PARTI K
du Luxembourg...
Total....
Population des co lonies détaillées ci-après
Total de la population générale..
roPULATION
2,4i3,ooo
i8o,g83 i5i,5oi
SUPERFICIE
CHEFS-LIEUX
VILLES FKINCIFALES.
/ Maestricht
a2,ooo
/ Ruremonde
5, ioo
i Venloo
G,5oo
) Luxembourg
i i,5oo
i,5oo
IWiltz
2 ,5oo
1 Grevenmachern.
2,3oo
Parties du monde.
Colonies néerlandaises .
Dans la république de Fantie : Elmina ou , bourg; le fort Nassau; le fort Leyds-j
Po[>ulalion.
Saint-George de la Mine ; le fort Fredenbourg; le fort Nasse saamheyde ou Apam.
^ ^ iDans Iç royaume d'Ahanta : le fort Ànto-
I nius ; le fort Hollandia ; le fort Sébastien 1 Dans le royaume d'Accra ; le fort Crève \ cœur.
(Sumatra (la plus grande partie de cette île ^ avec Bencouleny ^ Java , dont Batavia la capitale est celle de toute rOcéanie néerlandaise. i Madura en totalité. f / Célèbes en grande partie. \
(Bornéo, id. Archipel de Sumba\^a et Timor, presque en entier.
Archipel des Moluques presque en entier. La Terre des Papouas et Vile des Papouas presque en entier.
' Iles Bonair, Curaçao , Saint- Eustache , m\e\ » , \ partie de celle de Saint- Martin , celle f
- \ de Saba et quelques îlots peu importans. i
vColonie de Surinam à la Guyane. /
OcÉAME.
1 ii,45o
(i) Voj'ez pour connaître en détail les colonie» néerlandaises en Amérique, le tome XI, p. 7'4 et 792.
TABLEAUX. 4l
TABLEAU du nombre d'élèves dans les écoles et collèges du royaume néerlandais en 1827.
Over-Yssel
Drenthe.
Groningu£
Frise.
Hollande septenlr. ,
Gueldre ,
Brabant septentr...
Hollande méridien,
Utrecht
Zélande
Totaux 28,764: 2.122
ii3 8^ 22 1
TABLEAU du mouvement commercial des principaux porti du royaume en 1826^ 1827 et 1828.
Navires entrés à Amsterdam 1,887 1,982 2,i32
Idem à Rotterdam 1,587 i/73' 2,085
IJ. à Scliiedam » » ^.63
Quantités de café entré dans les ports ci-après :
Amsterdam.. (balles) i5o,ooo ii3,ooo 169,000
Rotterdam {Idem) i34,ooo 98,000 ii3,ooo
TABLEAU des forces de terre et de mer en 1 829 et 1 852 .
Homihps.
En 1829 (lors- /Armée de terre...; 43,297
queleroyaumel /Équipages en activité. 4'3i4 des Pays-Bas se ' \ Vaisseaux de ligne.... 12
composait de la ] Armée de mer... V Frégates 33 '
Hollande et de f ) Corvettes 36
la Belgique) vBâtimens inférieurs .. . 5o
Totaux i3i 47,6* ^
ll^'X LIVRE CENT TROISIEME.
Infanterie , 6a bataillons de 800 hommes . Cavalerie , 8 régimens ( 4 de cuirassiers et
4 de cavalerie légère )
Armée ) Artillerie, 3o compagnies ( i5o pièces )...
de terre. ^ Génie , 6 compagnies de mineurs
Garde urbaine , 34 bataillons de 800 hommes , formant 27,200 hommes , et donnant un effectif réel de
Hommes
Total de l'armée de terre 70, 1 5o
En iB32
Armée de mer.
canons.
5 vaisseaux de 84, 74 et 64....
19 frégates., de 60, 44 et 32..., 14 corvettes de 32, 28 et 20...
10 bricks.... de 18, 14 et 12...
3 avisos — de 8,
4 bâtimens divers de 3o à 35 ca-
nonnières
En construction.
4 vaisseaux de 84 à 74
3 frégates de 60 à 4
7 corvettes , etc. de 18 à 2, 1 bâtiment d'instruction.
canons.
\ 70 bâtimens portant ensemble 2,348
\ Equipages en activité 3, 102
Total de l'armée de terre et de mer 73,262
TABLEAU des revenus et des dépenses du royaume néerlandais.
Revenus évalués d'après le taux moyen des florins.
dernières années 4^>o^o,ooo
/Liste civile ; i, 4^5, 000,
Secrétairerie d'Etat et haut col- \
i lége d'administration 541.800 |
1 Départ, des affaires étrangères... 744j5oo i
, I Dépenses de la justice i ,o84,5oo I
Dépenses j/^^ l'intérieur 2,7 i6,70of
\ ^^^^ ^" réformé i ,33o,ooo >
A tmf Udem du culte catholique 400,000 (
de 1155b. tj^^^^ marine 4,750,000 V
1 Dette nationale. — Département 1
' des finances. — Pensions , etc. i4,7i5.oo |
Dépenses de la guerre 21,000,000 /
>/(t/ew des colonies 658,5ooo/
francs.
io5,i49,58o
TA^BLEAUX. 43
Dette de la Hollande francs. 1,198,625,000 »
Somme que le traité du i5 novembre i83i
porte à la charge de la Belgique 639,366,000 »
Dette ) Total qui, d'après le traité , resterait
publique "N à la charge de la Hollande 559,259,000
en i Inscription au grand livre de la dette natio- 1834. f nale active d'une somme de 6,340,37011.
au capital , pour combler le déficit de i832, ci, en francs. 13,504,987 70
'Total général en 1 834 francs. 572,760,987 70
Suite de la Description de l'Europe. — Description du royaume de Belgique.
Ce royaume nouvellement fondé présente, sous le rapport physique, une transition bien marquée entre le territoire néerlandais et le territoire français : au nord les deux provinces de Flandre, celle d'Anvers et celle du Brabant méridional offrent des plaines comme celles de la Hollande, mais encore plus étendues, et les marais du Limbourg se confondent avec ceux du sol néerlandais; au sud s'étendent des plateaux ondulés qui se continuent sur le territoire de la France. Les aspérités du sol ne sont dans la Belgique que des collines ; elles appartiennent au groupe du système alpique qui domine en France et que nous avons appelé groupe fraîico-celtique : ainsi celles qui s'étendent dans la province de Luxembourg et dans celle de Liège, ne sont qu'un prolongement de la cViaîne que nous avons nommée Cevenno-Vosgienne. Le plateau des Ardennes ou plutôt de l'Ardenne, qui appartient à la même chaîne, setend dans le Hainaut , la province de Namur, et celle du Limbourg. Les plateaux qui se trouvent entre l'Escaut et la Meuse sont sillonnés par des fentes au fond desquelles coulent des rivières : ce qui donne à la contrée un aspect montueux. Celle qui est située à Fest de la Meuse est basse dans sa partie du nord-ouest, et s'élève dans la direction du sud-est, c'est-à-dire vers les frontières de la France. Ses points les plus élevés ne paraissent pas dépasser 35o mètres au-dessus du niveau de l'Océan. « Elle « est en général sillonnée , dit M. d'Omalius d'Halloy , par « un grand nombre de vallées et de vallons. Ce mouve-
EUROPE : Description de la Belgique. 4 5
<T ment du sol , l'existence d'une multitude de petites rite vières et le mélange des rochers escarpés avec des prai- « ries, des terres labourables et de petites forêts , lui don- " nent un aspect très-pittoresque ; mais, comme dans pres- « que tous les autres pays où dominent les terrains pri- « mordiaux , le sol est peu fertile , à l'exception cependant « des parties situées au nord de la Sambre et de la Meuse, <c sur lesquelles se sont étendus des dépôts meubles de t terrains secondaires ; de sorte que les richesses miné- « raies s'y trouvent réunies ; ce qui a fait dire que le mi- « neur et le minéralogiste , accoutumés à habiter des mon- « tagnes arides, étaient étonnés de se rencontrer, dans le c Hainaut, au milieu de plaines couvertes d'une végétation «< brillante, où la culture est portée au plus haut point de « perfection. »
Le même savant fait remarquer que sur la rive droite de la Meuse la disposition des vallées présente deux modifications distinctes : les unes sont droites, larges, peu profondes, bordées de coteaux en pente douce, et dirigées du nord-est au sud-ouest ; mais elles sont déchirées par des vallées plus profondes, irrégulières, dirigées en tous sens et servant d'écoulement aux rivières ; disposition qui est due à la constitution géognostique du pays. Les autres vallées n'ont aucun rapport avec la nature du sol, du moins lorsque celui-ci est formé de roches dures; car ces vallées, dit-il, sont arrêtées par des dépôts arénacés. Elles semblent démontrer qu'il ne faut point attribuer le creusement des vallées à l'action errosive des eaux, mais à des crevasses dont les eaux ont profité pour s'écouler.
L'Ardenne, dit encore M. d'Onialius d'Halloy, est plus élevée que les contrées qui l'environnent au nord, à l'ouest et au sud; ses somriiités ont, d'après M. Steininger, une hauteur moyenne de 55o mètres au-dessus du niveau de la mer. Cependant l'Ardenne n'est pas mon-
46 LIVllE CENT QUATRfKMK.
tueuse;vOn y voit des suites considérables de plateaux qui ne préseVitent que de légères ondulations. Mais dans les parties traversées par des rivières un peu importantes , telles que VOur, la Meuse, la Roer, le Semois, \si Sure y etc., elle est déchirée par une multitude de vallées et de gorges extrêmement profondes, souvent très - resserrées , qui présentent des escarpemens de plus de 200 mètres de hauteur. 11 résulte de cette disposition que cette région renferme des cantons très-montueux et d'autres presque plats, et que cependant les sommets des plateaux sont partout à peu près de la même hauteur et le terrain de la même nature. On connaît ses immenses forêts, mais la miijeure partie du sol est aride, et ne présente que des landes « qui « forment ou de vastes plateaux marécageux et absolument <* incultes, connus dans le pays sous le nom de fagnes, ou « de mauvaises pâtures qu'on ne peut livrer à la culture « qu'après un intervalle de i5 à 20 ans, et par un pro- 't cédé particulier appelé essartage; ce n'est en général « que dans les vallées que l'on trouve de véritables prairies « et des terres régulièrement cultivées. »
La constitution géognostique du royaume de Belgique mérite quelques détails. Dans les Flandres et dans la province d'Anvers on trouve un calcaire marin que l'on a d'abord rapporté au calcaire grossier des environs de Paris , mais qui est reconnu aujourd'hui pour être plus récent que tout ce qui constitue les terrains parisiens. C'est sur ce calcaire que s'étend une couche d'argile diluvienne qui constitue les terres fortes des Flandres. Vers le nord de ces provinces s'étend un dépôt sablonneux beaucoup plus moderne: il est composé, suivant un savant professeur de Gand (i), de plusieurs assises dont la plus inférieure est
(0 M. Ch. Moiren : Mémoire sur les ossemens humains des tourbières de la Flandre. — Gand, i832.
EUROPE : Description de la Belgique. 47
un sable vert sur lequel repose , tantôt un limon noir et tout pétri de coquilles d'eau douce appartenant à des espèces encore vivantes aujourd'hui , tantôt un sable blanc ou jaune qui constitue le sol des grandes bruyères de la province d'Anvers et des terres légères du pays de Waes , dans la Flandre orientale , sur lesquelles des blocs erratiques se sont répandus. Ces dépôts septentrionaux sont évidemment diluviens et d'eau douce. Sur ceux-ci, comme sur le dépôt marin du midi, il existe des tourbières qui portent les mêmes caractères, avec cette différence que dans celles qui reposent sur le calcaire marin on trouve des ossemens du bœuf aurochs , et dans celles qui sont sur le dépôt diluvien des ossemens de castors, de loups, de chiens, de loutres, de chèvres et d'hommes. Cuvier a prouvé que les castors de ces tourbières appartiennent à une espèce qui n'existe plus ; voilà donc un nouvel exemple d'ossemens humains contemporains d'animaux dont les races sont perdues.
