‹ Précis de la géographie universelle (volume 2)Chapitre 23 sur 73 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

et couvens.

Tableau du bétail existant dans l'île de Sardaigne en 1824.

En état de domesticité.

Bœufs et vaches 91,800

Vaches et génisses i'],i^oo

Codions 3o,ooo

Chevaux et jumens 29,300

Chèvres »

Boucs »

Brebis »

Béliers »

Vivant dans les montagnes.

Établisseinens d'instruction dans les États sardes.

■Villes.

Turin

Gènes

Cagliari.. .

Sassari Diverses villes.

Universités.

1 (4) Gymnases..

Séminaires.

Nombre d'écoliers.

ibliotlW'fjues.

Nombre de volumes.

De l'université 114,000

De l'université /^S,ooo

De Berio i6,5oo

De l'université.... 5o,ooo

Id 1 5,000

BUDGET DES ETATS SARDES EN l825 ET 1826.

Jievenus de Vile de Sardaigne.

fr.

Cens et redevances ^,9>oo

Revenus de la couronne 84,082

Contributions directes 9'6,647

Id. indirectes 1,723,901

Revenus éventuels 20, 568

Revenus des provinces continentales 62,250,000

Total 65,000,000 »

Dette publique i5o, 000,000 »

Jrmée de terre en 18 32.

1 5,000 I Sur le continent, infante- 7,5oo| rie et cavalerie 35, 000

Marine en i836.

Bâti mens armés en flûte 10

En Sardaigne. Infanterie.

Id.

Cavalerie.

Armée en guerre

/ Frégates 5

) Corvettes 2

I Bricks 2

(^Bâtimens inférieurs.. 6

Id. en réparation 3

condamnés ( frégates) 3

PRINCIPAUTE DE MONACO.

Population.

6,5oo habitans.

Revenu».

100,000 francs.

(i) Fondée en i4o5. — (a) Fondée eu i8o3. — (3) Fondée en 1764. — (4) Fondée en i 765.

Suite de la Description de l'Europe. — Description de l'Italie. — Quatrième section. — Description des duchés de Parme, de Modène et de Lucques.

La partie de l'Italie que nous allons parcourir, et qui fera le sujet de ce livre et des deux livres suivans, est la plus divisée de toute cette contrée : six Etats indépendans y forment une sorte de confédération qui a pour lien le même langage, les mêmes mœurs et presque les mêmes intérêts. Elle comprenait, sous la domination romaine, la Gaule cisalpine méridionale, \Etrurie ^ \ Omhrie ^ le Picenum et le Latium. Les Anamani^ peuples dont l'origine est incertaine, et qui probablement étaient Celtes, habitaient presque tout le territoire du duché de Parme ; ils avaient pour limites le Pô au nord, la Trebia à l'ouest, et la Parma à l'est. Au sud du Pô, les Lingones^ et sur le versant septentrional des Apennins les Boii^ peuplade qui faisait partie du peuple dont nous avons parlé à l'article de la Bohême , étaient établis sur les terres de Modène , de Bologne et de Ferrare. En Etrurie les pentes occidentales des Apennins étaient occupées par les MagelU et par les Ligures^ qui par leurs mœurs se rapprochaient des Gaulois. Sur les bords de l'Adriatique , d'autres Gaulois appelés Senones s'établirent quatre siècles avant notre ère dans les environs du territoire occupé par la république de Saint-Mariuj Ces peuples se rendirent célèbres par leur coopération à l'expédition des Gaulois qui , après avoir traversé les Alpes, vinrent mettre le siège devant Rome , et qui n'en furent chassés que par l'arrivée de

