B. DE LA PÉDÉRASTIE, DE LA SODOSIIE, DE LA BESTIALITÉ
La législation ancienne et certaines législations modernes punissent la pédérastie, la sodomie, la bestialité. Nos codes ne font pas mention de ces actes contre nature et ils ne tombent sous l’application de la loi que lorsqu’il y a en même temps outrage public à la pudeur, ou attentat avec violence ou que la victime est mineure.
De nos jours, la pédérastie et particulièrement la
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prostitution pédéraste a pris à Paris et dans tous les grands centres de population un accroissement inquiétant. Rien ne prouve cependant que ce vice se répande de plus en plus. Notre société moderne aurait beaucoup à faire pour en arriver sur ce point au degré d’immoralité des sociétés grecques ou romaines. Qu'on le veuille ou non, on est de son siècle. L’humanité devient meilleure au moral comme au physique, et si dans les civilisations antiques les plus grands poètes pouvaient chanter dans leurs vers des amours inavouables, de nos jours ce n’est plus qu’un commerce clandestin. C’est même un sujet d’étonnement pour le moraliste de trouver ce vice aux époques les plus reculées de l’histoire ; c’est surtout dans les sociétés fétichiques qu’il a pris partout, et même de nos jours on peut le constater en Chine, un développement extraordinaire. Le Lévitique le range parmi les infamies ; à Athènes, c’est l’amour grec, il s’étale au grand jour et Hippocrate le flélrit dans son serment.
De nos jours, après les observations de Westphal, de Tamassia, de Charcot et de Magnan, que l’on trouvera parfaitement résumées dans la thèse d’un de nos élèves, M. Chevalier : Sur l’inversion de l’inslinct sexuel au point de vue médico-légal, Lyon, 1885, la question a changé de face et le sujet à traiter est mieux précisé.
L’inversion de l’instinct sexuel peut se montrer dans les deux sexes : pour l’homme, c’est la pédérastie; pour la femme, le tribadisme. Dans les deux cas, c’est un individu qui recherche la satisfaction de son instinct sexuel avec un individu de même sexe et de même espèce que lui. Comme dans toutes les associations à deux, l’un a le commandement, la direction, l’autre la
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subordination, l’obéissance, l’exécution ; l’un est actif, l’autre passif. Les anciens avaient déjà signalé parmi les pédérastes le cynœdus et le patinais , l’incube et le succube.
Cette division établie, il faut distinguer les pratiqués ou les manifestations de cette inversion de l’instinct sexuel, soit chez les pédérastes, soit chez les tribades. Chez les pédérastes, ce sont des caresses ou manœuvres diverses, la masturbation, le coït anal ou'sodomie, le coït buccal ou succion pénienne.
Chez les tribades, ce sont des caresses ou manœuvres diverses, la masturbation, le coït buccal ou succion clitoridienne appelée encore saphisme.
D’après ce que nous venons de dire, on voit que nous réservons exclusivement le nom de sodomie au coït anal, ce qui permet de donner ainsi des caractères particuliers aux faits de sodomie conjugale et autres dont nous avons à parler. Le terme de bestialité doit s’appliquer aux attentats contre nature commis par des individus sur des animaux. Il faudrait créer un mot nouveau pour désigner les aberrations génésiques des individus, de ces nihilistes de la chair, qui cherchent la satisfaction de l’instinct d’une manière antiphysiologique dans la vue d’un objet inanimé, tels que : uu tablier blanc, les clous de la semelle d’un soulier, un bonnet de nuit coiffant un homme ou la tête ridée d’une vieille femme, etc., c’est Yazoophilie de Chevalier.
De nos jours, la législation fait rentrer la pédérastie dans les attentats à la pudeur; il n’v a pas de distinction, quant au sexe de l'individu (art 531); d’après l’âge de la victime, il y a aggravation de la peine si l’attentat est commis sans violence sur un enfant âgé de moins de 15 ans, ou avec
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violence sur un enfant au-dessous de 15 ans accomplis (art. 551, 552, 555 du Code pénal). Remarquons à ce propos que l’expression de viol n’est employée dans la loi qu’en parlant dos femmes; il faudrait donc dire, dans ce cas, coït anal avec violence. Ajoutons que, dans les affaires de cet ordre, il peut être fait application des articles 55 et 550 du même code.
