‹ Précis de la géographie universelle (volume 2)Chapitre 29 sur 73 · GET · texte numérisé non relu

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DEPE^SES.

francs.

Ministère de la guerre. 4» 700,000

/Je/w de la justice 2,700,000

Construct. publiques... 2,3oo,ooo

Cultes 700,000

Secours aux hôpitaux et

aux indigens i,5oo,ooo

Liste civile 1,000,000

Dépenses diverses 3, 100,000?

Réservé 1,000,000?

Total.

(i) Depuis 1829, la dette publique e.st éteinte.

Suite de la Description de l'Europe. — Description de l'Italie. — Sixième section. — Description des États de l'Église.

L'influence d'un gouvernement théocratique est si grande sur l'esprit d'un peuple, que malgré les traits de ressemblance que l'on remarque chez les dif férentes nations de l'Italie, nous croyons devoir présenter dans un cadre particulier un Etat qui, sous le point de vue politique, diffère de tous les autres Etats de l'Europe. En effet, une monarchie élective, une puissance qui a pour domaine la terre, où elle n'occupe qu'un point , et pour empire le ciel , d'où elle regarde les rois comme ses inférieurs, n'offre-t-elle point un tableau digne de quelque intérêt? Et si l'on considère que le trône de Rome passe pour le plus ancien trône de l'Europe; que la tiare papale est ornée d'une triple couronne; que celui qui occupe ce trône, qui ceint cet antique diadème, se fait appeler le successeur de saint Pierre; que par son grand âge autant que par son rang de prince de l'Eglise, il a droit aux hommages et à la vénération de ses sujets, et qu'il aspire à ceux du monde entier; on ne sait comment caractériser cette puissance. Est-ce comme successeur d'un apôtre qu'il revêt la pourpre, qu'il porte les insignes de la royauté, qu'il a des soldats, et que la justice rendue en son nom punit le crime par le sang du coupable? Les deux pouvoirs dont il est revêtu ne paraissent-ils point en contradiction l'un avec l'autre? ainsi la pompe royale devrait-elle être accompagnée de l'humble titre de serviteur des serviteurs de Dieu? et pour être au-dessus des rois comme vicaire de Jésus-Christ, est-il nécessaire d'être un

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des plus faibles princes de la terre ? Telles sont les réflexions qu'on est tenté de faire en considérant le pape comme réunissant à la fois la dignité de chef de l'Eglise et la puissance souveraine. Mais en remontant vers les premiers temps du christianisme, ce qui nous paraît contradictoire dans un siècle où tous les pouvoirs sont en quelque sorte définis, nous semble avoir été la conséquence de certains faits, le résultat de la force des choses.

La suprématie du siège apostolique de Rome sur les autres Eglises remonte à une époque très-reculée : saint Irénée, évêque de Lyon au IF siècle, et saint Cyprien, évêque de Carthage au siècle suivant, l'admirent comme un point incontestable, sans cependant en déduire toutes les conséquences qui en furent la suite. Jusqu'à l invasion de l'Italie par Pépin, les papes n'eurent aucune puissance politique, aucune possession temporelle : la prétendue donation faite par Constantin à Silvestre P^* est reconnue fabuleuse par les plus habiles critiques et par les uîtramontains euxmêmes (i). Pépin, maire du palais de Childéric III, voulant appuyer son usurpation du trône de France sur le consentement de la nation et sur celui du chef de l'Église, consulta solennellement le pape Zacharie, qui répondit, comme les anciens oracles, que la couronne appartenait à celui qui exerçait la puissance royale. C'était détruire jusqu'aux scrupules du ministre; celui-ci relégua son maître dans un couvent, et se fit proclamer roi par les Français; et lorsqu'il eut chassé les Lombards de l'exarchat de R avenue, il en fit don par reconnaissance au pape Etienne IL Cette donation fut confirmée et même augmentée du Pérugin et du duché de Spolette, par Charleniagne. Les évêques de R^ome devenus princes temporels en eurent bientôt l'ambi-

(0 Voyez Hisloii c de l'Eglise et de l'Empire , par 7. Lesueur, t. U. — Histoire de la délivrance de l'Eglise , par le Movin. — Dictionnaire de Morevi , au mot Silvestre.

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tion. Cependant ce ne fut que lorsque leur puissance spirituelle fut parvenue à son comble qu'ils accrurent leurs Etats: au XP siècle, l'empereur Henri ÏII leur donna le duché de Bënévent; au XIF, Mathilde, comtesse de Tos> cane , fit don au saint-siége de ses biens composés du territoire de Bolsène , de Bagnarea , de Monte-Fiascone , de Viterbe, de Civita-Castellana , de Corneto,de Civita-Vecchia et de Bracciano , possessions connues sous le nom de patrimoine de saint Pierre. Rome n'était encore que la résidence des pontifes, elle appartenait à l'Empire; des factions républicaines la déchirèrent : quelques hommes au-dessus de leur siècle essayèrent vainement d'y établir un gouvernement libre \ enfin ce ne fut que vers la fin du XIV^ siècle qu'elle put être considérée avec la Sabine, province contiguë à son territoire, comme faisant partie des domaines du saint-siége. En i532 , Louis de Gonzague, général de Clément VII , réunit la marche d'Ancône aux Etats de l'Eglise; en 1626, le duché d'Urbin, qui avait appartenu à la famille de Jules II, devint la possession des papes; les dernières conquêtes qu'ils firent furent celles de l'Orviétan , du duché de Castro et du comté de Romiglione. Ces deux dernières principautés appartenaient au pape Paul III; il les donna à son fils Farnèse, qui devint duc de Parme et de Plaisance ; mais l'un de ses descendans les ayant engagées au mont-de-piété de Rome contre une somme d'argent qu'il ne put rembourser. Innocent XI s'en empara.

La part que le pape , comme prince temporel de l'Eglise , prit aux coahtions de l'Europe contre la république franx^aise lui fut plus d'une fois funeste; il est même probable que si Napoléon eût conservé le pouvoir, les papes se seraient retrouvés dans la position où ils étaient sous l'empire d'Orient. L'invasion des Français en Lombardie et dans les

JÙats de l'Église força Pie VI à entrer en accommodement le 19 juin 1796, 11 fut stipulé qu'il céderait à la France des

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tableaux, des vases, des statues et 5oo manuscrits au choix des commissaires de la république, et qu'il paierait une contribution de 21 millions de francs ; qu'il livrerait passage aux troupes françaises ; qu'il ouvrirait ses ports à nos vaisseaux, et qu'il les fermerait aux bâtimens des puissances en guerre avec nous. Ce traité fut bientôt rompu par le pape lui-même. Le 3i janvier de l'année suivante, les Français paraissant affaiblis , Pie VI reprit possession de Ferrare ; une lettre interceptée par Bonaparte prouva que Sa Sainteté traitait avec l'empereur d'Allemagne ; mais à l'approche du vainqueur, de nouvelles conditions furent proposées par le, saint-siége. Le généralissime français fixa à 36,ooo,ooo dé francs la contribution exigée, et le traité fut de nouveau conclu. Cependant, à la fin de la même année, l'assassinai du général français Duphot à Rome fournit au Directoire l'occasion de renverser Je gouvernement papal. Le général Berthier reçut Tordre de marcher sur Rome , et le territoire du saint-siége fut érigé en répubhque ; mais cette république éphémère tomba d'elle-même, lorsque les Français évacuèrent l'Italie. En 1808 , de nouvelles combinaisons politiques firent réunir les Etats romains du nord à la couronne d'Italie. Un sénatus-consulte du 1 7 février 1 8 1 o comprit ceux du sud dans les limites de l'empire français , et déclara que le pape aurait pour résidence Rome et Paris. Enfin les événemens de 181 4 renversèrent cette organisation, et le pape Pie VII recouvra toutes les anciennes possessions de l'Eglise.

Les Etats romains, bordés à l'est par la mer Adriatique, au nord par le royaume lombard-vénitien, à louesl par les duchés de Modène et de Toscane, au sud-ouest par la Méditerranée et au sud par le royaume de Naples, s'étendent de 95 lieues dans un sens et de 25 dans l'autre; leur superficie est d'environ 2260 lieues carrées. Les anciennes dénominations de comtés, de duchés et autres,, que nous avons rappelées plus haut, par lesquelles on dis-

tinguait les différentes provinces , ont été abolies : le pays est divisé maintenant en i4 parties qui portent les titres de délégations et de légations, à l'exception du territoire de Rome qui a celui de comarca.

L'exemple de l'administration française a provoqué d'heureuses réformes dans les lois, la justice et les finances; mais il y a encore tant à faire sous ce rapport, qu'il est à craindre que les papes ne parviennent jamais à établir dans leurs Etats la pureté de mœurs, l'industrie et l'aisance dont les peuples soumis au saint -siège seraient peut-être susceptibles sous un autre régime. Pour juger les mœurs et le gouvernement des Etats romains, il n'est point nécessaire de les parcourir : la capitale peut en donner une juste idée.

A Rome, la vie habituelle est une espèce de long carême , tant on s'acquitte avec ponctualité des devoirs extérieurs de la religion. Cette grande cité , qui pourrait contenir facilement trois fois plus d'habitans qu'elle n'en renferme, est d'un aspect triste que rendent encore plus frappant ses places spacieuses , ses rues larges et sans mouvement, les ecclésiastiques et les religieux de tous les ordres qu'on y rencontre , et les ruines majestueuses que l'on y aperçoit à chaque pas. Il n'est point jusqu'aux marchés qui ne présentent le même calme. Mais ce silence se change tout à coup en une joie bruyante à l'époque du carnaval; Rome n'est plus la même ville, tant elle acquiert d'activité: tous les rangs sont alors confondus, tous les temples deviennent déserts et les rues peuvent à peine contenir une population qui s'empresse de quitter ses habitations pour courir après la joie et le plaisir. On voit pendant ces jours de folie de jeunes abbés, de graves magistrats, des prélats même, se couvrir d'un costume et d'un masque , et courir les aventures qui ne manquent point de se présenter; car chez les deux sexes chacun les

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cherche, persuadé que quelques momens d'erreurs seront facilement expiés par les pénitences et les saintes privations du carême. Le Cours devient le rendez-vous d'une foule tumultueuse , les équipages s'y succèdent sur deux files, les balcons sont couverts de tentures, une pluie de dragées couvre les piétons et les équipages, aux acclamations d'un peuple de masques de toutes couleurs. A un signal donné, le milieu du Cours devient libre ; une foule de chevaux en liberté, mais aiguillonnés par des plaques garnies dépeintes, et par une mèche allumée que Ion a la barbarie de leur introduire entre cuir et chair, s'élancent de la place du Peuple et parcourent l'espace, moins pour remporter le prix de la course que pour fuir les instrumens de douleur qui les pressent. Aux folies du carnaval, qui rappellent les lupercales de l'antique Rome , succèdent le soir du mardi-gras les moccoletti^ petites bougies allumées dont chacun porte un faisceau, et avec lesquelles on se poursuit pour les faire éteindre ou les rallumer. Les équipages qui n'en seraient point pourvus seraient arrêtés et forcés par la foule à s'en munir. Cette coutume est un reste de la fête que l'on célébrait en l'honneur de Cérès cherchant sa fille Proserpine.