324 LIVBK CFNT INIVUVIGME.

Camille. Près d'eux , les Picentes habitaient les pentes des Apennins qui comprennent aujourd'hui les territoires d'Ancône, de Macerata et d'Ascoli : ces peuples étaient Sabins d'origine. Le pays qu'ils occupèrent dut le nom de Picemim à la grande quantité de poix minérale qu'on y recueillait. \] Omhrie ^ située sur le versant occidental des Apennins, entre le Tibre et la Nera qui s'y jette, était habitée par un peuple descendu des Gaulois. Les Sabini^ leurs voisins, devaient leur nom, suivant Court de Gébelin, au mot celtique Sah ^ qui signifie élei>é; ils habitaient en effet les pentes et les cimes des Apennins. Les anciens les peignent sous les couleurs les plus favorables : ils étaient francs, généreux et vaillans ; leurs femmes étaient modestes et sages, et les mariages assortis par la vertu, dit Mentelle, étaient chez eux un lien civil contracté au nom de l'Etat : fait d'autant plus remarquable dans l'antiquité, que les cérémonies religieuses étaient la base de tous les liens sociaux. L'histoire de l'origine de Rome prouve que ces peuples furent puissans : les Herniei^ les Lucani^ les Samnites et les Briitii n'en étaient que des colonies. Avant d'être asservis par les Romains, leur culte simple et métaphysique était exempt de la corruption qui caractérisait le polythéisme. Le territoire compris entre l'embouchure du Tibre et celle du Tolero , l'ancien Liris , portait le nom de Latium^ pays qui s'étendait à l'est jusqu'au lac Lucrino. Ses habitans, les Latini^ paraissent avoir été formés de la réunion des Pélasges venus de la Thessalie ^ et d'un peuple dont l'origine est tellement incertaine, qu'il se donnait le titre Aborigène,

Lorsque Charleraagne porta ses armes victorieuses en Italie, il s'empara de Parme et de Plaisance j mais il n'est pas plus prouvé qu'il en ait fait la donation au saint-siége, qu'il n'est prouvé que le nom de Parme tire son étymologie du bouclier rond appelé Parma , dont se servaient les Anamani. Toutefois, soit par adresse, soit par l'influence que

EUROPE : Italie. — Duché de Parme. 3^5

les lumières et la religion donnaient aux papes sur des princes ignorans et superstitieux, Rome fut long-temps en possession de ces deux villes. Plus tard elles se gouvernèrent en républiques; mais les divisions intestines et les querelles des Guelfes et des Gibelins les firent passer tour à tour au pouvoir des Corréges, des Scaligers, des Viscontis, des Sforces et des papes. Lorsque l'un des plus intrigans de ces princes de l'Eglise , Jules II, eut organisé en i5i2 la grande ligue des rois contre la France, il se fit donner par l'empereur Maximilien les duchés de Parme et de Plaisance. En i547, Paul III en disposa en faveur de son fils Louis Farnèse , qui fut assassiné deux ans plus tard , et dont les descendans en jouirent jusqu'à l'époque où Elisabeth Farnèse , héritière de cette famille , porta en dot ces deux duchés dans la maison de Bourbon , en épousant Philippe V, roi d'Espagne. Les infans don Carlos, don Philippe, et le fils de ce dernier, en furent successivement possesseurs; mais en i8o5 les deux duchés furent réunis à l'empire français, et formèrent le département du Taro, dans le royaume d'Italie. Napoléon en détacha seulement l'ancien duché de Guastalla, qu'il donna à sa sœur Pauline, et réserva le titre de duc de Parme à l'archichancelier Cambacérès, et celui de duc de Plaisance à l'architrésorier Lebrun. En 1814, les anciens duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla furent donnés en toute souveraineté, par le congrès de Vienne, à l'archiduchesse Marie-Louise, pour passer après elle aux princes de Lucques de la maison de Bourbon-Anjou , ou à leurs successeurs. Dans cette nouvelle disposition, la maison d'Autriche n'oublia pas de s'arrondir en faisant céder au royaume lombard - vénitien Bozzolo et Sabionetta, situés sur la rive gauche du Pô.