Les dépôts diluviens ou de transport de la plupart des provinces belges, telles que celle d'Anvers , le Brabant méridional , les Flandres, le Hainaut et le Limbourg, renferment des ossemens d'éléphans et quelquefois de rhinocéros; celles de Namur et de Luxembourg ne paraissent pas en recéler; mais dans les cavernes de la province de Liège, particulièrement celles de Chokier, un savant naturaliste (0 a trouvé dans une couche argileuse d'origine diluvienne, mêlée de cailloux roulés de quarz, et de fragmens de calcaire , des ossemens humains accompagnés de débris de rhinocéros et du grand ours des cavernes ( ursus spelœus).
Si de Menin nous tirons une ligne passant par Bruxelles et se terminant à Maestricht , tout l'espace qui s'étend au
(') M le docfeur Schmerling, de Liège
48 LIVRli CKNT QUATllliîMf;.
sud de cette ligne nous offrira une grande variété de formations plus ou moins anciennes.
Depuis les bords de la Senne jusqu'à la frontière belge, à peu de distance d'Aix-ia-Chapelle , s'étend une longue bande de terrain crétacé composé de craie blanche, de marne , d'argile , et de craie tufeau. Sa plus grande largeur du nord au sud se trouve entre Saint-Trond, dans le Limbourg , et Héron dans la province de Liège.
A l'ouest du terrain crayeux, s'appuie sur celui-ci un terrain supercrétacé dont nous avons déjà parlé , et qui est plus récent que le calcaire grossier des environs de Paris : il se compose d'un sable calcarifère coquillier , qui renferme des bandes de roches calcaires. 11 s'étend en longueur de l'est à l'ouest, depuis Dhuy jusqu'à Turcoing, et en largeur depuis Bruxelles jusqu'à Nivelles.
Au sud de ce terrain, depuis Nivelles jusqu'à Chimay, on traverse 5 à 6 bandes de calcaire anthraxifère , c'est-àdire contenant une matière combustible appelée anthracite, qui se prolongent presque parallèlement du sud-ouest au nord-est, depuis Tournay jusqu'aux environs d'Aix-la- Chapelle, et dont la plus septentrionale est à Nivelles, et la plus méridionale au sud de Chimay.
Au sud de la plus septentrionale, on voit à l'ouest et à l'est de Mons le terrain houiller , qui s'étend ensuite en une longue bande depuis Fontaine-l'Evêque dans le Hainaut, jusqu'à Daelheim, dans la province de Liège. Au sud de Mons reparaît la craie recouverte des grès du terrain supercrétacé 5 mais plus au sud encore, depuis les environs de Dour jusqu'à Verviers, les bandes du calcaire anthraxifère s'appuient sur des schistes ardoisiers qui régnent ensuite sans interruption jusqu'aux frontières méridionales de la Belgique.
La stratification ou la disposition des couches du calcaire anthraxifère et du schiste ardoisier est remarquable
KUROPE : Description de la Belgique. ^9
en ce qu'elles s'élèvent verticalement , ce qui oblige à exploiter au moyen de puits les immenses houillères des environs de Namur et de Mons. Quel soulèvenlent ces couches ont dû éprouver par suite de l'action des feux souterrains, pour que ces couches, originairement horizontales, se trouvent aujourd'hui perpendiculaires!
Dans la partie du Luxembourg qui appartient à la Belgique on voit reposer sur les schistes le lias ou calcaire à gryphées, les marnes irisées, le calcaire conchylien ou muschalkalk des Allemands , et le grès bigarré.
Tel est en général l'ensemble des terrains qui constituent le territoire de la Belgique. Ils donnent lieu à quelques exploitations plus ou moins considérables , parmi lesquelles la houille n'est pas la seule qui soit importante.
Les roches quarzeuses et celles qui renferment de l'amphibole, et qui forment des couches au milieu du terrain ardoisier, constituent une branche importante d'exploitation pour le pavage des routes et pour faire des meules à aiguiser : c'est dans le terrain qui contient de l'anthracite que se trouve cette grande variété de n^rbres, l'une des richesses minérales de Belgique, principalement celui qui doit à de nombreux débris de corps organisés marins le nom de petit granité, et que l'on exploite à Soignies , à Harquesne, à Felay , aux Ecaussines dans le Hainaut, et à Ligny dans la province de Namur: on doit encore citer les marbres noirs connus sous les noms de marbres de JSamnr^ de Theux et de Dinant, ainsi que celui de Sainte- Anne^ qui vient des environs de Thuin dans la province de Hainaut, et qui est veiné de gris et de blanc. Un autre marbre assez estimé est la brèche de Waulsort, dans la province de Namur. Le même terrain contient en abondance de riches minerais de fer et de plomb, et donne naissance aux célèbres eaux thermales de Chaudfontaine , près de Liège. Le schiste est exploité comme pierre de Vil. 4
5o . LIVRE CFNT QUATRIÈME.
construction , et employé aussi en carreaux , en tables , et quelquefois en ardoises ; au milieu des roches schisteuses des bords de la Meuse, on exploite ces pierres à aiguiser, ces pierres à rasoirs que l'on expédie sur tous les points de l'Europe , ces schistes chargés d'alun que l'on vend sous le nom de crayons de charpentiers; enfin, c'est du terrain ardoisier que jaillissent les eaux minérales de Spa, qui ont acquis une si grande célébrité.
Le fer abonde dans le terrain anthraxifère ; il s'y présente sous deux états différens : le fer oxidé que les mineurs nomment mine rouge ^ et le fer hydraté qu'ils appellent mine jaune. Le premier de ces minerais forme des couches dans les bandes schisteuses , et donne un fer tendre et cassant peu estimé ; le second se présente en amas considérables au milieu du calcaire et donne en général du fer d'excellente qualité. Les plus riches exploitations de ce métal sont celles des cantons de Walcourt et de Florenne. On en exploite aussi dans les environs de Couvin , d'Echsweiser , de Ferrière , de Rochefort et de Theux. Le calcaire anthraxifère recèle aussi des filons de galène et de pyrite, c'est-à-dire de sulfure de plomb et de fer, principalement à Vedrin, près de Namur. A Visé on trouve du cuivre pyriteux disséminé en globules; à Moresnet, dans la province de Liège , on exploite dans la localité connue sgus le nom de la Vieille-Montagne , ainsi qu'aux environs de Limbourg , du zinc silicaté et carbonaté , et le métal qu'on en retire sert à alimenter une importante fabrique de zinc établie à Liège et plusieurs manufactures de laiton , qui existent en Belgique et dans le nord de la France.
C'est dans la bande de calcaire anthraxifère que la nature a creusé la belle grotte de Han , située à 5 lieues de Dinant. La rivière de la Lesse s'y engouffre sous des masses de rochers pour reparaître à 5oo mètres plus loin , de l'autre côté de la colline. Les corps légers que l'on jette dans la
EUROPE : Description de la Belgique. 5i
rivière prouvent que celle-ci met 24 heures à traverser les sinuosités de la grotte. Cette célèbre caverne se compose d'une série de cavités élevées, unies par des couloirs plus ou moins resserrés dont le développement est de plus d'une demi-lieue, et dont les parois sont tapissées de brillantes stalactites. Il est bon de remarquer , dit M. d'Omaîius d'Halloy, que la vallée de la Lesse n'est point barrée en cet endroit, mais qu'elle se prolonge autour de la colline traversée par les eaux, et que lorsque le volume de celles-ci devient trop considérable pour entrer dans la grotte , une partie s'écoule dans la vallée.
Le royaume de Belgique reçoit plusieurs fleuves et un grand nombre de rivières , qui prennent naissance sur le territoire français. L'Escaut , en brabançon Schelde , sort de France, traverse une partie du Hainaut, borde à l'orient la Flandre occidentale, sépare en deux parties la Flandre orientale, et forme la ligne de démarcation entre celle-ci et la province d'Anvers , avant de se diviser en deux branches principales qui, en tombant dans la mer, forment les îles dont se compose la Zéla/ide. La Meuse , que le Belge appelle Maas , et qui à 7 lieues des frontières de la France reçoit les eaux de la Sambre, arrose les provinces de Namur, de Liège et de Limbourg, sépare le Brabant septentrional de la Hollande, et, se réunissant au Wahal ou au Rhin , usurpe le rang de ce grand fleuve. Parmi les autres cours d'eau qui arrosent le territoire belo^e nous citerons la Lys^ qui a donné son nom à un département français formé de la Flandre occidentale , et qui parcourt une étendue de 19 lieues en France et de 28 en Belgique ; la Nèthe , formée de la grande et de la petite Nèthe , qui ont donné aussi leurs noms à un département dont le chef-lieu était Anvers, et qui se réunit à la Djle grossie des eaux de la Senne pour former la Rupel; la Sambre^ en latin Sabis ^ qui coule pendant 17 lieues en
France et ii2 en Belgique; enfin la Lesse^ petite rivière de i5 lieues de cours, qui n'est célèbre que par son passage souterrain dans la grotte deHan, et \ Ourthe qui a donné son nom à un département dont le chef-lieu était Liège, et qui n'a que 2 5 lieues de cours. Ces deux rivières se jettent dans la Meuse.
Les diverses parties du royaume de Belgique diffèrent principalement par leur humidité plus ou moins grande. Dans le duché de Luxembourg le climat est sain et tempéré, cependant plutôt humide que froid. Le chêne, le frêne et le hêtre dominent dans ses belles forêts; les bêtes à cornes y trouvent des pâturages abondans; on y cultive quelques vignes qui cfonnent un vin médiocre; les arbres fruitiers y sont rares ; le blé y réussit avec peine ; mais l'habitant tire un grand avantage de la culture du seigle, de l'avoine , et surtout de la pomme de terre.
Dans la province de Liège l'air est souvent brumeux : ses vallées fertiles et bien cultivées, principalement celle qu'arrosent r(9Mr/^^ et \Emhle^>e^ donnent, outre les productions du Luxembourg , une belle qualité de froment ; son territoire n'est pas moins riche que le précédent en forêts , en gibier , en porcs et en bêtes à cornes.
L'air de la province de Namur est vif et sain; le sol , trèsvarié, est docile à la culture, les moutons ont une laine plus belle et une chair plus succulente que dans les deux autres provinces.
On respire dans le Hainaut un air aussi sain ; on y jouit d'un climat aussi tempéré; on y remarque la même fertilité, et les forêts, quoique plus disséminées, procurent de beaux bois de charpente.
La Flandre occidentale et la Flandre orientale sont sous l'influence d'un climat humide qui fait naître fréquemment des fièvres dangereuses ; l'été y est chaud, mais pluvieux; l'hiver y est froid : les vents du nord-ouest rendent souvent ,
FUROPE : Description de la Belgique. f)3
dans la première de ces provinces, cette saison redoutable par les inondations qu'ils causent.
Les deux Flandres nourrissent des chevaux trop lourds comme monture, mais excellens pour le trait. Les autres animaux domestiques s'y font remarquer par leurs qualités, qu'ils doivent à de bons pâturages. Les végétaux qui y réussissent le mieux sont le tabac, le chanvre, la garance, et surtout le lin, principale richesse du pays. Dépourvues de forêts , mais abondantes en tourbe , on y fait un grand usage de ce combustible. Les provinces du Brabant méridional, d'Anvers et du Brabant septentrional, sont saines, quoique humides; le sol y est partout fertile, excepté dans le nord de la dernière , où les bruyères et quelques forêts de pins couvrent encore des landes sablonneuses, sur lesquelles la tourbe s'accumule au fond des grands marécages ; cependant des travaux assidus pourraient, comme sur le territoire d'Anvers, transformer en fertiles prairies des terrains inutiles. Le Limbourg, non moins marécageux, se livre avec un grand avantage à l'éducation des bestiaux et des abeilles.
