I. — Du XI* au XIV« siècle
Drames liturgiques et Miracles.
Le Drame litoirgique. — C'est dans les cérémonies et dazjs les offices de l'Église que naquit le drame liturgique. Le clergé se plaisait à introduire dans les textes des développements en latin (tropes) ; puis des morceaux récités par un personnage, et enfin des dialogues, d'abord en latin, et, dès le xi« siècle, en français.
Les grandes fêtes, Noël, Pâques, la Pentecôte, etc., fournissaient d'elles-mcmes la matière de véritables représentations, dans le chœur de l'Église. De même, les paraboles célèbres de l'Évangile pouvaient être dramatisées.
Principaux Prames Utazgiqnes. — C'est ainsi qa'on eat, à Noël, le drame des pasteurs, véritable mise en scène de l'ÉvangHe.
Le jour de Nodl, on représentait aussi le drame de VÉpoux, ou les Vierges sages ei les Vierges folles. Au dénouement, les Vierges folles étaient saisies par les démons et précipitées en enfer (xi<> siècle).
Dans les Prophètes du Christ, on évoquait successivement tous ceux qui ont annoncé la naissance et la mission du Christ : Isale, Jérémie, Daniel, Moïse, David, Habacuc, Siméon, Zacharie, Elisabeth, Jean-Baptiste, Virgile, Nabuohodonosor et la Sibylle.
On possède d'autres drames liturgiques sur le Massacre des Innocents^ les Saintes Femmes au tombeau, la Ckmversion de saint Paul, la Résurrection de Lazare, etc.
Le Drame d'Adam (xii*' siècle). — Cette œuvre forme la transition entre le drame liturgique du xi* siècle et les mystères proprement dits. Le texte est en vers français, dialecte anglo-normand. Le drame d^Adam se jouait devant la porte do l'église. Le sujet est exactement celai de la tentation d'Eve par le démon, tel que le rapporte la Bible ; mais l'auteur a su très habilement analyser les sentiments des personnages (1).
Parmi les autres ouvrages de transition, il faut encore citer : le Jeu de Saint Nicolas, par Jean Bodel d'Arras. — Jean Bodel, auteur de la Chan" Bon des Saisnes, fit représenter son Jeu de saint Nicolas à Arras, probablement au début du xiii'^ siècle. On y voit, dans un décor qui représente plusieurs lieux, divers tableaux pittoresques et une action bien encb&taéa
(1) Mwrcêoux ehoisiê , f cycle, p. 31
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Saint Nicolas obligA des voleurs à restituer le trésor qu'ils ont dérobé à Pémir ; et celui-ci, frappé par ce miracle, se convertit ainsi que tout son peuple. Les scènes pathétiques et les scènes familières y forment im contraste déjà très artistique.
Les Miracles (fin du xiii® siècle et xrv^ siècle). — On appelait d'abord Miracles de petites narrations latines, puis françaises, ob. l'on raconte l'intervention de la Vierge ou des saints dans les affaires humaines. Les auteurs dramatiques, clercs ou laïques, tirèrent des sujets de cette mine inépuisable. Les fêtes des saints, patrons de confréries, de villes, d'églises, les réunions des puis Nostre-Dame, les anniversaires, etc., furent i autant d'occasions d'édifier et d'amuser le peuple, en dramatisant des^ récits déjà connus de tous et qui se prêtaient merveilleusement à la peintiu'e pittoresque de tous les milieux et de toutes les classes sociales. Dans cette peinture de mœurs, en effet, réside aujourd'hui l'intérêt tout particulier des miracles.
Les Miracles de Notre-Dame. — Du xiV siècle, nous avons conservé une collection de quarante Mirades de Noire-Dame par personnages. Ces miracles ont été certainement joués dans des puis^ sorte de sociétés académiques, placées sous la protection de la Vierge et qui instituaient des concours de poésie lyrique et des représentations dramatiques. On sait qu'il y avait des puis à Amiens, Arras, Rouen, etc. Ces quarante miracles sont écrits en dialecte de l'Ile-de-France ; c'est évidemment la collection, le répertoire d'un même pui. Les auteurs ont tiré leurs sujet? des sources les plus diverses : les miracles de G. de Coiiici, ceux de Jean Le Marchant, les chansons de geste, les légendes de saints, les romans d'aventures, l'histoire même. Mais toujours le dénouement est produit par l'intervention de la Vierge, qui apparaît portée par les anges, et remonte au -ciel
On peut citer encore et à part le Miracle de Théophile^ par Rutebeuf (fin du xiii'^ siècle).
Geà petits drames, où l'action a de la rapidité, où les mœurs contemporaines sont bien observées, auraient pu nous donner peu à peu un genre dramatique national. Il ne nous manqua, aux xiV' et xv^ siècles, qu'un poète de génie.