Les Etats de Parme se composent du duché de ce nom , et de ceux de Plaisance et de Guastalla. Ils sont bornés au nord par le Pô, à l'est par le duché de Modène, au sud

par les pays de Varano et de Vinco, qui dépendent du même duché, et par ceux de Fivizzano et de Pontremoli, appartenant à la Toscane, et à l'ouest par les possessions sardes. Le duché de Guastalla est enclavé entre le royaume lombard-vénitien et le duché de Modène.

Parme ^ la capitale et la plus importante ville du duché, est située sur le bord de la Parma^ torrent qui reste à sec tout l'été. Ses vieux murs et ses bastions forment un circuit de 4 milles ; ses rues sont larges et belles, et ses places spacieuses; mais l'aspect général de cette ville est triste; ni les habitations ni les édifices ne se font remarquer par leur architecture. A l'exception de la cathédrale, bâtiment dans le style gothique, et d'un aspect imposant, les églises et les palais sont aussi simples dans leur construction , aussi modestes dans leurs ornemens qu'ils sont riches en tableaux précieux. On admire à la cathédrale la coupole peinte par le Conège; dans la chapelle de Sainte-Agathe, un riche cénotaphe a été élevé à Pétrarque, qui était archidiacre et chanoine de cette église. Une simple piei're indique la sépulture d'Augustin Carrache. Un monument non moins remarquable que la cathédrale est un baptistère construit vers la fin du XIP siècle, et dont les sculptures présentent un singulier mélange du sacré et du profane : Diane et Apollon y sont représentés non loin de saint Jean, des prophètes et des apôtres ; et le savant M. de Hammer a voulu voir dans les divers emblèmes qui le décorent, les symboles du baptême tels qu'on le pratiquait dans les mystères de Mithra. \1 Annunziata est une des grandes et belles églises de Parme : on y voit une Annonciation peinte à fresque par le Gorrège. La Steccata est un beau monument de la renaissance; une chapelle souterraine y a été construite en 1823, afin d'y recevoir les tombeaux des anciens ducs de Parme placés précédemment dans l'église des Capucins. Le vieux palais ducal ou Farnèse, construit ert

EUROPE : Italie. — Duché de Parme. 827

briques , ressemble plus à un couvent qu'à la demeure d'un prince; il renferme l'académie des beaux-arls, la bibliothèque et le plus vaste théâtre de l'Italie, chef-d'œuvre de Vignole, qui frappe d'étonnement par sa majestueuse construction et par les belles proportions de toutes ses parties : il peut contenir 4^00 spectateurs , et sa coupe est si bien calculée , que de tous les points de la salle l'œil embrasse la scène, et que l'on peut entendre celui qui parle à voix basse sur le théâtre. On regrette qu'un si bel édifice ne soit point utilisé, et qu'il soit même devenu une espèce de ruine : on n'y joue plus depuis près d'un siècle, et dans une autre partie de la ville on a construit, depuis peu d'années , une salle moins grande , mais d'une belle dimension. Au massif palais Farnèse est adossé un bâtiment d'une grande simplicité : c'est la demeure de Marie-Louise. L'une des salles de ce palais renferme le riche berceau de son fils, la toilette et les meubles magnifiques qui furent donnés par la ville de Paris à l'épouse de Napoléon. Cette princesse , par de sages économies, a pu faire exécuter des travaux utiles. Jusqu'en 1822 la ville de Parme n'avait point de cimetière, on enterrait les morts dans les églises; celle de San- Giouanni'Decollatto était réservée aux seuls suppliciés. Des médecins éclairés avaient reconnu depuis long-temps combien cette coutume était funeste à la santé des habitans ; un décret de Marie-Louise a fait cesser cet antique abus : un cimetière vaste et décent est établi hors des nmrs de la ville.

