‹ Précis de la géographie universelle (volume 2)Chapitre 26 sur 73 · ODO · texte numérisé non relu

ODO

200,000 260,000 i5o,ooo 100,000

i,5oo,ooo

Finances 35o,ooo

Intérieur 120,000

Liste civile 3oo,ooo

Intérêts de la dette publ. ^o, 000

Suite de la Description d« l'Europe. — Description de l'Italie. — Cinquième seclioo. — Description du grand-duché de Toscane.

L E grand-duché de Toscane est la plus importante principauté de l'Italie. Il est borne par les duchés de Lucques et de Modène, les Etats de l'Eglise et la Méditerranée. Ce pays est renommé par la fécondité de son sol et par la beauté de ses sites; ses vins sont recherchés : le rouge rappelle celui de Bordeaux, le blanc est plus fin et plus délicat que celui de Sauterne; mais les vents et les inondations détruisent quelquefois les espérances du cultivateur , et le brûlant sirocco y exerce trop souvent sa funeste influence.

La région que l'on appelle Maremme ou Maremma^ parce qu'elle est près de la mer, est digne d'attention par son humidité pestilentielle, autant que d'autres portions du duché le sont par leur richesse et leur beauté, dont Addison a fait une peinture charmante. La Maremma s'étend aux environs de Sienne, de Pise et de Livourne, sur une longueur de 43 lieues; sa superficie est de 1900 milles carrés d'Italie, et sa population est à peine de 4o habitanspar mille; cependant c'était avant la domination romaine la partie la plus peuplée de l'Italie : c'est là que florissaient les villes étrusques de Rosella^ Saturnia, Populonia^ Cossa et Ancedonia dont il reste encore des murailles, des bains, des amphithéâtres et d'autres antiques vestiges (0. Les déprédations des Romains, les envahissemens successifs des barbares l'ont dé-

(0 Voyez le Mémoire de M. Thaon, sur les moyens propres à encourager la culture dans la Maremma. (Entologia , 1826 ; Florence. )

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peuplée. Dépourvue d'habitans, elle s'est couverte de bois; les eaux qu'une population industrieuse retenait dans des canaux ont formé de nombreux marais , dont les exhalaisons produisent les maladies épidémiques qui désolent celte contrée. Avant que les Tusci ou Rhasenœ s'y fussent établis , elle était probablement dans le même état qu'aujourd'hui. Ces peuples ont vaincu les obstacles qu'offrait l'insalubrité du sol , et le pays est devenu florissant. Les Grecs, peut-être même les Egyptiens , y établirent des colonies; l'empereur Claude y avait des maisons de plaisance et des jardins délicieux; la vigne et les arbres fruitiers s'y propageaient sous l'influence d'un climat brûlant. Ses richesses agricoles ont disparu , et maintenant l'œil n'aperçoit plus que de misérables cabanes de pâtres dans ces lieux mêmes où une population nombreuse s'agitait et se livrait au travail. Les anciens ducs de Toscane firent de vains efforts pour repeupler cos terrains marécageux : Corne III avait fait venir du Péloponèse une colonie de Maniottes : en peu de temps elle fut détruite par les maladies; une colonie de Lorrains y fut appelée : elle eut bientôt le même sort. Ce n'était point seulement des bras qu'il fallait pour rendre ces terres à la culture; il fallait aussi le concours de quelques hommes instruits dans l'art d'arrêter les funestes effets des exhalaisons pestilentielles sur la santé deshabitans; il fallait enfin que le gouvernement dépensât des sommes considérables pour dessécher le sol , et employât les conseils d'habiles agriculteurs sur le choix des plantes qui peuvent y prospérer, et qui, avec de la persévérance, doivent dédommager le cultivateur de ses peines et de ses travaux. Tous ces moyens ont été habilement employés.

La Maremme n'offre plus le spectacle affligeant d'une contrée pestilentielle; les travaux de dessèchement commencés en 1828 par le gouvernement toscan ont été terminés en i832. Ces vastes plaines sont devenues une con-

quête pour lagriculture qui, en les rendant productives, achèvera de les assainir.

La Toscane ou l'antique Etrurie a été, dès l'époque la plus reculée, envahie successivement par un grand nombre de nations différentes. Les plus anciens envahisseurs de cette belle contrée sont les Ombri^ peuple d'origine celtique, qui en fut chassé par les Pelasgi ou Pélasges ; ceux-ci le furent à leur tour par des Mœones ou Méoniens qui, partis de la Lydie, y portèrent leurs arts et surtout leurs croyances religieuses , ce qui leur fit donner le nom de Tusci ou Thusci (i).

