'élévation ; mais les effets de lumière, la masse au milieu de laquelle il a été taillé , l'ensemble général enfin a été si bien calculé qu'il ne semble pas beaucoup plus grand que nature. Dans l'habitation du gardien de ce monument les yeux s'arrêtent sur une nappe de soie brodée et destinée à l'autel de la chapelle, sur laquelle on lit : Ouvrage de S. A. R, madame la dauphine Marie-Thérèse de France^ an 1825, donné à la chapelle du monument du 10 août 1792, à Lucerne.
Le canton de Zug, un des moins considérables de toute la Suisse , se divise naturellement en deux parties : celle du sud-est, couverte de montagnes, s'étend depuis le Rôssberg jusqu'à la capitale; celle du nord-ouest est composée de plaines fertiles. Les habitans , au nombre d'environ i5,ooo , sont tous catholiques et d'origine allemande. La petite ville de Zugj au bord d'un lac auquel elle donne son nom , est dans une des situations les plus agréables de la Suisse ; Ebel en donne une idée exacte lorsqu'il dit : « On y voit les monte tagnes du canton se confondre doucement avec les co- « teaux des bords du lac. De toutes parts on découvre des « prés fleuris , des vergers, de petites villes et de belles mai- « sons de campagne. Le charmant bassin du lac est enca- « dré, du côté du sud, par les vertes rampes du Rigi, au- « dessus duquel dominent les sombres rochers du Pilate. « Dans le lointain s'élèvent les sommités neigeuses des Al- « pes de l'Oberland bernois , et l'on aperçoit à louest la « chaîne bleuâtre du Jura, w Cette ville , qui paraît être une de celles que les Heli^etii brûlèrent lorsque du temps de César ils firent une incursion dans la Gaule, est assez l)ien bâtie, mais sans commerce et sans industrie. L'église pa-
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roissiale, dédiée à saint Michel, et située loin de la ville, est remarquable par son cimetière, dont les tombes sont entretenues avec soin, et dans lequel un ossuaire renferme des crânes qui portent le nom des individus auxquels ils appartenaient jadis. L'église de Saint-Oswald renferme des tableaux du Carache. L'hôtel de ville est orné d'assez beaux vitraux.
A l'est du précédent s'étend le canton de Schwitz^ pays de prairies et de pâturages alpins, dont les montagnes cependant ne s'élèvent pas à plus de 7000 pieds.
ScJiwitz, gros bourg plutôt que ville, situé au pied des monts Mjtlien, renferme seulement quelques maisons bien bâties. Dans ce canton le village à'Einsîedlen est le rendezvous de tous les bons pèlerins de la Suisse et de quelques parties de la France et de l'Allemagne, qui se réunissent à l'abbaye de ce village, qui eut pour curé le réformateur Zwingle. Dans certaines années il s'y rassemble plus de 20,000 fidèles. Ce couvent de bénédictins possède une image miraculeuse de la Vierge, au-dessus de laquelle une plaque d'argent porte l'empreinte des cinq doigts du divin Sauveur; ceux qui veulent avoir la rémission de leurs péchés doivent placer leurs doigts dans les cinq creux de la plaque, et boire aux quatorze tuyaux de la fontaine qui est située devant l'abbaye, parce que l'un de ces tuyaux servit, dit-on , à désaltérer Jésus-Christ.
Le mont Rigi, dont la longueur est de 4 lieues, et qui est élevé de 6200 pieds au-dessus du niveau de la mer, appartient en partie au canton de Lucerne et en partie à celui de Schwitz. Il est célèbre par le coup d'oeil magnifique dont on y jouit, et qui y attire, dans la belle saison, une foule de promeneurs étrangers ou suisses,; l'un des chemins les plus pittoresques pour arriver à son sommet est à partir du village de Wœggis sur le lac des Quatre-Gantons. Après une montée que les propriétaires des diflérentes auberges
EUROPE : Description de la Suisse. i53 que Ton trouve sur la montagne ont cherche à rendre moins pénible , en faisant placer de distance en distance des bancs d'où l'on jouit d'une vue délicieuse sur le lac, on arrive à travers des pâturages au chalet de Sœntiberg, puis, en suivant un sentier taillé dans le roc, à l'ermitage de Sainte-Croix, où un vieil anachorète vient vous offrir quelques rafraîchissemens. La chapelle de cet ermitage annonce par les ex ^oto dont elle est garnie , que le chemin est fréquenté par plus d'un pèlerin. A partir de la chapelle, le chemin s'élève en zigzag, et passe ensuite sous une sorte de voûte immense formée par trois énormes blocs de rochers détachés de la montagne , et qui se sont disposés de manière que l'un des trois est posé sur les deux autres. Toute la montagne est formée , depuis sa base jusqu'à sa cime, d'une roche assez solide, composée de sable agglutiné, contenant des cailloux roulés de différentes grosseurs. Au-dessus de la voûte naturelle dont nous venons de parler, on rencontre, de distance en distance, des croix indiquant les stations du calvaire et celles où les pèlerins doivent s'arrêter, et l'on arrive enfin au Bain-Froid^ assez grande auberge d'où l'on jouit d'une vue magnifique, et qui est la première station du voyageur; elle doit son nom aux établissemens de bains dans lesquels on se plonge tout habillé pour laisser sécher ses vêtemens sur le corps 5 ils sont fréquentés l'été , et passent pour être efficaces contre les rhumatismes. On croit être bien avancé dans son voyage en quittant le Bain-Froid; mais après une montée encore longue et rapide, qu'un vert gazon bordé de sapins semble rendre moins pénible, on va se reposer à l'auberge du Staffel. De cet endroit on n'a plus qu'une montée d'un quart de lieue pour arriver au Rigi-Kulm, c'est-à-dire au point culminant de la montagne. Là se trouve une auberge où beaucoup de voyageurs vont passer la nuit pour y jouir le lendemain du magnifique spectacle du lever du soleil. L'ascen-
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sion du Rigi dure quatre heures; mais on y oublie tout à coup la fatigue du voyage à la yue de l'horizon immense qui s'y déroule autour de vous, et qui offre le plus beau panorama de la Suisse qu'il soit possible de voir; il présente un diamètre de 70 lieues ; on compte 17 lacs, 10 grands et 7 petits. De l'extrémité du petit plateau qui constitue le Kulm, on aperçoit très- bien le Rossberg et le terrible éboulement qui, du haut de cette montagne , alla détruire, en 1806, le village de Goldau. L'auberge du Rigi-Kulm n'est habitable que pendant la belle saison, encore est-on obligé d'y faire du feu le soir et le matin même à l'époque des chaleurs. A l'approche de l'hiver, cette maison, élégamment meublée , est totalement abandonnée ; mais , pour la mettre sous la sauvegarde des habitans des montagnes voisines, on la laisse ouverte; si on la fermait, nous a-t-on dit, elle ne manquerait pas d'être dévastée.
Le cajiton de Glaiis , pays montagneux, ne consiste pour ainsi dire qu'en deux grandes vallées : celle de la Sernft et celle de Linth, auxquelles se réunissent un grand nombre de vallées transversales.
Quatre siècles s'étaient écoulés sans qu'aucune armée ennemie eût pénétré dans ce canton, lorsqu'il devint le théâtre des combats que les Français livrèrent aux Autrichiens et aux Russes en 1798. Cette époque fut tellement désastreuse pour le pays, que tout ce qui pouvait servir à nourrir ou à vêtir le soldat y fut pillé. La dernière bouteille de vin qui restât dans la vallée de la Sernft fut offerte à Souvaroff et au grand-duc Constantin, lors de leur retraite précipitée. Le bourg de Claris ne ressemble à aucun autre, il a un caractère suisse tout particulier. En y entrant, on se croit transporté tout à coup au XV^ siècle : les mœurs antiques des habitans, et leurs habitations plus antiques encore, produisent cette illusion. La plupart des maisons portent la date de leur construction; plusieurs ont 5 siècles
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d'existence j toutes sont peintes de diverses couleurs ; quelques façades offrent même de véritables tableaux d'histoire. Mais les rues sont si étroites , et le bourg , placé comme au fond d'un entonnoir, est dominé par de si hautes montagnes, que le soleil n'y paraît que quatre heures par jour (i). Ce chef-lieu possède plusieurs fabriques de draps, d'indiennes et de mousselines.
Dans le canton montagneux à'Uri, que laReuss traverse dans toute sa longueur , nous n'avons à citer qu'un seul bourg, c'est Altorf^ son chef-lieu , situé près du lieu où la Reuss entre dans le lac des Quatre-Cantons ; ce bourg est encore plein du souvenir des libérateurs de l'Helvétie : une tour sur laquelle on a représenté l'histoire de Guillaume Tell, s'élève sur la place même qu'occupa, jusqu'en iSôy, le tilleul contre lequel on plaça son fils au moment où le malheureux père devait essayer d'abattre la pomme. On voit encore la maison de Walter Furst , beau-père de Guillaume et l'un des héros de cette époque.
Le nom de canton d^lJnterwald sigfiiifie au-dessous des forêts ; il en est en effet couvert , et elles forment , avec le produit des bestiaux, les deux principales branches de revenu que possède le pays; des négocians établis en France ont affermé la coupe de ces forêts, les plus belles de la Suisse; l'une d'elles partage le canton en deux parties , Y Ober-wald et le Nied-wald^ qui forment deux petites républiques séparées, dont les habitans ont conservé les mœurs hospitalières de leurs ancêtres.
V Oberwald^ ou le pays au-dessus des forets , renferme deux lacs, celui de Lungern et celui de Sarnen, que traverse la rivière de l'Aa, qui va se jeter ensuite dans celui des Quatre-Cantons. Sachslen, sur la rive orientale du lac de Sarnen, est un village qui mérite qu'on s'y arrête pour visiter
(0 M. Simond : Voyage en Suisse.