Dans nos pays, ainsi qu’on l’a fait remarquer, c'est l’école à laquelle se forment les plus habiles et les plus audacieux criminels- C’est un procédé de chantage qui a d’abord été mis en pratique par Lacenaire et son complice Avril dont il avait connu à Poissy la passion honteuse. On trouve la pédérastie comme instrument de crime dans les assassinats de Tessié en 1858, de Ward en 1844, de Benoît et de Bérard en 1856, de Biret et de Letellier en 1857, de l’enfant. Saurel, âgé de trois ans, en 1866, de Robin en 1877. On se rappelle, en 1878, les scandales bruyants d’Auch, de Bordeaux, de Béziers, les affaires Gilles et Abadie ou des cravalcs vertes.
Actuellement, outre la prostitution dont nous venons de parler, il semble que l’instinct génésique cherche ses satisfactions dans des procédés contraires aux lois naturelles. Les cas de sodomie conjugale ne sont pas rares. Les prostituées, dans les maisons publiques, se livrent souvent au coït anal. La succion pénienne, les fcllatores et le saphisme ont atteint une fréquence vraiment inouïe. Le débordement et le succès d’une littérature pornographique (et particulièrement lesbienne) semble indiquer que dans la société actuelle les inversions ou les anomalies de l’instinct sexuel trouvent la perturbation d’un système nerveux mal équilibré. Quelles sont les causes que l’on peut assigner à la pédérastie? M. Chevalier a distingué trois variétés de l’inversion sexuelle ; 1° une inversion acquise, par exemple, dans la prostitution pédérastique et saphique; 2° une inversion des agglomérations ex-
clusivcs : ainsi les pensions, les internats, les armées, les prisons ; ô" une inversion native : ce sont des héréditaires ou des hermaphrodites moraux.
Il nous semble que Diderot a encore mieux précisé l’ensemble de causes qui peuvent produire ces habitudes vicieuses. A la fin de la Suite de l’entretien du rêve de d'Alembert, Mlle de Lespinasse demande à Bordeu : « Ces goûts abominables, d’où tiennent-ils? » Bordeu répond : « Partout d’une pauvreté d’organisation dans les jeunes gens, de la corruption de la tète dans les vieillards, de Battrait de la beauté dans Athènes, de la disette des femmes dans Rome, de la crainte de la vérole à Paris. »
Caractères scientifiques. Dans l’exposition des caractères précis qui peuvent guider le médecin légiste il convient d’étudier successivement l’habitus des pédérastes et leurs différentes pratiques, dont les principales sont les manœuvres diverses de la masturbation, le coït buccal, le coït anal.
De l'habitus des pédérastes. Voici, d’après Tardieu, le tableau de la prostitution et de la criminelle industrie du vol à la pédérastie : « Les hommes qui se livrent au genre d’escroquerie dit chantage, ne sont le plus ordinairement que des voleurs d’une espèce particulière qui, sans être toujours adonnés à la pédérastie, spéculent sur les habitudes vicieuses de certains individus pour les attirer par l’appât de leurs passions secrètes dans des pièges où ils rançonnent sans peine leur honteuse faiblesse. » Ces hommes peuvent remplir en même temps le rôle de chanteurs et de leveurs; d’autres fois ils ont avec eux de jeunes garçons qu’ils dressent à lever leur proie dans des endroits bien connus. Les individus qui, pédérastes ou non, font
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commerce de leurs corps avec d’autres hommes sont appelés tantes. Les cheveux frisés, le teint fardé, le col ainsi découvert, la taille serrée de manière à faire saillir les formes ; les doigts, les oreilles, la poitrine chargés de bijoux, toule la personne exhalant rôdeur des parfums les plus pénétrants et dans la main un mouchoir, des fleurs ou quelques travaux d’aiguille : telle est la physionomie étrange, repoussante et à bon droit suspecte qui trahit les pédérastes. Un trait non moins caractéristique et que j’ai observé cent fois, c’est le contraste de cette fausse élégance et de ce culte extérieur de la personne avec une malpropreté sordide qui suffirait à elle seule pour s’éloigner de ces misérables. »
Cette description ne correspond qu’à l’extérieur des hommes qui se prostituent. Mais elle ne saurait convenir à tous les individus atteints de cette déviation de l’instinct sexuel; comme nous l’avons déjà dit ailleurs, pour ceux-ci il y a très souvent une tache originelle et ce sont des hermaphrodites moraux.