Avant de passer à la description des villes du royaume de Belgique , nous jetterons un coup d'oeil rapide sur les anciens peuples qui habitaient ce pays avant , pendant et après la domination romaine. Les principaux, ceux qui donnèrent leur nom à la Belgique, sont les Belgœ ^ nation celtique que l'on s'accorde à regarder comme originaire de la Germanie (0, et dont le nom signifiait dans son propre idiome, selon les uns, habitans du nord, selon d'autres, querelleur., du mot tudesque belgen qui signifie disputer. A une époque très-reculée qu'il est difficile de fixer d'une manière précise, mais qui paraît être entre l'an 35o et 281 avant notre ère, ils traversèrent le Rhin, envahirent la Gaule
(0 Tœsar. De Bello Gallico, lib. II, c. iv
septentrionale jusqu'à la chaîne des Vosges à l'est, et au sud jusqu'au cours de la Marne et de la Seine ('). Leur véritable nom de Belg se prononçait Bolg, Volg et Volk: de là la dénomination latine de Belgœ^ Volgœ et Folcœ^ par lesquelles ils sont désignés dans les anciens auteurs. La nation belge se composait de plusieurs peuples dont les principaux étaient les Fellocasses ^ les Tres>iri^ les Segni, les Condrusi^ \es Ehurones ^ les Atuatici, les Cœresi, les Pœmani, les Amhwarites ^ les Menapii, les Morini ^ les ISer^ii^ avec les Centrones ^ les Grudii^ les Levaci^ les Pleumosii , et les Gardunî, peuplades qu'ils prenaient sous leur protection.
Ceux de ces peuples qui occupaient la Belgique actuelle étaient les Amhwarites dans la province d'Anvers ; les Nervii dans le Hainaut et dans une partie du Brabant méridional et de la Flandre orientale; les Morini dans la Flandre occidentale ; les Menapii dans le Limbourg , avec les Ehurones qui possédaient aussi la province de Liège, et qui paraissent avoir pris plus tard le nom de Tungri ; enfin les Tre^iri^ qui comprenaient dans leur territoire la plus grande partie de la province de Luxem'bourg. Subjugués par les Romains, ces peuples s'unirent en 409 aux Francs pour secouer le joug qu'ils portaient depuis 458 ans. C'est de cette réunion que date l'origine de la monarchie française. Le roi Clodion, fils de Pharamond, s'empara de la province romaine appelée seconde Belgique , et fixa le siège de son empire à Dispargum^ que l'on croit être aujourd'hui la ville de Diest , dans le Brabant méridional ; Mérovée ajouta aux conquêtes précédentes celle de la première Germanique , et choisit Tournay pour capitale \ Childèric y joignit la seconde Germanique avec la première
fO M. Amédée lliierry : Histoire des Gaulois , t. I , ch. iv, p. i3o. — Voyez aussi le Dictionnaire géograph. de la Belgique et delà Hollande , dans lequel l'auteur, M. Dewez, place cette émigration vers l'an 280.
EUROPE : Description de la Belgique. 55
Belgique ; enfin Clovis s'empara de Tongres et de la seconde Belgique : ainsi , les premiers rois de la France l'ont égale ■ ment été de la Belgique.
Sur la rive droite de l'Escaut, Anvers^ en flamand Antwerpen, paraît devoir son nom à deux mots flamands, aen^ twerf\ qui signifient au quai., parce que dès la plus haute antiquité cette ville avait un quai destiné au débarquement des navires. Dans les anciens monumens historiques elle est appelée Andoverpia^ Anturpia, Andowerpum^ etc. On croit qu'elle était la cité des Amhivarites , peuple dont parle César (i) ; les lois saliques paraissent en faire mention sous les noms Anhunerbo et à^Andrepns; mais ce qu'il y a de certain , c'est qu'il en est question dans des actes du VIP siècle, qui lui donnent le titre de castrum , expression qui signifiait déjà, non pas un château, mais une ville forte : et en effet , c'est en 63o que saint Amand y construisit l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul (2). Devenue au VHP siècle le boulevard septentrional des Francs contre les hordes danoises, frisonnes et normandes, elle reçut le titre de marquisat de V Empire , c'est-à-dire Marche frontière. Vers Tan 11 24 elle était déjà très-peuplée; en 1201 son enceinte fut agrandie; en i3o4 elle prit de nouveaux développemens ; en i3o6 ses rues furent pavées; en i456 l'autorité municipale ordonna que ses maisons, qui jusque-là avaient été bâties en argile , le seraient en pierres ou en briques; enfin, au XVP siècle, elle devint une ville régulière, une place commerçante, et elle entra dans la ligne des 32 villes hanséatiques. Devenue après sa réunion à la France, en 179^ , chef-lieu du département des Deux- Nèthes, des travaux immenses ordonnés par Napoléon l'élevèrent momentanément au rang des principales villes ma-
(0 Cœsar : De Bello Gallico , lib. IV, c. ix. — (2) Dewez : Dictionnaire géographique de la Belgique et de la Hollande. — Bruxelles, 1829.
56 LIVRE CEJNÏ QUATRIÈME.
ritimes de l'empire français. Sa cathédrale est la merveille de la Belgique 5 c'est l'une des plus belles constructions gothiques de l'Europe : elle a iSa mètres de longueur, 76 de largeur et 109 de hauteur. Ses voûtes sont soutenues par 125 piliers formant 280 arcades. Plusieurs tableaux des grands maîtres de l'école flamande décorent son intérieur : on y remarque la fameuse descente de croix de Rubens, chef-d'œuvre de ce grand homme. Des colonnes en marbre de diverses couleurs ornent le chœur, les chapelles et le portail. La grande tour dont elle est surmontée fut commencée en 1422 et terminée en i5i7; lorsque l'église fut brûlée en i533, il n'y eut de préservés que le chœur et cette tour. Celle-ci a i44 mètres de hauteur. Elle renferme un des plus beaux carillons de la Belgique : il se compose de 42 cloches, bien qu'il y ait 4^ autres cloches ordinaires pour carillonner aux fêtes. Montons jusqu'à la plus haute galerie de cette tour pyramidale , et jetons un coup d'œil sur le magnifique spectacle qui s'offre à la vue. On se trouve au centre d'un panorama de 10 lieues de rayon; on voit se diriger dans tous les sens les 212 rues de la ville; on aperçoit l'hôtel de ville , bâti à l'époque dite de la renaissance, mais achevé plus tard dans un autre style, ce qui produit un coup d'œil bizarre auprès des maisons qui bordent la place, et dont l'architecture est plus ancienne, telles que la fameuse maison de la corporation des brasseurs, si élégamment sculptée; la Bourse attire aussi les regards : c'est un parallélogramme dont le cloître intérieur et à jour se fait remarquer par la multiplicité des colonnes qui soutiennent l'édifice, et dont aucune n'a la même forme ni la même sculpture. Cette bigarrure tient à une cause qui mérite d'être rappelée : la Bourse a été fondée par les corporations du commerce, et chacune fit faire un pilier sur un dessin particulier, en n'observant d'autre règle d'uniformité que celle de la hauteur. L'église de Saint-
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Jacques renferme le tombeau de Rubens et son beau tableau de la Sainte-Famille, qui fut fait en 17 jours, et dont toutes les têtes sont les portraits des membres de sa propre famille. Sur la place de Meer on voit l'hôtel du gouvernement, qui sert encore d'habitation aux gouverneurs , et où Napoléon résida en 1806. On aperçoit aussi les six portes de la ville, ses quais, les restes de ses chantiers, le magnifique faubourg de BorggerKout ; le port, l'une des plus grandioses créations de Napoléon, et destiné à recevoir plus de 100 navires; l'arsenal, d'une étendue considérable, qui fut incendié en i83t par les Hollandais; enfin la citadelle, une des plus foires de la Belgique, et qui cependant fut enlevée aux Hollandais , en i832 , par l'armée française sous les ordres du maréchal Gérard. L'Escaut, dont la largeur est de 1600 pieds à quelque dislance du port, donne un aspect magnifique à cette ville, patrie des Teniers, de Van-Dyck, de Jordaëns , de la famille de Rubens et d'autres personnages célèbres.
A 8 lieues au nord-est d'Anvers nous voyons Turnhout^ bâti à l'endroit où les ducs de Brabant avaient construit un château au milieu d'une forêt. Elevée au rang de cité en 1264, cette ville, dont on porte la population à 12,000 âmes, est célèbre par ses dentelles et ses divers tissus de lin, de chanvre et de laine. Au confluent des deux Nèthes. Lierre^ dont on remarque la grande église et l'hôtel de ville, était déjà, en 121 2, au nombre des cités belges. Son nom, dit-on, dérive de Ledi qui signifie yZ^^jc de la mer. En remontant le cours de la Dyle, Mali nés ^ qui communique avec Bruxelles par un chemin de fer de 4 lieues de longueur, est nommée en flamand Mechelen : c'est une ville bien bâtie et peuplée de 28,000 âmes. Sa plus belle église, celle de Saint-Rombaut, renferme quelques tableaux remarquables. Sa tour a 112 mètres de hauteur. Cette ville existait au IX* siècle. Son ancien nom est Maghlinia [maris linea\ c'est-à-dire reflux de la mer. Déchue de la splendeur dont elle a joui long- temps, elle est encore le siège d'un arche-
vêchë; mais son importance réelle n'est plus que dans la fabrication de ses dentelles, renommées sous le nom de point de Malines. On y fabrique aussi toutes les cbaises dont on se sert en Belgique.
Ces campagnes dont l'œil mesure sans obstacle la riche et fertile étendue, n'offrent pas un seul monticule, et ne sont que des prairies alternant avec des champs, des haies et des jardins. Vers l'ouest on voit s'étendre la Flandre orientale avec ses vingt villes toutes plus importantes les unes que les autres. A 4 lieues d'Anvers , l'élégante cité de Saint-Nicolas ^ riche de son commerce de lin, de chanvre, de houblon et de seigle , et de ses^^briques en tous genres, est traversée par une route magnifique. Cette ville de 17,000 âmes renferme une place d'une grande étendue, un hôtel de ville et une église remarquables par leur architecture. A 3 lieues au-delà , Lokeren , à peu près aussi peuplée, est arrosée par la Durme qui, canalisée jusqu'aux bouches de l'Escaut, favorise son important commerce en grains, en bestiaux, en toiles et en denrées de toute espèce. Termonde ou Dendermonde , c'est-à-dire Bouche de la Dendre^ située au confluent de cette rivière et de l'Escaut, passe pour être ancienne : on croit qu'elle existait du temps de Charlemagne. Sa citadelle ne date que de l'an 1624. Cette petite ville peut inonder ses environs à une grande distance.
A 7 lieues de celle-ci brillent les clochers de Gand ou de Gent^ cette ancienne capitale de la Flandre, qui du temps de Charles-Quint surpassait en superficie la capitale de la France. Sa forme est triangulaire; l'Escaut, la Lys, et les deux petites rivières de la Liève et de la Moère y forment plus de 26 îles réunies par plus de 100 ponts. Cette ville, comme toutes les autres de la Belgique, présente les traces de la domination des Espagnols : un grand nombre de maisons rappellent par leur architecture celles de Madrid, ce qui forme un singulier contraste avec la niultipli-
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cité de ses canaux , qui la font ressembler à Amsterdam. Des quais magnifiques, de grandes places publiques, des promenades agréables, dans une enceinte murée de 4 lieues de circonférence, placent Gand au rang des belles et vastes cités; mais peu peuplée relativement à son étendue, l'aspect en est monotone et triste; sa population est de 85,ooo âmes. La citadelle que fit bâtir Charles-Quint pour contenir les habitans, n'existe plus; le roi Guillaume en a fait construire une autre assez mesquine. La cathédrale , sous l'invocation de Saint-Bavon, monument de la munificence des comtes de Flandre, est un des plus remarquables de la Belgique. Il fut consacré en 941. On y admire la belle chaire à prêcher, ouvrage de Delvaux. Il faut surtout porter son attention sur l'église souterraine qui date des temps antérieurs à Charlemagne et qui possède des tombeaux parfaitement conservés de divers personnages du VII^ siècle. La tour voisine appelée le beffroi^ et dont les fondemens ont été posés en i46i et la croix en i535, porte un carillon célèbre par le nombre de ses cloches. L'hôtel de ville est digne aussi de fixer l'attention : c'est un double bâtiment à deux faces : l'une, qui est dans le style gothique, fut commencée en i48i; l'autre date des premières années du VIP siècle. Le palais de l'Université présente une belle façade. Les principales places de Gand sont le Marché du vendredi^ remarquable par sa grandeur, et le Marché aux grains^ près duquel se trouve , au détour d'une rue , un canon en fer forgé d'une dimension extraordinaire : il a 3 pieds de diamètre et 18 de longueur. On dit que Charles-Quint le fit fondre pour contenir les Gantois. Le Kauter et la Couture sont les deux plus belles promenades. Un zèle éclairé pour les sciences, les arts, la morale et la religion, a contribué à la fondation de plusieurs riches établissemens dans cette patrie de Charles-Quint , de Jacques Arteveld qui se rendit célèbre dans les troubles de la Flandre?