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sa belle église , ornée d'un grand nombre de colonnes en marbre noir tiré de ses environs ; elle a été constrnite en 1678 ; sa porte est en bois et bien sculptée ; de chaque côté de celle-ci les murs extérieurs sont couverts de peintures relatives à Nicolas de Flue, vénéré comme un saint dans le pays , et dont on conserve , dans cette église , les dépouilles mortelles. Suivant les chroniques, ce personnage, issu d'une famille distinguée, naquit à Sachslen, en i4i7 j t^ès sa jeunesse il s'était acquis une grande réputation de piété, de droiture, de prudence et de patriotisme; dans la guerre de Zurich et dans celle contre Sigismond d'Autriche , il donna des preuves de courage sur le champ de bataille; il employa constamment son influence à assoupir la haine des partis, et à mettre fin aux rapines et aux cruautés qui caractérisaient les dissensions et les guerres de cette époque. Conseiller de son canton, il refusa la dignité de landamman qui lui fut plusieurs fois offerte. D'un mariage heureux il avait eu dix enfans, lorsqu'on le vit, à l'âge de 5o ans, céder à sa passion pour la vie contemplative, et quitter, pour s'y livrer , les affaires , le monde et sa famille; il établit sa retraite dans les sombres solitudes du Melchthal ; et l'on voit encore , près de la chapelle que bâtirent ses concitoyens, la cellule qu'il habitait, et la pierre qui lui servait d'oreiller. A la suite des guerres de Bourgogne , des troubles sérieux divisèrent les cantons et menacèrent la confédération d'une dissolution prochaine. Une assemblée tenue à Stantz, vers la fin de i4^i, présenla l'image des dissensions qui régnaient dans les différentes parties de la Suisse; et elle allait se dissoudre sans aucun espoir de réconciliation, lorsque le curé de Stantz, ami de Nicolas de Flue , courut l'instruire des malheurs de la patrie. Le saint ermite quitte sa retraite et se présente au milieu de l'assemblée. Le souvenir de ses services passés , l'exemple de ses vertus , l'ascendant de sa parole font une telle impression sur les esprits,
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que Nicolas de Fiue parvient à les réconcilier, à faire admettre Fribourg et Soleure dans la confédération, dont il fixe les bases en faisant jurer aux confédérés de ne commettre aucune hostilité les uns contre les autres , de secourir le canton injustement attaqué, d'interdire toute association non autorisée, de se tenir en garde contre la séduction des cours étrangères , et de vivre dans la simplicité de leurs ancêtres , soutien nécessaire de la liberté qu'ils avaient conquise. Heureux du dernier service qu'il venait de rendre à sa patrie, Nicolas de Flue se retira dans sa cellule en emportant les bénédictions de ses concitoyens. Tels sont les faits sur lesquels repose la vénération que la Suisse lui conserve ; aussi n'est-on pas étonné que ce vertueux personnage ait été béatifié par les papes Clément IX et Clément X; il était inutile de justifier sa sanctification par d'autres miracles que ceux qu'il avait opérés en éteignant le feu de la haine et de la jalousie des partis. Cependant le bruit s'accrédita que, pendant les vingt dernières années de sa vie , il ne prenait d'autre nourriture que la communion qu'il recevait chaque mois; il était devenu à la vérité d'une maigreur extrême, et des auteurs ont cherché à expliquer par-là comment son corps, qui ne faisait aucune perte, demandait fort peu de réparation. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui encore, on ne serait pas bien reçu dans le canton d'Unterwald si l'on paraissait douter de ce miracle.
Le cimetière de Sachslen peut donner une idée de tous ceux de la Suisse catholique j la profusion de croix en fer, ornées de dorures et des portraits de ceux qui y sont inhumés , présente un aspect très-singulier. On voit dans ce village un couvent de capucins.
A Sarnen , le chef-lieu de l'Oberwald , on remarque l'hôtel de ville, où l'on a rassemblé les portraits de tous les chefs qui ont marqué dans cette petite république; sur la place publique on voit une fontaine dont le bassin, qui a
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1 1 pieds de diamètre , est d'un seul morceau de granité. Au village ^Alpnach^ au pied du mont Pilate et sur le bord du lac des Quatre-Cantons, l'église mérite d'être visitée; elle est moderne et bien bâtie.
Dans le Nied-wald , ou le pays au-dessous des forêts^ nous ne citerons que Stanz ou Stantz^ son chef-lieu; c'est une petite ville dont l'église, l'hôtel de ville et l'arsenal méritent d'être visités. La place publique est décorée de la statue du sauveur de la Suisse, Arnold de Winkelried, dont, en parlant de Sempach, nous avons rappelé la mort héroïque ; on montre encore la maison qu'il habitait.
Les habitans de l'Unterwald sont au nombre de 25,ooo ; ils unissent à une grande dévotion l'esprit démocratique ; sobres et laborieux, ils se livrent à 1 agriculture et à l'éducation des bestiaux; on compte, dit -on, dans ce pays environ 1 2,000 bêtes à cornes. Les fromages forment une importante branche de commerce : on les expédie en Italie.
Le canton de Neuchâtel^ qui occupe le vingt-deuxième rang dans la confédération, et qui, à titre de principauté soumise au roi de Prusse, est gouverné au nom de ce souverain , est borné au nord par le canton de Berne, à l'est par le même canton et celui de Fribourg , au sud par celui de Vaud et à l'ouest par la France ; il a 8 ou 9 lieues de longueur du nord-est au sud-ouest, 4 à 5 de l'ouest à l'est, 39 de superficie et 56,ooo habitans.
La partie de la chaîne du Jura qui occupe son territoire est fort riche en sources minérales, sulfureuses ou ferrugineuses, et en diverses roches calcaires ou siliceuses, abondantes en débris organiques du règne animal et du règne végétal. Ces montagnes n'atteignent point une hauteur aussi considérable dans le canton de Neuchâtel que près du lac de Genève. Six ou sept vallées, dont quelques unes riches en pâturages, telles que le val de Ruz et le val de Travers, constituent la plus grande partie du sol. Plus
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favorisé des dons de Bacchus que de ceux de Ce'rès, ce pays est obligé de tirer annuellement des contrées voisines pour environ 300,000 florins de blé; mais la vente de ses vins rouges, généralement estimés, produit un revenu de 180,000 florins, qui, ajouté à celui de ses fruits, de ses cbanvres et de ses bestiaux , lui fournit un bénéfice net que l'on peut évaluer à 60,000 florins. Il retire aussi un grand avantage de la pêche de son lac, des mines de fer et de cuivre de ses montagnes, et des plantes qu'on y recueille pour en faire le thé et le vulnéraire suisses.
Le canton de Neuchâtel peut se diviser en trois régions différentes : l'inférieure, qui s'étend sur les bords du lac, est la plus chaude; c'est celle aussi qui renferme des plantations de lin, de chanvre, et les meilleurs vignobles. Une rangée de montagnes la sépare de deux vallées élevées qui s'étendent du nord-est au sud-ouest, dans lesquelles on ressent déjà un air plus vif, et qui renferment quelques champs cultivés en céréales, mais surtout de vastes herbages. Enfin la troisième , qui domine les deux autres , couverte de bois, de bruyères et de pâturages, et dans laquelle l'habitant ne peut cultiver que l'avoine, est exposée à un climat très-froid. Le printemps et l'automne y sont de peu de durée ; l'hiver s'y prolonge pendant sept à huit mois; la neige s'y amasse quelquefois à une hauteur qui surpasse celle des habitations; mais lorsqu'elle a disparu, des chaleurs brûlantes succèdent presque aussitôt aux frimas les plus rigoureux.
Il semblerait que cette région , exposée par son élévation à la température des climats septentrionaux , ne dût être habitée que par un peuple ignorant, pauvre et superstitieux. Il n'en est point cependant de plus intéressant par son industrie, ses lumières, et l'on pourrait même dire sa richesse. Les arts de la gravure, de la peinture, et principalement de l'horlogerie, sont cultivés dans ces mon-
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tagnes avec un succès remarquable. Dans la ville du Locle, située sur l'un des points les plus élevés, presque toute la population est occupée à travailler l'or, l'argent, l'acier, pour la coutellerie et l'horlogerie ; ce dernier genre d'industrie ne paraît même y avoir été exercé que depuis 1680, qu'un montagnard nommé Jean Richard, âgé alors de quinze ans, ayant examiné pour la première fois une montre, parvint à en faire une semblable , et fonda au sein de son village, par son exemple, et l'on pourrait dire par son génie, une source de richesses qui s'étendit jusque dans toutes les vallées du Jura. A la Chaux-de-Fond , jadis simple village, aujourd'hui ville assez importante, située à une hauteur plus considérable que le Locle, on fabrique aussi une grande quantité de montres et d'autres petits objets d'art , ainsi que des dentelles. C'est dans cette ville que sont nés les Droz , habiles mécaniciens , célèbres par leurs automates. A Couvet, à Travers, et dans plusieurs lieux, on retrouve la même industrie et la même activité. On a de la peine à concevoir jusqu'où peut aller le génie inventif de l'homme quand il est libre de se livrer à son essor : c'est au milieu de ces montagnes qu'on peut s'en faire une idée. De simples paysans , mus par le seul désir d'améliorer leur sort et d'accroître leurs jouissances , ont trouvé le moyen d'ajouter à la force productive de leurs bras celle d'un puissant véhicule dont il fallait aller chercher le secours dans les entrailles de la terre. Ils avaient remarqué depuis long-temps que dans la chaîne du Jura les eaux produites par les pluies et par la fonte des neiges trouvent, sur les sommités même les plus élevées, des interstices par lesquelles elles descendent, dans leur course souterraine, jusqu'au pied des montagnes, d'où elles sortent en formant des sources ou des ruisseaux peu considérables. Ils ont été chercher ces eaux quelquefois à 100 pieds de profondeur dans les canaux naturels qu'elles sui-
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vent. Là , après avoir pratiqué des échafaudages ingénieux pour retenir les terres, ils ont construit, dans des galeries élargies à grands frais, des rouages que ces eaux font mouvoir, et qu'ils utilisent dans différens travaux : résultat qu'ils n'auraient jamais pu obtenir des sources qui s'échappent quelquefois des montagnes dans leurs vallées élevées. On ne s'étonnera donc point que dans une contrée aussi industrieuse que le canton de Neuchâtel , on compte 56oo personnes occupées à faire de la dentelle, 33oo ouvriers pour l'horlogerie, un grand nombre de graveurs et plus de 700 peintres qui ne travaillent que pour les nombreuses fabriques de toiles peintes et de cotonnades du pays. On évalue le produit annuel de celles-ci à 60,000 pièces, et à i3o,ooo le nombre de montres que l'on exporte en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Turquie et même en Amérique.
