VI. -T- Casimir Detavlgne
Casimir DelavigniB débuta par un triomphe : les Vêpres siciliermes (1819, Odéon). Ce râjet modernej traité dans le style de Voltaire, ofifrait quelques situations fort belles, dont l'auteur a su tirer parti.
n donna ensuite le Paria (1821), VÉcole des VieîUards (18S3), et la Princesse Awrélie (18S8). Puis un grand drame en vers, Mcarino FàKero (1829). Cette fois, c'était bien du romantisme, par le choix du sujet, par l'imitation de Byron, par la variété des décors, la pr^ence de la foule, etc.
n eut encore deux gros succès : Louis XI (1832) et les Enfants tTÊdouard (1833). Dans ces deux pièces, il a tenté d'imiter Shakespeare.
Delavigne 'tombait en pleine bagarre littéraire ; il n'était ni classique décidé, ni romantique audacieux. Mais le seul fait qu'il ait pu soutenir la lutte avec Hugo et Dumas père, et qu'il n'ait pas complètement disparu du répertoire (car on joue encore Louis XI et ks Enfants d'Edouard)^ suffit à prouver qu'il n'est pas de ces auteurs médiocres dont il fout t désencombrer l'histoire littéraire ».
VIL — La réaction classique. Ponsard,
Le Théâtre-Français avait représenté sans grand succès les Butgraves de Victor Hugo,le 7 mars 1843;le 22 avril de la même année, la Lucr^ de Ponsard obtenait à l'Odéon un triomphe. Lucrèce est une pièce solide, naïve, écrite d'un style lourd, mais franc et sain. L'auteur n'a ni affaibli ni orné son sujet. Il n'y a plaqué aucun faux pittoresque.il a osé présenter au public non pas même la Rome impériale aux fastueux costumes, mais la Rome primitive, en toge de laine blanche (1). — Ponsard fut moins heureux quand il fit jouer, en 1846, Agnès de Méranie, — La popularité des Girondins^ de Lamartine, lui inspira sa Charlotte Corday, beau drame historique en vers. En 1853, il obtint un succès analogue à celui de Lucrèce, avec une comédie en vers, VHonneur et l'Argent ; en 1856, la Bourse ne fut pas moins applaudie. Ponsard, qui avait dû sa célébrité à une tragédie romaine, n'est revenu à l'antiquité qu'une seule fois, avec Ulysse (1852), pièce assez froide.
(1) Morcwux choùiit S* cyels, p. 1055.
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Ponsard reste im nom estimable aujourd'hui, moins par Lucrèce que tout le monde a oubliée, que par VHonneur et r Argent, comédie^que Ton rejoue fréquemment, et par deux drames historiques, Charlotte CÔrday et le Lion Amoureux (repris en 1887). Il n*a pas fait école pour la tragédie.
Ponsard est plutôt le précurseur de la comédie bourgeoise d*Ëmile Augier, de l'Augier qui a écrit Gabrielle et la Contagion. Quant à la tragédie, on y revint sans doute, mais à celle de Corneille et de Racine. Voltaire lui-même avait sombré dans la tourmente romantique.
Vin. — La renaissance du Drame en vers.
Henri de Bomier (1825-1901) donna en 1875, au Théâtre-Françaie, la Fille de Roland, pièce restée au répertoire, et qui, malgré la lourdeur du style, est la plus oom^ianne des œuvres modernes. — Bomier suppose que le traître Ganelon a échappé au châtiment auquel (^harlemagne 'l'avait condamné, et vit dans ses terres sous le nom d'Amaury. Le fils d'Amaury, Gérald, jeune et brave chevalier, délivre la fille de Roland, B^he. Girald et Berthe s'aiment. Mais le fils dé^ Ganelon ne peut épouser la fille de Roland : et Gérald renonee volontairemontàcet amour (1). — Ea 1883, Bornier publiait l* Apôtre (saint Paul), refusé par le Théâtre-Français ; en 1885, il n'obtenait qu'un demi-succès avec les Noces d'Attila, à rOdéon ; enfin, en 1888, son Mahomet, reçu rue de Richelieu, était interdit par la censure, après une démarche de l'ambassadeur de Turquie auprès du gouvernement (cf. Beaumarchais, Monologue de Figaro).
François Coppée (1842-1908) fait jouer en 1881 les Jacobites, et, en 1883, Severo ToreUi, deux grands succès : mais son meilleur ouvrage est Pour là Couronne qui, par la force de l'action, la beauté des caractères, l'édat de la versification, est supérieur à la FiUe de Roland.
M. Jean Richepin (né en 1849) est l'auteur de NanorSahib (1883), drame hindou, d'une couleur éclatante, et de Par le Glaive (1892). Dans la comédie en vers, il garde son style pittoresque et vigoureux, avec plus de naturel : sa meilleure œuvre est certainement le Chemineau (1897).
On peut citer encore la Grisélidis d'A. Silvestre et Morand (1891), la Reine Fiammelte de Catulle Mendès (1894). Et nous arrivons ainsi à M. Ed. Rostand, qui bénéficie de tout ce mouvement antérieur. Nous en parlons au chapitre de la Comédie.
(1) Monmux ehoitit, !•> tycla, p. 501 ; 8* cycle, p. 1000.
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