Dans un pays infesté de brigands avec lesquels le gouvernement transige au lieu de les soumettre , on doit croire que la police est aveugle ou sans vigilance; cependant il en est peu où elle soit mieux faite qu'à Rome : point de rixes, point de vols, point de ces petits brigandages si communs dans les villes populeuses, et qui, au sein de la foule , font disparaître les mouchoirs et les montres. Il y est bien quelquefois question de quelques coups de stylet, mais ils sont toujours provoqués par la jalousie et non par la cupidité. Les rues de Rome ne sont point souillées par ces êtres dégradés, tolérés partout comme une lèpre nécessaire, et dont la vue est un sujet de

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tentations pour le vice et de scandale pour la vertu : les filles publiques en sont impitoyablement proscrites , ou du moins elles ne peuvent point y étaler leur honteuse effronterie; et l'on doit dire à la louange du gouvernement papal, que pour extirper autant qu'il est en son pouvoir la licence et la débauche , il a tout fait pour favoriser les unions légitimes. Les mariages secrets n'y éprouvent aucune entrave : une permission de se marier, dit un auteur, est délivrée par le vice-régent, avec autant de facilité qu'un passe-port, et avec cette permission , le curé de la paroisse •donne immédiatement la bénédiction nuptiale. A Rome, celui qui abuse de la crédulité d'une jeune fille est condamné à l'épouser ou à passer 5 ans aux galères.

L'Eglise blâme l'usure , mais à Rome elle permet que des cardinaux se livrent en secret à des opérations mercantiles sur des objets de première nécessité. Les épiciers et les boulangers ne sont souvent que leurs prête-noms ou leurs agens. Ceux qui parmi ces derniers veulent exercer leur industrie pour leur compte sont exposés à plus d'une vexation. Ailleurs les agens du gouvernement taxent le prix du pain, afin que le peuple ne le paie pas trop cher; à Rome, on met à l'amende le boulanger qui le vend trop bon marché. Dans la plupart des contrées de 1 Europe, on commence à sentir tout ce que le jeu delà loterie a d'immoral; à Rome, ce funeste impôt, levé sur l'ignorance et la misère du peuple, est sanctionné par les ministres de la religion : c'est en présence des différens chefs de congrégations et des cardinaux même que le tirage se fait avec solennité. L'enfant qui doit mettre la main dans la roue fatale ne le fait qu'après un grand signe de croix ; et cependant l'Eglise ne permet point les jeux de hasard.

A Paris, les gendarmes président de droit aux spectacles et aux fêtes; à Rome, on va plus loin : pendant les folies du carnaval, et devant la porte des spectacles, on voit le

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bourreau se promener gravement près du caualletto , instrument de supplice destiné à punir la joie turbulente de ceux qui dépassent les bornes prescrites pendant ces jours d'allégresse, ou les habitués du parterre qui s'avisent de troubler une représentation théâtrale. Ce cavalletto est formé de deux planches jointes en dos d'âne , et soutenu par 4 pitîds de bois, dont les deux de devant sont plus bas que ceux de derrière. On couche sur ce petit cheval le patient, et on lui applique sur les reins un certain nombre de coups de nerfs de bœuf. Le même supplice attend le restaurateur qui se permet de servir pendant le carême des mets qui ne sont point réputés maigres. Pour les délits plus graves, la loi inflige la peine de l'estrapade , qui consiste à élever en l'air, au moyen d'une corde, le condamné, dont les mains sont liées derrière le dos, et à le faire retomber avec raideur sur ses pieds 5 cependant cette peine et celle du cavalletto commencent à être infligées rarement. L'assassin est puni de mort, mais c'est après l'avoir laissé plusieurs jours dans son cachot en proie aux inquiétudes d'un jugement qu'il ignore ; c'est après l'avoir obligé à écouter les exhortations d'un prêtre, qui l'engage à se confesser et à communier. Son supplice a lieu trois jours après ces cérémonies : mais s'il refuse les consolations de la religion, on le met à la diète, il est obsédé par toutes les congrégations religieuses jusqu'à ce qu'il consente à se confesser, et s'il persiste dans son refus, son supplice ne s'exécute qu'après un ordre du pape. Si l'assassin a tué un prêtre, il est assommé, puis égorgé, coupé en quatre et une partie de son corps est exposée à chaque porte de la ville. Ce supplice eut encore lieu sous le pontificat de Léon XIL C'est à dater de l'avènement de ce pape que les plaidoyers dans les affaires ecclésiastiques et laïques ne se font plus en latin, mais dans la langue nationale, La torture est abolie depuis long-temps.

Le gouvernement des Etats romains se compose de cardinaux ayant chacun un département, et de laïcs auxquels on confie différens emplois dans la magistrature et le commandement militaire : tous sont soumis à l'autorité absolue du pape. Les principales fonctions remplies par des cardinaux sont celles de camerlingue^ ou de ministre des finances , chargé de l'administration des revenus de l'Etat et de présider la chambre apostolique; celles de secrétaire (VEtat ^ dont les attributions analogues à celles du ministre des affaires étrangères consistent à correspondre avec les nonces et les légats ; celles de dataire^ chargé de la nomination aux bénéfices^ des dispense- et des annates; celles de "vicaire^ 4"^^ î outre les fonctions épiscopales qu'il exerce dans Rome , remplit celles de ministre de la police , et est chargé de tout ce qui regarde les mœurs , la conduite des filles publiques et les affaires relatives aux juifs ; celles de chancelier^ dont le titre indique suffisamment les fonctions; celles di auditeur^ qui a dans son département la justice, les affaires contentieuses et l'examen de ceux que l'on propose pour l'épiscopat; enfin celles de secrétaire des brefs, chargé de l'expédition de toutes les dispenses.

Différentes assemblées de cardinaux portent le nom de consistoires et de congrégations : dans les premiers on traite de la nomination des nonces, des légats et des éveques; dans les secondes, on examine les procès des assassins sans préméditation , qui réclament le droit d'asile ou d'impunité, après s'être réfugiés dans une église; les plaintes du peuple contre les gouverneurs; les qualités de ceux qui sollicitent la noblesse, et autres questions analogues. La congrégation des rites fixe les cérémonies de l'église, et confère, après un examen d'usage, l'honneur de la canonisation. La principale de ces congrégations est celle de Y Inquisition ou du Saint-Office^ qu'assiste celle de \ Index ^ établie pour examiner les livres réputés dange -

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reux. Une réunion de cardinaux forme encore le tribunal appelé la Segnatura di giiistizia j ses fonctions consistent à prononcer sur les récusations et sur les appellations: c'est une sorte de cour de cassation. Enfin le dernier tribunal , composé de prélats et de cardinaux , est la Segnatura di grazia , qui prononce sur les recours en grâce adressés iiu pape , qui le préside. Le tribunal civil de la Rota est une cour qui juge en première instance les affaires civiles. Les affaires criminelles sont du ressort du gouverneur de Rome. Deux cours d'appel , sous le nom de consulta, sont établies, l'une dans la capitale et l'autre à Bologne. Le sénateur et ses quatre lieutenans forment un autre tribunal laïc, et les conservateurs sont des magistrats chargés de tout ce qui regarde les intérêts de la ville. Dans le chef-lieu de chaque district ils fixent les dépenses du budget.

Les Romains, et en général tous les sujets du pape, offrent le type de la superstition. Ils remplissent scrupuleusement les devoirs extérieurs de la religion ; mais sur ce point tout est affaire de règle plutôt que de véritable dévotion. La confession est une pratique dont chacun s'acquitte plutôt par habitude que par humilité chrétienne , plutôt pour mettre sa conscience à l'abri que pour se corriger de ses défauts et de ses vices. Une belle donne rendez-vous à son amant dans une église ; mais s'y trouvât-elle seule avec lui, elle ne le regardera point, elle ne lui parlera point qu'elle n'ait épuisé tous les grains de son chapelet., Le peuple reçoit à genoux les bénédictions du pape; mais ce n'est point à Rome que le chef de l'Eglise est regardé comme participant du pouvoir divin : ce qu'il gagne en autorité temporelle, il le perd en puissance Spirituelle. Dès que l'octave de Pâques est révolu, les curés exigent de leurs paroissiens des certificats de communion, sous peine de faire figurer les noms de ceux qui n'en présentent VU. 24

point sur le tableau des excommuniés; mais autant le gouvernement papal se montre rigoureux à Fégards de ses sujets sur les pratiques du culte, autant il professe la tolérance la plus illimitée à l'égard des étrangers; ainsi, à Rome, on n'intente point un procès à celui qui ne tapisse pas sa maison le jour de la Fête-Dieu, et celui qui n'a pas l'air de le faire par affectation, peut passer dans la rue sans se découvrir à la vue d'une croix ou du viatique. Enfin, quels que soient ses principes, tout homme peut mourir avec sécurité : son corps, transporté à l'Eglise, n'y occasionera aucun scandale; pourvu qu'il paie, il y sera reçu avec les honneurs que la rehgion réserve après leur mort à tous les chrétiens.

