III. — Adversaires de Malherbe
Les théories de Malherbe furent vivement altaquccs par les poètes fidèles à la mémoire de Ronsard: Desportes, Bertaut, Régnier, Théophile de Viau, Saint Amant, etc.
- Desportes (1546-1606), oncle de Mathurin Régmer, est le vrai précurseur de Malherbe, qui pourtant ne l'estimait guère. Il se distingue par une certaine netteté de pensée, de style et de versification, surtout dans ses Psaumes (1603) ; et, grand admirateur de Ronsard, il se rattacherait plutôt à ce qu'il y a de meilleur chez Marot. Sa langue est pure ; et s'il imite Tesprit italien, il écrit toujours en français (3).
Bertaut (1552-1611) fut premier aumônier de Marie de Médicis, et évêque de Séez. H a composé des Cantiques, des Elégies, des EpUres» Il a plus de délicatesse et de sentiment que Desportes (4).
Mathurin Régnier (1573-1613) — Neveu de Desportes, Régnier fut attaché à la personne du cardinal de Joyeuse, qu'il accompagna dans ses fréquents voyages à Rome Mais il ne sut pas plaire à son puissant maître, et il revint à Paris, où il semble avoir mené une vie assez vagabonde. A la mort de son oncle, il n'hérita d'aucun de ses bénéfices ;il finit seulement par obtenir un canonicat, à Chartres (1609).
Les Satires de Régnier. — Régnier a composé seize satires, dont les principales sont : — H. Les Poètes (très piquant tableau de la vie du poète telle qu'elle est, et telle que la voudrait Régnier ; — III. La Vie de Cour (à comparer avec le Poète courtisan de J. du Bellay) ; — VIIl. U Importun ou le Fâcheux (imitée d'Horace) ; — IX. A Nicolas Rapin (contre Malherbe) ; ■— X. Le Souper ridicv}e (à comparer avec Boiieau, Safire UT) ; — XIIL Macette ou VHypocrUe (5).
(I) Morceaux cAoMt, 2« cycle, p. 290.
(S) Morceaux dkoim, 2* cycle, p. 294.
(9 Moreeauc ehoint, 2* cycle, p. 184.
(4) Moroeauc ehoitit, t« cycle, p. 187.
(5) Mmuauz cAoteit, !«' eycle, p. 110 ; — 2« eyele. o t0^
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• OriginaiUé ék Régnier. — Régnier continue la tradition des satiriques du moyen ftge et du xvi* siècle ; il a pour ancêtres Jean de Meun, Villon, Marot, mais il y joint une singulière acuité d'observation, développée dès l'enfance, dit-il, par son père ; un sens du pittoresque et du réel qu'aucun écrivain n'avait possédé depuis Villon, si ce n'est Rabelais ; une verve drue et copieuse, qui forme contraste avec la sécheresse de Malherbe.
Il ne faut pas chercher dans les satires de Régnier une philosophie^ ni même une morale. — Mais Régnier excelle à peindre, et il nous a laissé comme une galerie de personnages pittoresques et vivants : ainsi, dans la Satire III : le portrait du courtisan ; — dans la satire X {le Souper ridicule), le portrait du pédant crasseux ; — dans la satire XIII, le fameux portrait de Macette, l'hypocrite : c'est le chef-d'œuvre de Régnier, et cette sœur aînée de Tartuffe est une création de génie.
Régnier critique littéraire. — La satire IX, à Rapin, est un procès en règle. contré Malherbe et son école. Les attaques de Régnier portent sur deux points essentiels : Malherbe, faible d'invention, froid à Vimaginer, refuse au poète le droit de se laisser aller où la verve Vemporte ; et, en second lieu, Malherbe cherche de puériles chicanés de langue et de métrique à des écrivains comme Ronsard, du Bellay, Desportes, qui sont poètes au vrai sens du mot. Quant à lui, Malherbe, ce n'est qu'un grammairien, qu'un regratteur de syllabes. Régnier proteste donc en/faveur de la liberté du poète, qui doit pouvoir, à son gré et selon ses sujets, user de tous les vocabulaires et de tous les styles.
Style de Régnier. — Régnier a un vocabulaire riche, pittoresque, où le mot fait image et tableau. Il dialogue à merveille, comme un poète comique. Et quand la ver>'e ou la colère le soutiennent, il va jusqu'à l'éloquence. Mais quand il veut raisonner, ou définir, ou moraliser, sa syntaxe est lourde et embarrassée.
Théophile de Vian (1590-1626) eut une existence très agitée et très malheureuse. Mais il jouit de son vivant, et quelques années après sa mort,d'une très grande réputation. C'était un lyrique. On citera toujours le Matin et la Solitude, pour le sentiment exquis de la nature, et pour l'impression toute personnelle qui s'en dégage (1). Théophile écrivait, d'ailleurs, avec une facilité tantôt heureuse, tantôt négligée. Il a dit, contre Malherbe : • Jamais un bon esprit ne fait rien qu'aisément.
Saint- Amant (1594-1661), à jamais compromis par Boileau, a écrit quelques^ pièces lyriques, d'un ton personnel et pittoresque, comme La Solitude et le Contemplateur (3).
Cyrano do Bergerac (1619-1655) est le type achevé de lladépendant
,(1) MorcÊttut dioiêiê, 2« cycle, p. 310. (t) Morceau* ekoiiii,fcycU, p. Zi%, ft) MorcMNW ckêiÊia, t« cycto, p. 807.