Manœuvres pédérastiques diverses. Elles sont nombreuses et, sans vouloir insister, nous dirons qu’elles consistent tantôt en ce que nous avons appelé le coït périnéal antérieur ou postérieur , fréquent dans les attentats aux mœurs sur les petites filles, tantôt en manœuvres de masturbation, et dans ce cas la recherche du point mammaire douloureux doit être faite.
Du coït buccal. La succion pénienne ou les rapports ab ore étaient, comme nous Lavons dit plus haut, connus à Rome, où il y avait la spécialité des fellatores, mais de nos jours ce mode de coït a pris une plus grande extension. Dans ces expertises, l’examen est le plus souvent négatif. Dans un cas cependant où l’examen
fut fait quelques heures après un coït buccal nous avons constaté sur la verge de l’individu de lines sugillations pointillées soit entre le prépuce et le gland, soit sur le gland lui-même.
Du coït anal ou sodomie. Il faut avec Zacchias distinguer les signes qui sont fournis par un coït anal récent et ceux qui résultent d’habitudes anciennes.
1° Du premier coït anal récent ou défloration anale brusque. Les signes des attentats récents sont assez caractéristiques pour ne pas être méconnus.
IS'ous croyons utile de donner l’explication du siège anatomique qui a été fournie par le docteur AVilsson Johnston (de Loodiana) et publiée dans Vlndian medical Gazette 1 SGG. Notre ami M. le docteur II. Coutagne a bien voulu nous donner la traduction de cet important travail sur les signes de la sodomie. 11 insiste et attribue uniquement de l'importance aux lésions de la muqueuse. Son observation sur les cas de pédérastie récente ou ancienne n’a rien de particulier, mais voici la partie relative au premier coït anal qui constitue le côté original de ce travail ; la pénétration dépasse rarement plus de 25 millimètres de profondeur et la violence porte sur les plis semi-lunaires qui, quand l’intestin est vide, tombent de chaque côté. Un arc du pli muqueux inférieur de l'anus occupe l’angle gauche supérieur et le plus élevé du rectum; un second occupe l’angle droit le plus inférieur, le plus bas, et pend sous la forme d’un croissant central. Le corps étranger s’appuie sur ce centre lâche, tiraille un point d’attache à l’un ou à l’autre des angles et, dans les cas d’intromission évidente (si l’intestin était sain auparavant), on trouvera une déchirure se dirigeant horizontalement en avant à l’angle supérieur gauche
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ou à l’angle inferieur droit. Jamais il n’a vu aucune autre portion de la muqueuse atteinte par ces pratiques : la forme de la plaie est caractéristique et n’est pas produite par un corps dur quelconque. La vraie plaie sodomique est triangulaire, la base interne des côtés du triangle se dirigeant vers le fondement.
Les quelques observations que nous avons faites nous permettent d’affirmer l’exactitude de l’observation du docteur Wilsson Johnston. Ce sont des déchirures par éclatement tout à fait caractéristiques, et d’après des expériences que nous avons faites sur le cadavre avec M. Debierre, professeur agrégé de notre Faculté, il résulte que l’éclatement a toujours lieu sur la ligne médiane, près du raphé, aux deux endroits où la muqueuse est particulièrement adhérente.
Brouardel dit que l’infundibulum peut être prononcé après un seul acte de pédérastie qui détermine à la fois la contracture du sphincter et du releveur de l’anus ; c’est ce dernier muscle qui attire l’anus en haut et forme ainsi avec les fesses l’infundibulum ou un entonnoir. Ce cornet à sommet anal et la contracture qui le produit ne se développeraient que sur les individus nerveux, jeunes le plus souvent et excitables. D’après nous, de nouvelles observations sont nécessaires pour mieux préciser le siège des fissures ou violences qui déterminent le réflexe.