Il est inutile de parler des sigishés ou des cavaliers servans; ils ont autant de crédit à Rome que dans quelques autres grandes villes d'Italie. Pendant le séjour des Français, le ridicule que ceux-ci avaient jeté sur ces galans leur avait beaucoup nui, mais les mœurs n'y avaient point gagné : les intrigues amoureuses avaient remplacé cette espèce de contrat que le mari passe ici avec le complaisant qu'il choisit à sa femme. Les étrangers qui ont observé Rome depuis peu s'accordent à dire que sur ce point les anciennes mœurs redeviennent à la mode ': c'est une conséquence naturelle dans un pays où l'éducation ne fait rien pour la régénération des mœurs.

Un gouvernement tout-à-fait pacifique comme celui de Rome pourrait se consoler de sa nullité politique par la protection et l'encouragement accordés aux lettres, aux sciences et aux arts ; mais tout sommeille à Rome. Les sciences y sont moins cultivées que dans tout le reste de l'Italie; cependant cette ville, qui renferme tant de trésors pour l'archéologie, a produit des antiquaires dignes d'être comparés à ceux de l'Allemagne et de la France. Si ses académies littéraires jouissent d'une faible réputation et s'élèvent

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à peine à la hauteur de nos plus obscures académies de province , c'est à la censure qu'est dû ce résultat. La littérature théâtrale , par exemple, ne peut être encouragée dans une ville où il n'est pas permis de représenter les tragédies d'Alfieri \ où les théâtres ne sont ouverts que pendant quelques jours qui précèdent et qui suivent le carnaval. L'école romaine de peinture ne compte plus un seul nom digne des beaux jours d'Italie, et sans les anciens chefsd'œuvre dont la ville est remplie, l'Académie française des beaux-arts serait tout aussi bien établie ailleurs. Le seul art dans lequel Rome excelle est celui des mosaïques.

Dans les hautes classes de la société, l'ignorance et le désœuvrement sont aussi répandus ici qu'à Venise; les jeunes gens qui lisent ne connaissent d'autre lecture que celle des œuvres badines de Voltaire ; les jeunes personnes et les femmes, pour se dédommager du temps qu'elles ont passé dans les couvens , ne s'occupent que de lectures aussi frivoles que dangereuses. Le peuple de la ville sait lire et écrire , mais ces connaissances sont très-rares dans les campagnes.

Dans ce tableau du gouvernement et des mœurs de la capitale des Etats de l'Eglise, nous croyons n'avoir rien omis d'important : nous n'y reviendrons plus. Choisissons maintenant parmi les curiosités antiques et modernes qu'elle renferme celles qui méritent le plus de nous occuper. Rome est située au milieu d'une vaste plaine, jadis fertile, aujourd'hui presque stérile, qui s'étend depuis la mer jusqu'aux Apennins. En entrant dans cette ville, on a d'abord de la peine à se croire dans l'orgueilleuse capitale de l'empire romain \ la Rome des papes recouvre eir quelque sorte la ville des empereurs , dont quelques monumens restés debout malgré les ravages du temps, des barbares et des chrétiens, attestent çà et là son antique existence. Le sol moderne est tellement élevé au-dessus de l'ancien , que la roche tarpéienne n'a plus que 3o ou pieds de

hauteur, et que le pavé d'une petite église bâtie au pied du mont Palatin est juste au niveau du faîte du temple antique élevé à la place où l'on prétendait que Rémus et Romulus avaient été allaités par une louve. Il a fallu creuser une vingtaine de pieds pour mettre à découvert la base de la colonne Trajane; il a fallu déterrer plus de la moitié du piédestal de l'arc de Constantin pour pouvoir juger dans son entier ce monument si peu dégradé, et qui, bien qu'il appartienne à l'époque de la décadence de l'art, n'en est pas moins d'un grand intérêt aux yeux de l'antiquaire. Le bel obélisque égyptien chargé d'hiéroglyphes et taillé par ordre de Rhamsès , treize siècles avant notre ère , était recouvert de 16 pieds de terre au milieu des ruines du grand cirque, lorsque Sixte-Quint le fit déterrer et en orna la place de Saint-Jean-de-Latran. L'arc de Septime Sévère était enterré jusqu'à la moitié de la hauteur de la porte principale. Presque tous ces édifices ont été dégagés par l'administration française , qui , en quelques années , a fait plus vpour rendre à l'admiration des artistes les antiques constructions de Rome, que la plupart des papes.

L'un des plus beaux monumens de la grandeur romaine, le mieux conservé surtout , c'est le Panthéon , élevé par Agrippa en l'honneur de tous les dieux. Sa voûte, parfais tement ronde, est égale en hauteur à son diamètre, comme si l'on avait voulu imiter la rotondité que présente le ciel. L'intérieur de l'édifice a 187 pieds de diamètre; il est éclairé par une ouverture ronde , de 80 pieds de circonférence. Précédé d'un beau portique de 16 colonnes de granité, et couronné d un fronton porté sur 8 colonnes, on a pu facilement le transformer en une église. Aujourd'hui, à la place des dieux de l'antiquité, on y voit les tombeaux de Raphaël et d'Annibal Garraclie, et les bustes de Palladio , de Winkelmann et de Nicolas Poussin. On monte sur la rotonde (c'est le nom moderne de cet édifice) par des degrés, jus-

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qu'au cercle de l'ouverture. Au temps de la puissance romaine, ce dôme était revêtu de bronze : Constance II est le premier qui en ait fait enlever une partie pour l'envoyer à Syracuse; le reste a été employé dans la tribune et le fameux dais de l'église de Saint-Pierre, et à faire les canons qui défendent le château Saint-Ange. La place sur laquelle s'élève ce monument majestueux, encore si bien conservé malgré une antiquité de 18 siècles, est un marché arrosé par une fontaine abondante, surmontée d'un petit obélisque de granité égyptien. Derrière le Panthéon on remarque les ruines splendides des thermes d'Agrippa.

L'amphithéâtre deFlavien, que ses proportions gigantesques ont fait appeler colosseum^ le Colysée^ est moins bien conservé que le Panthéon, parce qu'il n'a point été possible de le transformer en église, et que plusieurs papes en ont démoli des parties pour en employer les pierres à la construction de leurs palais : on pourrait citer de beaux édifices, entre autres le palais Farnèse, qui ont été bâtis avec ces matériaux. Le cardinal Consalvi, plus éclairé, a fait construire un superbe arc- boutant pour soutenir un côté du grand mur extérieur qui menaçait ruine, et le pape Léon XII a fait réparer et même restaurer plusieurs arcades. Le peuple a quelque respect pour ce monument depuis que Pie VI a fait élever au milieu de l'arène une croix et i5 autels à la mémoire des martyrs que l'on croit avoir péri dans son enceinte. 12,000 juifs, emmenés captifs par Vespasien après la prise de Jérusalem, ont commencé cet édifice, qui coûta d'abord une somme égale à 5o,ooo,ooo de francs, et qui fut achevé par Titus. Sa circonférence extérieure est de 1000 pieds, l'intérieur en a, 58o de longueur et 480 de largeur. On a prétendu qu'il pouvait contenir 87,000 spectateurs sur les gradins, mais, ce nombre a paru exagéré à plusieurs voyageurs. Lorsque Titus ouvrit pour la première fois cet amphithéâtre, on y

vit paraître un nombre incroyable d'animaux de toutes espèces : des renards, des lions, des tigres, des éléphans, des cerfs et des gazelles; en un seul jour il en périt plus de 5,000 dans les combats. L'arène fut quelquefois transformée en une petite mer d'une vingtaine de pieds de profondeur, dont l'eau arrivait par 80 ouvertures, et sur laquelle on donnait au peuple romain le spectacle d'un combat naval.

On a l'habitude d'aller visiter le Vatican aux flambeaux et le Colysée au clair de lune. Rien ne produit un effet plus magique que la clarté de l'astre des nuits sur ce bel amphithéâtre : il semble que l'on va voir sortir de ses sombres vomitoires les ombres des malheureux gladiateurs qui venaient combattre à la vue d'un peuple habitué à de sanglans spectacles.

Le Vatican, qui tient à l'église de Saint- Pierre, est, diton, bâti sur l'emplacement du palais de Néron. C'est une réunion de plusieurs édifices qui occupent une superficie beaucoup plus considérable que les Tuileries et le Louvre réunis. Son intérieur renferme 20 cours avec leurs portiques, 8 grands escaliers et 200 petits, et 1200 appartemens, comprenant environ 11,000 salles. L'escalier qui conduit à la galerie des antiques a servi de modèle à celui du musée au Louvre, mais on s'accorde à donner la préférence à ce dernier. La chapelle du Vatican est cette fameuse chapelle Sixtine, si richement décorée, et dont l'un des plus beaux ornemens est le célèbre tableau du Jugement dernier, peint à fresque par Michel-Ange. La bibliothèque renferme 80,000 volumes et 24,000 manuscrits ; savoir, 16,000 en latin, 5ooo en grec et 3ooo en diverses langues orientales. On y voit un Virgile dont les miniatures sont de la fin du IV® siècle; un Térence de la fin du VIII®; les poésies autographes de Pétrarque; un rouleau en parchemin de 32 pieds de longueur, couvert de peintures représentant l'his-

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toire de Josuë et ornant un manuscrit grec du VIP ou du VHP siècle; un calendrier mexicain d'une prodigieuse longueur, et un Plutarque ayant appartenu à Christine de Suède, avec des notes de la main de Grotius. On sait que le Vatican a été enrichi des livres que possédait cette reine. Parmi les objets que l'on remarque dans le local réservé à la bibliothèque se trouvent une petite fresque du VHP siècle qui représente Gharlemagne, et plus loin l'armure dont était revêtu le connétable de Bourbon lorsqu'il périt au sac de Rome. C'est au Vatican que l'on admire l'école d'Athènes et les autres fresques de Raphaël ; c'est aussi ce palais qui renferme le plus beau , le plus riche des musées. Un petit bâtiment qui communique au Vatican par deux longues galeries domine Rome et ses environs jusqu'aux Apennins; la belle vue dont on y jouit lui a fait donner le nom de helvéder : c'est là que l'on a replacé, sous un jour beaucoup plus favorable qu'au Louvre, cette statue d'Apollon, chef-d'œuvre du ciseau antique, et dans d'autres salles le Laocoon, le Torse et l'Antinous. La galerie du Vatican, dit M. Valéry, n'a pas cinquante tableaux, mais trois ou quatre chefs-d'œuvre la rendent la première du monde : parmi ceux-ci il suffit de citer la Transfiguration de Raphaël et la Communion de saint Jérôme par le Dominiquin. Les jardins du Vatican méritent d'être visités : on y voit une pomme de pin de grandeur colossale en bronze, qui surmontait, dit-on, le mausolée d'Adrien; le piédestal de la colonne d'Antonin-le-Pieux; et la ^illa Pia, élégante construction élevée par le pape Pie IV.