L'ancien palais ducal a été surnommé palazzo di Giardino ; il attire les curieux par ses belles fresques d'Augustin Carrache, plutôt que par son jardin dessiné à la française. Le pont, construit dans ces derniers temps sur le Taro, est un des plus beaux que renferme l'Italie. L'université occupe un grand et majestueux édifice orné de belles fresques : on y compte environ 5oo élèves. La bibliothèque publique renferme plus de 80,000 volujnes et de 4ooo manuscrits:

3lS LIVRE CENT NEUVIEME.

on y remarque le Coran qui fut pris à la levée du siège de Vienne dans la tente du visir Rara-Mu^tapha ; le livre d'Heures de Henri H; le Psautier hébreu de Luther; un Virgile manuscrit du XH^ siècle, et une collection de phis de 20,000 médailles antiques. Parme possède un jardin botanique, deux collèges, cinq établissemens de bienfaisance, ainsi qu'un hospice de la maternité, fondé en 1818 par l'archiduchesse, qui en a confié la surveillance à un professeur-directeur, et à cinq dames nommées par elle, qui visitent tous les jours l'établissement à tour de rôle (0.

Guastalla^ chef-lieu d'un ancien duché, n'a rien qui mérite de nous y arrêter : c'est une petite ville fortifiée dont on porte la population à 6000 âmes. Plaisance est digne de quelque attention. Entourée comme Parme de remparts et de fossés, elle est mieux bâtie, les palais y sont plus nombreux; mais sa population est trop faible pour son étendue : on y compte 28,000 habitans. Depuis le pillage de cette cité par François Sforze, en i44^î ^^^^ se relever. Le

palais ducal ou Farnèse, construit en briques, de même que celui de Parme, annonce la puissance des Farnèse et le talent de Vignole qui en fit les dessins. Cet édifice, qu'on nomm€ aussi la Cittadella , est resté inachevé. On le laisse même se dégrader. Plusieurs autres constructions attirent les regards ; mais , comme un autre Versailles , Plaisance n'a que des rues larges, droites et désertes, dont la principale ressemble plutôt à une grande route qu'à une rue. La place du palais est décorée de deux statues équestres en bronze, représentant deux princes de la maison de Farnèse : Alexandre et son fils Ranuccio. Le palais public, bâti vers la fin du XHF siècle, est un majestueux édifice gothique. La cathédrale, reconstruite au commencement du XH*^, est un beau monument dans le même style. Ses peintures

(') Voyage en Italie , par le docteur Vcdentin.

EUROPE : Italie. — Duché de Panne. 3.29

ont de la célébrité; on y remarque des ouvrages de Louis Carrache et du Gorrège. La plupart des autres églises , telles que Saint-François-le-Grand , Saint-Antoine, Saint- Augustin, Saint-Sixte, Saint-Savin , sont plus ou moins remarquables. La bibliothèque publique renferme 3o,ooo volumes. Parmi ses manuscrits se trouvent un palimpseste du IX^ siècle et le psautier de l'impératrice Engelberge, femme de Louis II, écrit de sa propre main en 847 ou 85^. On croit que Plaisance dut à sa situation agréable et à la salubrité de Tair qu'on y respire le nom de Placentia. Deux siècles avant notre ère, elle était au nombre des cités les plus importantes de l'empire romain. Il n'y reste aucun vestige d'antiquité; elle fut ravagée pendant les guerres d'Othon et de Vitellius. Le siège qu'elle soutint en 545 contre Totila est mémorable : les habitans souffrirent une disette si horrible , qu'ils furent réduits à manger de la chair humaine. Cette ville a donné naissance à Ferrante Palla^icini^ ecclésiastique célèbre au XVlt^ siècle, autant par ses écrits que par sa fin tragique , à laquelle Rome ne fut point étrangère; à Laurent Valla^ qui contribua, au XY^ siècle, à faire renaître dans toute sa pureté la langue latine en Italie; et à Grégoire Jl , qui ordonna qu'à la mort d'un pape les cardinaux seraient renfermés dans un conclave, jusqu'à l'élection d'un nouveau pontife.

Près de Plaisance, les franciscains ont un couvent dont l'église appelée Santa-Maria-di- Campagna ^ est remarquable par sa belle coupole ornée de fresques.