La ville commerçante de Neuchâtel^ qui, dans les actes les plus anciens, porte le nom de JSo^um castrum, paraît devoir son origine à une forteresse que les Romains élevèrent pour contenir la nation helvétique. Elle est placée en amphithéâtre sur le bord du lac qui porte son nom et à l'embouchure du Seyon , ruisseau qui la traverse et se précipite avec fracas dans le lac. Le nombre de ses habitans s'élève à 5ooo. On y remarque quatre belles rues et un vieux château, situé sur une haute terrasse ombragée par des tilleuls tellement anciens, que l'un d'eux, à hauteur d'homme, a 18 pieds de circonférence. L'ancienne cathédrale , bâtie en 11 64 par Berthe, épouse du comte Ulrich de Vilnez, renferme un beau monument érigé en mémoire des comtes de Neuchâtel par le dernier de ces seigneurs. Au milieu de la place de l'église, on voit la pierre sépulcrale du réformateur Guillaume Farel. Le gymnase et plusieurs écoles publiques, l'hôtel de ville, la maison des orphelins, deux hôpitaux, et la société VI' II
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(l'agriculture et d économie ont été fondés au moyen de legs considérables faits dans ce but par deux respectables et riches négocia ns de cette ville (0. Neuchâtel éprouva plusieurs fois des désastres qui , sans l'industrie et le patriotisme de ses habitans, auraient pu consommer sa ruine. En io33, elle fut prise et saccagée par l'empereur Conrad II; en 1249, elle fut brûlée par Henri, évêque de Basle et comte de Neuchâtel; en i45o , un incendie la consuma presque entièrement; en 1579 , l'inondation du Seyon y causa de grands ravages; enfin en 1 714, le feu détruisit toute la rue du château (2). Afin d'éviter les tristes effets d'un nouvel incendie, il a été établi depuis 181 1 , non seulement pour cette cité, mais pour les villes et les villages, des compagnies d'assurances.
Le lac qui baigne les murs de Neuchâtel ajoute à la beauté des sites de ses environs ; ses bords présentent les points de vue les plus variés. Du haut de la colline du château, on aperçoit, lorsque le ciel est pur, la chaîne des Alpes depuis le canton d'Uri jusqu'au mont Blanc.
Nous avons déjà cité pour leur industrie le Locle et la Chaux- de-Fonds ; la première de ces villes est peuplée de 1 100 habitans, et la seconde de 43oo. La seule ville ou plutôt le bourg qu'il y ait encore à nommer, parce qu'il était autrefois la capitale d'un comté, c'est Vallengin, situé sur le Seyon, au milieu d'une belle vallée. Dans un pays montagneux aussi resserré , ce n'est point le nombre des cités qui indique sa richesse : 3 villes , 3 bourgs , 67 villages et 4^ hameaux, formant une population d'environ i35o individus par lieue carrée, sont la preuve la plus palpable de sa prospérité.
A quoi faut-il attribuer l'aisance et l'activité qui régnent
(0 M. David Tury de Lissabon, et M. J.-L. de Pourtalès. (^) Voyez Dictionnaire de Moreri.
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parmi leshabitans du canton de Neuchâtel? Est-ce à cette disposition naturelle qui les porte à réfléchir , à examiner , ^ discuter même toutes sortes de questions , et qui leur fit adopter à la pluralité des suffrages, en i53o, la réformation que leur prêchait Farel (0? car on n'y compte que deux communes catholiques , Landeron et Cressier, Est-ce plutôt à l'entière liberté civile, religieuse et politique dont ils jouissent, à l'avantage de n'avoir pas vu depuis plusieurs siècles leur pays troublé par le bruit des armes? Est-ce enfin à l'exemption de toute espèce de charges d'impôts ou de conte' butions? On ne saurait nier que de si grands avantages n'aient contribué à y faire naître cette sorte d'émulation qui entretient la pureté des mœurs et l'amour du travail, et cette passion de la liberté qui accélère le progrès des lumières, et cet esprit d'union qui éteint parmi ceux qui s'occupent des mêmes travaux jusqu'à l'idée de céder à l'envieuse jalousie que l'on remarque si fréquemment chez les fabricans.
Ce qui contribua beaucoup à l'étonnante conversion de ce peuple, c'est que Farel était Français, et que la langue française est presque la seule en usage dans le canton de Neuchâtel. Ce canton est, comme nous l'avons dit, sous la souveraineté du roi de Prusse. Mais l'influence qu'il y exerce est pour ainsi dire nulle. Lorsque Marie d'Orléans, épouse de Henri de Savoie, duc de Nemours, et sœur du dernier héritier de la maison de Longueville qui régnait sur celte principauté, mourut sans enfans, en 1707, une foule de prétendans au titre de prince de Neuchâtel se présentèrent ou envoyèrent leurs représentans auprès de la cour souveraine de ce pays. Frédéric P'^, roi de Prusse, fut choisi comme le plus proche héritier de la maison de
(0 Voyez Musée des Protestans célèbres, tom. II, l'^e part. (Noiice sur Farel. )
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Ghâlons, dont les anciens comtes de Neuchâtel étaieirt les vassaux; mais son admission ne pouvant rien changer aux dispositions du traité de Westphalie qui assuraient l'indépendance de tous les membres de la confédération helvétique, le canton de Neuchâtel a conservé la sienne, non seulement jusqu'au moment où, en 1807, il devint l'apanage d'un maréchal de France sous le gouvernement impérial, mais encore après que le congrès de Vienne en eut rendu la souveraineté à la Prusse.
Cette puissance n'y jouit que des revenus de quelques domaines et de quelques contributions foncières réglées jadis et qui ne peuvent être augmentées. Les habitans qui se destinent à l'état militaire ont la liberté d'entrer au service de quelque souverain que ce soit , pourvu qu'il ne soit point en guerre avec le roi de Prusse comme prince de Neuchâtel, chez lequel il est rare que très-peu d'entre eux s'enrôlent. Ils ne connaissent aucune espèce de droits d'entrée, de sortie, ou de circulation : tous les genres d'industrie y sont libres ; enfin les précautions propres à assurer leur indépendance ont été si scrupuleusement prises, que la justice même ne se rend point au nom du prince, et que ni lui ni celui qui le représente n'ont le droit de poursuivre la punition d'un délit ou d'un crime, quoique dans les cas graves le prince ait celui de faire grâce ou de commuer la peine.
Tel était l'état politique du canton de Neuchâtel, lorsqu'en i83o l'exemple de la révolution de juillet porta le peuple à des mouvemens insurrectionnels pour obtenir des institutions conformes à l'esprit du siècle. La bourgeoisie , plus sage , recueillit les vœux des communautés et les transmit au roi de Prusse. Ce prince , cédant aux désirs de la majorité, décréta un acte additionnel à la constitution des principautés de Neuchâtel et de Vallengin , dont les principales dispositions sont l'admission de tous les citoyens
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au droit de voter dans l'assemblée électorale à 22 ans révolus, pourvu qu'ils ne soient pas sur la liste des indigens ou sous le poids d'une condamnation infamante; la qualité d'éligible au corps législatif accordée à tout membre d'une communauté, pourvu qu'il ait aS ans révolus et qu'il possède un immeuble de 1000 livres tournois; enfin, le droit reconnu au corps législatif de partager avec le gouvernement l'initiative de la proposition des lois.
Entrons dans le canton de Fribourg; Morat est célèbre parla défaite de Charles -le -Téméraire, et G^Y/jère* par les fromages qui font sa principale richesse. Chef-lieu d'un des cantons les plus importans par leur agriculture, les plus dignes d'être connus dans l'empire de Flore , d'un de ceux enfin où les femmes se distinguent par leur beauté et la singularité de leur costume , Frihourg est entouré de vieilles murailles, et possède, au milieu de ses rues tortueuses et rapidement inclinées, plusieurs monumens remarquables. La porte par laquelle on y entre, en venant de Morat, est une des constructions les plus hardies que l'on puisse voir; elle est comme suspendue au-dessus d'un précipice de 200 pieds de profondeur. A peine a-t-on dépassé cette porte , que l'on descend, par un escalier de 120 marches, dans une rue dont les toits sont au niveau du pavé des rues voisines. Avant de monter à la cathédrale, on remarque le vieux tilleul planté en 1476, en mémoire de la bataille de Morat. Le clocher de cette église est un des plus élevés de l'Europe, il a 386 pieds de hauteur; la cathédrale est un bel édifice gothique qui a été plusieurs fois restauré; le portail est un des plus riches en sculptures de tous ceux qu'on remarque en Suisse; il représente le jugement dernier. Les jésuites qui, depuis 181 5, ont repris à Fribourg leur ancienne influence, y possèdent un magnifique collège; leur église est bâtie comme une citadelle, dans une position magnifique. La porte Bourguillon {Biirglenthur)^ qui, bâ-
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tie au bord d'un précipice, semble planer à moitié dans lés airs, est une construction romaine, lourde, massive et carrée ; près d'elle, à la gauche du chemin rapide qui y conduit, est une assez jolie petite chapelle, bâtie en 1700, dans les niches de laquelle on a placé i4 statues de saints, dont quelques unes sont assez remarquables; mais ce qui surtout attire l'attention dans cette ville , c'est le pont suspendu en fil de fer, qui y conduit d'une montagne voisine. Il a 85o pieds de longueur, i5o à 200 d'élévation, et passe à plus de loo pieds au-dessus des plus hautes maisons bâties au fond de la vallée. Fribourg est une ville catholique , imbue des mêmes préjugés et sous l'influence des mêmes mœurs qu'au moyen âge ; cependant l'industrie et le commerce y font des progrès sensibles : on y fabrique des chapeaux de paille, des faïences et des toiles de coton.
Le canton de Fribourg, dont nous venons de décrire les deux principales villes, occupe le neuvième rang dans la confédération. Il est riche en prairies , en forêts et en terres cultivées : on y compte environ 76,000 arpens de pâturages, 21,000 de forêts, 60,000 de terres arables, 600 de vignes et 1200 de produits divers.
L'un des canton: les plus importans par sa richesse territoriale est celui de Vaud. C'est un de ceux où la civilisation est la plus avancée, et l'éducation la plus répandue; les crimes y sont peu ou point connus; les maisons de correction renferment seulement une centaine de détenus; et sur 3ooo procès intentés annuellement, plus de 2000 se terminent par l'entremise des juges de paix (i). H est situé entre la France, le canton de Neuchâtel, celui de Fribourg, le lac de Genève et le Valais.
Balaigue est le premier village suisse du canton lorsqu'on y entre en venant de la France par Pontarlier. Près
(0 Voyez lo Voyage en Suisse , par M. Simoiid.