Le palais Quirinal était autrefois la résidence d'été du pape; il est maintenant réservé aux conclaves. La forme en est irrégulière, mais la beauté de son intérieur, ses magnifiques points de vue , et ses jardins , en font une demeure qui joint l'agrément à la magnificence. Sous le gouvernement impérial il avait été destiné au jeune prince qui reçut le titre

de roi de Rome. Ce palais porte le nom du mont Quirinal, sur le sommet duquel il est bâti. On lui donne aussi celui de Monte- Cai^alloyTpaiTce que devant sa façade on voit deux beaux groupes en marbre représentant chacun un cheval de proportion colossale , conduit par un jeune homme qui semble le dompter, et dont la taille est de 17 pieds de hauteur. Ces deux groupes sont antiques^ mais ils ne sont probablement point de Phidias et de Praxitèle , comme les noms que portent leurs piédestaux sembleraient l'indiquer. Entre ces deux groupes s'élève un obélisque égyptien de porphyre rouge. Une belle fontaine, dont les eaux retombent dans un bassin de granité oriental de 76 pieds de circonférence et taillé dans un seul bloc , occupe le centre de la place. Le jardin du Quirinal est un des plus beaux de l'Italie*

La moderne Rome a aussi son Capitole^ mais ce n'est plus cette montagne où les maîtres du monde allaient rendre grâces à Jupiter-Tonnant, dont le temple dominait la ville, et près duquel s'élevait le Tahularium^ édifice sacré renfermant les décrets du sénat, gravés sur des tables de bronze. Ce n'est qu'une petite colline dont les bâtimens sont la résidence des magistrats municipaux. On y monte par im escalier construit par Michel - Ange et bordé de deux balustrades au bas desquelles deux lions, formés de cette roche d'amphibole improprement appelée basalte, jettent de l'eau par la gueule. Le sommet de ses rampes est garni àe deux groupes, dont l'un représente Castor et l'autre Pollux, tenant chacun un cheval par la bride. Ils ne sont pas à comparer à ceux qui décorent la place de Monte- Ca^>allo. On est choqué à la vue de ces deux hommes d'une si haute stature, retenant deux chevaux de si petite taille. Près de ces groupes on voit deux beaux trophées, dits les trophées de Marins; puis deux statues des fils de Constantin, et enfin deux petites colonnes. Les deux côtés de la

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balustrade sont terminés par deux bornes miiliaires : celle de gauche était la première sur la voie Appienne. L'escalier conduit à une place. En y arrivant , on voit le palais du sénateur en face j à droite celui des conservateurs , et à gauche le musée de peinture. Ces bâtimens sont aussi l'ouvrage de Michel- Ange, qui fit mettre au miHeu de la place la statue de Marc-Aurèle, la plus belle statue équestre antique, et la seule grande statue de bronze qui ait été trouvée à Rome. On arrive au palais du sénateur par un beau perron à deux rampes de Michel-Ange, au bas desquelles figurent les deux colosses couchés du Nil et du Tibre, et la statue mutilée de Minerue dite Rome triomphante. La grande salle sert aux séances du tribunal sénatorial j à l'étage supérieur se réunit l'académie des nouveaux Ljncei^ la plus ancienne des sociétés des sciences physiques et mathématiques : elle date du commencement du XYIF siècle. Sous le portique du palais des conservateurs on remarque une statue antique de César, la seule qui passe pour authentique. Le musée du Capitole offre un grand nombre de tableaux d'auteurs célèbres, tels que le Titien, le Guerchin, le Guide, l'Albane, le Tintoret, le Dominiquin, le Poussin, Rubens, les deux Garrache et Paul Véronèse; mais la plupart de ces tableaux sont de second et même de troisième ordre.

Du haut de la tour du palais sénatorial , on voit, à l'opposé de l'escalier qui conduit au Capitole, le Campo Vaccina. Cette vaste place, couverte de ruines, est maintenant le marché aux vaches : c'était jadis le Forum Romanum. A l'endroit où l'on rassemble les bestiaux , le peuple romain venait prendre part aux affaires publiques; ici la voix éloquente de Cicéron révélait à ses compatriotes la conspiration de Catilina; plus loin, le gouffre de Curtius rappelait le dévouement patriotique d'un Romain généreux : ce gouffre n'est plus qu'une petite mare dans laquelle les canards vont barboter.

Non loin du Monte- Citorio , se voit sur la place Golonna la colonne Antonine, surmontée d'une statue de saint Paul. Sur la place du Monte-Gitorio, s'élève un obélisque en syénite rouge, érigé à Héliopolis en l'honneur de Psammitichus F^, et qui fut transporté à Rome par Auguste, pour servir de gnomon sur le Ghamp-de-Mars, où il fut déterré sous le pontificat de Benoît XIV. Le vaste palais du Monte- Gitorio, bâti par le cavalier Bernin , est celui où se tire la loterie. La douane est un ancien temple orné de 1 1 majestueuses colonnes cannelées en marbre et que l'on regarde comme celui que le sénat et le peuple décernèrent à Antonin-le-Pieux. Plus loin, sur le bord du Tibre, le tombeau d'Adrien est devenu le château Saint- Ange j le pont qui y conduit et qui porte le même nom , est l'antique pont Mlius^ bâti par Adrien; les deux statues qui se trouvent à l'entrée sont celles de saint Pierre et de saint Paul; les autres représentent des anges.

Mais laissons ces monumens travestis, ou par le mauvais goût ou par le zèle religieux, et dirigeons nos pas vérs le chef-d'œuvre de Rome moderne, vers le plus magnifique temple de la chrétienté. Le principal défaut que l'on trouve à l'église de Saint-Pierre, est d'avoir plutôt la façade d'un palais que celle d'une église, et de manquer d'unité. Les dimensions gigantesques de ce bâtiment sont telles, que, vue de l'extérieur, sa magnifique coupole ne paraît point en faire partie : il semble que ce soit le dôme d'un autre édifice. La place de Saint-Pierre est tout-à-fait digne de cette basilique; elle est environnée de deux portiques demi-circulaires qui se terminent par une place carrée, prolongée jusqu'à la façade de l'église, de manière à former deux places dont la longueur totale est de près de 1000 pieds. Le portique est surmonté de 92 statues de saints, hautes de 9 à 10 pieds; le portail est si bien en proportion avec ce quil'entoure, que l'œil n'est d'abord point

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étonné du développement qu'il présente, ni de la grosseur des colonnes, qui ont cependant 8 pieds 3 pouces de diamètre. La façade est de 366 pieds; on entre par 5 portes sous un portique de 448 pieds de longueur, sur 39 de largeur; les deux extrémités de ce portique sont occupées par deux vestibules : dans Tun, on voit la statue équestre de Constantin, dû au ciseau de Bernin, et dont le cheval rappelle celui de Louis XIV, transformé en Gurtius , que le même artiste fit pour le château de Versailles, et qui fut avec raison relégué à l'extrémité de la pièce d'eau des Suisses ; dans l'autre, s'élève celle de Charlemagne, par Cornacchini. Ces deux empereurs , que Rome regarde comme ses bienfaiteurs, méritent une telle place sous le rapport historique , n^ais non sous le rapport de l'art. En entrant dans ce temple, dont la forme est celle d'une croix latine, on est d'abord plus frappé de la profusion des marbres et des mosaïques que de sa grandeur: il a cependant 660 pieds de longueur à l'extérieur, 5^5 dans œuvre, 4^8 de largeur et i44 hauteur sous clef. Les ornemens en sont riches, éblouissans même, et distribués avec plus d'ostentation que de goût. On pourrait aussi reprocher à cet édifice une trop grande clarté : une lumière moins vive inviterait au recueillement, et ferait mieux remarquer l'effet magique que produit une Gloire ou vitrage de couleur aurore , entourée d'anges, et qui éclaire l extrémité de l'église. Les principales chapelles sont ornées de mosaïques d'après les chefs-d'œuvre des grands maîtres. Au bout de la nef à droite , la statue colossale de saint Pierre n'est point faite avec le bronze de celle de Jupiter-Capitolin , comme on l'a si souvent répété ; c'est un véritable saint Pierre, monument barbare du V^ siècle (i). Il est l'objet de la vénération générale ; l'orteil de ce saint est usé de plus d'un pouce par

(•) V alerj : Voyages historiques et littéraires en Italie, etc. , t. IV, p. 6-

38o LIVRE CENT ONZIEME.

les baisers des fidèles. Ce qui peut donner une idée des dimensions de i édifice, c'est le baldaquin en bronze qui surmonte le maître-autel : il paraît être dans des proportions ordinaires, et cependant il a 122 pieds de hauteur, c'est-à-dire qu'elle dépasse de 89 pieds celle de la colonnade du Louvre. Le bronze employé par Bernin à sa construction pèse 186,392 livres, et la dorure a coûté 210,000 francs. Il est placé au-dessous de la coupole, qui est sans contredit ce que cette église offre de plus étonnant: elle a 45o pieds d'élévation, et i3o de diamètre à l'intérieur; les 12 apôtres y sont représentés en mosaïques dans des médaillons séparés par des groupes d'anges qui portent les instrumens de la passion. Dans les deux parties les plus apparentes de cette église, on a eu soin de rappeler le souvenir du saint auquel elle est consacrée : ainsi l'on assure que la balustrade dorée qui s'étend devant le maître-autel recouvre le tombeau et le corps de saint Pierre, placés audessous, dans une église souterraine plus ancienne que la basilique. L'extrémité de l'église est occupée par un superbe monument composé d'une tribune soutenue par quatre figures colossales de saint Ambroise et de saint Augustin, de saint Athanase et de saint Clirysostome. Au milieu de cette tribune, faite avec le bronze antique du Panthéon, on voit un fauteuil en bois orné d'or et d'ivoire, que l'on appelle la chaire de saint Pierre, parce qu'on prétend que c'est celle dont il se servait. Parmi les magnifiques mausolées que renferme cette église, on place en première ligne celui de Paul III par Guillaume délia Porta. Celui d Urbain VIII fait honneur au ciseau du. Bernin si souvent malheureux dans ses compositions ; celui de Christine de Suède est splendide, mais maniéré; le monument Rezzonico est un des chefs-d'œuvre de Canova; enfin la chapelle Clémentine renferme le tombeau de Pic VU, ouvrage digne du talent de Thorwaldsen.