Au yP siècle, la Toscane tomba au pouvoir des Goths , qui en furent les maîtres pendant 60 ans. Alboin , roi des Lombards, la leur enleva et l'érigea en duché et fief relevant de sa couronne* Charlemagne, après la conquête de la Lombardie, soumit ce duché à des comtes qui prirent ensuite le titre de marquis : ils étaient vassaux de l'Empire. Les villes de la Toscane étaient florissantes ; elles étaient régies par des magistrats de leur choix. Rome, dans la vue d'affaiblir la puissance impériale, engagea ces cités à former Une ligue semblable à celle des villes de la Lombardie : Innocent III parvint à ce but. Leur mot de ralliement était X honneur et V agrandissement du siège apostolique ; elles restèrent long-temps fidèles à leurs engagemens (2). Pise, Sienne et Florence furent les plus importantes de ces républiques; leurs chefs portaient le titre de gonfalonier. Au XIV® siècle, elles avaient acquis, par le commerce, des richesses considérables; mais comme si les Etats usurpateurs devaient toujours finir par être asservis, la république de Florence s'empara de celle de Pise, et bientôt elle perdit elle-même sa liberté, en devenant le domaine de la

(0 De 0tÔ5 , Dieu, ou âMala., sacrifice. Muratori disserfatio 48, t. IV, p. 320.

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maison de Médicis^ que d'heureuses spéculations avaient rendue l'une des plus riches de la ville. Alexandre de Médicis, avec l'appui de Charles-Quint, fut fait duc de Florence en i53i ; son fils obtint du pape et de l'empereur le titre de grand-duc. Après l'extinction de cette famille en 1737, le grand-duché passa au duc de Lorraine, qui céda cette province à la France. Ce duc, parvenu au trône impérial , eut son fils pour successeur ; mais la maison de Lorraine fut dépossédée de ce duché par Napoléon , qui en vertu du traité de Lunéville l'érigea en royaume (TEtrurie^ en faveur du prince de Parme, auquel il passa. Par un sénatus-consulte du 24 mai 1808, les États de Toscane furent réunis à l'empire français, et divisés en trois départemens : ceux de l'Arno , de la Méditerranée et de l'Ombrone. Un décret du 2 mars 1809 érigea en grand-duché ces trois nouveaux départemens ; quelques jours plus tard, le 6 mars, un autre décret conféra le titre de grande- duchesse de Toscane à la princesse Elisa, sœur de Napoléon. Enfin en i8i4j l'ancien archiduc y rentra, et l'année suivante l île d'Elbe fut réunie au grand-duché.

Les deux principaux cours d'eau de la Toscane sont XOmhrone et XArno^ qui se jettent dans la mer. L'Arno, alinjenté par plusieurs petites rivières, peut être considéré comme un fleuve; il faisait autrefois un long circuit, mais son cours a été raccourci , retenu par des digues, et les terrains qu'il inondait ont été livrés à la culture. Le val d'Arno , dans les Apennins, où le fleuve prend sa source, était, au temps des républiques de Florence et de Pise , embelli par les maisons de campagne des riches négocians; aujourd'hui cette jolie vallée est peuplée par un grand nombre de manufacturiers : c'est là que l'on fabrique les toiles qui forment une partie du commerce de la Toscane, et surtout ces chapeaux de paille, si recherchés et si fins, qu'on a peine à croire qu'ils soient faits avec de la paille ordinaire.

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L'Arno traverse Pise à un peu plus d'une lieue de son embouchure; cette ville est l'une des plus anciennes de l'Italie ; elle est grande et bien bâtie ; ses rues sont larges et garnies de trottoirs , mais presque toujours désertes , excepté pendant les quelques mois que le grand-duc vient y résider. Au XIIP siècle, époque de sa splendeur, lorsque rivale de Gênes elle formait une république puissante, sa population était de 120,000 âmes : aujourd'hui, bien qu'aussi étendue, elle n'en a pas la sixième partie. Son dôme ou sa cathédrale en marbre est dans le style gothique. C'est un monument du XP siècle. On admire les trois portes en bronze de son portail, et les 74 colonnes qui soutiennent la nef, dont 62 sont en granité oriental. L'intérieur est un peu sombre ; on y voit encore suspendue au milieu d'un grand nombre de tableaux et de sculptures remarquables, la lampe de métal qui, mise en mouvement par le choc d'une échelle que transportaient quelques ouvriers, donna à Galilée l'idée du pendule, dont l'invention est un de ses titres de gloire. Le Baptistère est une église destinée aux baptêmes; sa construction remonte à l'an 11 52. La chaire est un chef-d'œuvre de sculpture. Sa voûte gothique est si sonore qu'il s'y produit plusieurs effets d'acoustique qu'on ne manque point de faire remarquer aux étrangers : pour peu que l'on frappe le pavé , il retentit presque aussi long-temps que le tintement d'une cloche ; si l'on parle haut, un écho répète plusieurs syllabes de suite; en parlant bas dans l'un des coins de l'église, on se fait entendre distinctement à l'extrémité opposée.