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du lac de Morat , l'ancienne capitale de l'Helvétie romaine , Aventicum ^ occupait une étendue de deux lieues de tour. Malgré les ravages du temps et des barbares anciens et modernes, on y distingue encore la trace des rues et des édifices. Des ruines que l'on croit avoir appartenu à des bains publics, des mosaïques, des pilastres, des colonnes en marbre , les débris d'un vaste amphithéâtre , des basreliefs et des inscriptions, attestent son antique splendeur. On y voit les murs de son ancien port et les anneaux de fer qui servaient à amarrer les bateaux. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que le lac en est éloigné aujourd'hui de plus d'une demi- lieue. Aventicum^ pour avoir refusé de reconnaître l'autorité de Vitellius parce qu'elle ignorait la mort de son prédécesseur Galba, fut ruinée par la légion terrible. A son avènement au trône , Vespasien , qui y avait été élevé, se plut à l'embellir 5 mais ravagée au IV^ siècle par les barbares, elle est depuis restée sans importance, et ce n'est plus qu'un bourg dont le nom latin revit dans celui Avenche, A Pajerne^ petite ville ancienne, on conserve le tombeau de la reine Berthe, et la selle dont elle se servait, qui porte encore l'ouverture destinée à recevoir la quenouille que ne quittait jamais cette bonne reine. Yverdun^ jolie ville commerçante et industrieuse, dont les habitans se distinguent par leur goût pour les sciences et leur urbanité, est l'ancien Ebrodumun ^ résidence du commandant des barques [prœfectus barcarioruîn) : on y a découvert plusieurs restes d'antiquités. Orhe^ ville également romaine, est encore dominée par l'ancien château dans lequel Brunehaut fut trahie et livrée à Clotaire II, qui la fit mourir. Il reste de ce château une tour ronde et une tour carrée, situées sur une plate-forme qui sert de promenade et qui domine la vallée qu'arrose l'Orbe jusqu'au lac de Neuchâtel : on y jouit d'une belle vue sur les montagnes du canton de Berne et sur celles de la Savoie qui , au milieu
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des brumes du matin , se confondent avec les nuages. Orbe est assez bien bâtie ; la place publique est ornée d'une fontaine surmontée d'une colonne dans le goût de la renaissance, et portant la statue d'un chevalier armé de pied en cap. En sortant de la ville pour aller à Lausanne , on passe sur un joli pont terminé en i83o, qui est jeté avec hardiesse sur rOrbe. Il est remarquable par sa construction en une seule arche très-élevée.
La jolie ville de Nfon, au bord du lac de Genève, possède une belle manufacture de faïence et de porcelaine. Cette ville, bâtie en amphithéâtre , est dominée par un ancien château à tourelles où s'assemblent les autorités. Elle portait sous la domination romaine le nom de Nouidunum, On y voit encore, dans les murs qui bordent la promenade du côté du lac, plusieurs restes d'antiquités , et sur les bords mêmes du lac une tour carrée qui porte le nom de Tour de César: un bas-relief y passe pour le portrait du général romain ; mais ce qu'il y a de certain , c'est qu'il est antique. On voit aussi à Nyon une ancienne construction qui, pendant notre première révolution , servit d'asile à un Français qui depuis a fait les fonds nécessaires pour que la ville pût y recevoir quelques réfugiés de sa nation.
Copet est la première ville qui se présente de ce côté en allant à Genève. Rolle est renommée pour ses vins; Morges^ pour ses papiers, ses fleurets et ses canons. Sa jolie église, ses belles promenades aux deux extrémités de la ville , son petit port dont l'entrée est fermée par deux longues jetées, et son ancien château flanqué de tours, qui renferme l'arsenal et la fonderie de canons du canton de Vaud, lui donnent une agréable apparence. C'est entre Morges et Rolle que se trouve l'ancien et pittoresque château d'Eaubonne, joli édifice du moyen âge flanqué d'élégantes tourelles ; Vevey est remarquable par son site et par les rochers de Meillerie qui dominent le lac et qui s'élèvent vis-à-
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vis de son petit port. On y voit une belle fontaine publique élevée aux frais de M. Perdonnet, ancien agent de change de Paris , né à Yevey, ainsi qu'un des plus beaux marchés de la Suisse. Sur cette place, longue de 600 pieds et large de 4oo , s'élève la Grenette ou la halle au blé ; c'est un édifice couvert, supporté par 18 colonnes élégantes en marbre noir que l'on exploite dans les environs. Une petite promenade, celle appelée derrière l'Aile, qui borde le lac et qui est contiguë au pont, ainsi qu'une autre qui domine la ville, offrent les plus beaux points de vue et sur le lac et sur les montagnes de la Savoie. Cette petite ville de 4 à 5ooo âmes présente l'aspect le plus riant, et même est trèsanimée les jours de marché ; son port est garni de petits bâtimens à voiles qui annoncent un certain mouvement commercial. A peu de distance au-dessus de la ville, on remarque l'église de Saint-Martin , bâtie sur une terrasse d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur le lac, les montagnes du Valais et les glaciers du mont Saint-Bernard. Ce temple, d'une assez médiocre architecture, renferme les lombes de deux des juges de Charles P'^, roi d'Angleterre , Edmond Ludlovv^ et André Broughton. A l'hôtel de ville on conserve un fragment d'autel antique en marbre blanc, consacré au dieu Sylvain, qui fut découvert en 1777 dans une fouille faite au collège. Ce n'est pas la seule antiquité que l'on ait trouvée à Vevey, qui était, comme on le sait , une ville celtique , connue sous le nom de Vihiscum ou Vihiscus^ comme le porte l'itinéraire d'Antonin.
Les vignobles de Vevey sont renommés en Suisse. Autrefois les vignerons et les cultivateurs célébraient tous les quatre ans, au mois d'août, dans cette ville, une fête qui depuis 1819 n'a été renouvelée qu'en i833. Elle commence par une procession qui offre le bizarre assemblage de divers personnages de la Bible et de la mythologie :
Noé, son arche , et la grappe de Chanaan; Bacclms , Silène monté sur un âne; Cérès assise dans un char; des bacchantes et des satyres. L'origine de cette procession, qui fut sans doute modifiée depuis l'établissement du christianisme, se perd, dit-on, dans la nuit des temps. La dernière fois qu'on la célébra, plus de 25,ooo personnes y assistèrent et tous les habitans s'empressèrent de les loger.
Lausanne est située , dit-on , à peu de distance de l'emplacement de V ancien Lausonium. Quelques savans vaudois prétendent que le nom de leur capitale vient des mots Laus Annœ^ parce que dès les premiers temps de l'établissement du christianisme dans ce pays , on érigea près du lieu qu'occupe la ville une chapelle en l'honneur de sainte Anne. Voilà pourquoi les habitans écrivent Lausanne^ tandis qu'il serait mieux d'écrire Lausane^ si l'on faisait dériver ce nom de Laiisonium. Cette ville possède plusieurs sociétés savantes et une académie qui compta au nombre de ses professeurs Théodore de Bèze et Conrad Gessner. Le château où siège le gouvernement est un vieil édifice carré flanqué de tourelles, qui fut commencé au XIIP siècle et terminé au XV*'; l'une de ses façades donne sur une place où l'on voit un bâtiment décoré d'un péristyle supporté par des colonnes d'ordre toscan ; dans le premier se réunit le conseil d'État , et dans l'autre le grand conseil. L'ancienne cathédrale, commencée en l'an looo, et consacrée par Grégoire X en présence de Rodolphe de Habsbourg, est dans le goût saxon et remarquable par sa hardiesse et sa légèreté; la nef et le chœur sont dans de belles proportions de hauteur et de largeur. La longueur totale de l'édifice est de 3i6 pieds, sa largeur dans le chœur de 120, la hauteur de la nef de 67 et celle de la coupole du chœur de 102. On remarque dans l'intérieur un grand nombre de tombeaux de ses anciens évêques, et un du pape Félix V qui
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y abdiqua la tiare en 1449? autre a été érigé à un chevalier Othon de Grandson; et plusieurs d'une date récente renferment les cendres de quelques étrangers de distinction, tels qu'une princesse Orloff, une duchesse de Courlande , et la femme de l'ambassadeur anglais Stratford - Canning. Le monument érigé à cette dernière consiste en une belle urne en marbre blanc sculptée par Canova, et ornée de bas-reliefs dans le goût antique. On remarque dans cette église une rangée de stalles en bois, décorées de figures de saints et de guerriers du moyen âge, dont le style est comparable à celui de quelques uns des plus beaux. morceaux de sculpture de la renaissance. L'église est surmontée de deux grandes tours dont une , en flèche élégante et déliée, a 280 pieds de hauteur. On entre dans ce temple par deux beaux portiques ornés d'un grand nombre de statues et de sculptures. Du haut de la terrasse sur laquelle il est bâti , on parcourt des yeux les bords variés du lac de Genève : c'est une des plus belles vues de la Suisse. La maison de ville n'offre rien de particulier; elle paraît être du XV^ siècle; mais un établissement digne de fixer l'attention est la maison pénitentiaire, vaste édifice plus remarquable encore par sa belle tenue que par sa construction fort bien appropriée à sa destination. Enfin nous citerons la maison qu'habita l'historien anglais Gibbon et celle de Mon Repos, célèbre par ses beaux jardins et par le séjour qu'y fit Voltaire.
Villenewe ^ à l'extrémité du lac de Genève, est une ancienne ville importante qui, après avoir joui pendant le moyen âge du rang de cité impériale , est tombée au point d'être réduite à 1200 habitans. Ce bourg possède un petit port d'où part et où arrive chaque jour le bateau à vapeur de Genève. Nous y avons remarqué une école d'enseignement mutuel assez bien tenue, contenant 200 élèves, et une salle d'asile de 60 à 80 enfans. De Villeneuve on aperçoit
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sur un roc isolé au-dessus du lac le château de Chilon, ancien manoir des baillis de Vevey, dont les cachots voûtés en ogives et soutenus par des colonnes, servirent de prison au vertueux Bonnivard, prieur de Saint-Victor, qui perdit sa liberté en même temps que Genève sa patrie, dont il avait vainement défendu les droits contre la tyrannie des comtes de Savoie au XVP siècle. L'un des piliers porte l'anneau de fer où il fut attaché pendant six années; on remarque l'empreinte du frottement de sa chaîne, et la trace de ses pas autour de ce pilier, sur lequel Byron, qui a chanté le courage et le dévouement du prisonnier, a tracé son propre nom. Ces souterrains ont été taillés dans le roc, à une dizaine de pieds au-dessous du niveau du lac. On voit encore dans l'ancienne grande salle le plafond , les colonnes sculptées , et une vaste cheminée du temps. Ce château gothique, entretenu par le canton et conservé comme un des monumens de l'indépendance de la Suisse, est badigeonné comme une maison bourgeoise. Il est gardé par un poste de douaniers.