EUROPE : Italie. — Etats de l'Église. 38 1

L'église souterraine de Saint-Pierre, à l'exception de quelques mosaïques et d'autres monumens anciens, ne répond pas à l'idée que l'on se fait des antiques catacombes chrétiennes. On y remarque les tombeaux de Charlotte, reine de Jérusalem et de Chypre, de l'empereur Othon II, et des papes Adrien IV, Boniface VIII, Nicolas V, Urbain VI et Paul II.

Pour juger complètement de l'étendue de Saint-Pierre, il faut monter sur son immense coupole, que termina Michel-Ange à l'âge de 87 ans. Il avait dit qu'il placerait à i5o pieds de hauteur la coupole du Panthéon, et cette entreprise hardie a été accomplie : le sommet de la croix est à 4o8 pieds du sol. La boule de bronze que couronne celle-ci peut contenir jusqu'à 16 personnes assises. De ce point on jouit du plus complet et du plus magnifique aspect de la ville et de la campagne de Rome. Une population d'ouvriers toujours occupés des réparations, habite le sommet du temple qui, suivant l'expression de M. Valéry, semble une place publique en l'air. On dit qu'il y a certaines fêtes dans l'année où l'on brûle dans Saint-Pierre pour 60,000 francs de bougies dans un seul jour (i). Cette église fut commencée en i5o3 et terminée en 1606; on estime qu'elle a coûté plus de 247 millions de notre monnaie.

Après cette magnifique basilique, comment s'arrêtera décrire les autres églises de Rome? la plupart cependant offrent un intérêt particulier par leur richesse ou leur antiquité. On s'accorde à regarder celle de San Giovanni in Fonte comme la plus ancienne, non seulement de Rome, mais de toute la chrétienté; on la désigne aussi sous le nom de Baptistère de Constantin^ quoiqu'il soit faux que cet empereur y ait été baptisé : il est plus probable qu'il se

(') Voyage on Italie, par M. Simond,

plut à l'enrichir. On y admire 8 colonnes magnifiques et d'une grosseur surprenante en porphyre. Nous pourrions citer plusieurs autres églises qui, bien qu'inférieures à celle de Saint-Pierre, surpassent encore la plupart de celles de l'Europe : telle est celle de Saint- Jean- de- Latr an ^ dont les cloîtres ont servi de demeure à plusieurs papes, et où des conciles se sont tenus; on y montre le puits de la Samaritaine, la colonne du temple de Jérusalem qui s'est fendue en deux à la mort de Jésus-Christ, celle où le coq chanta quand saint Pierre renia son maître, et l'escalier saint apporté de Jérusalem et qu'on ne monte qu'à genoux. On doit encore citer Sainte -Marie -Majeure^ dont l'intérieur est surtout remarquable par ses riches ornemens; l'éghse des Jésuites ou du Gesii j dont l'élégante façade est de Vignole et de son élève Jacques délia Porta; celle de Saint-Charles^ à Catarini, ornée de tableaux du Guide et du Dominiquin; celle de Sainte-Marie-des- Anges ^ bâtie, ainsi que le vaste cloître des chartreux, par Michel- Ange sur les ruines des thermes de Dioclétien; celle de Saint-Paul hors des murs y la plus révérée des églises de Rome pour son antiquité, que le feu détruisit en 1823 , et que l'on rebâtit depuis plusieurs années : parmi les objets échappés à l'incendie, se trouvent quelques bas-reliefs antiques et une superbe mosaïque faite en 44o P^f saint Léon, représentant le Christ et les 24 vieillards de l'Apocalypse; la basilique de Sainte- Croixfin-Jérusalem , fondée par sainte Hélène sur les restes des jardins d'Héliogabale ; l'église de Saint- Théodore ^ qui s'élève sur l'emplacement de l'ancien temple de Romulus, bâti à l'endroit où la tradition porte qu'il fut allaité par une louve ; Saint-Étienne-le-Rond , que l'on regarde comme un temple consacré à Claude et converti en église vers le ou le VP siècle; enfin la basilique de Saint- Sébastien^ célèbre par ses catacombes.

On nous pardonnera de ne point entrer dans plus de

EUROPE : Italie. — États de V Église. 383

détails au sujet des églises de la capitale du monde chrétien , lorsqu'on saura combien le choix que nous aurions à faire serait long et fastidieux , puisque leur nombre s'élève à plus de 36o. Celui des palais est encore plus considérable. Leur architecture a plutôt le caractère de la solidité que de l'élégance; on en compte au-delà de 60 qui méritent d'être vus ; il en est peu qui n'offrent à côté des livrées de l'orgueil les dehors de la gêne, et même de la misère. Le délabrement de la plupart des palais de Rome est une conséquence naturelle de la décadence du pouvoir des papes : au temps de leur splendeur , ces somptueuses demeures étaient habitées par des familles puissantes, telles que les Colonna, les d'Esté, les Doria, etc., et leur intérieur, occupé par de nombreux domestiques, répondait à la beauté de l'extérieur; aujourd'hui les propriétaires, réduits à l'indigence, ne sont plus que les concierges des palais de leurs ancêtres. On va souvent admirer les chefs-d'œuvre de l'école italienne dans une vaste habitation dont les vitres sont cassées; et comme l'entrée en est publique, le dessous de la porte devient le réceptacle de toutes les ordures que chez nous les gens du peuple vont déposer au pied des murs , malgré les défenses qui y sont affichées en grosses lettres. «Le noble possesseur d'un palais romain occupe un recoin « de sa vaste étendue; il y vit simplement, familièrement, a avec sa famiglia^ c'est-à-dire ses afndés, protégés et ser- «viteurs. Les grands appartemens ne sont point habités; il « n'y reçoit pas ses amis , mais il les laisse voir à tout le «monde; c'est le seul usage qu'il en fasse. Son palais est « un lieu public; l'admiration qu'il excite rejaillit sur lui; « voilà sa jouissance ; mais comme le public qui admire n'est « pas un public accoutumé à la propreté , et qui s'effarouche « de quelques ordures sur un escalier, pourquoi le proprié- «taire s'en occuperait-il davantage son escalier à lui est «un escalier dérobé; la grande porte, le grand escalier,

« tout cela c'est la rue. Il porte ses regards plus haut, et, « pour le dire en un mot, il y a un coin de grandioso caché « sous l'ordure d'un palais romain (i). »>

Cependant on peut citer le palais Ruspoli dont l'escalier de ii5 marches en marbre blanc passe pour le plus beau de Rome; le palais Ghigl dont la cour et le vestibule sont magnifiques, et dont l'intérieur renferme des tableaux précieux et une riche bibliothèque; le palais Sciarra dont la porte en marbre est digne de Vignole, et qui possède aussi une très-belle galerie; l'immense palais Doria; le palais Colonna dont la galerie est une des pre* mières de Rome; le palais Barberinij remarquable par son architecture qui fait honneur au Bernin , et par ses sculptures et ses peintures; le palais Corsini dans lequel on conserve la chambre où mourut la reine Christine ; le beau palais Massimi dont les maîtres prétendent descendre des Fabius de l'antique Rome; le palais Favnese^ que Vignole et Fontana ont contribué à embellir; enfin l'immense palais Borghese^ célèbre par ses portiques et sa riche galerie.

La plus belle des i5 portes de Rome est la plus septentrionale, appelée porta del Popolo^ espèce d'arc de triomphe où l'on reconnaît le mauvais goût du Bernin, qui la termina pour l'entrée de la reine Christine. Ses principales rues sont la strada di Ripetta^ qui conduit au Tibre; celle du Bahuino qui mène à la place d'Espagne; la strada Lungara, la strada Condottij et surtout la strada del Corso ^ qui, traversant presque toute la ville, sert aux courses de chevaux et est la promenade la plus fréquentée de Rome.

Parmi les 4^ places que renferme cette belle cité , il en est 5 ou 6 qui méritent d'être mentionnées. Celle du Peuple est située près de la porte de ce nom; elle est ornée d'un

(') Simo/id : Voyage en Italie.