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de rhellëniste Daniel Heinsius, du sculpteur Delvaux, de l'architecte François Romain , de l'astronome Philippe Laensberg, et de l'historien Van-der-Vynckt. Parmi les établissemens les plus utiles, nous citerons l'Université, le jardin botanique , le cabinet de physique et d'histoire naturelle, le musée de peinture, la collection de médailles et d'antiquités, l'académie des beaux-arts, la société d'agriculture et de botanique, l'hospice des incurables et des aliénés, la maison de correction, et plusieurs associations philanthropiques. On montre rue des Champs la maison qu'occupa Louis XVIII pendant les cent-jours; dans l'O^^er- Scald le cabaret où l'archiduchesse Jeanne mit au jour lé prince qui devint célèbre sous le nom de Charles-Quint; et non loin de l'Université la maison du fiimeux brasseur Jacques Arteveld, qui au XIV^ siècle fut le général des Gantois et gagna des batailles sur les comtes de 'Flandre et les ducs de Bourgogne.
On attribue l'origine de Gand à deux châteaux dont Tun appelé Castrinn Ganda lui donna son nom. Elle était déjà de quelque importance au VIP siècle; on la voit au XP, industrieuse et riche, créer son commerce, conquérir ses libertés municipales, et pendant trois siècles prendre part aux intrigues politiques de l'Europe et s'y distinguer souvent comme rebelle. A ses opulens tisseurs de laine succédèrent ces turbulens tisserands qui dictèrent des lois à leurs souverains, aux ducs de Bourgogne, comme aux empereurs eux-mêmes. Sous la République et l'Empire, Gand fut pendant 20 ans le chef-lieu du département de l'Escaut; aujourd'hui encore elle est l'âme des Flandres par l'activité de son industrie : elle renferme des fabriques de soieries, de chapeaux, de dentelles, des raffineries, des tanneries, et plus de 60 manufactures où l'on file, tisse, blanchit et imprime le coton.
Sur les rives de la Dendi e, à 5 lieues au sud-est de Gand,
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Alost^ en flamand Aêlst^ est une ville de i5,ooo âmes qui renferme une belle église dédiée à Saint-Martin et un hô> tel de ville construit depuis peu d'années et remarquable par son architecture. Alost paraît devoir son origine à un château que les Goths bâtirent en ^ii. Elle eut jadis le titre de ville impériale , parce que la rive droite de l'Escaut , qui faisait partie de son territoire , relevait non pas des rois de France, mais des empereurs. Elle donna le jour à Koeck, peintre et architecte de Charles-Quint, et à Thierry Martens qui introduisit l'art de l'imprimerie en Belgique, et dont le tombeau, qui porte une épitaphe composée par Erasme, se voit dans l'église de Saint-Martin. Alost fait un commerce considérable de grains de houblon et d'huile de colza.
Comme la précédente, c'est à un château bâti en 4i i par Alaric que la petite ville ^ Aadenarde doit son origine. Les Flamands ia nomment Au-den-aerde.^OM hôtel de ville est remarquable par sa belle architecture gothique. Audenarde est la patrie du peintre Brauwer, de l'historien Rap- Saet, et de Marguerite de Parme, fille naturelle de Charles- Quint. En 1708, il se livra sous ses murs une bataille dans laquelle les Français, sous les ordres du duc de Bourgogne et du duc de Vendôme, furent forcés de céder à la force numérique de l'armée des confédérés autrichiens, hollandais et anglais, commandés par le prince Eugène et Marlborough. Les Français la démantelèrent en 1744-
Suivons l'une des belles routes qui partent de Gand, et dirigeons-nous vers la Flandre occidentale. Quiconque a traversé ce pays n'a pu s'empêcher de remarquer la fraîcheur et la beauté des femmes de la moyenne classe , et surtout de celle du peuple; elles offrent le type de ces belles Flamandes, brillantes de fraîcheur et d'embonpoint, que le pinceau de Mieris a si fidèlement copiées , et que les Teniers ont représentées dans leurs fêtes de village et dans leurs scènes de cabaret. Les villes, les bourgs, les hameaux
se pressent tellement dans cette populeuse contre'e, qu'étonné de ce spectacle, on s'écrie, comme Philippe II : Ce nest qu^uiie grande ville.
Bruges , qui fut le chef- lieu du département français de la Lys, et. qui est la capitale de la Flandre occidentale, paraît devoir son nom au mot flamand Bmggen (ponts), parce qu'il fallait jadis traverser deux ou trois ponts pour y arriver. C'est une des plus anciennes cités flamandes* il en est fait mention dans une charte du IV* siècle; au VIP siècle elle avait déjà le titre de ville municipale; dès Tan 867 elle était fortifiée ; il serait même possible que quelques parties de ses murailles remontassent à cette époque. Au commencement du XIIP siècle, elle était le principal entrepôt des villes hanséatiques, et l'une des plus florissantes places de commerce de l'Europe. Ses rues sont larges, mais ses maisons à pignons découpés, leur donnent un aspect gothique qui a conservé à cette ville une telle empreinte du caractère flamand , que l'on regrette de n'y plus rencontrer ces sombres figures à chaperons mi-partis , et au coin des rues ces chaînes en fer, barrières matérielles des franchises de Bruges. Le pays d'alentour, qui, sur une étendue de 7 lieues, comprend plusieurs villes, bourgs et villages, formait un canton qui porte encore le nom de Franc-de-Bruges., et qui s'administrait par des coutumes particulières. Dans l'ancienne salle du Franc^de-Bruges , au Palais de Justice, on admire de belles sculptures en bois, entre autres une statue de Charles-Quint, de grandeur naturelle. Cet édifice décore la vaste place du Bourgs sur laquelle on voit aussi \ hôtel de ^'^7/e , bâtiment gothique, riche de sculpture et de souvenirs. Un beau monument du moyen âge est Xèglise de Notre-Dame qui avait le titre de cathédrale avant 1801, époque à laquelle l'évêché de Bruges fut réuni à celui de Gand ; on y remarque une belle statue de la Vierge par Michel-Ange. Le marché du vendredi est une des trois
EUROPE : Description de la Belgique. 63 grandes places de la ville : plusieurs allées d'arbres y forment une promenade agréable. La place du grand marché est la plus belle, on y voit le vaste bâtiment des halles dont la £açade est surmontée d'une immense tour carrée que l'on aperçoit des bords de la Tamise, et qui possède le plus beau, le plus harmonieux de tous les carillons connus. Sur cette même place, la halle aux draps^ bâtie sur un canal, est soutenue par plusieurs piliers , de sorte que les navires peuvent passer dessous pour traverser du canal d'Ostende dans celui de Gand. Cette ville a donné le jour au mathématicien Simon Stevin, inventeur du calcul décimal, au géomètre Grégoire de Saint- Vincent, au jurisconsulte Damhouder, auteur de plusieurs traités sur la procédure civile et la procédure criminelle, aux peintres Jean de Bruges, Roger et Stradan. et à Van-Berchem, inventeur de l'art de tailler le diamant. Elle possède une académie des beauxarts, une société Aq littérature , un collège royal, une bibliothèque publique , un jardin botanique et un cabinet de physique et d'histoire naturelle. Le bassin du canal peut contenir plus de loo navires de 4 à 5oo tonneaux. Mais après avoir été pendant le moyen âge l'une des villes les plus commerçantes de l'Europe, la rivale de Gand et tour à tour son alliée ou son ennemie, fidèle ou rebelle aux comtes de Flandre qui souvent y résidaient, sa prospérité a toujours été en déclinant. Sa population s'élève cependant encore à 42,000 âmes.
Ostende, ville forte et port de mer , à 5 lieues de Bruges, est trois à quatre fois moins peuplée. Elle soutint, depuis le 5 juillet 1601 jusqu'au 11 septembre 1604, un siège mémorable à la suite duquel elle se rendit à Ambroise Spinola, qui commandait l'armée espagnole. Cette ville date du XIl^ siècle; son nom signifie extrémité orientale. Elle était menacée de voir son commerce tout-à-fait ruiné; déjà son port , encombré par le sable et les galets , ne recevait plus
les gros bâtimens qu'à la faveur de la ruarée nionlante , lorsqu'en 1827 il fut complètement nettoyé et garanti contre le renouvellement du danger qui le menaçait, par une écluse de chasse qui forme la porte de mer. On pêche sur la côte voisine une petite espèce d'huître qui est très-recherchée des gastronomes.
A 9 lieues au sud de cette ville , Ypres ^ sur le bord de XYperlée , était jadis la rivale de Bruges en industrie et en commerce \ sa population était alors de 120,000 âmes; elle en compte à peine i5,ooo aujourd'hui. Elle fabrique encore des toiles, des étoffes de laine et de la dentelle; mais elle n'est réellement importante que par ses fortifications rétablies depuis la paix. Parmi ses édifices on doit citer Xhotel de ^jille ^ appelé communément les halles^ beau monument du XIV^ siècle, surmonté d'une haute tour dans laquelle on conserve les archives. L'église de Saint-Martin est aussi fort ancienne; elle a perdu le titre de cathédrale depuis 1801 , que le diocèse d'Ypres a été réuni à celui de Gand.
Si nous voulons voir une ville industrieuse, il faut nous diriger sur Court ray ^ que la Lys divise en deux quartiers à peu près égaux; ses belles toiles, son linge de table et ses dentelles sont l'ahment de son commerce. Il s'y tient tous les ans deux foires considérables. Corttyk^ son nom flamand, vient de celui de Coî'tojiacum ^ \\\\e gauloise dont elle occupe sans doute remplacement; elle fut plusieurs fois prise et reprise par les Français. Ses environs sont fameux dans l'histoire par un grand nombre de batailles ; en i3o2, l'armée française perdit contre les Flamands celle que l'on appela la bataille des éperons , parce que les ennemis trouvèrent sur le terrain plus de 4)t)00 éperons dorés. En i382, Charles VI vengea cette défaite par la victoire de Rosebecke , qui fit éprouver une perle de 4o,oOo hommes aux Flamands ; en 1794 5 i^^ie armée déjeunes Français y
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battit deux fois les vieilles bandes autrichiennes soiltenues par les Anglais et les Hanovriens.
Les autres villes de la Flandre occidentale sont de peu d'importance. Thielt est la patrie du fameux Olivier le Dain, surnommé le Diable , qui fut barbier, puis ministre de Louis XI , et qui fut pendu sous le règne de Charles VIII ; Thorout passe pour devoir son nom au dieu Thor, à qui Ton rendait un culte dans les forêts qui entouraient cette ville , dont on fait remonter l'origine au-delà de notre ère ; Fumes ^ en flamand F^euren^ possède un hôtel de ville d'une architecture gothique remarquable, et fait un commerce assez important en chevaux et en bestiaux ; Dixmude est célèbre par la bonté de son beurre, dont la vente l'enrichit; enfin Roulers ou Rousselaer, ville de 10,000 âmes, c'est-àdire environ deux fois plus peuplée que la plupart des cités de second ordre que nous venons de nommer, fait un grand commerce de grains et possède des fabriques de toiles.