C'est à ime petite lieue à l'ouest de Villeneuve que le Rhône, formant un delta fangeux et couvert de roseaux, se divise en deux bras et porte ses eaux limoneuses au lac de Genève qu'il va traverser. Son cours depuis le lac jusqu'au pied de la Dent-de-Morcles, sommité de 900 pieds qui termine la longue chaîne des Alpes de l'Oberland bernois, sépare le canton de Vaud de celui du Valais. La plaine marécageuse qui précède la vallée est celle où Divicon défit les légions romaines vers l'an 645 de Rome. La vallée dans laquelle on entre en quittant Villeneuve serait célèbre par son aspect pittoresque^ si les beautés qu'on y remarque n'étaient point tellement fréquentes en Suisse, que les derniers points de vue que l'on y contemple paraissent toujours plus beaux que ceux qu'on a précédemment admirés. Cependant celte vallée mérite une courte descrip-
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tion. D'abord large de 2 lieues j elle va toujours en se rétrécissant jusqu'à Bex , bordée d'un côté tantôt par des champs et des vignes, tantôt par une muraille de marbre grisâtre, coupée à pic et présentant en saillies inégales ses couches épaisses inclinées sur un angle de 4^ degrés. Des cascades qui tombent de ces masses verticales, des torrens qui vont se jeter dans le fleuve, donnent à ce côté une physionomie particulière; l'autre côté est formé par une chaîne de montagnes qui vont se rattacher au groupe du Mont-Blanc, dont elles cachent la cime, en traçant la limite de la Suisse et de la Savoie, et dont les flancs couverts de pâturages et de bois de sapin contrastent avec le ton rougeâtre de la Dent-de-Morcles , et avec la cime rosâtre et ornée de festons de neiges de la Dent-du-Midi , dont la hauteur atteint presque 10,000 pieds; ces deux sommités, en quelque sorte rivales, s'avancent vis-à-vis l'une de l'autre sur les deux rives du Rhône. Ajoutez, à ce tableau, des villages cachés à une hauteur effrayante, au milieu des prairies et des sapins, et qui ne s'annoncent que par leurs églises, dont les clochers noirâtres se distinguent à peine des vertes cimes des arbres; et sur le premier plan, au sommet de collines que Ton appellerait ailleurs des montagnes, de vieilles tours grises du moyen âge, et vous aurez une idée assez exacte de la route que l'on parcourt avant d'arriver à Bex.
Ce beau village ou plutôt ce bourg , où l'on compte 3ooo habitans, est important par ses salines, les seules que possède la Suisse. Une galerie d'environ [7000 pieds de longueur dans laquelle on a creusé un puits de 800 pieds de profondeur; une galerie inférieure presque aussi longue que la première ; un escalier de 725 marches taillées dans le roc; une roue de 36 pieds de diamètre placée à 4oo pieds sous terre, mise en mouvement par un courant d'eau et destinée à faire mouvoir les pompes qui portent
hors de la mine l'eau salée; des salles et des galeries où le sel mêle à l'argile étincelle à la lueur des flambeaux; de grands réservoirs souterrains pour les eaux destinées à être évaporées; à l'extérieur, de vastes bâtimens de graduation; tout cela forme un ensemble qui mérite d'être visité. Les salines de Bex sont situées à une petite lieue du bourg , dans une vallée sauvage arrosée par un torrent rapide. Elles produisent annuellement 3o,ooo quintaux de sel qui rapportent au canton de Vaud la somme de 45o,ooo francs.
La vallée du Rhône, qui forme le riche canton du Valais^ portait chez les anciens le nom de Vallis Pennina^ du nom du dieu Penninus ou du mot celte pen^ qui û^mÇie pointe ^ cime aiguë ^ dénomination qui convient à la plupart des montagnes qui circonscrivent cette vallée.
« Le Valais est un pays montagneux, divisé, suivant sa « longueur, par une vallée dans laquelle coule le Rhône. Cl Cette vallée est extrêmement remarquable pour la géogra- « phie physique; elle sépare deux chaînes des Alpes égalece ment hérissées de pics et de glaciers, de sorte que l'on <ï pourrait dire que la chaîne centrale des Alpes est double <c dans cette partie (i). Parmi les montagnes qui ceignent le et Valais au midi, le Mont-Rose a 243o toises d'élévation Cl au-dessus du niveau de la mer; au nord le pic de Finster- '< aarhorn s'élève à 2206 toises (2), tandis que la ville de « Brieg, située dans le Valais entre ces deux points, n'est qu'à « 354 toises d'élévation. Cette vallée est donc une des plus ce profondes que l'on connaisse. Les montagnes qui la borc< dent présentent de toutes parts d'effroyables précipices. « Le Valais a très-peu de pente dans le sens de sa longueur; ce le Rhône , depuis Brieg jusqu'à son embouchure dans le
10 Saussure : Voyages , § 2 1 1 5.
(^) Traites : Mesure des montagnes du canton de Berne (en allemand )i
EUROPE : Description de la Suisse. 1^5
« lac de Genève, ne descend que de i^i toises. Cette « constitution physique donne au Valais un climat très- « chaud, et empêche l'air de s'y renouveler assez souvent. « Les exhalaisons des eaux des marais, devenues stagnantes « dans les vallées les plus basses et les plus étroites , prennent « un caractère encore plus pestilentiel par la chaleur ex- « cessive qui, à Sion, s'est quelquefois élevée à 83 degrés « de Fahrenheit, ou 22 à 23 de Réaumur (i). »
La première ville que l'on trouve en remontant le Rhône, est Saint' Maurice ^ sur la rive gauche du fleuve, que l'on traverse sur un pont en pierre , dont l'entrée est fermée par une porte qui forme la limite du canton de Vaud et de celui du Valais. A l'extrémité du pont, et en avant de la ville, des palissades et quelques travaux de défense peu respectables ont été élevés en i83o, après la révolution de juillet, dans la crainte des agressions des Français, que l'on s'attendait, chez nos voisins des Alpes, à voir reprendre possession des trois anciens départemens du Léman, du Mont-Blanc et du Simplon. On entre dans Saint-Maurice par une rue étroite dont le côté gauche est d'abord formé par un long roc noir et vertical qui appartient à la base de la Dent-du-Midi ; cette rue, qui en est la principale, se continue en serpentant, sans offrir aucun édifice remarquable; mais vers l'extrémité de la ville on voit les restes de l'abbaye qui fut fondée en 35 1 à Tarnadœ^ nom que portait jadis Saint-Maurice, de celui d'un château romain appelé Castrum-Tauredunense. Cette petite ville se vante d'avoir embrassé le christianisme vers l'an 58 de notre ère. On sait que l'empereur Maximien y conduisit, en 286, un corps d'armée pour réprimer la révolte des Bagaudœ , peuple qui s'était soulevé pour venger la mort de Carinus. L'empereur, dont le quartier-général était à Octodurum
') A/aZfe-^mn .- Mélanges , t. I.
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OU Martigny, ordonna un sacrifice aux dieux pour assurer le succès de son entreprise ; mais la légion thébëenne , qui faisait partie de son armée, était entièrement composée de chrétiens j elle s'abstint de prendre part au sacrifice. L'empereur, pour la punir, ordonna qu'elle serait décimée, et que ceux sur qui le sort tomberait seraient envoyés à la mort: de ce nombre fut Maurice, qui la commandait, et qui reçut, avec ses compagnons, la couronne du martyre. Il paraîtrait que ce fut en mémoire de cet événement que les chrétiens donnèrent à Tarnadœ , où les martyrs furent inhumés, le nom ^Agaunum ^ qu'on écrivait peut-être Agonum, du mot agonia^ sacrifice.
Plus tard la ville reçut celui de Saint- Maurice (TAgaune^ et, par abréviation , on l'appela Saint-Maurice. Son abbaye fut opulente , grâce à la munificence de Charlemagne et de saint Louis; reconstruite à plusieurs époques , son extérieur n'a rien de remarquable, mais sa bibliothèque possède quelques manuscrits précieux. On y voit une riche collection de reliques, un vase en agate donné par Charlemagne, et un beau reliquaire, présent fait par saint Louis.
En sortant de Saint-Maurice, on aperçoit, à environ 7 à 800 pieds de hauteur, comme suspendu à la muraille verticale de rochers que l'on a sur sa droite, le petit ermitage de Notre-Dame-de-Sex, lieu de pèlerinage très -fréquenté, bien que le chemin qui y conduit, taillé en saillie le long de la roche, nait pas deux pieds de largeur dans certains endroits.
A deux lieues de Saint-Maurice on passe devant la belle cascade qui mériterait un autre nom que celui de Pissevache; elle tombe d'environ 3oo pieds; mais sa chute n'est verticale que sur une hauteur de 100 pieds audessus du sol. Par un beau soleil du matin , l'eau qui se répand en pluie, à une assez grande distance de cette cascade, reflète les brillantes couleurs de l'arc-en-ciel ; elle est
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formée par un ruisseau connu sous le nom de Salanche. Plus loin on voit couler, sous un pont couvert et construit en bois, le Trient, ruisseau qui s'échappe d'une ouverture étroite et verticale de 1200 pieds de hauteur, formée par deux masses de montagnes. Ce ruisseau tortueux, qui se jette dans le Rhône , doit son origine au glacier du même nom , et coule avec force dans la vallée appelée Valorsine,
On arrive enfin à Martigny^ en traversant un pont couvert, construit en bois , sur la Dranse. Un vieux château, formé de plusieurs tours dont une domine les autres , occupe le sommet d'une colline qui s'élève sur la rive gauche de ce petit affluent du Rhône. Cette ville, où l'on remarque quelques belles maisons avec des galeries couvertes formées par des colonnes en pierres, esta pkis de 1^700 pieds audessus du niveau de l'Océan; les Allemands l'appellent Martinach : chez les Romains elle porta successivement les noms Octodurum^ de Forum Claudii et de Vicus Venagrorum. En 18 18 la Dranse déborda et éleva ses eaux jusqu'au premier étage des habitations. Cet événement est attesté par une inscription. Un peu au-dessus on voit, dans la vallée qu'arrose cette petite rivière, un village assez bien bâti , appelé Bourg de Martigny,
Tout le bas Valais présente un aspect grandiose et pittoresque ; cette vallée du Rhône , qui ne paraît étroite que par la hauteur des montagnes qui la bordent et qui s'élèvent, en certains endroits , à 4ooo pieds au-dessus de leur base , offre à l'œil le moins exercé les traces les plus évidentes des dislocations et des bouleversemens qui ont accompagné le soulèvement des Alpes. Les couches calcaires , tantôt contournées en festons, et tantôt brisées en zigzags, ou considérablement inclinées, sont pénétrées, jusqu'à une grande hauteur, par d'énormes masses de granité qui, à elles seules , formeraient des montagnes , et qui , poussées de bas en haut, ont causé ces brisemens et ces contournemens VII. la
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de couches ; tandis que sur le sommet de ces montagnes des calcaires , moins anciens que les précédens et déposes par l'Océan postérieurement à ces soulèvemens, sont restés en masses horizontales. Au-dessus de ces rochers qui se montrent décharnés des deux côtés de la vallée, s'étendent ici de vertes pelouses parsemées de villages que dominent de pittoresques chalets j là des forêts de sapins dont les arbres, malgré une taille de 1 20 pieds , ressemblent , en haut des montagnes, à des bruyères éparses sur leurs cimes. Le Rhône qui coule en bouillonnant n'est pas encore un fleuve , c'est un large torrent.