Au-dessus de Plaisance, le bourg de Campre-Moldo est le Campo-Morto près duquel Annibal défit les Romains à la bataille de la Trebia; à 6 lieues de la ville, on a découvert, en 1760, les restes de la cité de Fellia^ qui paraît avoir été détruite par un tremblement de terre , et qui est recouverte de plus de 20 pieds de roches et de terre. Le grand nombre d'ossemens, de médailles et d'objets pré-

33o LIVRE CENT NEUVIEME.

cieux déterrés jusqu'à ce jour, prouvent que les habitans, comme ceux d'Herculanum , n'eurent pas le temps de fuir et furent engloutis avec leurs richesses. On sait que cette cité était le chef-lieu de plus de 3o villes ou bourgs, dont les noms, inscrits sur une table de bronze conservée à Parme, sont encore la plupart semblables à ceux d'un grand nombre de villages des environs.

Le commerce du duché est peu considérable : Parme ne possède que quelques fabriques de taffetas, de bonneteries et de liqueurs ; le riz et la soie sont les principaux produits du duché. On recueille annuellement près de Salzo- Maggiore ^ à lo lieues au sud de la capitale, 3o,ooo quintaux de sel, qui ne forment à peu près que les deux tiers de sa consommation. On retire des sources salées qui servent à ces exploitations une grande quantité d'huile de pétrole, qui est utilisée dans le pays.

Le duché de Modene^ situé entre le royaume lombardvénitien^ le duché de Parme, celui deLucques et les Etals de l'Eglise, occupe une longueur de 3^ lieues et une largeur moyenne de lo à 14- H se compose des anciens duchés de Modène, de Reggio, de Mirandola et de Massa-Carrara , des petites principautés de Garpi, de Correggio, et de Novellara , ainsi que de la seigneurie de Garfagnana. Sa superficie est d'environ 2^0 lieues carrées.

Le sol y est en général fertile et bien cultivé; le climat y est doux et sain ; on y élève un grand nombre de vers à soie et d'abeilles; on y trouve du fer, du soufre, du pétrole, du plâtre, plusieurs sources minérales dont la plus fréquentée est celle d'Aquaria. On y exploite des marbres dont le plus célèbre est celui de Carrare. On pourrait sans doute utiliser le gaz hydrogène qui se dégage des salses ou pseudo -volcans qui se trouvent en grand nombre aux environs de Modène. Cet Etat, après avoir appartenu aux em-

EUROPE : Italie. — Duché de Modène. 33 1

pereurs , aux papes , aux Vénitiens , aux ducs de Milan , de Mantoue, de Ferrare, et à quelques petits princes particuliers, appartint dès le XIIF siècle à la maison d'Esté qui régnait à Ferrare. Il fut érigé en duché en i453. En 1796, il fut réuni à la république cisalpine, et fît ensuite partie du royaume d'Italie ; mais l'archiduc François d'Esté , héritier par sa mère de cet ancien duché, en prit possession en 18 14.

Modène^ ville agréable et bien bâtie, dont les rues sont ornées d'arcades, n'a de remarquable que le vaste palais ducal isolé au milieu d'une grande place. Cet édifice est d'une grande magnificence et d'une étendue hors de proportion avec la petitesse de 1 Etat du souverain qui l habite. 11 renferme une galerie de tableaux des principaux maîtres de l'école italienne ; ainsi qu'une bibliothèque où l'on compte 90,000 volumes et 3ooo manuscrits ; parmi ces derniers on cite un évangile du VHP ou du IX^ siècle, et un recueil de poésies provençales, du Xlll^ siècle, de Ferrari, de Ferrare, troubadour du marquis d'Esté. La cathédrale de Modène est un monument gothique , dans le style lombard, de la fin du siècle: elle est remarquable sous plusieurs rapports et entre autres par sa tour, l'une des plus hautes de l'Italie', et où l'on conserve encore suspendu à sa chaîne le célèbre seau de sapin conquis sur les Bolonais , et chanté par Tassoni dans un poème intitulé la Secchia rapita. La grande église de Saint-Augustin conserve les restes de deux célèbres érudits , l'honneur de Modène : Sigonio et Muratori. Le théâtre , construit sur l'emplacement d'un ancien palais, est d'une coupe incommode pour un grand nombre de spectateurs. Modène à donné naissance à Gabriel Fcdlope ^ l'un des anatomistes les plus célèbres du XVP siècle; elle contribue, malgré la tyrannie d'un gouvernement ombrageux qui prohibe jusqu'aux œuvres du Dante, à l'avancement des connaissances