On peut constater sur la victime d’autres traces de violence. Ce sont des désordres typiques du côlé des organes génitaux : des coups d’ongles, des égratignures sur les bourses, à la partie supérieure des cuisses. Le docteur 11. Coutagne a constaté la fréquence des rapports sodomiques chez la femme (sur 446 prostituées, il
trouve ISO fois des signes suspects). Tout médecin expert, ajoute cet auteur, n’oubliera jamais, dans des affaires d’attentats aux mœurs, de compléter l’examen même négatif des organes sexuels d’une femme par celui de sa région anale.
L’auteur de l’attentat sera aussi l’objet d’un examen. A l’article Tache du Dictionnaire de Dechambre on trouvera l’observation d’un individu sur lequel nous avons trouvé de la matière fécale dans la rainure balano-préputiale ; après cette constatation l’individu lut obligé de faire des aveux. Dans d’autres cas, il faut tenir compte de la nature et de la quantité de matière sébacée accumulée entre le prépuce et le gland.
Sur des cadavres, à cause du relâchement du sphincter qui se montre après la mort, il est encore plus difficile de dire la nature des violences qui ont été faites sur cette partie pendant la vie.
11 faut remarquer que la défloration anale n’est pas toujours brusque. Si les tentatives sont lentes, si l’intromission n’est pas complète, si la dilatation se fait peu à peu, les parties étant enduites d’un corps gras, il pourra y avoir commencement de coït sans déchirure de l’anus et de la muqueuse. M. le docteur 11. Coutagne a parfaitement insisté sur ce point : il est de règle que les attentats aux mœurs sur les enfants ont presque toujours lieu sans violences physiques exercées. Aussi on peut ne rien constater à la région anale d’enfants victimes de pratiques sodomiques même répétées.
Au bout de peu de temps du reste tout signe physique peut avoir disparu.
2" Des habitudes anciennes de sodomie. 11 est nécessaire d’étudier à part les habitudes anciennes el
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passives cl d’autre part l’auteur de l'attentat; c’est ce que Tardieu a différencié sous le nom de pédérastie passive et active.
D'après Tardieu, les signes caractéristiques delà sodomie passive sont : le développement exagéré des fosses, la déformation iufundilndiforme de l’anus, le relâchement du sphincter, l’effacement des plis, les crêtes et caroncules du pourtour de l’anus, la dilatation extrême de l’orifice anal, l’incontinence des matières, les ulcérations, les rhagades, les liémorrhoïdes, les fistules, la blennorrhagie rectale, la syphilis, les corps étrangers introduits dans l’anus.
Le développement exagéré des fesses cité par Tardieu n’a pas une grande valeur; ainsi que l’a fait remarquer Brouardel, il u’est spécial qu’à quelques pédérastes et il n’est, bien entendu, pas la conséquence d’habitudes sodomiques. C’est un caractère d’infantilisme ou de féminisme, ainsi que disait Lorain.
Il est certain et admis par tous aue la déformation infundibuliforme de l’anus n’est pas constante, même chez ceux qui ont des habitudes invétérées.
En résumé la présence sur un même sujet de l’inl'undibulum anal, du relâchement de l’anus, de la disparition des plis, peut dépendre d’autres causes que de la sodomie. Le diagnostic est facilité dans quelques cas par la saillie de la muqueuse, dont les bourrelets latéraux peuvent prendre parfois l’aspect de petites lèvres. Toujours le toucher rectal doit être pratiqué : seul, il permet d'apprécier l’état de tonicité des muscles, et il a la plus grande importance. M. Coutagne d’abord, M. Martineau ensuite, ont signalé des particularités intéressantes de la muqueuse anale que ce toucher pouvait faire apprécier.
Nous n’avons pas grand’ chose à dire sur les maladies communiquées par ce mode de coït.
L’examen de l’auteur de l’attentat doit se faire dans des conditions identiques à la règle que nous avons tracée à propos de la défloration anale brusque.