Le plus singulier édifice de Pise est le Campanile Torto ou la Tour penchée : sa base , ornée de colonnes , supporte six rangs d'arcades surmontés d'une tour d'un diamètre moins considérable que la base; sa hauteur est de 190 pieds, son inclinaison, depuis le pavé de la place sur laquelle elle s'élève, est de i5 pieds jusqu'au sommet. A la vue de ce

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monument, il est difficile de décider si l'intention des architectes, comme on le croit communément dans le pays, a été de le construire avec cette étonnante inclinaison , ou si, comme le pensent quelques personnes de l'art, cet effet n'est que le résultat de l'affaissement du sol. Cependant l'opinion la plus probable est que le sol s'est affaissé lorsqu'elle était à moitié de sa hauteur et qu'ensuite elle fut continuée sur le même plan et dans la même inclinaison. Non loin de cet édifice , les cicérone vous montrent avec vénération le Campo-Santo ^ vaste cour rectangulaire environnée d'un portique et de 24 galeries dont les murs sont ornés de4i fresques des XIV^ et XV^ siècles, et trèscurieuses pour l'histoire de l'art : des maîtres fameux y ont travaillé. Plus de 600 tombeaux , la plupart en marbre de Paros , ornent cette religieuse enceinte , ce cimetière unique dans l'univers, et qui date de l'an 1278. Il renferme, dit-on, sur une superficie de 10,000 pieds carrés, une épaisseur de 9 pieds de terre apportée de Jérusalem à l'époque de la troisième croisade : on a calculé que ce transport a dû employer 5o navires de 3oo tonneaux chacun. On prétend que cette terre a la propriété de consumer les corps très promptement. Autrefois cet effet se produisait en 24 heures; aujourd'hui on avoue qu'il en faut plus du double, et peut-être qu'en y regardant de près, on reconnaîtrait qu'il y a erreur dans cette évaluation : de pareils miracles ont besoin d'être confirmés par des expériences positives.

En remontant l'A-rno, la route de Pise à Florence rappelle, par le grand nombre de tours et de châteaux que l'on aperçoit, l'époque où le pays était en proie aux discordes civiles. Mais bientôt la capitale que les Italiens nomment Firenze se présente avec ses 4 ponts et ses 4 quartiers de 2 lieues de tour et de i5oo toises de longueur. Que d'objets d'arts dans cette ville , qui fut pour ainsi

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dire leur berceau à I époque de leur renaissance! L'architecture de la cathédrale, sous l'invocation de Santa-Mariadel-Fiore, faisait dire à Michel-Ange qu'il ne croyait pas qu'il fût possible d'en construire une plus belle; le Campanile^ tour isolée qui s'élève auprès et qui lui sert de clocher, est si riche d'orneniens, qu'elle rappelle le mot de Charles -Quint qu'o/z devrait la mettre dans un étui; les trois portes en bronze de l'église du Baptistère, monument lombard élevé par la reine Théodelinde, sont travaillées avec tant de goût que Michel- Ange prétendait qu'elles étaient dignes de f ermer Ventrée du paradis. Dans la cathédrale on voit un Gnomon, qui passe pour le plus grand qu'il y ait au monde.