Utiles par la Société italienne des scienœs , qui propose souvent au concours des questions intéressantes. On porte à 28,000 âmes la population de cette petite capitale.

La ville de Reggio ^]^à\s RJiegiuin Lepidi^ qui fut ruinée par les Goths et rétablie par Cliarleniagne, passa sous la domination de la maison d Este, après avoir été long-temps gouvernée par ses propres magistrats; elle était jadis la capitale d'un duché dont le titre fut rajeuni par Napoléon en faveur d'un de ses plus braves capitaines. Cette ville, dont les fortifications ne sont pas plus importantes que celles de Modène, et qui vit naître l'Arioste, est bien bâtie, d'un aspect agréable et gai, et renferme un grand nombre de couvens; on y fabrique des étoffes de soie. Sa population est estimée à 18 ou 20,000 âmes. Ses principaux édifices sont un palais ducal, la cathédrale, dédiée à la Vierge, et qui offre en petit le modèle de la basilique de Saint-Pierre de Rome. La ville possède aussi un théâtre, une bibliothèque publique et un musée d'histoire naturelle , formé en grande partie de celui que possédait Spallanzani. Dans ses environs on remarque l'hospice de Saint-Lazare, maison d'aliénés fort bien tenue.

Entre Modène et Reggio, la campagne est belle, fertile, et les coteaux voisins sont couverts de maisons de plaisance et de vignes qui se marient agréablement avec des arbres qui produisent des fruits délicieux. Au nord du duché, la petite ville de Mirandola ou de la Mimndole est célèbre par son dernier prince, qui fut même, avant l'âge de l'adolescence, un prodige d'érudition , et qui renonça à sa principauté pour se livrer aux sciences. Cette ville qui n'a que 8000 âmes est importante par ses fortifications , cependant assez mal entretenues, et par son industrie : on y file la soie, la laine et le lin.

Le duché de Massa , qui dans ces dernières années a passé par héritage au duché de Modène, n'a que 10 à 11

EUROPE : Italie. — Duché de Modène. 333

lieues de superficie. Ce petit coin de l'Italie est l'un des plus beaux pays que l'on puisse voir; il est difficile de trouver une vallée plus romantique que celle du Fiume-Frigido , torrent qui descend des montagnes et qu'alimente la fonte des neiges. Dans sa partie la plus élevée, cette vallée est étroite et ombragée par de beaux arbres qui concourent à y entretenir la fraîcheur; à son extrémité, elle s'élargit et devient magnifique. Alors que les chaleurs de l'été commencent à dessécher les plaines, on voit la neige et la verdure des pâturages former, par l'effet de la perspective, de lonsfues bandes sur le flanc des montao^nes.

Ce duché a fait partie de la principauté de Lucques et de Piombino, que gouverna sous l'Empire la princesse Elisa Bacciochi, sœur de Napoléon; et le titre de duc de Massa- Garrara fut donné au grand -juge Régnier. En i8i4^ la principauté fut restituée à l'archiduchesse Marie -Béa tri x , pour retourner après elle à son fils , le duc de Modène. Massa est petite, mais belle , dans une plaine agréable entourée de montagnes, et à peu de distance de la Méditerranée. 11 ne reste de son antique cathédrale que des ruines qui rappellent un abus de pouvoir d'Élisa Bacciochi , qui, tout en gouvernant de manière à se faire regretter aujourd'hui, eut quelquefois l'exigence des parvenus. Du fond de son palais , trop voisin de l'église, elle était attristée par le son des cloches, et l'odeur de l'encens la faisait tousser; il fallut raser l'édifice, malgré la consternation des habitans et les sages représentations des magistrats. La petite ville de Carrare ne doit son importance qu'à ses inépuisables carrières de marbre, exploitées depuis plus de 2000 ans; la plus grande partie des montagnes de ses environs ne sont composées que de marbre , sur une longueur de deux lieues et sur une hauteur d'environ 200 à /^oo toises. C'est surtout au Monte-Sacro qu'on l'exploite. Le plus beau et le plus blanc est uni à celui qui n'est destiné que pour la