EUROPE : Italie. — États de T Eglise. 385

superbe obélisque égyptien qui fi^t élevé à Héliopolis par le roi Rhamsès P*^ pour décorer le temple du Soleil, et qui fut transporté à Rome par Auguste. La place de Saint-Jean-de- Latran n'est remarquable que par la belle façade de cette église et par un des plus beaux obélisques connus qui fut érigé à Thèbes par Thoutmosis II. La place du Panthéon est aussi décorée d'un obélisque, mais d'une petite dimension. La t^Xacq Nai^one. où se tient le principal marché , est embellie par une magnifique fontaine. La place d'Espagne est décorée par le palais de la cour d'Espagne , par le magnifique escalier qui conduit à l'église de la Trinité du Mont et par la fontaine Barcaccia,

Nous avons cité quelques unes des principales antiquités de Rome, mais il en est encore plusieurs que nous ne pouvons passer sous silence. La cloaca maxima, magnifique aqueduc souterrain si solidement construit par Tarquin, qu'il en reste plus de la moitié, est le plus beau monument qui ait jamais été fait pour servir d'égout à une grande ville ; sa voîite étonne par sa hauteur et sa longueur; il remplit encore sa destination première. Le /brw/w Trajanum^ le plus régulier et le plus splendide des Forum antiques, fut déblayé par l'administration française; il présente l'aspect d'un cirque entouré d'une balustrade en fer. Au milieu s'élève la colonne Trajane dont les bas-reliefs en spirale comprennent plus de 25oo figures parfaitement sculptées dans le marbre. Ce monument, sur lequel Sixte- Quint fit placer une statue en bronze de saint Pierre, a servi à démontrer un fait archéologique très-curieux : pendant qu'on le restaurait en i833, un architecte d'Altona , nommé Sempier, profita de l'échafaudage qu'on avait élevé à l'entour, et y découvrit des traces de couleurs bleue ou verte. Ce fait, joint à plusieurs autres du même genre, ne permettent guère de douter que les anciens peignaient leurs monumens d architecture, de manière à en faire ressortir VII. 25

les ornemens. Il reste du théâtre de Marcellus le quart des arcades qui formaient son enceinte. Le cirque de Caracalla^ seul monument de ce genre qui existe encore à Rome, s'élève majestueusement au milieu des champs et des vignes. Les thermes du même empereur, dans lesquels 3ooo personnes pouvaient se baigner à la fois, occupent une superficie qui surpasse d'un tiers celle de l'hôtel des Invalides à Paris; ceux de Titus, d'où l'on jouit d'une superbe vue sur le Golysëe; plusieurs arcs de triomphe, parmi lesquels nous citerons celui de Gallien, celui de Titus j celui de Constantin, celui de Janus et celui de Septime Sévère; les mausolées di Auguste et de Cecilia Metella sont aussi des monumens très-remarquables sous le rapport de l'histoire de l'art chez les anciens.

Les catacombes, dites de Saint-Sébastien, portent tous les caractères d'une antique carrière de tufa volcanique ou de pouzzolane, dans laquelle sont disposées des niches latérales, les unes au-dessus des autres. Les galeries ont i5 à 20 pieds de largeur et de hauteur, sur environ 2 lieues de longueur. Elles forment des rues qui communiquent entre elles. Le luxe de la métropole pénétra même au fond de ces souterrains : on voit que plusieurs parties sont ornées de fresques remarquables.

Rome ne paraît pas renfermer moins de i5o,ooo âmes, bien que son étendue puisse comporter une population plus considérable. Une trentaine d'établissemens de bienfaisance, dont les principaux sont le vaste hôpital du Saint-Esprit , ouvert aux deux sexes , et l'hospice Saint- Michel où l'on enseigne les arts utiles aux enfans des familles pauvres, se font remarquer dans cette métropole. Les établissemens d'instruction sont aussi fort nombreux. On distingue surtout l'université connue sous le nom de Sapienza , le collège romain, celui de la propagande; on y compte 16 collèges, deux séminaires, un grand nombre

EUROPR : Italie. — États de V Église. 387

d écoles élémentaires , un institut de sourds-muets, cinq écoles des beaux-arts pour les étrangers et les indigènes , un bel observatoire, de nombreuses bibliothèques et collections d'arts et de sciences , et huit sociétés savantes et littéraires.

On ne peut sortir de Rome sans qu'une foule d'objets ne vous retrace les souvenirs de l'antiquité. Près de la porte de Saint- Paul, la pyi'amide ou le tombeau de Caïus Cestius^ annonce par sa masse, par les peintures et le stuc qui ornent son intérieur , l'opulence de ce Romain. On voit à peu de distance la grotte et la fontaine où Numa s'entretenait avec la nymphe Egérie. C'est à Tusculum que Gicéron , César et Crassus , fuyaient le bruit et les intrigues de Rome : Frascati s'élève auprès de ses ruines.

Un grand nombre de wlla^ ou maisons de campagne des environs de Rome, mériteraient d'être citées si le plan de ce P/'mV le permettait ; nous nous bornerons à indiquer les plus remarquables. La ^illa Borghese doit être mise au premier rang : on y admire ses jardins, son lac, son temple, son hippodrome et son musée riche en chefs-d'œuvre antiques. La ^illa ARtani surpasse encore la précédente par les trésors de son musée. La ^ïlla Aldobrandini ^ superbe demeure, mais presque abandonnée, ne le cède point aux plus belles maisons de plaisance des environs de Rome : ses jardins en amphithéâtre, ses cascades, dont l'agréable murmure paraît être une imitation des orgues d'eau célèbres chez les anciens, ses vases, ses statues antiques, ses fresques du Dominiquin, en feraient un séjour délicieux s'il était moins négligé.

Les rues sales de Ti^^oli inspireraient à Horace plutôt une juste satire que des chants à sa louange : il n'y reconnaîtrait point ce Tibur qui fit ses délices ; le temple d'Bercule a été remplacé par la cathédrale de Saint-Laurent ; la villa de Mécène est devenue une manufacture de fer ; mais il retrouverait les restes des deux petits temples de la

Sibylle et de Vesta ; il admirerait encore la situation de la ville et ses belles cascades toujours dignes des chants du poète j dans ces lieux qui furent habités par tant de personnages antiques célèbres, il ne remarquerait que la 2)illa (TEste^ le seul monument moderne qui puisse rivaliser avec les riches habitations qu'on y remarquait de son temps; il chercherait à Velletri l'ancienne Velitrœ ^ bâtie par les Volsques, la maison de plaisance que possédait Auguste ; il reconnaîtrait ces marais Pontins (Pomptimi palus ), aujourd'hui plus dangereux par leurs exhalaisons que de son temps; il reverrait les restes de cette voie Appienne qui les traversait et dont la construction, due à Appius Claudius , fut le premier bienfait qu'éprouva cette contrée. Auguste fit dessécher une partie de ces marais, Trajan y fit construire des ponts et des habitations , et l'on y vit s'élever des maisons de plaisance appartenant à de riches familles que la beauté du site attirait. Les causes qui contribuèrent à l'insalubrité de la Maremme eurent la même influence sur les marais Pontins : l'invasion des barbares les dépeupla; les eaux, sans écoulement, répandirent dans l'air leurs miasmes dangereux. Malheur à celui que la nuit surprendrait endormi sur leurs bords pendant les chaleurs de l'été ! il ne se réveillerait plus. Plusieurs papes ont tenté de les dessécher; les derniers essais dus à l'administration française n'ont point été tout-à-fait infructueux , il faudrait plus de persévérance que le gouvernement papal n'en peut mettre dans ses entreprises, pour arriver à des résultats satisfaisans. Les chétifs habitans de ce pays ont le teint verdâtre et les jambes enflées ; on peut dire sans exagération qu'ils sentent la fièvre : ils en sont atteints pendant plusieurs mois de l'année. Les animaux seuls ne paraissent point souffrir de l'insalubrité de l'air : les cerfs , les sangliers et les buffles y sont vigoureux et en très-grand nombre.

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A l'exemple des voyageurs qui les traversent, hâtons nous de quitter ces marais pernicieux. Le bourg ou la petite ville de Cori^ l'a^ique Cora^ possède encore ses murailles antiques et lei^estes de deux beaux temples, l'un élevé à Hercule, et l'autre à Castor et Pollux. Suivons les bords de la Méditerranée, traversons Ostie^ ville fondée par Ancus Martius^ IV^ roi de Rome, célèbre sous l'Empire par son port à l'embouchure du Tibre, et qui ne possède plus aujourd'hui que des salines peu importantes; on s'y ressent encore du voisinage des marais pontins; aussi le cardinal qui en est évêque a-t-il soin de résider à Rome. Pendant l'été Ostie est presque déserte , et pendant l'hiver, lorsque le mauvais air a cessé, sa population est d'une centaine d'individus. Le palais épiscopal offre une inscription antique d'un beau caractère; sur la place un sarcophage sert de fontaine (i); la cathédrale, dédiée à Santa- Aiwea^ est un joli monument du XV® siècle; le petit fort qui défend la ville est une bonne construction de la même époque. A un quart de mille de la moderne Ostie s'étendent les ruines de l'antique cité, jadis si florissante. On y voit les restes d'un théâtre et ceux d'un magnifique temple de Jupiter.

Le seul port commerçant que possède le pape dans la Méditerranée est celui de Cipîta-Kecchia;\dL\'\\\e , peuplée de 7 à 8000 âmes, est bien bâtie, et l'air y est moins malsain qu'à Ostie; d'importantes fortifications la défendent. Elle possède un arsenal militaire , des chantiers de construction, et son port, qui jouit de la franchise, fait un commerce assez important.

Canino , Corneto , Montalto , Piano de V ice , et quelques autres villages ou bourgs des environs de Viterbe , sont intéressans pour 1 archéologie par les importantes découvertes

(0 M.^aZerj ; Voyages historiques ef liUérairrs en Italie.

?>gO LIVRE CFJNT ONZIEME.

d'antiquités étrusques qu'on y a faites dans ces dernières années, grâce au zèle éclairé du. prince Lucien Bonaparte (i). On y a reconnu 5 à 600 hypogées ,^3 temples avec leurs sanctuaires, et des thermes; et l'oij^en a retiré un grand nomhre de vases, d'armures en bronze ornées d'or, des bijoux du même métal, des figurines en terre cuite, etc.; enfin quelques uns de ces tombeaux sont décorés de peintures encore très-bien conservées j représentant des jeux et des cérémonies funèbres. Ces peintures , de l'avis des antiquaires, sont antérieures de plus de 4^0 ans aux beaux siècles de la Grèce, et remontent bien au-delà de la fondation de Rome.

En se dirigeant vers l'est, on voit la jolie ville de Kiterhe^ surnommée la ville aux belles fontaines et aux jolies filles. Le palais communal, commencé en 1264, renferme une collection d'antiquités étrusques et romaines ; de beaux tableaux ornent la cathédrale ; l'ancien palais épiscopal , monument du XIIP siècle, rappelle le fameux conclave, qui dura 33 mois, pour l'élection du pape Martin IV; le couvent de Sainte-Rose conserve le corps intact et momifié de cette jeune fille dont il porte le nom, et qui au XIIP siècle souleva le peuple contre la domination de l'empereur Frédéric II. Orvietio^ au bord de la Paglia, est sur un rocher escarpé; on y voit un puits dans lequel les mulets descendent par un escalier éclairé par 100 petites fenêtres, et remontent par un autre. Cette jolie petite ville, célèbre par son excellent vin blanc, possède une cathédrale fondée en 1290, et qui est remarquable pour l'histoire de l'architecture : elle indique le passage en Italie du style gothique à celui de la renaissance. Les enVirons sont volcaniques et couverts de belles masses de prismes basaltiques.