La pédérastie active n’a pas de signes caractéristiques, ainsi que l’ont aftirmé Casper, Maschka, Hofmann, Filippi, Ziino, Brouardel et Coutagne. Ainsi que ces auteurs, nous avons vu sur des inculpés qui avouaient, des signes tout à fait contradictoires à ceux dont nous venons de parler. Comme Brouardel, nous avons examiné à ce point de vue la forme de la verge des hommes visités au conseil de révision ou des malades qui ont passé dans nos salles, et rien ne nous a permis de confirmer les assertions de Tardieu. Nous adoptons au contraire l’opinion de Brouardel, c’est que la forme, le volume de la verge varient beaucoup plusque les traits du visage ; il n’y a de comparable à la diversité de l’appareil génital masculin que la diversité des organes génitaux de la femme.
Dans ces sortes d’expertise, on doit apporter la plus grande réserve et la prudence la plus méticuleuse; que l’expert ait toujours présentes à l’esprit ces judicieuses paroles de Pénard : « 11 laut bien se souvenir qu’une seule parole accusatrice du médecin suffira à flétrir un homme, que l’accusation soit plus tard soutenue ou abandonnée; rien que le soupçon, la possibilité d’une semblable accusation est une note d’infamie ; c’est surtout le médecin légiste, qui n’exerce pas dans un ressort très étendu, qui doit redoubler de soins et de sévérité d’examen. »
L’expert devra d’abord procéder à l’examen des vêtements : sur ceux-ci il peut y avoir des taches sus-
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pectes, par exemple des l âches de sang, de sperme ou de matières fécales sur la chemise, le caleçon et le pantalon.
On examinera ensuite les parties génitales, la verge, l’état du gland, la rainure balano-préputiale, le scrotum et les parties supérieures des cui.sses. On ne manquera pas d’indiquer toutes les particularités, excroissances ou autres tumeurs, qui peuvent être situées dans le voisinage des parties sexuelles. Ce sont des signes précieux d’identité et qui peuvent forcer l’aveu ou démontrer la culpabilité.
Dans l’article Tatouage du Dictionnaire de Dechambre nous avons donné l’observation curieuse de deux petites tilles qui prétendaient que l’auteur de l’attentat leur avait montré un gros doigt en leur disant : « Je vais vous faire voir le diable ! » Sur la verge de l’inculpé nous trouvâmes en effet un tatouage représentant une tête de démon.
Pour procéder à l’examen de l’anus, si le pédéraste est couché, on le mettra dans le décubitus latéral, abdominal, ou encore mieux dans la position dite génupectorale qui fait saillir les fesses et permet de mieux examiner l’orifice anal. Un aide est souvent nécessaire pour écarter les fesses en plaçant une main sur chacune d’elles et les poussant en dehors. Dans l’attitude donnée à l’individu, surtout si elle est prolongée, les efforts faits pour contracter les fesses et diminuer l’ouverture anale ne sont pas longtemps possibles. Nous n’avons pas à insister sur la manière de procéder au loucher rectal : disons toutefois qu’il est nécessaire de le pratiquer, que lui seul permet bien d’apprécier la tonicité musculaire. Si l’on procède à l’examen dans un poste de police ou à la prison, on place le sujet à examiner dans une chaise sur le siège de laquelle il appuie les mains
en baissant la tête et le dos de façon à rendre saillante la région anale.
L’attitude du cadavre peut avoir quelque chose d’assez caractéristique : la victime est couchée dans le lit ou, s’il y a eu lutte, précipitée à terre près du lit, nue ou à peine vêtue.
La question de maladie communiquée par le fait de la sodomie peut être posée. On recherchera d’après la nature des accidents, leur siège, si l’on a affaire aune syphilis.