Au milieu de son lit, à 16 pieds de profondeur , on a découvert dans ces dernières années une source sulfureuse chaude dont la température est de 3o degrés : on l'a utilisée sur la rive droite, dans le canton de Vaud , en fondant un établissement de bains que l'on commence à fréquenter, et qui pourra rivaliser un jour avec celui de Louèche.
C'est vis-à-vis de cette source, dont la place est indiquée par une construction que baigne le Rhône , que le 26 août i835, à la suite d'un violent orage, une portion assez considérable du sommet de la Dent-du-Midi s'écroula en ébréchant un glacier placé au-dessous. Les eaux accumulées sous ce glacier n'étant plus retenues, se précipitèrent, sur une longueur de 4 à 5 lieues, jusque sur les bords du Rhône, et avec une telle rapidité, qu'en moins d'une demi-heure ce trajet fut parcouru. Ce n'était point une masse d'eau qui se précipitait de la montagne, c'était un torrent épais et boueux qui entraînait des blocs de granité de 6 à 8 mètres de longueur sur 2 à 3 mètres de hauteur , et que l'on voyait descendre en se culbutant dans le sens de leur plus grand diamètre , et en suivant la pente rapide du Bois-Noir^ ravin situé entre Saint-Maurice et Martigny. La fange torrentueuse , qui entraînait ces immenses débris des montagnes avec les énormes sapins qu'elle rencontrait sur son pas-
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sage , était à peine liquide , on pouvait marcher sur ses bords sans y enfoncer; elle couvrit en peu d'instans, sur la rive gauche du Rhône , un espace de 600 toises de longueur sur 200 de largeur. Le bruit de la chute de la Dent-du-Midi , qui ressembla à un violent coup de tonnerre, et la commotion qui en résulta, et que l'on ne peut comparer qu'à une secousse de tremblement de terre, avertirent heureusement les habitans du village d'Evionaz du danger qui les menaçait ; en peu d'instans chacun sauva ce qu'il avait de plus précieux; mais heureusement il ne se trouva sur la route du torrent fangeux que deux maisons ; le reste était des bois, des vergers et des vignes. Ces deux maisons furent en partie englouties, et l'on en voit encore une sur le bord du Rhône, dont on n'aperçoit plus que le toit, bien que son rez-de-chaussée fût précédemment à 22 pieds au-dessus du niveau du fleuve. Un fait remarquable, et qui peut trouver son application dans d'autres faits géologiques^ c'est-à-dire dans la théorie des vallées de remplissage et d'érosion, c'est que le torrent fangeux a^ sur les bords du Rhône, élevé le sol d'environ 80 pieds, et que l'ancien ruisseau qui sillonnait le ravin du Bois-Noir.^ en continuant à couler, a creusé au milieu de ces alluvions un nouveau ravin de 60 pieds de profondeur. Les eaux ont donc pu , à certaines époques , remplir de larges vallées et les creuser ensuite.
Depuis cet événement du 26 août jusqu'à la fin de novembre, le désastre de la Dent-du-Midi s'est renouvelé en partie deux ou trois fois : les pluies déterminèrent de nouvelles chutes de rochers, et le torrent, reprenant sa force et sa violence primitives, recommença ses ravages. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'après la chute de la portion de la Dent-du-Midi dont il s'agit, il s'éleva de cette cime comme un nuage de fumée que nous aperçûmes encore le 2 septembre; il semblait que cette cime se fût transformée en
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volcan. Cette espèce de fumée n'était que la poussière que la chute des débris secs élevait dans les airs.
La profondeur de la vallée du Rhône y entretient un climat doux et favorable à divers genres de culture : les vergers y produisent d'assez bons fruits; la vigne y fournit des vins spiritueux; les abeilles y distillent, au milieu des richesses de Flore , le miel le plus agréablement parfumé de toute la Suisse. Mais un spectacle pénible et qui fait ombre à ce tableau si magnifique d'une nature agreste et vigoureuse , c'est l'état de dégradation intellectuelle et physique dans lequel l'homme peut descendre pour former cette race de crétins que l'on rencontre dans tout le Valais, et principalement dans les villages de Branson^ Foulj^ Sierre et Xasimhre , sur la rive droite du Rhône.
On ne connaît point encore la véritable cause du crétinisme : les uns l'attribuent aux obstacles que l'air éprouve pour se renouveler dans les vallées profondes; les autres à la nature des eaux qui tiennent en dissolution du sulfate ou du carbonate de chaux; d'autres enfin aux eaux trop froides qui proviennent de la fonte des neiges; mais aucune de ces causes ne nous paraît suffisante pour expliquer un phénomène qui est commun aux Alpes aussi bien qu'aux Pyrénées.
« Les goitres accompagnent souvent cette dégradation « de la nature humaine , mais n'en forment point un sys- « tème caractéristique. Tout indique chez ces malheureux « êtres un relâchement extrême ; leurs chairs sont molles « et flasques; leur peau est flétrie et pendante; leurs lèvres, « grosses et saillantes, laissent entrevoir leur langue épaisse ; «leur teint, d'un jaune-brun, accroît l'horreur qu'inspire « leur vue. Il y en a qui ne sont capables d'aucun mouve- « ment spontané , si ce n'est celui de la déglutition : on les « nourrit à la cuillère comme des enfans nouveau-nés. On « voit des crétins qui ne profèrent que des sons inarticulés,
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« d'autres qui balbutient quelques mots; il y en a qui, sans « avoir l'usage cîe la raison , apprennent par imitation à « vaquer à quelques travaux domestiques.
«Le même phénomène s'observe dans la Haute-Styrie, « dans la Carinthie et dans le Tyrol, où il y a des vallées « profondes, étroites, et semblables au Valais. On y appelle «ces êtres dégradés Gouanques ^ Gagges et Lappes {^) , «noms très-remarquables, puisqu'ils rappellent ceux de « Gouanches ^ de Cagots et de Lapons.
« Qui croirait que dans une vallée environnée au nord , « à l'est et au midi par d'immenses glaciers, dont quelques « uns ont lo à 12 lieues de long, l'œil du voyageur trouve- « rait à se reposer sur de rians vergers , de beaux champs « de blés et de riches vignobles ? Tel est pourtant l'aspect de «la vallée centrale de ce pays; les champs n'y reposent «jamais; ils sont, ainsi que les vignobles et les prairies, « arrosés au moyen de canaux taillés dans les roches énormes « qui les bordent et les protègent contre le souffle des vents « froids du nord et de l'est. La récolte commence à la fin <t du mois de mai dans le plus bas de la vallée ; les derniers « fruits sont récoltés avant la fin d'octobre au pied des « mêmes glaciers. Les amandiers , les figuiers , les grena- « diers, le safran, prospèrent aux environs de Sion; les vins • de Coquembin et de la Marque , qui croissent près de « Martigny , sont recherchés dans l'étranger. On recueille « aux environs de cette même ville du miel extrêmement « délicat. Le Valais exporte en Italie une grande quantité « de bestiaux , de beurre et de fromage Le blé ne suffit qu'à « peine aux besoins du pays (2). »
Entre Martigny et Sion, le village de Saint-Pierre est remarquable par son église du siècle, dont le clocher.
(0 Jiohrer : Tableau des tribus allemantles de l'Autriche, t. II , p 76. (^) Malle-Brun : Mélanges , t. 1.
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construit dans le style roman, avec des arcades cintrées, est d'une architecture élégante. On remarque dans Tintérieur, ainsi que nous l'avons dit, une inscription qui fait mention des ravages des Sarrasins dans le Valais.
Depuis ce village on laisse le Rhône sur la droite en se dirigeant sur Sion. La situation de cette petite capitale du Valais est une des plus pittoresques que l'on puisse voir. Elle s'appuie, à l'est, sur une montagne tapissée de vignobles et de prairies , qui se termine par deux sommets calcaires que couronnent d'imposantes constructions : sur l'un s'élève le château de Tourbillon^ bâti en 1492, et qui servit de résidence d'été à l'évêque jusqu'en 1788, qu'il fut ruiné par un incendie ; sur l'autre , appelé Valeria , probablement par suite de quelque souvenir antique , on voit, au miUeu de vieilles murailles, de tours et de maisons, une ancienne église où l'on conserve les reliques de saint Will, qui attirent tous les ans un grand nombre de pèlerins, parce qu'elles ont la réputation d'opérer des guérisons miraculeuses. Entre ces deux sommets on remarque les ruines du château de Majorie, maison de plaisance des anciens évêques. La ville est environnée de fossés , de murailles et de tours. Ses rues sont en général étroites et fort inclinées \ cependant la grande rue est assez large et très-animée les jours de marché. Sion renferme des religieux de différens ordres : les jésuites dirigent le collège 5 les capucins possèdent, hors de son enceinte, un assez beau couvent, Dans la grande rue, l'hôtel de ville, édifice ancien dont la porte en bois est du moyen âge et ornée de belles sculptures, présente, sous son vestibule, plusieurs inscriptions romaines scellées dans la muraille; à peu de distance, le milieu de la rue est occupé par une fontaine qui porte la date de 16 10. Un monument qui mérite d'être vu, est la cathédrale, sous l'invocation de la Vierge. Elle offre toute les beautés du style roman j l'intérieur est, comme toutes les églises
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catholiques de la Suisse , surchargé d'ornemens en or et de tableaux ; on y compte quinze autels \ la chaire est d'un très-beau travail, dans le goût de la renaissance. L'extérieur présente, du côté du cimetière, un grand nombre d'inscriptions romaines placées avec symétrie dans la muraille. De l'autre côté du cimetière s'élève une petite église dans le style gothique, bâtie en l'honneur de saint Théodule, évêque de Sion. Cette ville, appelée en allemand Sitten^ n'est peuplée que de 3ooo âmes. On y parle un jargon allemand; mais les mœurs tiennent à la fois de l'Allemagne et de l'Italie. Le clergé y jouit de la prépondérance la plus marquée: on n'y comprend même pas certaines inconvenances qui frappent les regards des étrangers les moins susceptibles : ainsi il n'est pas rare de rencontrer dans les rues des ecclésiastiques en surplis, et coiffés du bonnet carré, se promenant avec d'élégantes Valaisanes. Sion n'est pas , comme l'a dit un peu légèrement un voyageur français (0 , \ Octodurum des Romains , puisque nous avons vu plus haut que c'est Martigny . Les antiquités nombreuses qu'elle renferme prouvent qu'elle était importante sous la domination romaine; elle était la principale cité des Seduni^ et paraît n'avoir pas eu d'autre nom que celui de Sedunum.