L'église de Santa-Croce^ dont la brique attend depuis long-temps le marbre destiné à la revêtir, renferme les dépouilles de plusieurs hommes illustres. Combien de pensées différentes s'emparent de l'âme à la vue des tombeaux de Galilée^ de Michel- Ange^ ^Alfieri^ sculpté parCanova, de Machiavel^ représenté balançant le poids d'une épée avec celui d'un rouleau de papier, et de l'illustre Bruni VArétin^ que Ton confond quelquefois avec son cynique homonyme î

L'ancienne église de Saint-Laurent, qui fut reconstruite en 14^5, offre dans ses i\ chapelles de beaux tableaux d'habiles peintres florentins; au milieu de la nef un large pavé en mosaïque ferme le tombeau de Côme-l'Ancien, qui fut surnommé le père de la patrie. La nouvelle sacristie de cette église est l'un des premiers ouvrages de Michel -Ange, et les tombeaux de Julien de Médicls et de Laurent , duc d'Urbin , sont deux de ses chefs-d'œuvre. Derrière le chœur la chapelle royale ou le tombeau des Médicis, commencée il y a trois siècles, et qui ne sera probablement jamais achevée , est l'un des monumens les plus remarquables de l'Italie : le jaspe, le lapis, le granité, le porphyre, l'albâtre et les

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marbres les plus rares y sont rassemblés avec tant de profusion , que c'est moins un monument sépulcral qu'une magnifique mosaïque.

Parmi les édifices religieux de Florence nons citerons la belle église et le couvent de San-Giovannino ; le couvent et l'église de Saint-Marc; l'église de l'Annonciade, surmontée d'une belle coupole ornée de peintures ; celle de Saint- Ambroise, l'une des plus anciennes de Florence; et celle de Sainte-Marie-Nouveile, si intéressante par ses peintures et ses sculptures. Elle est desservie par des dominicains , dont les préparations pharmaceutiques ont de la réputation en Italie.

Parmi les palais appartenant à de riches particuliers , il en est plusieurs qui mériteraient d'être décrits, si ces détails ne devaient pas nous entraîner trop loin : tels sont le grand et massif palais Rîccardi^ dont la galerie sert aux séances annuelles de l'académie de la Crusca; l'élégant palais Pandol/ini^ le magnifique palais Borghèse, le simple et majestueux palais Peruzzi , plus connu aujourd'hui sous le nom de Cellesl ; le vaste palais Corsini^ et le palais Strozzi^ regardé comme un chef-d'œuvre d'architecture florentine.

Le palais ducal appelé Palazzo Pitti^ du nom du gentilhomme florentin qui k fit construire en 1 460, porte un caractère de solidité qui lui promet encore des siècles de durée. 11 se compose de trois étages élevés ; on y compte 900 appartemens ; l'intérieur est chargé de dorures et décoré de marbres les plus précieux ; il renferme une belle collection de tableaux, ainsi qu'un grand nombre de tables en mosaïques de Florence, qui diffèrent des autres mosaïques d'Italie par les larges plaques ou les morceaux en relief dont elles sont formées : quelques unes ont coûté à plusieurs artistes réunis 26 ans de travail. C'est dans l'une des salles de ce palais que l'on voit la voluptueuse Vénus de

Canova , qui passe pour avoir été moulée sur le corps même de la plus belle des sœurs de Napoléon. La galerie de tableaux est sans contredit l'une des premières de l'Europe. La bibîiothè(^ue de ce palais se compose de 70,000 volumes, de livres précieux et d'éditions rares, ainsi que de manuscrits italiens d'un grand intérêt, parmi lesquels on en distingue du Tasse, de Machiavel et de Galilée. On y remarque aussi une collection de cartes géographiques, la plus belle peut-être qui ait été formée. Derrière le palais Pitti^ les jardins appelés BohoU sont admirés des Florentins, qui n'ont point encore perdu le goût des arbres et des charmilles que les ciseaux ont transformés en murailles de verdure. Les giroflées de ce jardin passent pour les plus belles de TEurope. Au nord de cet édifice se trouve la fameuse galerie de Florence, à laquelle on communique par un corridor de 600 pas de longueur; c'est là que l'on peut juger de la magnificence des Médicis! c'est là qu'on peut contempler la célèbre Vénus qui porte leur nom, l'admirable groupe de Niobé, et d'autres statues antiques qui furent pendant long-temps les principales richesses du Louvre; c'est là que sont réunis quelques uns des chefs-d'œuvre des plus grands peintres de l'Italie, et de bons tableaux des écoles française et flamande; environ i5,ooo médailles antiques et 4ooo camées tant anciens que modernes; enfin une magnifique suite d'antiquités étrusques, grecques et romaines.