Dans les expertises de sodomie conjugale, on recherche si une maladie a pu être communiquée par ce procédé et, en outre, on insiste sur le cas de défloration anale brusque. La justice n’a pas à s’occuper des femmes qui se laissent aller à satisfaire les goûts anormaux de leur mari; mais si la femme cède à la crainte ou à la violence, si l’on constate des violences à l’anus ou des sévices sur d’autres parties du corps, il pourra être fait application de l’article 231 du Code civil. La Cour de cassation a d’ailleurs, dans plusieurs arrêts, établi ce principe que le crime d’attentat à la pudeur peut exister de la part d’un mari sur sa femme, lorsque l’acte sodomique a été accompli avec violence. C’est à ce propos que M. le procureur général Dupin disait dans ses conclusions : « Attendu que si le mariage a pour but l’union de l’homme et de la femme, et si les devoirs qu’il impose établissent entre les époux des rapports intimes et nécessaires, il ne s’ensuit pas que la femme cesse d’être jamais protégée par les lois, ni qu’elle puisse être forcée de subir des actes contraires à la fin légitime du mariage; que dès lors il est évident qu’en employant la violence pour les commettre, le mari se rend coupable du crime prévu par l’ar-
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ticle 552, § 5. » Dans de pareils cas on comprend qu’il puisse y avoir simulation, exagération, ainsi qu’il arrive dans toutes les affaires de chantage.
Ces simulations peuvent aussi se présenter dans des affaires plus graves, à propos de crime par exemple.
Dans sa Médecine légale, Ziino cite, d’après Celoni, le fait d’un jeune homme de dix-neuf ans qui, après avoir assassiné un religieux, se fit avec les ongles des écorchures à l’anus, voulant ainsi faire croire qu’il avait commis l’homicide pour échapper à une tentative de sodomie.
On s’est demandé si un individu pouvait être vielime d’un acte sodomique pendant le sommeil naturel ou provoqué. Les remarques laites par rapport au viol pendant le sommeil peuvent s’appliquer à plus forte raison aux actes de cette nature. Disons pour terminer que le médecin légiste est consulté sur l’état mental et la responsabilité de l’individu inculpé de pédérastie. Nous avons eu plusieurs expertises de cet ordre : l’expert ne se prononcera pas seulement d’après la nature des actes libidineux, mais fera un examen complet de l’état mental du sujet pour arriver à démontrer que l’individu est un malade, un de ces hermaphrodites moraux dont nous avons parlé.
11 est fâcheux, comme l’a très bien fait remarquer M. Pénard, que les magistrats et les médecins légistes n’adoptent pas un langage uniforme, intelligible de la même façon pour tous, en acceptant une définition nette et précise de ce qui constitue la nature du délit et du crime. Dans le code pénal, il n’y a pas de défini ! ion de l’attenlat à la pudeur sarts violence. Pour les
enfants et jusqu’à la treizième année, la violence n’est pas nécessaire pour constituer un crime. Mais a l’égard des adultes, c’est la circonstance delà violence (emploi de la force, violence quelconque, etc.) qui donne le caractère de crime aux attentats à la pudeur. D’après Tardieu, l’intromission complète avec ou sans défloration caractérise le viol, et la non-intromission est propre au simple attentat. Mais, ainsi que le dit M. Pénard : « Quand y aura-t-il véritablement intromission? à quelle hauteur du membre viril ou de la cavité vaginale s’arrêtera-t-elle? » D’ailleurs, il faut faire remarquer qu’il peut y avoir viol d’une femme qui a eu des enfants et même d’une fille publique. On pourrait donc admettre avec M. Pénard l’attentat à la pudeur, la tentative de viol, le viol.
L’attentat à la pudeur, en ce qui concerne le point de vue matériel, c’est-à-dire la lésion des organes sexuels, est l’ensemble de tous les désordres possibles, en tant, toutefois, que la membrane hymen restera complètement intacte.
La tentative de viol est l’attentat à la pudeur, plus un commencement, peu ou beaucoup, de rupture de la membrane hymen, assez considérable pour s’apprécier sans le moindre doute par les caractères physiques ordinaires, insuffisant cependant pour laisser pénétrer complètement dans la cavité vaginale un membre viril en érection.
Le viol enfin, c’est la rupture de la membrane hymen, assez complète pour laisser pénétrer librement le membre viril dans la cavité vaginale; c’est, en tout ras, rupture ou non-rupture de la membrane hymen mise à part, la pénétration violente, inaccordée, dit membre viril dans<da cavité vaginale.
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La lecture dos statistiques de la justice criminelle en France, depuis cinquante ans, montre que, de tous les crimes contre les personnes, ce sont les débordements de l’instinct sexuel qui ont éprouve la plus forte augmentation. Ce qu’il y a surtout de déplorable, c'est la croissance constante des attentats qui ont pour victimes des enfants.