construction des édifices. Plus de 1200 ouvriers sont employés à l'exploitation de ces carrières. On en exporte annuellement environ i6,ooo mètres cubes, qui forment le chargement de plus de 100 navires. Les droits de sortie de cette matière recherchée pour le ciseau du statuaire forjîient une partie importante des revenus du duché. La richesse presque inépuisable des carrières de Carrare, fait la prospérité de cette ville de oooo âmes: la difficulté que présente le choix du marbre, et principalement celle du transport, engagent plusieurs sculpteurs à y séjourner, et font de cette petite cité un rendez-vous d'artistes. Elle possède d'ailleurs une académie et une école populaire de sculpture, où les enfans sont admis dès l'âge le plus tendre; aussi a-t-elle produit un grand nombre de sculpteurs, parmi lesquels on cite Danese Cattaneo, Ghirlanda et les deux Tacca.

Le duché de Lucqiies^ placé entre celui de Modène et le grand-duché de Toscane, adopta le gouvernement républicain après la mort de la comtesse Mathilde en iii5; cependant ce petit Etat ne s'était point soustrait à l'obéissance des empereurs , et Louis de Bavière Térigea de nouveau en duché vers l'an i3i6. Son gouvernement changea plusieurs fois de forme; mais depuis le XV^ siècle, il resta libre jusqu'en i8o5, époque de sa réunion aux Etats de la princesse Elisa Bacciochi. En 181 5, il fut donné comme indemnité à la famille du duc de Parme, pour être un jour annexé au grand-duché de Toscane.

Les Lucquois sont l'un des peuples les plus industrieux de l'Italie; c'est ce qu'attestent l'état de leur agriculture, leur^ fabriques d'huile d'olive, et leurs manufactures de velours et de soieries. La probité est toujours la compagne du travail ; les montagnards de ce duché jouissent d'une réputation de fidéhté, qu'attestent plusieurs voyageurs.

EUROPE : Italie. — Duché de Lucques. 335

La ville de Lucques ^ l'antique , peuplée de 22,000

âmes , est arrosée par le Serchio. Ses anciens remparts ou plutôt ses boulevards, garnis de beaux arbres, forment une magnifique promenade; ses maisons à toits pointus et ses rues irrégulières et tortueuses, mais bien pavées, offrent plutôt l'aspect d'une ville du Nord que d'une cité italienne. On est surpris de trouver au milieu de cette ville, si mal bâtie, quelques édifices réellement remarquables : tel est le palais ducal , l'un des plus vastes de l'Italie; l'intérieur est orné avec un luxe et un goût exquis : tout le mobilier, toutes les tentures, ont été fabriqués dans le duché et prouvent, comme le dit M. Valéry, que le mouvement industriel imprimé par l'administration française a été continué et encouragé ; la galerie de tableaux offre des chefs-d'œuvre des premiers maîtres : tels que Raphaël, Léonard de Vinci, le Gorrège , le Guide, le Dominiquin, Michel-Ange et les trois Carraches. Sa cathédrale, dédiée à saint Martin, est vaste et ancienne : elle date du XP siècle, et sa façade de la fin du Xll". On y remarque plusieurs beaux morceaux de sculpture. L'église de Saint- Jean et son beau baptistère paraissent être du temps des Lombards; celle de Saint- Alexandre offre toute la simplicité de l'architecture lombarde : son intérieur est orné de colonnes qui paraissent avoir appartenu à un temple antique; la façade de celle de Saint-Christophe est intéressante pour l'histoire de l'art , par le passage de la première à la seconde époque gothique; mais la plus caractéristique est celle de Saint-Frédian, ancienne basilique des Lombards.