La bibliothèque Laurentienne est un établissement unique dans son genre : elle renferme environ 9000 manuscrits qui suivant un usage du XVP siècle, époque à laquelle elle fut complètement organisée, sont posés sur des pupitres auxquels ils tiennent par une chaîne de fer. On y remarque un Virgile du IV^ ou du V® siècle : c'est le plus ancien que l'on connaisse. Une précieuse collection des premières éditions des classiques grecs et latins complète

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les richesses de cette bibliothèque, qui ne possède pas d'autres livres. On y conserve dans un bocal, au miheu de la salle, un doigt de Galilée. La bibliothèque Riccardi^ devenue propriété de la ville , est publique depuis i8i i : elle se compose de 23,ooo volumes et de 35oo manuscrits. La bibliothèque Marucelli ^ voisine de la Laurentienne, est regardée comme une dépendance de celle-ci ; elle a 45,000 volumes. Enfin la Maglia Becchiana^ fondée par Maglia Becchi, que l'on vit après avoir été 4o ans orfèvre, devenir bibliothécaire du grand-duc Côme 111, est la plus grande bibliothèque de Florence : elle renferme i5o,ooo volumes et 12,000 manuscrits.

A ces anciens dépôts littéraires, Florence joint plusieurs autres collections d'études, telles qu'un nmsée de physique et d'histoire naturelle enrichi de la belle suite d'objets anatomiques exécutés en cire sous la direction du célèbre Fontanajun jardin d'horticulture, qui appartient à X académie des Géorgophiles ; un observatoire , que possède la société des Scuole-Pie ^ et l'établissement de la taille des pierres dures, annexé à l'académie impériale et royale des beaux-arts. Outre la société que nous venons de nommer , il existe Tacadémie de la Crusca, l'athénée italien et la société Golombaria,

Les trois théâtres de Florence n'offrent rien de remarquable, du moins sous le rapport de la construction: cependant nous dirons que celui de la Pergola, est un des plus vastes de l'Italie.

Il faudrait entrer dans de plus longs détails pour donner une idée convenable des établissemens de bienfaisance que possède Florence; nous nous bornerons à citer les trois plus importans : l'hôpital de Santa Maria nuoça^ celui de Bonifazio^ et celui de San Gio^^annî di Dio. Mais il existe, depuis le XIIP siècle, une confrérie de la Miséricorde, dans laquelle se font recevoir les philanthropes zélés et même les plus grands seigneurs. On voit par cet exposé

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rapide , que pour une ville qui n'a pas 80,000 âmes , Florence l'emporte sur des cités plus populeuses par ses richesses en objets d'arts et par ses établissemens utiles.

Dans ses environs on remarque un grand nombre de maisons de campagne, parmi lesquelles on doit citer le Poggio-imperiale et le Pratolino , où s'élève le fameux colosse dû au ciseau de Jean Bologne, et qui représente l'Apennin.

A Florence les places publiques sont belles , et l'on y compte plus de i5o statues; celle de Sainte-Marie- Nouvelle est ornée de deux obélisques autour desquels on fait tous les ans des courses de chars à la manière des anciens; mais la plus remarquable de ces places est celle du Grand- Duc^ sur laquelle s'élèvent le Palazzo vecchio^ monument aussi curieux que gigantesque, jadis habité par les Médicis, et la Loggia dei Lanzi ^ superbe portique où l'on voit de très-belles statues, entre autres le fameux groupe de l'enlèvement des Sabines, par Jean Bologna, le Persée en bronze de Benvenulo Cellini, la Judith de Donatello , et le lion de Flaminius Yocca, digne du ciseau grec. Devant le palais on admire trois statues colossales en marbre, ce sont: le groupe représentant Hercule assommant Cacus, par Bacchio Bandinelli, et un David, par Michel- Ange. On remarque aussi sur cette place une statue équestre en bronze de Côme de Médicis, et une fontaine de l'Ammanato, surmontée d'une statue gigantesque de Neptune; mais cette fontaine manque d'eau. On peut encore citer à Florence le pont Santa- Trinita ^ l'un des plus élégans et des plus légers qu'il y ait en Europe ; le fameux groupe d'Hercule et du Centaure de Jean Bologna, qui orne une fontaine reléguée dans un carrefour à la descente du pont vieux; le cours ^ qui a près de deux milles de longueur, destiné aux courses de chevaux; enfin les quais beaucoup plus beaux que ceux de Paris.

