VICTOR HUGO (1802—1885) ET LE MOUVEMENT ROMANTIQUE
Le jeune Victor Hugo éprouva le même changement de convictions que Lamartine et bien d'autres esprits de son temps. Sa mère, Vendéenne de naissance et d’esprit, lui communiqua l'enthousiasme religieux et royaliste qui inspira ses premières poésies. En 1822 , il publia le premier volume des Odes et Ballades , qui fut bien accueilli. En 1826, lorsque le second volume parut, son talent s'était développé, mais son enthousiasme monarchique s'était refroidi.
Le tour original et singulier de son esprit le poussa à des hardiesses de pensée et d'expression toujours nouvelles. Il se forma autour de lui, sous le nom de Cénacle , un cercle de jeunes révolutionnaires en littérature, et en 1827 parut leur manifeste, la préfacé du drame de Cromwell. Victor Hugo y fait la guerre à la théorie des trois
J) Petits poèmes sur des sujets tristes ou tendres.
unités , et condamne cette beauté factice produite par la minutieuse observation des conventions littéraires. Seulement, il alla trop loin dans cette voie. Il proclama comme principe de la nouvelle école la combinaison du sublime et du laid, idée qui, comme toutes celles qui émanent d'un système , a conduit notre auteur beaucoup trop loin. Il en arriva à des créations monstrueuses, d'une excentricité voulue.
La nouvelle école, tout en s’autorisant de l’exemple des grands génies de la littérature anglaise et allemande, aimait à s'inspirer des vieux auteurs du, moyen âge, des romans et des romances des trouvères. De là le nom d'Ecole Romantique.
En 1829, Victor Hugo donna un autre drame, Hernani, ou 1 Honneur Castillan. Lorsque , après bien des difficultés , cette pièce fut enfin jouée au Théâtre français, le triomphe des romantiques était venu. La pièce eut un énorme succès , ce qui ne se passa point cependant sans coups de poing échangés au parterre entre les deux partis. Ainsi, la révolution littéraire précéda la révolution politique. Les classiques et les pseudo-classiques avaient fait leur temps. On osa enfin admirer Shakespeare , apprécier la saine critique de Lessing. On commença â mettre au jour les trésors littéraires du moyen-âge, à goûter les poètes du XVIe siècle, et à révoquer quelques arrêts de Boileau; enfin en reconnut que 1 imitation est stérile et qu’une nouvelle génération doit se frayer des routes nouvelles.
En 1831, Victor Hugo publia le roman historique de Notre Dame de Parts, qui eut un succès pleinement mérité.
En même temps il continuait à faire de la poésie lyrique, à coup sûr son plus beau titre à la gloire. Déjà en 1828, il avait publié un recueil intitulé les Orientales. En 1831, il donne les Feuilles d’automne , puis plusieurs autres recueils , dont- les Chants du Crépuscule (1835), les Contemplations (1856) la légende des Siècles (1859) sont les plus beaux. Et remarquons en passant que la poésie lyrique , morte à peu près au XVIIe et au XVIIIe siècle , renaît avec une nouvelle splendeur dans le nôtre. Plusieurs pages de Chateaubriand, bien qu’écrites en prose, sont animées d’un véritable lyrisme. En 1815, Delavigne compose les Messéniennes. Millevoye avait déjà écrit quelques élégies harmonieuses. Le premier recueil des chansons de Béranger parait également en 1815. Les poésies (V André Chénier , bien qu’elles eussent été composées au siècle dernier, ne sont publiées qu’en 1819. L'année suivante, Lamartine donne ses Méditations poétiques. Enfin, en 1822, les premiers poèmes d 'Alfred de Vigny paraissent à côté des Odes et Ballades de Victor Hugo. Depuis ce moment l'élan ne s'arrête plus, et en face du plein développement des sciences rationnelles et exactes, le lyrisme coule à pleins bords.
Revenons à Victor Hugo. Pendant que son génie lyrique se développait de plus en plus, dans le drame au contraire, entraîné par l’esprit de système et par la fougue de son imagination, il s'engage toujours plus avant dans la voie du laid et du monstrueux. Parmi ses dernières pièces de théâtre, ne citons que Ruy Blas (1838).
Après la révolution de février, Victor Hugo fit partie de la Con-
stituante et se rallia au parti de la république démocratique. Après le coup d’état de Napoléon III, il fut exilé comme un des plus ardents ennemis du nouveau pouvoir. C’est alors qu'il écrivit les CHâTiments, sans contredit un de ses plus Ueaux recueils, mais débordant de haine passionnée.
En 1862, le poète, qui était allé s'établir à Jersey, publia un grand roman social, les Misérables, œuvre un peu inégale, mais qui contient de belles parties.
Après ’70, Victor Hugo revint à Paris, où il mourut en 1885.
Sous la Restauration, on rencontre deux auteurs satiriques, animés d'une profonde conviction républicaine, 1 un prosateur, 1 autre poète. Le premier est P.-L. Courier, dont les Pamphlets mordants méritent toujours d’être lus, à cause de leur style soigné, simple et spirituel. Ses Lettres écrites de France et d’Italie le mettent au rang des meilleurs auteurs épistolaires.
Le second est Béranger, le célèbre chansonnier, dont les poésies, chantées par le peuple, ont sûrement beaucoup contribué au développement des idées républicaines.