On trouve aussi des inscriptions antiques à Sierre ^ en allemand Sieders , beau village situé sur la route de Louèche, et dans les environs duquel on récolte de trèsbon vin. La route passe ici de la rive droite à l'autre rive du Rhône. On traverse de nouveau le fleuve sur un beau pont couvert, vis-à-vis de Louèche ^ où l'on monte par un chemin très-rapide. Ce bourg est un des principaux entrepôts de commerce du Valais. Il possède deux églises et deux chapelles qui, se groupant avec d'autres monumens du moyen âge , présentent l'aspect le plus pittoresque. Le cla-
(0 L. Simond : Voyage en Suisse , t. I , p. 554-
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cher de la principale église est dans le style roman. L'intérieur, surchargé de dorures comme celui de la cathédrale de Sion , renferme une chaire d'un goût et d'un travail exquis. A Louèche , tout respire encore le moyen âge : plusieurs maisons ont trois ou quatre siècles de date ; un édifice isolé , flanqué de tourelles et surchargé d'inscriptions en caractères tudesques , s'élève sur la pente qui domine la vallée du Rhône : c'est l'hôtel de ville; plus haut se trouve l'hôpital, autre édifice ancien. Sur la place de l'église , l'un des piliers d'une maison gothique porte une chaîne et un collier en fer qui servent à attacher les individus condamnés pour vol , usage qui s'est conservé jusqu'à ce jour.
Il faut trois heures pour monter du bourg de Louèche , par la vallée de la Dala, aux bains de Louèche^ appelés simplement dans le pays les Bains (Baden). Cette vallée fait oublier un instant tout ce qu'on a vu de plus beau dans la Suisse : le cours tortueux de la Dala, dont les eaux écumeuses forment à chaque pas, au fond d'un abîme, des chutes variées; les cascades qui tombent du haut des parois verticales de la vallée ; les forêts de sapins qui tantôt couronnent ces parois et tantôt garnissent des pelouses arrondies ; des villages dispersés cà et là sur des prairies en pente, situées à 2 ou 3ooo pieds au-dessus du niveau du Rhône où aboutit la vallée; l'un de ces villages entre autres, appelé Alhinen^ qui n'est accessible qu'au moyen de huit ou neuf longues échelles dressées verticalement les unes au-dessus des autres; la route enfin que l'on suit, et qui n'est qu'un sentier où, lorsqu'on n'est point sur une pente rapide, on se trouve sur un escalier naturel formé par les couches des roches : telle est, en peu de mots, cette vallée singulièrement pittoresque, jusqu'au moment où l'on aperçoit le village des Bains. Il s'étend sur une prairie en pente arrosée par la Dala, qui descend du glacier du Bulmhorn, montagne peu éloignée, élevée d'environ 10,000 pieds
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et vis-à-vis de laquelle on voit la Gemmi ou Ghenimi , col de 7000 pieds de hauteur qui paraît tirer son nom du mot latin geminus , parce qu'il est formé par une double cime. Du côté du village des Bains , la Ghemmi est coupée presque verticalement ; un chemin accessible aux mulets y a cependant été pratiqué il y a environ un siècle; il est l'ouvrage d'ouvriers tyroliens ; c'est le passage le plus curieux que l'on connaisse en Suisse. Ce chemin rapide est taillé en zigzag dans le roc , de telle façon que l'on a toujours , d'un côté un précipice dont on ne peut regarder le fond , et de l'autre une muraille naturelle dont on ne peut calculer la hauteur ; pendant l'ascension , qui dure environ trois heures pour arriver au sommet, le voyageur ne voit ni le chemin qu'il a fait ni celui qui reste à parcourir ; heureusement que, dans ce long et pénible trajet, on a presque continuellement du côté du précipice un petit rempart en pierres sèches qui rassure contre la crainte d'un faux pas; quelquefois aussi les couches déroches s'avancent en corniche sous laquelle on marche comme dans une galerie qui ne serait ouverte que d'un côté. Au haut du col de la Ghemmi on trouve un vaste entonnoir de rochers noirâtres , au milieu duquel s'étend un petit lac; et plus loin un petit châlet offre un asile au voyageur fatigué. Rien n'est plus sauvage que l'aspect de ce sommet du col de la Ghemmi, surtout après quelques heures de pluie qui, à cette hauteur, et quelle que soit la saison, forme une couche de neige d'un demi-pied d'épaisseur qui contraste avec la teinte noire des roches dépourvues de végétation; c'est à l'extrémité de ce col que se termine, de ce côté, le canton du Valais. Si l'on retourne sur ses pas, le passage de la Ghemmi est encore plus effrayant à descendre qu'à monter, car on a toujours, soit à droite, soit à gauche ou devant soi, le précipice et le fond de la vallée.
Le village des bains de Louèche est composé d'habitations
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en bois, faites comme des chalets : les hôtels mêmes et les maisons de bains ont cette forme pittoresque. Il y a quatre sources; leurs eaux sont à la température de 4i degrés de Réaurnur.
En remontant la vallée du Rhône, Brieg^ l'un des plus beaux bourgs du Valais, se fait remarquer au loin par ses maisons couvertes en schiste micacé d'un brillant argenté; ses bains rivalisaient jadis avec ceux de Louèche.
Le canton du Tessin^ le plus misérable et le plus reculé sous le rapport des lumières et de la civilisation , doit son nom à l'une des rivières qui le traversent. Le Tessin ou Ticino prend sa source sur le revers méridional du mont Saint-Gothard, et traverse le lac Majeur pour aller se jeter dans le Pô. Ce canton, borné au nord par des glaciers, est exposé vers le sud à des chaleurs si fortes que pendant une grande partie de l'été les végétaux y sont brûlés par le soleil. Les trois petites villes qu'il renferme en sont chacune tour à tour et pendant six années le chef-lieu.
Au bord d'un lac auquel elle donne son nom, Lugano offre déjà l'aspect des villes de l'Italie : elle est, il est vrai, la plus belle du canton. Ses rues sont larges, ses places publiques spacieuses, et ses édifices bâtis avec élégance : les plus remarquables sont le théâtre , l'église des Franciscains qui possède un beau tableau de Luvini , et l'église collégiale de Saint -Laurent qui, bâtie sur un monticule, y développe les riches sculptures de son portail. C'est surtout des bords de son lac que cette ville se présente sous son plus bel aspect, au milieu de jardins, de vignobles, et d'élégantes maisons de campagne ; sa population est de /\ooo âmes. Elle fait un commerce considérable de transit. Elle possède plusieurs manufactures de tabac, de chapeaux et de soieries. La soie qu'on récolte dans ses environs passe pour la plus belle de tout le canton.
A l'extrémité septentrionale du lac Majeur, Locarno, la
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moins peuplée des trois villes chefs-lieux, n'a que i5oo habitans, mais au XVP siècle elle était plus considérable. Ses maisons sont assez bien bâties : on y remarque une belle place, quatre couvens et une ancienne église située hors de son enceinte.
Bellinzone ou Bellinzona^ peuplée à peu près comme la précédente, est sur la rive gauche du Tessin , au pied d'une montagne. La ville s'étend des deux côtés de la rivière; à l'est, c'est-à-dire sur la rive gauche, on a construit deux forts l'un au-dessus de l'autre, et à l'ouest un seul; des murs descendent de ces trois forts jusque sur les bords du Tessin : en sorte que les trois portes de la ville ferment la vallée, ce qui en fait la clef de la Suisse du côté du mont Saint-Gothard. Si ces trois forts étaient modernes, ils offriraient un point de résistance important, mais ils datent du XV^ siècle et sont l'ouvrage des ducs de Milan. On remarque près de Bellinzone une digue qui fut construite par les Français, sous le règne de François P^, pour arrêter les dévastations du Tessiii pendant ses grandes eaux. Les principales constructions que présente la ville sont le pont sur le Tessin, long de 714 pieds et large de 21 ; l'église paroissiale qui renferme quelques bons tableaux, et le gymnase dont les bâtimens sont fort beaux et où l'on enseigne la théologie.
Après le canton de Berne, le plus important en superficie, mais non en population, est celui des disons : il occupe le quatorzième rang dans la confédération. Sous la domination romaine , nous avons vu qu'il appartenait à la RJiètie; nous avons vu aussi que ce n'est que depuis la révolution de 1798 qu'il est devenu l'un des cantons de la Suisse. Il se divise en trois ligues ou petites républiques fédéra tives, appelées la ligue Grise ou Supérieure., la ligue Cadée ou de la Maison de Dieu , et celle des dix Droitures ou Juridictions. Dans ce pays les privilèges de toute
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nature ont été abolis. Cependant l'instruction y est fort arriérée; les écoles y sont en général mal tenues, bien qu'elles aient fait des progrès depuis que des sociétés de lecture, destinées à répandre les lumières parmi les citoyens, s'y sont établies. L'antique population rhétienne se reconnaît encore dans les hautes vallées; elle a conservé son ancien idiome, appelé aujourd'hui langue romanique ^ et qui se divise en deux dialectes, le roman ou rumom'que, et le ladin. Il y a peu de contrées en Suisse qui renferment un aussi grand nombre de châteaux et de donjons du moyen âge : on en compte, dit-on, plus de i8o.
Le canton des Grisons comprend un grand nombre de montagnes et de glaciers; c'est dans sa partie méridionale que prennent leur source les deux branches du Rhin appelées le Haut et le Bas-Rhin , ainsi que la rivière de rinn.
Au milieu de ces montagnes qui constituent le pays haut (^Oherland)^ on remarque, sur la rive droite de la branche du Rhin qui descend des cimes élevées qui forment la vallée de Tavetsch, lllanz^ en langue rhétienne lion ou Glion : c'est une petite ville de 5 à 600 habitans où l'on remarque un assez beau pont. A 5 ou 6 lieues audessus, on trouve le bourg de Disentis^ peuplé d'un millier d'habitans et célèbre par son antique abbaye de bénédictins. A la même distance d'ilanz, mais au-dessous de cette ville, nous remarquons, à l'endroit où la petite rivière appelée Plessur se jette dans le Rhin, Coire ou Chuj- , la capitale de tout le canton et le siège d'un évêché. Sa population est de 3ooo âmes. C'est dans son collège que le duc d'Orléans, aujourd'hui roi des Français, donnait des leçons de mathématiques transcendantes sous le nom de Corby. Les antiques tours de Marsoil et de Spinoil, ouvrages des Romains, la cathédrale bâtie au VHP siècle, et le palais ëpiscopal d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur l'Ober-
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land ou la vallée de Surselva, sont ses principaux édifices. Le nom de cette vallée, que parcourt le Rhin antérieur, vient du latin super sylvas; et Goire est Tantique Curia Rhœtorum.