Lucques possède de riches collections relatives à l'histoire , à l'instruction : les archives du chapitre renferment plus de ^000 diplômes sur parchemin, dont le plus ancien remonte à l'an 774 ; celles de l'archevêché en possèdent plus de 10,000, dont 2 du VIP siècle et plus de 3oo du

VIIl^. La bibliothèque ducale compte 25,ooo volumes et de beaux manuscrits, dont un Évangëliaire grec d u siècle ; la bibliothèque publique est belle et occupe un local spacieux. Le lycée, réorganisé en 1819, réunit les différentes branches de l'enseignement : on y compte 26 chaires différentes; le collège Carlo-Lodo^ico est un établissement à demi laïque et ecclésiastique. L'académie des sciences , des lettres et des arts, appelée jadis des Oscuri, et dont le duc est le président perpétuel, est connue par les mémoires qu'elle publie.

L'une des constructions les plus utiles que possède Lucques , est l'aqueduc dont les plans furent approuvés par l'administration française et terminés en 1829 : il se compose de 4^9 arcades.

Lucques renferme encore quelques monumens antiques, tels qu'un théâtre romain, d'une petite dimension, et un vaste amphithéâtre assez bien conservé.

Les ducs de Lucques possèdent à quelques lieues de la capitale un château de plaisance appelé M«r//«, et situé dans une position délicieuse, au pied de l'embranchement des Apennins à peu de distance des bains de Lucques. Ceux-ci sont célèbres et très-fréquentés; leur température est de thermomètre de Réaumur : leurs eaux sont

ordonnées contre les rhumatismes et les obstructions. Sur la côte de la Méditerranée, dans un territoire marécageux, se trouve la petite ville de Viareggio^ peuplée de 2000 âmes, qui possède un port dont le mouvement commercial est très- animé.

« Il est difficile, dit M. Valéry, de traverser le duché de Lucques sans être frappé de la variété , de l'agrément des sites, de la richesse des collines couvertes de vignes, d'oliviers, de châtaigniers, et sans admirer surtout l'intelligence laborieuse desLucquois, gens madrés, subtils, bons culti Yateurs,et qu'on pourrait surnommer les Normands de 11-

EUROPE : Italie. — Duché de Lucques,

talie. Cette étonnante prospérité agricole , cette population qui , d'après la superficie du sol , est peut-être la plus nombreuse de la terre , prouve l'avantage de la petite propriété , car presque tout le monde et les montagnards même y possèdent; chaque année, pendant les mois d'hiver que la culture des terres reste suspendue, la i5o® partie de cette population émigré et va se livrer à de rudes et lucratifs travaux dans la Maremme del a Toscane ou dans les îles de Corse et de Sardaigne , d'où elle rapporte de nouveaux capitaux qui ajoutent à l'aisance des familles. Un certain perfectionnement social et philosophique semble depuis longtemps s'être répandu dans ce petit Etat : jamais il n'eut de jésuites. L'Encyclopédie y fut réimprimée en 28 volumes in-folio; les instituts philanthropiques, tels que maison de fous, dépôt de mendicité, malgré leur exiguité, y sont nombreux et bien entendus ; et Lucques la première ville de l'Italie du sud, a introduit publiquement la vaccine. » Ajoutons, suivant un dicton populaire, que si la Toscane est le jardin de l'Italie, le duché de Lucques passe pour le jardin de la Toscane.

TABLEAUX STATISTIQUES

DUCHÉ DE PARME Divisé en 5 duchés répartis en i4 districts , comprenant 6 villes y 5i bourgs 8i5 villages ou hameaux.

SUPERFICIE

POPULATION

POPULATION

en lieues géograph. ,

en i83o,

par lieue carrée,

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