Sur la rive droite de l'Escaut, le Hainaut comprend plusieurs lieux mémorables dans les fastes de la stratégie. Près de Tournay, Fontenoj rappelle la victoire à laquelle assista Louis XV ; la petite ville de Fleurus est célèbre dans les annales de l'Espagne par la bataille que gagnèrent ses troupes sur Mansfeld en 162 2 , et dans la longue série de nos victoires , par celle que livra avec tant de succès , en 1690, le maréchal de Luxembourg à l'armée impériale; par la journée du 16 juin 1794? dans laquelle Jourdan défit les Anglais et les Autrichiens , et fit tomber la Belgique au pouvoir des Français ; enfin par celle qui précéda de deux jours la célèbre défaite de 181 5. Le village de Saint-Denis est célèbre aussi par la trahison du prince d'Orange, depuis roi d'Angleterre, qui, le i4 août 1678, attaqua et battit l'armée française commandée par le maréchal de Luxembourg, après la signature de l'armistice qui venait d'être conclu à Nimègue. Steenkerque vit en 1692 le VII. 5
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même général français battre les alliés commandés par Guillaume d'Orange; et la plaine de Jemmappes a été le théâtre de la victoire que Dumouriez remporta sur les Autrichiens le 7 novembre 1792, victoire qui fit donner le nom de ce village au département français dont Mons fut le chef-lieu.
Toiirnay^ à deux lieues de la frontière, est partagé par l'Escaut en uille vieille et "ville neui^e ; dans celle-ci un superbe quai planté d'arbres forme la promenade la plus belle et la plus fréquentée de la ville; les maisons en sont bien bâties, les rues propres et assez droites; l'autre quartier, moins beau, s'élève sur l'emplacement de Tornacum^ qui paraît remonter au-delà du II® siècle, qui servit de résidence aux rois francs, et qui fut érigé en évêché au V® siècle. On admire la construction de la cathédrale, dont les quatre clochers noirâtres s'aperçoivent à une distance considérable; l'intérieur est surchargé de sculptures et d'ornemens de la plus grande richesse. Elle fut fondée par les chrétiens belges, au temps de Théodore son premier évèque, vers l'an 480. Le tombeau de Childéric fut découvert par hasard, en i653, en démolissant une vieille maison à côté de cette église. Une fouille faite à sept pieds de profondeur mit au jour un sac de cuir renfermant plus de 100 pièces de monnaie d'or et autant en argent; le fer d'une hache et celui d'un javelot, une lame d'épée, cinq agrafes, un étui avec un style pour écrire , les charnières de deux tablettes, une petite tête de bœuf émaillée , deux anneaux dont un portant un cachet sur lequel on lisait ces mots : Childerici régis. Ces divers ornemens en or étaient accompagnés de plus de 3oo petites abeilles en or et en argent , qui paraissaient avoir appartenu à un manteau royal; le tout se trouvait mêlé à des ossemens , parmi lesquels on remarquait deux têtes humaines et le squelette d'un cheval , ce qui servit à confirmer la coutume qu'avaient les Francs de se faire
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enterrer avec leurs armes, leurs habits, leur chevaLde bataille, leurs bijoux les plus précieux, et peut-être quelques dépouilles de leurs ennemis, car l'une de ces deux tètes était vraisemblablement celle d'un esclave ou d'un pfuerrier vaincu. Tournay, qui pourrait contenir plus de 60,000 âmes, n'en renferme pas la moitié; elle est cependant industrieuse et commerçante; ses tapis, ses toiles, ses camelots et ses porcelaines sont connus dans toute l'Europe. Louis XIV fît raser ses fortifications , mais elles ont été rétablies sur un plan nouveau.
A une ou deux lieues de cette ville , entre les villages dé' Hollain et de Rongy, on remarque , au milieu de la campagne , un bloc de grès haut d'environ j 5 pieds, large de 10, et épais de 2 , ^ui est connu dans le pays sous le nom de piejTe Brunehaut ; on a fait beaucoup de conjectures sur l'antiquité et le but de ce monument, qui, selon nous, doit être rangé parmi ceux qu'on appelle druidiques; il offre tous les caractères d'un menhir^ et, sous ce rapport, il est d'autant plus remarquable, que ces sortes de monumens sont fort rares en Belgique.
• La petite ville de Leuze ne renferme rien d'intéressant qu'une assez belle église dédiée à saint Pierre et à saint Paul Ath est une place forte dont les remparts furent élevés par ordre de Charles-Quint, reconstruits par Vauban, et détruits par Joseph II; mais depuis i8i5, le roi Guillaume y a fait faire des travaux de défense qui la mettent sur un pied respectable. Elle possède un collège qui, depuis l'an 1416 qu'il fut fondé, a toujours joui d'une grande réputation. Son hôtel de ville et l'église de Saint- Julien sont de beaux édifices dans le style gothique. Cette ville a vu naître le récollet Louis Ilennepin, qui fut missionnaire au Canada, et découvrit le fleuve M.\sûss\t^\. Enghien ^ qui fut bâtie en 1167, par un seigneur (X Angieti ou à Ainghin^ près d'un château de ce nom, fait le commerce de den
telles, de tapis et de toiles, et n'offre de remarquable que le château de la famille d'Aremberg , célèbre dans tout le pays par la beauté de ses jardins. Cette petite ville est à 5 lieues au nord de Mons, qui mérite quelques détails.
Morts ^ capitale de la province, est bâtie sur l'emplacement de Castri'locus ^ où Q. Cicéron commandait une légion de l'armée de César; elle garda long-temps le nom de cette station romaine; mais elle ne prit réellement le titre de ville qu'au VIP siècle, époque à laquelle sainte Vaudru, fille du comte Walbert, y fit construire une magnifique alifeaye dans laquelle elle reçut le voile et le manteau des mains de saint Aubert, évêque de Cambrai. Elle est grande et fortifiée; mais il existe peu de places fortes qui aient plus souffert des maux inévitables delà guerre. En iSya, Louis de Nassau employa un singulier stratagème pour s'en emparer : il y fit entrer des soldats déguisés en marchands de vin qui conduisaient des charrettes chargées de tonneaux à double enveloppe, dont l'extrémité renfermait du vin et l'intérieur des armes. Après avoir payé les droits, les prétendus marchands de vin égorgèrent les employés de l'octroi ainsi que la garde , et livrèrent les portes à leur chef, qui y entra aux cris de ^ive la liberté! plus impôts de dixième et de vingtième l faisant allusion aux contributions exorbitantes dont la ville était frappée par le duc d'Albe. Mons renferme 23,ooo habitans ; ses fortifications en font le poste militaire le plus important pour la Belgique; on y remarque l'hôtel de ville, édifice gothique surmonté d'une tour; et l'église de Sainte- Vaudru , qui n'est pas celle que l'on érigea au VIP siècle en l'honneur de cette sainte : elle fut détruite en 1112 par un incendie, et rebâtie en 1148; celle que l'on voit aujourd'hui fut commen cée en 1460, et terminée en 1469- Celle de Sainte-Elisabeth est riche d'ornemens dans le goût espagnol. La bibliothèque publique mérite d'être citée.
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Nous, ne devons point passer sous silence le magnifique établissement industriel fondé à une lieue de Mons dans la plaine de Jemmappes , par M. Desgorges : c'est un village nommé Omu , qui consiste en plusieurs bâtimens uniformes destinés à l'habitation des ouviners et de leurs familles, formant une population de 1600 individus. Ils ne sont admis aux travaux que lorsqu'ils ont appris à lire et à écrire : alors seulement on les emploie aux fonderies et à l'extraction de la houille. M. Desgorges, qui fonda en 181 7 ce village de travailleurs, fut emporté par le choléra en i832. Ses lumières et son zèle ont contribué à répandre le bien-être dans les communes environnantes, en inspirant parmi les basses classes l'amour du travail , de l'ordre et de l'instruction.
Sur le bord de la Sambre s'élève Charleroi^ ville de 6000 âmes , qui , à la place qu'occupait le village de Charnoi , fut fondée et fortifiée en 1666 en l'honneur du roi d'Espagne Charles II. Ses fortifications plusieurs fois détruites ont été reconstruites depuis 181 5. On y compte plusieurs fabriques d'ouvrages en fer et en acier, de verrerie, de tabac et de canons de fusil. Thuin^ à quelques lieues plus haut, a été long-temps une petite place forte; enfin Beaumont, près de la frontière de France, possède des scieries de marbre et des forges. Le village de Vergnies dans ses environs, est la patrie du célèbre musicien Gossec.
A 5 lieues au-delà du cours de la Sambre, que l'on traverse près du bourg de Merbes-lès- Château on aperçoit sur une colline la petite place forte de PhllippeviUe , dans la province de Namur. C'était en i555 l'ancien village de Corbigny; Marie, reine de Hongrie et sœur de Charles-Quint, le fit fortifier à cette époque et lui donna le nom de Philippe II, son neveu. On n'y compte que 1200 habitans. A 2 lieues au sud-ouest, la place de Marienbourg moins importante encore, a été bâtie par la même princesse ; qui lui donna
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son nom. Ses fortifications ont été réparées et augmentées en 1818. Sur la rive droite de la Meuse, Dînant est défendu par une bonne citadelle. Ce chef-lieu d'arrondissement est une des plus anciennes villes de la Belgique. Quelques auteurs prétendent que son nom lui vient d'un temple de Diane que les Romains y avaient construit à la place de celui de la déesse Arduenna, à laquelle les Atuatici immolaient des victimes humaines. Suivant l'historien Fisen, une caverne creusée au milieu d'un rocher qui domine la ville était le lieu où la divinité païenne rendait ses oracles (1). Cette caverne existe encore dans le jardin de l'ancien, refuge de Florenne : on y voit des traces d'antique construction. Au IV^ siècle saint Materne y bâtit une église. Elle est citée comme ville au VP et au VIP siècle sous le nom de Dionantis; mais il n'existe aucun monument antérieur à la fin du XV siècle , parce que les habitans ayant pris parti pour Louis XI contre le duc de Bourgogne Philippe-le-Bon , et ayant pendu en effigie le comte de Charolais, fils de ce prince, et fait mettre au gibet un plénipotentiaire chargé de les engager à se soumettre, le comte de Charolais y entra le 26 août 1466, livra la ville au pillage pendant trois jours, y fit mettre le feu, fit jeter dans la Meuse 800 Dinantais liés deux à deux, dos contre dos, fit transporter à Liège le reste de la population, et raser toutes les constructions qui avaient résisté aux flammes. Ce ne fut qu'en i4% que les chanoines de Dinant obtinrent la permission de rebâtir leur église , ainsi qu'une douzaine de maisons qui existent encore, et dont le nombre s'augmenta par la suite jusqu'à pouvoir compter 5ooo habitans qui forment sa population actuelle.
Une route aussi belle qu'elle est pittoresque borde la rive gauche de la Meuse et conduit à Namiu'j bâti à l'em-
(0 Fisen: Hisloirc ecclésiastique, f. I, p. 20-42.
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bouchure de la Sambre. Celte place, déjà bien forte lorsqu'elle fut emportée par Louis XIV, est devenue presque imprenable par les travaux que le roi des Pays-Bas a faits à la citadelle , qui était connue au temps des maires d'Austrasie sous le nom de Namon^ et qui dans la chronique de Sigebert, au VIP siècle, était appelée Nammum castrum. Sa situation, au confluent de deux grands cours d'eau, favorise son commerce et son industrie : la fabrication de la coutellerie et de la poterie commune, ainsi que la préparation des cuirs , y occupent un grand nombre de bras ; les usines où l'on fond le fer et le cuivre sont ses principaux établissemens industriels; enfin la taille et la vente de ses marbres noirs forment une branche importante de ses exploitations les plus lucratives. Ses édifices les plus remarquables sont l'église cathédrale de Saint- Aubin , construite sur le modèle de Saint-Pierre de Rome , celle de Saint-Loup et l'hôtel de ville, bâti en 1827. Environ 20,000 individus peuplent cette patrie du peintre Jean-Baptiste Juppin.