EUROPE : Italie. — G'^ - duché de Toscane, 35 1 Si de Florence on se dirige vers le nord en remontant les Apennins, on voit, sur les bords du Bisenzio , Prato, petite ville industrieuse dont le marché est l'un des plus fréquentés de la Toscane. Célèbre par sa procession du Vendredi-Saint, elle est remarquable par sa cathédrale gothique, son élégante éghse de la Madone délie Càrceri, le palais du tribunal , ancienne forteresse, et son collège confié aux soins des jésuites. Plstoja, peuplée de io,5oo âmes, se présente ensuite au pied de l'Apennin; il est peu de villes en Italie dont les rues soient aussi larges et aussi droites. Elle formait autrefois une république , aujourd'hui elle est connue par ses canons de fusil , son commerce de soie et de chapeaux de paille. Son antique cathédrale est riche en objets d'arts de la plus grande beauté, tels que tableaux, bas-reliefs, tombeaux, etc.; à la chapelle Saint- Jacques , on remarque un autel en argent du XIV^ siècle. L'évêché est un palais somptueux; la magnifique église de Sainte-Marie-de-l'Humilité offre une des plus belles coupoles de l'Italie. A une lieue à l'est du canal qui unit XAmo et la Chiana, Arezzo , ville antique dont le nom latin Aretium dérive, selon quelques auteurs, de celui à'Aretia, surnom de Vesta, et selon d'autres, du nom oriental Aretz, qui peint parfaitement sa situation et qui signifie lieu agréable sur les eaux, était célèbre chez les Étrusques par ses poteries, son vin et sa fontaine qui rendait des oracles. Son plus bel édifice est la Loggia, qui comprend la douane , le théâtre et un portique de 4oo pieds de longueur. On cite encore sa majestueuse cathédrale^ monument du XIIP siècle, qui possède de belles archives, et la maison où naquit Pétrarque. Que d'hommes célèbres sont nés dans cette ville! C'est la patrie de Mécène, du martyr saint Laurent, de Pétrarque, de Guf ou Guido qui inventa ou retrouva les notes de musique, du pape Jules // et de Concini, maréchal d'Ancre. A 8 lieues au nord,

dSl LIVRE CEKT DIXIEME.

dans les Apennins, on voit le fameux couvent de l'ordre des Camaldules, fondé au commencement du XP siècle.

Au sud- est d'Arezzo , Cortona est bâtie sur le penchant d'une montagne qui domine une belle plaine, bordée par les agréables rivages du lac de Pérouse ou de Trasimène. Elle est, dit-on, bâtie sur les ruines de Corythum dont parle Virgile (i) et qui n'existait plus de son temps. On y voit encore des murailles composées d'énormes pierres qui ne sont liées par aucun ciment, et qui furent élevées par les plus anciens peuples de l'Etrurie. L'enceinte paraît être la même que celle de la ville antique, on croit aussi que les portes modernes sont à la même place que les portes anciennes. Sa cathédrale date du X® ou XI® siècle. Quoique très-petite, Cortone possède depuis l'année 1726 une académie étrusque qui s'est rendue utile par ses travaux et par ses riches collections.

« Déchue de l'ancien rang qu'elle occupait comme ville «républicaine comptant i5o,ooo habitans, à celui d'une « petite ville de province qui n'en a pas plus de 1 5.à 20,000 , « Sienne , décorée de la triste dignité de capitale du pays de « Maremma^ ne présente pourtant aucun des symptômes « de la décadence , mais au contraire ceux d une active « industrie. On y voit à peine un mendiant, les rues sont « bien pavées et fort propres , les boutiques en grand nom- « bre et bien fournies, les habitans proprement vêtus; les « femmes surtout y sont d'une beauté remarquable et d'une « tournure très-gracieuse, même à califourchon sur un «cheval ou un âne, manière ridicule de monter, com- « mune aux dames et aux campagnardes par toute l'Italie. « On voit la jarretière de ces amazones sur une jambe bien « faite, chaussée d'un bas très-blanc et d'un fin soulier. « La cathédrale, édifice qui n'appartient à aucun genre.

(0 Énéidc, liv. III, v. 170.