En dirigeant sa course vers Foligno, on traverse Spolette ,

(0 Catalogue d'antiquilés étrusfjues choisies, houvées dans les fouilles du prince de Canino. — Viterhe , 1829.

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petite ville bâtie sur une hauteur, qui conserve quelques restes de murs cyclopéens : on y trouve les ruines d'un théâtre et de plusieurs temples antiques ; ses vieilles tours et ses murailles sont peut-être l'ouvrage de Narsès, qui en chassa les Goths. Près de la ville, un bel aqueduc de 5oo pieds de hauteur et d'architecture gothique est probablement celui de Théodoric. Foligno^ naguère industrieuse et peuplée de 1 2,000 âmes , s'enrichissait par le produit de ses papiers , de ses bougies et de ses confitures 5 mais le tremblement de terre de janvier i832 l'a ravagée et a détruit quelques uns de ses plus beaux édifices, à l'exception de sa majestueuse cathédrale. Spello^ à une lieue de là, qui n'a pas été épargnée par les secousses volcaniques, est remplie d'antiquités, parmi lesquelles on remarque la porte de Vénus, beau monument romain. Cette petite ville possède un excellent collège.

Près du Tibre, Pérouse ou Perugia est une ancienne ville étrusque qu'on nommait Perusia; elle était célèbre long-temps avant Rome ; Annibal en fit vainement le siège. Placée au sommet d'une montagne, l'eau y est amenée du mont Pacciano^ par des tuyaux qui descendent dans la vallée et remontent à la hauteur de ^00 pieds; c'est dans ses murs que naquit le Pérugin, peintre estimé, qui eut la gloire de former Raphaël. Elle a plusieurs académies : entre autres celle des beaux-arts et la société des amis des arts; son université, fondée en 1820, est l'une des plus distinguées de l'Italie. Le jardin botanique renferme plus de 2000 espèces de plantes; le cabinet de minéralogie est assez riche; mais le musée archéologique est surtout remarquable par les antiquités étrusques qu'il renferme. La galerie de l'académie des beaux-arts, dans le local de l'université, offre une suite de tableaux des différens maîtres de Pérouse, classés chronologiquement; enfin la bibliothèque, qui se compose d'environ 3o,ooo volumes,

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renferme des manuscrits curieux. Pérouse a plusieurs églises remarquables, parmi lesquelles nous citerons surtout la cathédrale, dans le style gothique et d'une grande hardiesse. La bibliothèque du chapitre possède plusieurs manuscrits précieux, tels qu'un évangile du VHP siècle et un bréviaire du IX®. Le palais public est d'un beau gothique; la bourse est décorée de fresques du Pérugin ; la place ciel Papa offre une belle statue en bronze de Jules IIÏ; celle de Griniana présente de beaux restes de l'enceinte étrusque de la ville ; enfin la porte appelée l'Arc d'Auguste paraît être un monument d'une grande antiquité, dont l'inscription Augusta Pei^usia fut ajoutée plus tard par les R.omains (0. Cette ville, dont la plupart des géographes continuent à porter la population à 3o ou 4o,ooo âmes, n'est plus, suivant le témoignage de M. Valéry, qu'une belle cité assez déserte, qui n'a que i4,ooo habitans. Du haut de la citadelle la vue est magnifique. On aperçoit à trois lieues de là, sur le revers d'une montagne, des aqueducs , des temples et des murailles crénelées : c'est Assisi ou Assise^ patrie de saint François, dont les reliques attirent une foule de pèlerins. On remarque dans cette ville un ancien temple de Minerve devenu l'église de Sainte- Marie-de-la-Minerve , des aqueducs, des tombeaux et les restes d'un théâtre antique.

En suivant les contours de la chaîne Apennine, on arrive à Bologne : c'est la seconde ville des Etats de l'Eglise; c'est, après Rome, la plus riche en tableaux. Dans ses murs fut convenu, en i5i5, le concordat en vertu duquel François se réserva la nomination des grands bénéfices, en accordant au pape la première année de leur revenu. Cette ville renferme un nombre considérable d'églises, et deux vieilles tours fort remarquables : l'une, celle des

10 M. f^alery : Voyages historiques et littéraires en Italie.

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Jsinelli^ juste au milieu de Bologne, est la plus haute de l'Italie; l'autre, la Garisenda, encore plus penchée que celle de Pise, semble menacer de destruction les maisons voisines. Son université , la plus ancieime de l'Italie; son jardin botanique, l'un des plus beaux de l'Europe méridionale, et qui fut fondé par les Français; son musée d'histoire naturelle, celui d'antiquités, où l'on remarque plusieurs objets précieux ; la galerie de peinture et de sculpture, où l'on admire les chefs-d'œuvre de l'école bolonaise et ceux de plusieurs grands peintres, tels que la sainte Cécile de Raphaël, le martyre de sainte Agnès et la/ madone du Rosaire par le Dominiquin; sa bibliothèque, qui renferme 80,000 volumes et ^oç^o manuscrits; son observatoire, où l'on a tracé une belle méridienne; ses deux académies, celle des beaux-arts et celle des jurisconsultes [filodicologi), mettent cette ville au rang des plus célèbres et des plus lettrées de l'Italie. Parmi les belles églises de Bologne on peut citer celle de Saint- P étrone ^ bâtie à la fin du XIV^ siècle ; la cathédrale; l'église de Saint- Jacques - Majeur ^ celle de San-Salçatoî'e ^ celle du Corpus- Domijii on délia Santa celle de Saint- Dominique celle de Saint- Etienne^ formée de la réunion de sept chapelles, et celle de Santa- Maria- délia- p^ita ^ où l'on remarque les reliques d'un saint Buonaparte et un riche médaillon de Petitot, représentant Louis XIV. A ces somptueux édifices il faut ajouter, parmi les plus remarquables , l'ancien palais du podestat, le palais del Pubblico^ et quelques palais de riches particuliers, tels que le palais Magnani, le palais Bentiwoglio, et le palais Ranuzzi^ maintenant Bacciocchi; les bâtimens des écoles et la salle de l'opéra. La population de cette ville est d'environ 72,000 âmes.

Ferrare^ moins considérable que Bologne, est la plus septentrionale des Etats du pape; ses rues sont larges, droites, mais presque désertes; celle de Saint-Benoît a looa

toises de longueur. L'édifice le plus curieux est le palais gothique des anciens ducs; l'extérieur seul y rappelle l'illustre maison d'Esté, et les beaux vers de l'Arioste et du Tasse, car l'intérieur est entièrement moderne. Les cendres du premier de ces poètes reposent au Lycée, et dans l'hôpital Sainte-Anne on montre encore la place où le second, sous prétexte de folie , fut enfermé pendant sept ans par Alphonse, duc de Ferrare. Le palais del Magistrato ^ résidence du gonfalonier , offre, suivant l'expression de M. Valéry, d'admirables peintures : c'est là que s'assemble l'académie degli Intrepidi^ qui prit en i8o3 le nom d'académie Ariostea^ et en 1 8 1 4 celui d'académie scientifique littéraire degU AriosteL La cathédrale est d'un beau style gothique; l'église de Saint -François possède un écho qui répète seize fois les sons; on distingue le monastère et l'église de Saint-Benoît qui est au nombre des plus belles de Ferrare. La bibliothèque publique contient environ 80,000 volumes et 900 manuscrits, parmi lesquels se trouvent quelques chants de X Orlando furioso de l'Arioste, la Jérusalem du Tasse, et le Pastorjido de Guarini. La maison de l'Arioste est aussi un desmonumens de Ferrare. Le Carnpo- SantOj ancienne chartreuse, renferme plusieurs beaux mausolées; la grande place, qui fut décorée d'abord de la statue du pape Alexandre VII, puis de celle de Napoléon, dont elle porta le nom, qu'elle changea en 181 4 contre celui de place de l'Arioste , semble attendre l'effigie de ce poète. Cette ville, dont la population s'élevait sous l'administration française à 23,700 âmes, est d'après les derniers recensemens de 3i,6i2 habitans, dont un tiers se compose de juifs relégués dans un quartier séparé, qui est le plus beau de la ville.

Les atterrissemens ont comblé le port que l'empereur Auguste avait fait construire à Raifeniie; cette ville est aujourd'hui à deux lieues de la mer. Selon Strabon^ elle fut fondée par les Thessaliens. Jadis florissante , elle n'a plus

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que 16,000 habitans. La cathédrale, refaite en 1749^ renferme quelques parties qui datent du VF siècle ; dans la basilique de Saint- Vital, beau monument de l'architecture des Goths, qui servit de modèle à Charlemagne pour la cathédrale d'Aix-la-Chapelle , on admire une vaste mosaïque représentant Justinien et l'impératrice Théodora avec leurs courtisans; elle renferme le mausolée de Galla Placidia, fille de Théodose et mère de Valentinien III , et le tombeau d'Honorius IL L'église de Saint-François a été bâtie vers le milieu du V^ siècle; celle de Saint-Onuphre renferme le tombeau du Dante, auquel un beau mausolée fut jadis érigé près du cloître des frères mineurs de Saint- François, où on le voit encore. Ravenne possède vm musée d'antiquités et une bibliothèque de 4o,ooo volumes et de 700 manuscrits. Hors de ses murs antiques s'élève un beau monument surmonté d'une coupole : c'est le tombeau que se fit élever Théodoric, et qui est devenu l'église de Sainte- Marie-de-la-Rotonde.