Rien de plus enchanteur que le spectacle qu'offre la route de Namur à Liège sur les bords de la Meuse ! Ici vous voyez le fleuve resserré entre des plateaux escarpés couronnés par des forêts touffues; là son lit s'élargit, sa pente devient plus rapide, le terrain s'abaisse, et ses flots se pressent avec rapidité ; bientôt des prairies s étendent sur ses rives; il y promène lentement ses larges contours, comme pour jouir plus long-temps de la fraîcheur d'une belle verdure. Au nord de Namur on monte par une route qui, vers l'an 1828, a été ouverte à travers des bois épais et sur le flanc d'une colline escarpée, et d'un abord jusqu'alors difficile; du sommet, la ville et le confluent de la Sambre et de la Meuse apparaissent d'un côté dans toute leur beauté; de l'autre, on descend dans les magnifiques plaines du Brahant méridional.
La première ville que nous traverserons est ISivelLes.^ jadis
fort importante. Au commencement du XIII® siècle elle était entourée de murailles; elle a 3 faubourgs, 5 églises et I hôpital. Il y a 4o ans, elle était célèbre par une abbaye de chanoinesses qui, le soir, quittaient l'habit religieux pour jouir des distractions de la vie mondaine : leur abbesse prenait le titre de princesse de Nivelles. La tour de l'horloge porte à son sommet un homme en fer qui frappe les demi-heures avec un marteau , figure appelée dans le pays Jean-de- Nivelles. Ce n'est cependant point à ce sonneur qu'il faut attribuer un proverbe connu. D'après les recherches de plusieurs historiens , Jean II de Montmorency, père de Jeanr, seigneur de Nivelles , et de Louis , baron de Fosseux, épousa en secondes noces Marguerite d'Orgemont; les deux jeunes gens , qui n'avaient point à se louer de la belle-mère, se retirèrent à la cour du comte de Flandre, et Louis devint la tige des Montmorency-Fosseux. Leur père les somma vainement de revenir; sur leur refus, il les traita de chiens et les déshérita. La sommation avait été faite à l'aîné, Jean de Nivelles, ce qui donna lieu au dicton populaire : // ressemble au chien de Jean de Nivelles, qui s* enfuit quand on V appelle. Cette ville a 7000 habitans ; elle est la patrie du musicien Jean le Teinturier, qui au XV® siècle donna à la musique une forme nouvelle.
Quittons le petit plateau de Nivelles, avançons dans ces plaines où toutes les armées de l'Europe se donnèrent rendez-vous pour renverser un conquérant fameux. Voici les Quatre-Bras , la Belle" Alliance^ Mont- Saint- Jean ^ Waterloo^ lieux qui rappellent une lutte sanglante que les soldats soutinrent avec un courage héroïque , malgré les fautes des deux chefs ennemis, et dans laquelle la victoire, infidèle à celui qui croyait la tenir, se tourna vers celui qui ne l'attendait plus. Bruxelles ou Brussel^ capitale de la Belgique et chef-lieu du Brabant méridional, n'est qu'à 4 lieues de ce champ de bataille que domine une colline
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élevée de main d'homme , et surmontée du lion de Belgique , figure gigantesque en fer coulé, que les soldats français, marchant en i832 à la délivrance d'Anvers, voulurent renverser, par excès de patriotisme.
L'origine de Bruxelles date du VHP siècle; saint Geri, évêque d'Arras et de Cambrai, fonda une chapelle dans une petite île formée par la Senne, et cette île, qui n'était qu'un marécage (en flamand breecksel) , donna son nom au bourg qui, avec le château du Borgval, devint le bourg de Bruxelles, que sa position agréable fit choisir pour résidence aux ducs de Basse-Lorraine. Les comtes de Louvain , devenus ducs de Brabant, en firent une ville importante qui s'accrut encore sous les gouvernemens espagnol et autrichien. Joseph II transforma ses anciennes fortifications en une belle promenade : c'était une ville entourée d'une simple muraille, lorsque du rang de capitale des Pays-Bas autrichiens, elle descendit en 1794 celui de chef-lieu du département français de la Dyle. Elle est bâtie sur un ten ain inégal , et ses rues sont généralement escarpées. Sa partie basse , la moins saine et la moins régulière, renferme beaucoup de maisons dans le goût de la renaissance. Les habitations sont éclatantes de blancheur , on les badigeonne tous les ans au printemps. On compte dans cette ville 290 rues, i3,ooo maisons, 27 ponts et 8 places publiques: la plus belle est \^ Place- Royale ^ dont l'enceinte quadrangulaire est formée par le beau portail de l'église de Saint-Jacques-sur -Gaudemberg, et par 8 hôtels à l'italienne, d'un goût exquis, formant deux par deux les quatre faces des côtés. La Grande-Place offre un aspect tout différent; les constructions qui l'entourent sont des divers genres d'architecture espagnol , flamand et gothique : la principale est l'hôtel de ville, bâtiment flanqué de 5 tourelles hexagones , et surmonté par un beffroi haut de 366 pieds, couronné par une statue de saint Michel en cuivre
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doré, de 17 pieds de proportion, et tournant sur un pivot au moindre vent. La construction de cette tour est de l'an i44^- La Grande Place du Sablon est ornée d'une belle fontaine en marbre blanc, représentant Minerve assise, qui tient les portraits de l'empereur François et de Marieïhérèse. Cette fontaine est l'ouvrage de Berger, qui l'exécuta en 1751, d'après un legs de Thomas Bruce, comte d'Aylesbury, qui avait séjourné 4o ans à Bruxelles. La place de Saint-Michel n'est pas d'une grande étendue, mais elle est plantée d'arbres et entourée de bâtimens d'une élégante architecture. C'est sous ces allées qu'ont été inhumés les patriotes, victimes de la révolution de i83o : au centre s'élève le modèle en bois du monument que la nation doit faire ériger en leur mémoire. Sur celle de la Monnaie , dont la plupart des constructions sont remarquables, on distingue le grand théâtre royal et l'hôtel des monnaies, bâtiment simple et imposant, présentant une façade surmontée d'un étage et d'un attique. Sur le monticule appelé Molenberg ^ dans la partie septentrionale de la ville, l'antique église de Saint-Michel et de Sainte-Gudule étale son imposante façade gothique : on y monte par un escalier composé de 36 marches ; la sculpture de sa chaire en bois est digne de fixer l'attention; c'est l'ouvrage de Verbruggen. Dans celles de Saint-Nicolas et de Notre-Dame-des-Victoiresaux-Sablons, on remarque des tableaux précieux et de nombreuses reliques. La ville est arrosée par une trentaine de fontaines, presque toutes embellies de sculptures, et alimentées par les eaux d'un petit lac situé à un tiers de lieue de ses murs dans la direction de l'orient. Aucune ne jouit de la réputation populaire du mannêken-piss ^ enfant en bronze, dont le nom exprime par quelle voie il jette un indécent filet d'eau. Cette statue, qui fut coulée en 1648 par le célèbre sculpteur Duquesnoy, en a remplacé une dont l'origine remonte peut-être au XU*^ siècle. Elle porte
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chez le peuple le titre du plus ancien bourgeois de Bruxelles. Elle a été dotée par tous les souverains qui ont voulu s'attirer la bienveillance des Bruxellois. Elle jouit de 3oo livres de rentes, fruit de diverses fondations. Dans les fêtes, le perruquier son voisin, qui est son homme d'affaires, la revêt d'un habit plus ou moins riche; il l'affuble ou du costume de la garde civique ou de l'épée donnée par Frédéric, ou du cordon rouge dont le décora Louis XV.
Nous n'avons point encore nommé tous les édifices de cette ville, tels que le Palais de la Nation^ où s'assemblent le sénat et les représentans; le nouveau Palais de Justice; celui du roi, construit depuis peu d'années, et surtout le magnifique palais bâti par le prince d'Orange, et dont il n'a pu jouir que pendant deux années.
La capitale de la Belgique est, dans une circonférence de 2 lieues et demie, comme une réunion de plusieurs petites cités qui diffèrent par leur langage , leurs occupations et leurs mœurs. Le quartier du Parc est habité parla noblesse et les riches banquiers; c'est aussi celui que choisiss,ent de prédilection les nombreux étrangers. Vers le sud-est, une population active et rusée, mais peu nombreuse et composée d« Wallons , se distingue par sa physionomie et son langage. La ville basse est presque exclusivement peuplée de Flamands, attachés à leur idiome et à leurs anciennes coutumes. Le quartier situé entre ce dernier et celui du Parc, est le centre du commerce et des plaisirs : là demeurent des bijoutiers, des modistes et tous les industriels qui trafiquent sur le luxe des gens riches. La rue de la Madeleine, montueuse et sale, mais flanquée de maisons curieuses par leurs pignons bizarrement sculptés et souvent dorés, est le point de réunion des plus beaux magasins. Les juifs n'habitent pas, comme à Amsterdam, un quartier séparé : les plus pauvres se concentrent dans les rues les plus sales, et les opulens se répandent dans le reste
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de la ville. L'accroissement que prennent certaines parties prouve que l'industrie et le commerce y sont encore florissans, bien que le nombre des manufactures ait diminué depuis i83o. Un magnifique hospice des vieillards, et des établissemens de bienfaisance pour les orphelins, les aliénés, les malades et les aveugles, y sont entretenus soigneusement. Dans aucune ville les secours aux pauvres ne sont mieux distribués ni plus considérables : les indigens secourus en hiver sont au nombre de 25,ooo. La population totale de Bruxelles s'élève à peine aujourd hui à 100,000 âmes.
Un grand nombre d'établissemens relatifs aux sciences, aux arts et aux lettres, donnent à cette capitale un autre genre d'importance. Nous citerons Y Académie des sciences et belles-lettres , la Société royale des beaux-arts ^ celle de Concordia^ où l'on s'occupe de recherches sur la littérature nationale, celle de Botanique ^ celle qui a pour but l'instruction primaire et populaire; \ Université libre ^ fondée au moyen de souscriptions, et \ Athénée, espèce de collège royal. Dans le palais des anciens gouverneurs généraux se trouvent la Bibliothèque de la ^ille^ contenant i5o,ooo volumes, et la belle Bibliothèque dite des ducs de Bourgogne ^ conservée avec soin; les cabinets de physique et d'histoire naturelle, le Musée d'industrie; enfin une collection de plus de 200 tableaux, parmi lesquels on remarque une précieuse suite de tableaux antérieurs aux beaux temps de l'école flamande. Nous devons encore citer le jardin botanique, dont les serres sont d'une magnificence unique, et qui renferme des plantes d une grande rareté ; il orne le faubourg de Schaerbeck, au nord de la ville.
Le duc d'Aremberg , le comte de Robiano et le comte de Beaufort possèdent aussi des galeries de tableaux précieux, et MM. Vandermaelen une riche collection scientifique et un établissement géographique important.
Bruxelles compte parmi ses enfans Jean Boch ouBochius,
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dont les poésies latines rappellent souvent les beautés antiques des grands maîtres; de Feller et le prince de Ligne, écrivains distingués; Mirœus, Pontanus, Cartias, Nény et Hogard, biographes et historiens estimés; Van Helmont, Spigelius et Vésale, connus dans les annales de la médecine. La peinture doit à Bruxelles les deux Champagne, Van Orley et Vander Meulen ; la gravure , les deux Sadeler; et la sculpture, Buyster, Godechasles et Duquesnoy.
Le Bruxellois aime à se montrer, avec un faste qui souvent dépasse ses moyens pécuniaires, dans les réunions brillantes, et surtout dans delégans équipages, vSur les boulevards qui entourent la ville , et sur \ allée ^verte , délicieuse avenue plantée d'arbres séculaires et située entre le canal qui joint celui de Charleroi au Rupel , et entre le chemin de fer dont le mouvement vient embellir cette promenade couverte de chevaux et de voitures. A l'extrémité de l'allée verte est la belle route d'Anvers, dominée par le palais de Laéken, demeure royale d'été, qui fut remise à neuf par Napoléon, et qui, située sur une éminence , jouit d'une vue qui s'étend au loin , et est ornée d'un beau jardin anglais, moins remarquable cependant que celui de Bel-OEil, dans le Hainaut, propriété du prince de Ligne. En général, c'est dans les maisons de campagne des environs de la capitale que les riches Bruxellois déploient tout leur luxe.