En remontant la vallée de Domleschg, nous trouvons, sur les bords de la branche du Rhin qui descend du mont Bernardino ^ la petite ville ou plutôt le bourg de Tusis^ appelé en rhétien Tusan ou Tossana. Ce nom rappelle les anciens Tusci ou Toscans qui s'y réfugièrent lorsque Bellovèze envahit lltaHe. Cette petite ville est l'une des mieux bâties de tout le canton. Près de la limite de son territoire, et sur la rive droite du Rhin , Mayenfeld ^ autre petite ville , est entourée de vignobles estimés.
Nous terminons la description de la Suisse par le canton de Geîièue.
Les bords du lac de Genève n'offrent point, malgré ses beaux sites , autant d'attraits que ceux de plusieurs autres lacs moins importans de la Suisse. On présume avec raison que son étendue était jadis plus considérable : les atterrissemens qu'y forme à son entrée le Rhône , si limpide à sa sortie, suffisent d'ailleurs pour accréditer cette opinion.
A son extrémité occidentale, Genèçe^ la capitale du plus petit canton de la Suisse, est, de toutes celles de la confédération, la plus civilisée, la plus industrieuse et la plus riche. Depuis la réformation, elle est devenue l'un des principaux points de centre des lumières, de la littérature et des sciences. Sa population ne s'élève cependant pas à plus de 26,000 âmes. Des constructions mesquines et des rues étroites donnent, surtout dans les anciens quartiers, une idée peu favorable de cette ville, que les eaux rapides du Rhône divisent en deux parties inégales; cependant elle s'est embellie sur plusieurs points; ainsi, sur les bords du lac à la sortie du fleuve, les quais se sont garnis de plusieurs belles habitations : ici c'est le vaste hôtel des Berghes où
descendent les étrangers les plus opulens j et , sur le même alignement, une rangée de maisons en arcades construites sur un plan uniforme. En face de ce quai , un beau pont suspendu sur des chaînes de fer qui ne se voient que sous le plancher du pont, traverse le lac et le Rhône; il n'est pas en Hgne droite; au contraire, il présente un angle saillant, qui, du côté d'où vient le fleuve, résiste mieux à son courant ; les piétons et les voitures le traversent sans cesse. Le soir une foule de promeneurs viennent y respirer la fraîcheur; vers le milieu il repose sur un terre-plein qui forme une place circulaire, d'où l'on passe, au moyen d'un pont en fil de fer , dans une île transformée en un joli jardin anglais, au milieu duquel s'élève une belle statue de M. Pradier, en bronze, représentant l'illustre philosophe genevois dans un costume romain et méditant les profondes pensées de son Contrat social. La place Belair, ornée de beaux édifices et d'un marché couvert , sert d'entrée à la rue de la Corraterie, qui pourrait rivaliser avec ce que d'autres capitales offrent de plus remarquable en ce genre, si les deux côtés étaient garnis d'habitations aussi belles que celles qui occupent le côté droit en montant. A l'extrémité de cette rue, on voit le musée Rath , garni d'assez bons tableaux , et dont une salle est réservée aux expositions annuelles des artistes gènevois; tandis que de l'autre côté s'élève, au-dessus d'une muraille qui forme une haute terrasse, la maison de Saussure. Le musée Rath a été fondé par les demoiselles Rath, filles d'un Genevois qui, dans ces derniers temps, mourut général au service de la Russie. Vis-à-vis de cet édifice on voit la mesquine façade du théâtre, près duquel s'étend le jardin botanique. La rue de Rive serait assez belle si les façades des maisons d'un des côtés n'étaient pas défigurées par de grandes constructions en bois qui ne sont que d'énormes charpentes gothiques qui ont i5 pieds environ de largeur, et qui supportent de larges toits.
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Le plus beau temple de Genève est l'ancienne cathédrale , sous l'invocation de saint Pierre : c'est un édifice du XIIP siècle, dont le chœur est orné de beaux vitraux, et dont les rosaces qui ornent les portes latérales sont en verres colorés et modernes fabriqués à Genève et dans d'autres lieux de la Suisse et de la France. On y remarque plusieurs tombes de ses anciens évêques,* une belle rangée de stalles en bois sculpté dans le goût et à l'époque de la renaissance. Près du chœur, un grand tombeau en marbre noir, supporté par des lions, serait assez remarquable s'il n'était défiguré par une statue d'une exécution grossière, représentant le duc de Rohan , qui mourut protestant.
Les remparts de Genève servent de promenades intérieures ; mais, à l'extérieur, on trouve d'autres promenades assez belles.
En sortant par la porte du côté de l'ouest, on trouve, à peu de distance, Carouge ^ petite ville que l'on pourrait regarder comme un faubourg de Genève, depuis que des omnibus se croisent sans cesse sur la route qui y conduit. Cette petite ville e^ d'ailleurs assez bien bâtie et ornée de jolies promenades.
Le luxe des habitations s'est porté hors de l'enceinte de Genève. Comment ne point chercher à jouir des beautés de la nature, dans un pays où elle se montre si variée et si imposante? Les édifices de cette ville sont peu dignes de fixer l'attention ; sa supériorité sur les autres capitales de la Suisse est en quelque sorte tout intellectuelle : on n'y a rien négligé pour rendre importans ses établissemens d instruction. Sa bibliothèque renferme 5o à 60,000 volumes et beaucoup de manuscrits; son académie, fondée par Calvin, se compose de différentes chaires de théologie, de droit, de médecine, et d'autres branches scientifiques et littéraires; son observatoire est pourvu de bons instrumens ; le jardin botanique est riche en belles plantes; le bâtiment du musée
renferme une collection d'antiquités et un grand nombre de débris romains découverts dans la ville; enfin plusieurs sociétés savantes et littéraires y propagent dans tous les rangs le goût des plaisirs solides, et peut-être concourentelles , avec l'influence d'un culte sévère, à répandre cette pureté de mœurs que Ton remarque ici chez les deux sexes beaucoup plus que partout ailleurs. Un des traits caractéristiques du peuple genevois, c'est son amour de la lecture : plus de 2000 volumes de la bibliothèque publique sont constamment en circulation chez de simples ouvriers, et jamais aucun de ces livres ne se trouve égaré.
Quelques mots suffiront pour faire apprécier les différences que l'on remarque dans la constitution des diverses parties de la confédération suisse. Le canton de Neuchâtel est le seul dont le gouvernement présente des formes monarchiques modifiées par des institutions républicaines et une représentation nationale. Les autres offrent des nuances dans leur organisation : tous sont souverains et indépendans, mais réunis par un pacte conservateur. On peut les diviser en six classes ; les uns, comme ceux de Basle^ de Schaffhouse et de Zurich , sont des républiques représentatives dont les capitales jouissent de grands privilèges sous le rapport de la représentation nationale; les autres, comme celles à^Argovie^ de Genève^ de Saint- Gall ^ du Tessin, de KaudeX de Thurgovie ^ sont des républiques démocratiques dans lesquelles le peuple élit la plupart des membres du grand conseil qu'assiste le conseil d'Etat , auquel est confié le pouvoir exécutif. Ceux à^Appenzell^ de Claris^ de Schwitz^ ^Unterwald^ d'Uriet de Zw^", jouissent d'un gouvernement démocratique qui rappelle ceux de la Grèce et de Rome : les citoyens , réunis en assemblées générales (Landsgemeinde) , sont appelés à nommer leurs magistrats et à délibérer sur les intérêts de la république. Celui des Grisons divisé en trois ligues , et celui du alais en décuries , sont des répu-
EUROPE : Description de la Suisse, ig5 biiques démocratiques représentatives. Enfin ceux de Berne , Fribourg^ Lucerne et Soleure sont des républiques aristocratiques, c'est-à-dire que plusieurs familles privilégiées sont appelées à former une partie du petit conseil auquel le pouvoir exécutif est conféré.
La diète, composée des députés des 22 cantons, dirige les affaires importantes de la confédération. Chaque canton a une voix. Le président de la diète a le titre de landdammann.
Dans un pays comme la Suisse, où la patrie est partout et le centre nulle part, tout doit prendre et conserver une physionomie particulière; de là des mœurs antiques et l'amour de la liberté ; de là encore la coutume qu'ont prise les deux principales sociétés littéraires, savantes et patriotiques, de se réunir alternativement dans les différens chefs-lieux et d'y rassembler les fruits de leurs recherches et de leurs travaux.
En Suisse, tout citoyen qui a atteint l'âge de 20 ans est soldat : il est tenu de s'armer , de se vêtir selon l'uniforme de son canton, et de se faire incorporer dans une compagnie. En cas de guerre , chaque canton fournit un contingent dont le total est de 33,758 hommes ; un nombre égal forme le contingent de réserve. Mais la Suisse peut facilement mettre sur pied une force de plus du double : la levée en masse fournit environ 200,000 soldats. Pour subvenir aux frais de l'armée et aux autres dépenses , les cantons s'imposent en proportion de leurs revenus ou de leur population ; mais il n'y a point de contributions fixes de diverses natures: la quotité varie tous les 20 ans, suivant la révision qui en est faite. En 1826, la dette de la confédération s'élevait à environ 3,ooo,ooo de francs et son revenu à ii,5oo,ooo.
Nous avons vu précédemment que la Suisse n'a point de capitale permanente; mais l'acte fédéral de 181 5 a réglé que VIL i3
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les villes de Zurich^ Berne et Lucerne, auraient alternativement tous les deux ans le rang de capitale : ainsi, Berne a commencé à jouir de la prérogative de capitale en i835; Lucerne aura son tour en iSSy, et ainsi de suite.
Parle traité de Paris, les puissances européennes ont reconnu la neutralité perpétuelle delà Suisse; cependant celle-ci a compris combien les faibles doivent avoir peu de confiance dans des promesses des forts : elle a formé le projet d'élever des travaux de défense à Saint- Maurice et dans quelques uns des défilés du Valais; de préparer un point central pour le rassemblement de ses forces au moment du danger; et quoique l'expérience ait prouvé à deux grandes époques qu'elle potivait être facilement envahie, lorsqu'elle n'écoutera que l'amour de la patrie , elle saura trouver, nous n'en doutons point , des moyens de résistance redoutables dans la nature de son sol et dans son enthousiasme pour la liberté.