EUROPE : Italie. — C - duché de Toscane. 353 « date du XIIP siècle , époque à laquelle le style gothique, « dominant au-delà des Alpes, ne pénétrait qu'avec diffi- « culte en Italie. Ce morceau d'architecture offre en con- « séquence les piliers grêles du gothique, surmontés de « chapiteaux corinthiens avec des voûtes à plein cintre- « mais ce qu'il y a de plus bizarre dans cet édifice, c'est « l'aspect de ses rayures extérieures provenant de marbres « de deux couleurs en assises alternatives brunes et blan- « ches comme la peau du zèbre. En revanche, le pavé de « l'église, fait en i46o , est fort beau et du meilleur goût (i). « La pièce appelée la Bibliothèque, où se conservent d'anciens livres de chœur, est avec le pavé ce que la cathédrale offre de plus beau. Elle est ornée de lo belles fresques exécutées par Pinturrichio , sur les dessins de Raphaël. Il n'y a à Sienne qu'une seule place, la piazza del Campo; ii rues y aboutissent,- elle est creusée en forme de bassin, ornée d'une belle fontaine et bordée de palais dans le goût gothique ; c'était jadis le lieu des assemblées populaires ; c'est aujourd'hui le cirque où se font les courses de chevaux, qui tous les ans au mois d'août attirent une foule d'étrangers. Les aqueducs souterrains qui fournissent de l'eau à la ville sont remarquables par leur étendue et leur construction : ils ont 5 milles de longueur et ont fait dire à Charles-Quint que Sienne était plus admirable dessous que dessus. La ville a pour patronne une sainte Catherine, aussi célèbre dans le pays que sainte Geneviève à Paris. Née au XI\- siècle et fille d'un simple teinturier , elle a joué un rôle important dans les affaires ecclésiastiques de l'Italie; elle fut choisie pour engager Grégoire XI à quit> ter Avignon , et à rétablir le trône pontifical à Rome. On dit qu'une confrérie, établie en 1464 dans la maison qu'occupait cette sainte, continue à doter tous les ans des filles de

(') Vojngeen flalic, par M. Simond, tom. II, n ',35

pauvres artisans, et à faire, le jour de l'octave de sainte Catherine, une procession dans laquelle figurent les jeunes filles qui doivent pendant cette cérémonie faire le choix d'un mari. Les prétendans se tiennent sur leur passage, et chacun offre à celle qui lui plaît un mouchoir que celle-ci rend après l'avoir baisé si elle refuse, ou auquel elle fait un nœud si elle accepte la main de celui qui le lui présente. Sienne, cité étrusque, reçut d'Auguste, avec une colonie romaine, le nom de colonia Senensis. C'est la ville de la Toscane où l'on parle l'italien le plus pur, où la prononciation est la plus facile et la plus agréable. Elle possède la seule académie des sciences qu'il y ait en Toscane , une académie des beaux-arts , une école des nobles qui jouit d'une certaine réputation en Italie, et une université qui remonte à l'année i2o3. Sa bibliothèque, riche de 5o,ooo volumes et de 5 à 6000 manuscrits, occupe l'ancienne grande salle de la célèbre académie des Imbéciles (^Intronati). Son hôpital de Sainte-Marie délia Scala est un des plus anciens que l'on connaisse : il remonte à l'an 832. Seshabitans sont gais, instruits et spirituels; elle a produit plusieurs personnages célèbres, parmi lesquels on compte 7 papes , et Socin^ le chef delà secte des Unitaires, qui rejettent le mystère de la Trinité en considérant Jésus- Christ comme participant de la Divinité, mais inférieur à Dieu. Sienne, dont la population est de 18 à 20,000 âmes, en possédait plus de 100,000 lorsqu'elle était la capitale d'une république rivale de celle de Florence.

En allant de Sienne à Livourne on traverse d'abord la petite et industrieuse ville de Colle^ siège d'un évêché, dont la cathédrale est un beau monument du XIIF siècle ; puis l'antique cité étrusque de Volterra^ qui n'a pas changé de nom, mais dont la population, jadis de 100,000 âmes, est aujourd'hui réduite à 4ooo- C'était une des 12 principales cités de l'Etrurie. Les énormes murailles cyclo-

EUROPE : Italie. — C/ - duché de Toscane. 355 péennes, c'est-à-dire sans chaux ni ciment, qui l'entourent encore; ses portes antiques, dont une appelée X Arco rappelle le temple d'Hercule qui en était voisin,- le grandiose de sa cathédrale du XVP siècle; le palais del PubhUco qui date du XIIP, et dans lequel on a établi la bibliothèque et le musée d'antiquités, riche en monumens précieux qui attestent l'éclat de la civiHsation étrusque; enfin les thermes qui paraissent avoir précédé ceux des Romains, donnent un grand intérêt à Volterra.