Nous traverserons la Senne à Vihorde^ ville de 5ooo âmes, dont l'origine et l'ancien nom de i^i7/wr<:/M/72 remontent au VHP siècle, et qui doit à Joseph II une maison de détention remarquable par la beauté de ses ateliers. Le chemin de fer de Bruxelles à Malines, qui passe par cette ville, en a depuis peu d'années doublé la population. A 4 lieues à l'est nous apercevons , sur un autre canal qui correspond avec Anvers par l'Escaut , Louvain ou Leuwen , qui était déjà connue dans les annales de la Belgique en
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884, et qui possédait au XIV*^ siècle 4ooo fabriques de draps, dont une partie des i5o,ooo ouvriers, forcés de s'expatrier par suite d'une révolte contre Wenceslas , duc de Luxembourg, époux de Jeanne, dernière héritière des ducs de Brabant, allèrent porter leur industrie en Angleterre. Aujourd'hui cette ville n'est plus célèbre que par la fabrication de ses excellentes bières , dont elle exporte annuellement plus de 1 5o,ooo tonneaux. Son canal , qui porte de gros bateaux, contribue avec le cours de la Dyle à activer cette branche de commerce. Un établissement qui donnait de l'importance à cette ville était l'université, fondée en 1427 par Jean IV, duc de Brabant; elle fut supprimée par les Français en 1797 , rétablie depuis i8i5 , et supprimée de nouveau en i835 par une loi qui a affligé tous les amis des saines traditions littéraires et des sciences d'application , dont cette université présentait le modèle. Elle avait reçu du roi Guillaume une atteinte grave par la fondation de deux autres universités; mais on doit regarder comme l'acte le plus impolitique celui qui l'a fait fermer ; par-là on a détruit l'esprit de fusion si utile à entretenir entre la race flamande et la race w^allone. Les universités de Gand et de Liège restent désormais sans tradition , et leur position n'y amènera jamais que des Flamands ou que des Wallons. Le seul établissement important que conserve Louvain est un hôtel des Invalides qui peut recevoir aSoo personnes. L'enceinte murée de cette ville, trop vaste pour une population de 25,ooo âmes, renferme des jardins et des champs, des rues assez régulières, avec des maisons mal bâties et quelques beaux édifices. Parmi ceux-ci se présente en première ligne Vhôtel de 'ville , que l'on peut considérer comme le monument du moyen âge le plus pur de style que possède la Belgique. Son extérieur forme un parallélogramme flanqué de 4 tourelles et de 2 demi-tourelles; trois rangées de sculptures représentent
EUROPE : Description de la Belgique. ^c) des sujets tirés de l'Écriture-Sainte. Cet hôtel allait tomber en ruine lorsque l'administration municipale le fit naguère réparer dans le style primitif. L'église de Saint-Pierre n'est point indigne de l'attention de l'archéologue, qui regrettera toujours la destruction de la belle flèche qui la surmontait, et qu'un violent coup de vent abattit en 1604. On doit remarquer aussi les vastes et somptueux bâtimens de la vieille université. Parmi les collections particulières on peut citer la magnifique galerie de tableaux de M. Van der Schrick. En un mot, Louvaiii est une ville déchue, mais qui chaque jour essaie avec succès de recouvrer sa splendeur passée. A une demi-lieue au sud on voit le magnifique château d'Everlé, appartenant à la famille d'Aremberg.
Aerschot ou Jrschot^ sur le Démer, à 3 lieues de Louvain, est une petite ville autrefois fortifiée, dont l'église paroissiale est fort ancienne. Il ne reste de ses fortifications qu'une tour appelée tour (I Aurélien. Diest n'est remarquable que par son église de Saint-Sulpice, qui renferme les cendres du fils de Guillaume-le-Taciturne. C'est la patrie de Nicolas Clénard, savant helléniste, qui passe pour être l'auteur de la première grammaire grecque. Tirlemont^ en flamand Thienen, plus peuplée que les deux précédentes, est une ville de 8 à 9000 âmes, située sur la Geete. Sa population occupe à peine le tiers de son enceinte qui tombe en ruines. Elle a été l'une des plus importantes cités du Brabant; ses fortifications ont été rasées en 1804. On y a ressenti en 1828 d'assez fortes secousses de tremblement de terre. Wwre , qui n'a que 4 à 5ooo habitans, ne mérite pas d'être visitée.
C'est par la route qui, passant à Tirlemont conduit à Aix-la-Chapelle, que nous entrerons dans le Limbourg, Saint' Trond^ qu'il faut d'abord traverser, trafique de ses dentelles et du produit de ses forges. Cette ville, de 8000 habitans, doit son origine à un village appelé Sarckinium^
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et son nom à un seigneur nommé Trudon , et par corruption Trond, Nous laissons sur notre gauche le bourg de Looz^ dont on aperçoit le magnifique château , et dont les anciens comtes firent souvent trembler par leur audace et leur turbulence les ducs de Brabant et les évéques de Liège ; nous arrivons il Hasselt SUT le Démer; c'est une petite ville qui possède un grand nombre de distilleries. Ses environs, plantes aujourd'hui de tabac et de garance, sont intéressans sous le rapport historique : c'est à l'est d'Hasselt, jusque près de Diest, que les Francs vinrent se fixer en 4^6; le souvenir en est conservé dans la dénomination de Vranckiyck (royaume des Francs), qu'a conservé ce territoire, et dans celle de Frans-Broueck (pâturages des Francs), que l'on donne à l'espace qui s'étend entre Hasselt et Laeck.
Masej'k, sur le bord de la Meuse, doit son nom à ce fleuve. C'est une petite ville qui fait le commerce de cuirs et de dentelles , et qui vit naître le peintre Jean Van Eyck, que l'on regarde comme l'inventeur delà peinture à l'huile, mais qui, à dire vrai, inventa le dessiccatif de ce genre de peinture.
Remontons vers les bords du Jaar, où Tongres, en flamand Tongeren , est fréquenté pour ses eaux minérales ferrugineuses. Cette ville était du temps de César ime forteresse des Eburones ^ qui fut appelée Atuatuca Eburonum^ et qui devint avec Cologne le chef-lieu de la seconde Germanique sous le nom Atuatuca Tungrorum. Les débris de ses remparts romains, dont on voit encore quelques pieds de tours massives , font penser que la ville avait près de 2 lieues de circonférence. Elle fut ruinée en 45 1 par Attila, et en 881 par les Normands. Sa population est à peine de 5ooo âmes.
Dans la province de Liège ^ le premier endroit que nous visiterons est le bourg de Hannut , qui se trouve sur la route du chef-lieu. Liège est appelé en flamand Luyck, Cette
EUROPE : Description de la Belgique. 8 1 cité riche, populeuse et active, est une des plus pittoresques que l'on puisse voir. Lorsqu'on l'aperçoit des hauteurs qui l'environnent, ses tourelles antiques, ses vieilles églises, dont les clochers se mêlent aux hautes cheminées des usines, d'où s'échappe une épaisse fumée de houille, produisent un singulier assemblage, qui n'est point sans quelque charme pour 1 homme qui aime à trouver aux mêmes lieux les traditions de l'histoire et l'essor de l'industrie. Liège, qui s'embellit tous les jours, est l'entrepôt des marchandises des Pays-Bas, de la France et de l'Allemagne. L'exploitation des houillères, les forges, la fonderie des canons, la fabrication des armes et plusieurs autres genres d'industrie, occupent une partie de ses habitans, dont le nombre total est de 60,000. Dix faubourgs, 1 7 ponts , 1 2 places publiques , i arsenal , une bourse , une chambre de commerce, une université fondée en 181 7, des écoles et des sociétés savantes attestent sa richesse , son importance et le zèle d'une partie de ses habitans pour l'instruction et les sciences. Ses fortifications avaient cessé d'être entretenues sous le gouvernement français; mais une vaste citadelle s'est élevée depuis peu d'années sur l'emplacement de l'ancienne : elle a maintenant le rang de place de seconde classe. Ses monumens publics sont peu remarquables, si nous en exceptons sa massive cathédrale , son ancien palais épiscopal , son hôtel de ville , et son nouveau théâtre , construit sur le modèle de l'Odéon de Paris. La cathédrale date de l'an 1016; le palais de l'évêché est un brillant monument du XIIP siècle : ses cloîtres extérieurs sont soutenus par près de 200 énormes pihers donnés par les corporations liégeoises , et présentant la même irrégularité que ceux de la bourse d'Anvers. La cour de ce palais sert aujourd'hui de marché, et c'est dans l'intérieur que siège la cour d'appel. Dans les rues commerçantes on voit encore ces vieilles boutiques enfumées où s'ourdissaient les révoltes ' VII.
contre les ducs de Bourgogne et les évêques. Liège a vu naître plusieurs hommes célèbres : les deux Surlet-Chokier, dont l'un fut antiquaire et l'autre jurisconsulte ; les peintres Lairesse, et Barthélemi Flémalle, plus connu sous le nom de Bertholet; les historiens Gilles d'Orval et Foulon; le biographe Chapeauville ; le médecin Nysten, et le mécanicien Renkin , constructeur de l'ancienne machine de Marly. La mémoire de ces hommes remarquables, et de plusieurs autres que nous pourrions nommer, doit être chère à cette ville, à en juger par le prix qu'elle a paru mettre à posséder le cœur de l'inimitable Grétry, qui naquit aussi à Liège, mais dont la verve musicale s'est illustrée sur la scène française.
Aux environs de cette ville nous ne devons point oublier le bourg de Seraing^ où l'ancien palais d'été des évêques de Liège a été transformé en une magnifique usine fondée par M. John Coquerell , et qui égale ou même surpasse les plus beaux ètablissemens de ce genre en Angleterre et dans toute l'Europe. C'est là que sont fabriquées les machines à vapeur les plus parfaites. Une multitude de puits pour l'extraction de la houille, des martinets et des hauts-fourneaux, dépendent de cette immense fonderie, qui doit son importance aux encouragemens du roi Guillaume.
Dans toute la province on exploite plus de loo houillères qui occupent plus de 10,000 ouvriers.
A 5 lieues au nord-ouest de Liège, TVaremme est une très-petite ville près de laquelle on remarque une antique voie romaine. A 5 lieues au sud-ouest, Huy^ peuplée de 7 à 8000 âmes, est remarquable par son industrie, ses papeteries, ses manufactures de zinc, de fer- blanc, de tôle et d'ouvrages en fonte. On y traverse la Meuse sur un beau pont en pierres; on y voit un château-fort, une église d'un beau style, et plusieurs sources minérales, dont une est connue depuis le YF siècle. S'il faut en croire d'anciennes
EUROPE : Description de la Belgique. 83 chroniques, Huy, en latin Huum, aurait été bâtie en i48 par l'empereur Antonin.
Le pays qui s'étend au sud du cours de la Meuse, à partir de Liège et de Huy jusque dans la partie septentrionale de la province de Namur, entre la Meuse et l'Ourthe, porte le nom de Condros , de celui des Condrusi , peuple qui l'occupait avant la conquête romaine.
Près de la frontière prussienne , Limbourg, ancienne capitale du duché de ce nom, petite ville de 2000 âmes, conserve encore son vieux château , bâti sur la crête d'un monticule imposant. Quelque pittoresques que soient en général les routes de la province de Liège, il est difficile de ne pas mettre sous ce rapport en première ligne celle qui conduit de Liège à Limbourg : elle est presque toujours resserrée entre des coteaux boisés ou tracée au milieu de prairies arrosées par la Vesdre et garnies çà et là de fabriques de draps et d'armes à feu. Fen^iers , un peu plus bas sur la même rivière, continue à s'enrichir par la vente de ses draps estimés. Sa population est de 20,000 habitans. On traverse cette jolie ville avant d'arriver à petite cité de 3ooo âmes agréablement située dans une vallée profonde, resserrée entre des plateaux escarpés, et arrosée par la Vèse, affluent de la Vesdre. Elle est célèbre par ses eaux minérales, qui tous les ans, à la fin de mai, sont fréquentées par plus de 1000 étrangers que le plaisir encore plus que le soin de leur santé y attire. La ville ne se compose que d'une rue tortueuse et assez mal bâtie, mais on y trouve un théâtre, une salle de bal et des maisons de réunion. La plus fréquentée de ses sources est celle du Pouxhon, sur la place du Marché : on en exporte annuellement plus de i3o,ooo bouteilles. Outre cet élément de richesses, elle possède uHe branche d'industrie qui était autrefois trèsproductive : c'est la fabrication de divers petits objets de goût en bois et en fer-blanc peints et vernissés; mais ces
objets ont beaucoup perdu de leur vogue depuis que la fabrication en a été perfectionnée en Ecosse et à Paris.