Faenza passe pour avoir donné son nom aux poteries que Ton appelle faïences, et dont elle possède des fabriques; elle est la patrie adoptive du célèbre physicien Torricelli. Fojii n'a de remarquable que sa cathédrale et ses rues larges tirées au cordeau. Césene a de jolis environs, mais point de monumens ; cependant le Campo-Santo y est remarquable. La ville de Rimini^ bâtie avec élégance sur le bord de la mer, était le lieu où se terminaient la voie Flaminienne et la voie Emilienne. On y voit plusieurs antiquités , entre autres un arc de triomphe d'une belle conservation érigé à Auguste, et le pont commencé par cet empereur et terminé par Tibère. L'église de San-Francesco , bâtie en i45oj est l'un des premiers édifices dans lequel l'architecture romaine remplaça le style gothique. La bibliothèque publique renferme 3o,ooo volumes. Aux environs de Rimini est le château de Saint-Léo , où fut enfermé et

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où mourut Cagliostro. La petite ville à'Urbùiy siège d'un af:chevêché, n'est célèbre que pour avoir donné naissance à Raphaël. Son université n'existe plus, mais elle a conservé un collège et une institution qui s'est donné le nom ridicule ^le Academia assarditarum ou ahsurdescentium. Ancône^ vue du côté de la mer, offre un beau coup d'œil ; elle est bâtie sur le penchant d'une montagne. Sur deux mamelons aux deux extrémités de la ville, s'élèvent, d'un côté , la citadelle, et de l'autre, la cathédrale, ancien temple de Vénus; le port a la forme d'un demi-cercle; le môle, qui s'avance dans la mer, a 68 pieds de hauteur et 2000 de longueur ; les rues de la ville sont étroites et tortueuses. On y remarque un bel arc de triomphe élevé à Trajan, et un autre érigé en l'honneur de Benoît XIV, qui fit construire le môle et le lazaret. En i83i , la forteresse d'Ancône a été surprise par les Français , qui y conservent une garnison.

On ne peut voir An cône sans être tenté d'aller visiter Lorette^ bâtie sur une montagne qui domine la mer. L'histoire de la fondation de cette petite ville, devenue célèbre par la statue de la Vierge^ jadis objet d'une si grande vénération qu'avant la réformation plus de 200,000 pèlerins venaient tous les ans déposer à ses pieds leurs prières et leurs offrandes, est digne de figurer dans les annales de la superstition. Suivant la tradition, les anges enlevèrent à Nazareth, en 1291 , la maison de la sainte Vierge, et la déposèrent à Tersato en Dalmatie; trois ans après, les mêmes anges la transportèrent sur les côtes de l'Italie à 1000 pas de la mer, aux environs de Recanati. Huit mois après la maison, qui était solide, fit encore 1000 pas vers cette ville, et quelques mois plus tard elle vint se placer sur le terrain d'une dame de qualité appelée Lauretta, à l'endroit même où depuis la ville s'est élevée. Cette maison , exposée aux adoiations du peuple, a 32 pieds de longueur,

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i3 de largeur et 18 de hauteur : on pense bien qu'elle n'a point de fondation et qu'elle repose sur le sol. Jadis c'était un simple bâtiment en briques 5 aujourd'hui brillante et somptueuse, elle est incrustée de marbres de Carrare, et le plancher est revêtu de marbre rouge et blanc. Dans la muraille , du côté de l'orient , on voit la cheminée : audessus on a placé une statue de la Vierge que l'on dit être en bois de cèdre. Tout auprès une armoire renferme les robes dont on habille cette image; l'un de ces vêtemens, qui est en camelot rouge , est , dit-on , la robe que portait la sainte Vierge. Un peu plus loin, une autre armoire contient les vases de terre dont se servait la sainte famille ; enfin , vis-à-vis de la cheminée est la fenêtre par laquelle entra l'ange Gabriel. Cette maison, qu'on appelle la Santa Casa^ est placée au milieu d'une église dont le trésor a été longtemps le plus riche du monde , et dont les autels sont encore chargés d'or et ele pierreries. Du reste, l'église, qui fut construite par Sixte-Quint, annonce par son architecture la décadence du goût, malgré ses trois superbes portes en bronze , sa belle coupole et les mosaïques qui décorent ses diverses chapelles. La célèbre madone de Lorette, conquise par l'armée française, arriva à Paris en 1797, où elle fut conservée dans le cabinet des médailles de la bibliothèque alors nationale; Napoléon la rendit au pape en 1801; « mais le commissaire pontificai, par une étrange exception, ne voulut point qu'elle fût portée sur un procès -verbal, afin de ne point paraître déroger à la manière aérienne et mystique de voyager dont cette statue avait l'habitude (i). »

De Lorette aux frontières d u royaume de Naples , on ne compte que 4 villes peu importantes : Macerata , sur une colline qui domine une plaine fertile en céréales , est le

(') M. Falery : Voyages liistoriques et littéraires en Italie, t. III,]). 27c)

siège d'un évêché important par son université et ses établissemens littéraires. Fermo, dont le petit port est trèsfréqiienté, conserve les restes du palais de son tyran Oliverotto, «digne victime de son émule plus adroit, César Borgia. » SinigagUa, l'antique Senagallica^ qui indique par son nom son origine gauloise, fut bâtie parles Senones, Elle est aussi le siège d'un évêché ; mais malgré sa cathédrale dans le style corinthien , son hôtel des monnaies et son théâtre , elle n'est remarquable que par la foire qui s'y tient depuis le 20 juillet jusqu'au 10 août, et qui est l'une des plus importantes de l'Italie. Camerino a un beau palais archiépiscopal, une université et des fabriques de soieries; et Ascoli^ l'ancien Asculum , est le siège d'un évêché.

Les papes possèdent encore deux petits territoires dans le royaume de Naples : celui de Ponte-Con^o , ville de 5ooo habitans, sur le Garigliano, avec un évêché et un château; celui de Béné^^ejit^ chef-lieu d'un archevêché et d'un tribunal de première instance , avec quelques beaux édifices et une belle porte appelée Porta aurea, arc de triomphe en marbre élevé en l'honneur de Trajan. La première de ces villes est enclavée dans la Terre de Labour, et la seconde dans la Principauté Ultérieure.

Nous ne devons point oublier près de la frontière du royaume des Deux-Siciles , Terracine, petite ville épiscopale qui offre un séjour malsain qu'elle doit à son voisinage des marais Pontins , mais qui présente sur une vaste place quelques beaux édifices. On y voit aussi les restes d'un temple à Jupiter, et ceux d'un château de Thèodoric.

La révolution de i83o, qui eut tant de retentissement et d'influence sur le sort des peuples en Europe, a failli changer complètement le gouvernement des Etats de l'Eglise : il a fallu le secours des baïonnettes étrangères pour maintenir la population dans l'obéissance. Cette commotion a eu toutefois un heureux résultat en décidant le gou-

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vernement papal à introduire quelques améliorations iÉÊs l'organisation des communes et des provinces.

D'après ledit du 5 juillet i83i, il y a près de chaque délégué., ou gouverneur de province, un conseil gouvernatif composé de quatre membres nommés par le souverain. Ce conseil a voix délibérative dans les matières de finances, et seulement voix consultative pour les autres affaires. Dans chaque délégation il y a un conseil provincial qui se réunit au chef-lieu sous la présidence du délégué. Ces conseils se composent d'autant de membres qu'il y a de fois 20 mille âmes dans la province. Leur session annuelle ne peut durer plus de i5 jours et le gouvernement peut les dissoudre. Ils examinent le compte des impôts de la province et en fixent le budget; et ils déterminent les travaux publics à exécuter. Ces conseillers sont nommés par le gouvernement sur une triple liste de candidats présentés par les conseillers communaux.

Ceux-ci sont au nombre de 48 dans les communes de 10,000 âmes et au-dessus. Ce nombre décroît progressivement jusqu'à 16 conseillers pour les communes au-dessous de 1000 habitans. Nommés pour la première fois par les délégués de chaque province , leurs successeurs sont élus tous les deux ans à la pluralité des suffrages par les membres du conseil sortant, sauf l'approbation du délégué. Ils sont choisis pour les deux tiers parmi les propriétaires, et pour l'autre tiers parmi les hommes de lettres, les professeurs et les négocians.

La magistrature de chaque commune se compose de 9 membres dans celles de plus de 10,000 âmes; mais le nombre en diminue jusqu'à 3 dans celles où il y a moins de

1000 habitans.

Les comptes des communes et les budgets sont publiés

chaque année.

^'^iLes finances du gouvernement papal sont bien loin d'être dans une situation prospère; depuis long-temps il est obligé d'avoir recours aux emprunts ; sa dette publique était en i83o de 35o millions de francs, et depuis cette époque elle s'est considérablement augmentée : ce n'est point exagérer que de la porter à 870 millions. C'est plus de 10 fois le revenu annuel de l'Etat.

Nous terminerons ce livre par quelques mots sur la petite république de Saint- Marin.

Pendant le V® siècle, un tailleur de pierres, Dalmate, que sa piété portait à prêcher le christianisme , bâtit un ermitage sur les côtes de l'Adriatique, au sommet du mont Titan : on l'appelait Marina. Son zèle religieux lui fit donner le titre de saint, et après sa mort il eut les honneurs de la canonisation. Une ville s'éleva l'an 600 sur l'emplacement qu'occupait la retraite de san Marino , dont elle prit le nom. Elle se forma en république, se fortifia et acquit deux ou trois petites forteresses dans ses environs. En 1739, les papes la subjuguèrent : c'était une bien faible conquête, mais l'empereur d'Allemagne lui rendit la liberté. Enclavée dans les Etats du saint-siége, elle est aujourd'hui sous sa protection. Cette petite république, qui avait adopté le protocole suivant, en écrivant à celle de Venise : Alla nostra carissinia sorella^ la Serenissima repuhlica cli Venezia., occupe un territoire de 3 lieues carrées; elle se compose de la ville de Saint-Marin renfermant 6000 habitans et de deux villages. Ses produits consistent en vins, principal aliment de son commerce. La souveraineté réside dans un conseil de 3oo anciens , et le pouvoir exécutif dans un sénat composé de 20 patriciens, 20 bourgeois et 20 paysans, présidés par 2 gonfaloniers que l'on réélit tous les trois mois. Ces deux magistrats ont une garde de 3o hommes ; mais si la liberté de la république est menacée, tout citoyen devient soldat.

TABLEAUX STATISTIQUES

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