De cette ville presque déserte, on arrive à la populeuse Lwourne, qui n'était qu'une bourgade en 1120, et dont la population aujourd'hui est de 76,000 âmes, en y comprenant celle de ses 3 faubourgs, qui est de plus de 3o,ooo. Ses rues sont droites et bien bâties; ses principaux édifices sont des magasins, l'arsenal, 3 lazarets, dont l'un est surtout important par son étendue et sa bonne tenue , et la synagogue qui est grande et magnifique. Le seul monument d'art qui soit digne d'attention est la statue en marbre du duc Ferdinand P^' représenté en vainqueur avec 4 esclaves en bronze à ses pieds. Le port , long de 3oo toises et profond de 36 brasses, serait encombré par les atterrissemens ou les galets qu'y apporte la mer , sans les soins que l'on prend de les enlever au moyen de pontons destinés à cet usage. Le commerce de Livourne est considérable, un grand nombre de négocians juifs et grecs y sont établis; ses savons sont estimés; on y travaille avec art l'albâtre et le corail. Une maladie particulière à son sol est l'ophthaîmie : on l'attribue à tort à la poussière sablonneuse enlevée par les vents et à l'humidité du quartier appelé noui^elle Venise, à cause de ses nombreux canaux; elle paraît être due, au contraire, à la fraîcheur des nuits pendant la saison de l'été, Piombino, autre port au sud de Livourne, est situé à peu de distance de l'ancienne ville étrusque de Populonia, qni fut détruite au IX^ siècle par le patrice Nicée , et dont

on voit encore plusieurs de ses murailles sans ciment. A quelque distance de ces murailles, on aperçoit des ruines conside'rables que l'on croit être celles d'un vaste temple , ou les ruines de l'antique VeUdonia. Piombino est bâtie sur un rocher, elle donne son nom à un golfe voisin. L'air y est malsain , et sa population , que la paix et le commerce n'ont point augmentée, est d'environ 1800 habitans.

A 16 lieues au sud- est de Piombino , Orhetello ou Orbitello ^ sur le bord d un lac de 2 lieues de longueur, et non loin de la mer, est une petite ville qui dans ces dernières années a acquis une sorte de célébrité chez les archéologues par les tombeaux étrusques qu'on y a découverts, et dans lesquels on a trouvé de précieuses antiquités.

De Piombino on découvre distinctement l'île à' Elbe ^ qui n'est qu'à 3 lieues du continent. Au XIIP siècle, elle était soumise aux Pisans ; les Génois la leur enlevèrent. Elle fut tour à tour un objet d'envie pour les ducs de Milan et la couronne des Deux-Sicîles , qui la céda à la France en 1801. Sa population est de i4,ooo âmes. Elle est devenue à jamais célèbre dans l'histoire par le séjour qu'y fit Napoléon, à qui elle fut donnée en souveraineté par le traité de i8i4j et qui, en la quittant le 25 février i8i5 pour revenir en France, attira sur ce royaume une seconde invasion des armées étrangères, plus désastreuse encore que la première. La capitale de l'île est Porto-Ferrajo^ ville fortifiée avec un port sur la côte septentrionale et peuplée de 3ooo habitans. Sur la côte orientale Porto- Longone^ petite ville de i5oo âmes, est défendue par une forteresse bâtie sur un rocher : son port est appelé La Marina^ du nom d'un faubourg.

La Toscane doit aux lumières du duc Léopold la prospérité dont elle jouit encore. En 1772, il avait déjà fait cesser bien des abus : les couvens y étaient beaucoup moins nombreux que dans le l'este de l'Italie : on n'y avait con-

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serve que les ordres les moins inutiles; l'inquisition n'y existait que de nom; la peine de mort y était presque abolie : elle ne fut infligée qu'une fois sous son règne; les impôts furent régularises; l'industrie et le commerce furent déo^agés de toutes leurs entraves : enfin l'éducation fut encouragée chez la classe que l'on retient en Italie dans la plus abjecte ignorance. Ces réformes, qui font honneur au plus grand prince qu'ait eu la Toscane , avaient préparé les esprits à adopter sans répugnance les lois françaises; mais à la restauration, une partie de la vieille législation a été amalgamée à notre Code; d'anciennes communautés religieuses sont rentrées dans leurs biens; de nouveaux abus se sont introduits , et le peuple toscan , dont la douceur a passé en proverbe, ce peuple, peut-être plus facile à contenter qu'un autre, n'est point sans quelque sujet de plaintes. Cependant la Toscane est gouvernée avec sagesse , et surtout avec économie , puisqu'elle n'a plus de dette publique.

TABLEAUX STATISTIQUES

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