La dernière petite ville que nous traverserons avant de quitter la province est Stwelot, dont l'ancien nom Stabulaus , disent les chroniques , vient de stahulum , parce que dans ce lieu jadis désert, où les bêtes sauvages venaient boire et manger aussi tranquillement que si c'eut été leur étable, saint Remacle fonda en 655 un monastère qui devint l'origine de la ville qu'on appela Stahlot ou Stavelot, et qui avec la ville de Malmedi, aujourd'hui sur le territoire prussien , forma un territoire dont l'abbé de Stavelot était souverain avec le titre de prince de l'empire. Il y a dans cette ville , de 3 ou 4ooo âmes , des fabriques d'étoffes de laine et des tanneries.
Dans la partie de la province de Luxembourg ^ que les traités laissent à la Belgique, nous remarquerons d'abord La Roche ^ petite ville qui doit son nom aux rochers qui la dominent ; Marche , autre petite ville qui renferme des usines : on lui donne le nom de Marche-en- Famène , parce qu'elle est dans le pays de Famène, contigu au Condros, et qui comme celui-ci doit son nom au peuple antique qui l'habitait, et que César appelle les Pœmani ou Phœmani, Nous trouvons ensuite sur la petite rivière de Wiltz Bastogne^ renommée pour ses excellens jambons : elle est située dans le lieu même où Ghildebert, roi d'Austrasie, possédait une maison de plaisance appelée Belsonacum ^ d'où elle tire son nom.
Aux pieds des montagnes qui séparent le cours de l'Ourthe de celui de la Lesse, nous apercevons Saint- Hubert ^ ancienne petite ville qui s'appelait Andage ou Andàin^ lorsqu'en 825 on y transporta les reliques du saint que les chasseurs ont choisi pour patron , et qui est regardé comme celui des Ardennes. Sa chapelle reçoit encore les fréquentes visites des paysans qui veulent mettre et leurs personnes et
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leurs troupeaux à l'abri de la rage. L'église de cette ville est d'une belle architecture. IS euf château ^ sur la Vierre, fait un commerce assez considérable de grains et de bétail. La position de Bouillon^ dans une gorge profonde que la Semoy parcourt en serpentant, lui donne un aspect triste et romantique. L'ancien château, qui domine cette vieille capitale de duché , la défendrait mal contre un ennemi redoutable , parce qu'il est commandé par les monts environnans, mais il est digne de respect : c'est là que naquit Godefroi, le héros de la première croisade , qui le reçut de sa mère , Ide , duchesse delà Basse-Lotharingie, à titre de seigneurie.
Au milieu des forêts, sur une des collines qui donnent naissance à la Semoy, l'on aperçoit la petite ville ô^Ârlon; qui commerce en fer et en grains; c'est une antique cité, mentionnée sous le nom à' Orolaunum dans l'Itinéraire d'Antonin. Lorsque l'on fouille son sol, on y trouve souvent des objets antiques. Deux fois, en 1793 et 1794? Français y mirent les Autrichiens en déroute. Depuis les derniers traités cette ville, qui n'a que 35oo habitans, mais qui possède des forges , des distilleries , des fabriques d'étoffes de laine et des manufactures de faïence, a le titre de capitale de la province de Luxembourg.
La Belgique, après avoir été violemment séparée de la France en i8i4, fut gouvernée par le roi des Pays-Bas, qui, par un système d'impôt oppressif, sa tendance à exploiter la Belgique au profit de la Hollande , à comprimer l'esprit religieux et les institutions municipales, ne tarda pas à mécontenter toutes les classes. Enfin de nouveaux griefs de la part des Belges, en i83o, déterminèrent une révolution où la Belgique recouvra son indépendance. Un congrès national s'assembla et rédigea une constitution , puis élut pour roi le prince de Saxe-Gobourg. Il jura la constitution en juin i83i.
Le roi partage avec deux chambres le pouvoir législatif,^ et
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l'initiative de la présentation des projets de loi. 11 a le droit de faire la paix ou la guerre , de conclure des alliances et des traites. Il confère la noblesse, dispose des emplois administratifs et militaires. Toute justice émane de lui , mais les juges sont élus par le peuple. La couronne est héréditaire de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Des deux chambres, l'une estlesénat, dont les membres, nommés pour 8 ans au nombre de 5 1 , sont choisis parmi les propriétaires qui paient 2000 francs d'imposition, par les électeurs payant une contribution foncière relative à l'importance de la localité; l'autre, celle des représentans , est composée de 102 membres qui , sans aucune condition d'éligibilité que l'âge et leur qualité de citoyen , sont élus pour 4 ans par les mêmes électeurs qui élisent les sénateurs.
A la tête de chaque province est un gouverneur civil nommé par le roi , et qui exerce les mêmes fonctions que les anciens préfets, mais dont le pouvoir est plus restreint : il est assisté par une députation des États de la province , corps permanent élu par les citoyens pour siéger près des gouverneurs dans l'intervajle des sessions des Etats provinciaux. Cette députation ^les mêmes attributions que celles des conseils de préfecture, et des conseils généraux en France. Les catégories de membres de l'ordre équestre , de députés des villes et des campagnes, créées par le roi Guillaume à l'instar des trois ordres du clergé, des nobles et des communes dans l'antique Brabant , ont été abolies par la constitution de i83o.
Les Etats provinciaux et ceux de districts assistant les commissaires de districts délégués des gouverneurs dans la province, s'assemblent comme les deux chambres à des époques fixes que le pouvoir royal, très-resserré en Belgique, ne peut enfreindre. Le code Napoléon, et toutes les lois civiles publiées en France de 1795 à i8i4j sont en vigueur en Belgique , sauf quelques exceptions. L'institution
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du jury y exerce sa salutaire influence depuis 1 83 1 . La presse y jouit d'une grande liberté; et comme elle n'a jamais été poursuivie depuis i83o , elle peut être audacieuse ; ses excès ne présentent pas de dangers. Toutes les institutions de la Belgique sont aujourd'hui calquées sur celles de la France.
Les Belges jouissent en paix des libertés qu'ils ont conquises; malgré les efforts de leurs envieux, ils se livrent entièrement à la propagation de l'instruction dont toutes les classes ont un besoin réel, à développer leur agriculture si belle et si riche, à rendre leurs armées impos^^ntes , leurs lois plus stables, et leur commerce florissant. L'établissement du chemin de fer de Malines à Bruxelles, et les travaux qu'on exécute pour terminer celui de Cologne à Ostende , et d'Anvers à Paris , dénotent qu'ils comprennent l'importance de leur commerce et le mérite de leur fabrication. Un bel avenir serait réservé à ce peuple, s'il se décidait à marcher dans la voie réelle du progrès; mais entiché d'une vanité déplacée , ne comprenant pas les avantages d'une grande union sociale, il reste divisé et sans forces. La portée de son esprit ne s'étend pas plus loin que l'intérêt de sa ville, et à peine saisit-il bien l'idée de l'agglomération provinciale : comment sentirait-il tout ce que signifie le grand mot de nation? La municipalité et la religion lui ont rendu d'immenses services, il y a 200 ans et plus; ces idées de son enfance auraient dû grandir depuis ce temps, et se formuler en nationalité et en amour religieux de l'humanité : elles sont restées aussi rétrécies qu'à ces époques. Toutes les villes sont rivales les unes des autres , mais elles ne sont point animées de cette rivalité éclairée qui produit le bien : c'est plutôt une haine rétrécie qu'une noble émulation.
Le peuple belge a le sentiment des beaux arts : les Teniers , Verbruggen , Grétry et tant d'autres artistes , morts ou vivans, que la Belgique a produits, suffiraient pour prouver la supériorité qu'il s'est acquise sous ce rapport. Mais ce qui semblerait attester son origine germanique, c est que
la musique est chez ce peuple un besoin impérieux qui règne dans toutes les classes : dans les salons de Bruxelles comme dans la boutique du marchand, et dans les cabarets, vous trouvez des virtuoses; au fond des campagnes même un son de flûte , un coup d'archet , vous surprennent et vous arrêtent; dans les églises, les prières des fidèles semblent ne pouvoir être faites avec toute la ferveur chrétienne qu'au milieu des accords d'un concert harmonieux. Dans les Flandres , les tabagies doivent leur vogue et l'affluence des fumeurs , au choix heureux des musiciens qui composent l'orchestre; plusieurs de ces lieux de réunions populaires prennent le titre de grande harmonie; mais ce n'est point , comme en France , de ces concerts qui vous assourdissent et qui obligent les assistans à élever de plus en plus la voix pour pouvoir se parler et s'entendre : ce sont des amateurs distingués que l'on y va écouter, et pour ne point perdre une note dès que les instrumens retentissent, le Flamand cesse de parler; toute son attention est concentrée; les yeux sont fixes, les oreilles attentives, et si les pipes n'exhalaient leur fumée , si les pots de bière ne se vidaient en silence, on pourrait se croire dans une salle de concert plutôt que dans une tabagie. Enfin , dans les campagnes , chaque village tient à honneur de posséder le virtuose le plus distingué. A certains jours de l'année, ces virtuoses luttent entre eux au milieu d'une population qui attache le plus grand intérêt au résultat du concours, dont le prix , qui consiste en un médaillon que l'on attache à la bannière du patron de la paroisse, est décerné par les mains du bourgmestre.
Le Belge ne vit point frugalement; l'estaminet ou les clubs prennent une partie de sa journée, et 5 heures de travail sont , pour le fonctionnaire et l'homme d'affaires, une journée bien remplie; les jeunes gens, surtout ceux des hautes classes, sont d'une ignorance impardonnable; et pour trouver encore de l'amabilité, de la grâce et de l'instruction, il faut chercher les hommes qui ont
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étudié sous le régime autrichien : ils deviennent très-rares.
Néanmoins il serait injuste d'attribuer à tous les Belges généralement cette nonchalance coupable. Les Flamands, les Brabançons , les gens d'Anvers le méritent, et ceux de Bruxelles avant tous les autres. Mais chez le paysan il y a de l'activité et un travail soutenu : chez le Wallon , c'est-à-dire l'habitant du pays de Liège, du Namurois et du Hainaut, il y a du zèle et de la bonne volonté. Les Wallons s'adonnent au commerce et à l'agriculture avec passion ; ils sont économes, rangés et industrieux. Par leur gaieté et leur vivacité ils rappellent le Français, dont ils regrettent de n'être plus les frères, et il faut le dire, pour le malheur peutêtre de la Belgique, ils ont peu de sympathie pour la race flamande. Leur courage est indomptable, et leur foi sacrée. Il serait à désirer que l'esprit de certains d'entre eux, de ceux de Liège, par exemple, fût moins entaché de cette turbulence qui , chez eux , est un trait caractéristique.
L'industrie de la Belgique mériterait peut-être que nous entrassions dans quelques développemens que ne permet guère la nature de ce Précis : qu'il nous suffise de faire une comparaison qui pourra la faire apprécier. D'après les documens officiels publiés par l'administration des ponts et chaussées de France , les 946 machines françaises à vapeur présentent une force d'environ 1 4,000 chevaux; dans la Belgique , la force totale des machines à vapeur représente une force de 20,000 chevaux. Ainsi cette force est d'un tiers plus considérable en Belgique qu'en France ; et si l'on tient compte de la population et de la superficie des deux pays , on peut en conclure que l'industrie belge est douze fois plus développée que l'industrie française. C'est principalement dans le Hainaut et dans la province de Liège que les machines sont les plus nombreuses et les plus fortes : dans cette dernière, par exemple, on en compte 216, formant une force de 544^ chevaux; la plus forte est de 3oo chevaux, et la plus faible d'un et demi : en France, aucune machine n'excède la force de 100 chevaux.
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TABLEAUX STATISTIQUES