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DE LA MORT SUBITE

La vie peut brusquement cesser, par suite de causes internes ou externes. C’est aux premières de celles-ci que l’on réserve, dans ces conditions, le nom de morts subites. Nous dirons avec M. lourdes, que la mort subite est la cessation soudaine et très rapide de la vie, par suite de causes internes ou pathologiques, en dehors de toute action mécanique ou toxique, survenant inopinément chez une personne qui paraissait en bonne santé ou dont l’état de maladie ne faisait pas actuellement prévoir une issue fatale.

Il ressorL des statistiques de Devergie (40 cas), et de Tourdes (88 cas), les résultats intéressants que voici :

C’est en hiver, et pendant les mois les plus froids, que l'on observe le plus de morts, subites, et alors elles surviennent par affections pulmonaires. Les morts subites par le cerveau ont leur maximum en février et en juillet. Celles par le cœur sont également réparties. Les causes déterminantes des unes et des autres sont la température, l'alcoolisme, puis l’inanition, un repas copieux, une course rapide, des efforts de défécation, l’influence du coït, etc.... L’homme semble plus exposé que la femme, et ce genre de mort survient chez lui, surtout par le poumon.... C’est entre 60 et 70 ans que les morts subites sont le plus communes.

Il y a, en très peu de temps, suspension des fonctions du cerveau, des poumons et du cœur. C'est dans ces organes que doivent porter les recherches anatomiques. M. Devergie insiste avec raison sur les caractères d’ensemble pouvant expliquer le mécanisme de la mort ; « La mort par le cerveau, ou par les poumons, ou par le cœur, a des caractères matériels d’ensemble tout aussi tranchés qu’une altération pathologique locale. Ces caractères se déduisent, non seu-

* Voir la thèse du docteur Baptiste. Laboratoire de médecine légale de Lyon, 1885 : Des morts subites ou rapides, par les lésions spontanées des organes abdominaux nu point de vue médico-judiciaire.

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lement de l’état dans lequel se trouve l’organe qui, le premier, a cessé de remplir ses fonctions, mais encore de 1 état des deux autres organes principaux de l’économie et de celui des principaux troncs vasculaires, veineux et artériels. Cet état est une conséquence du point de départ de l’arrêt de la circulation qui a accompagné la mort. »

Dans ces cas, l'autopsie doit être pratiquée avec certaines précautions, 11 ne faut pas chercher à faire de l’anatomie pathologique d’ensemble. Aussi, au lieu de détacher successivement chaque organe pour prendre connaissance de ses lésions internes, il faut laisser toutes les parties en place, afin de voir si leurs rapports sont conservés ; ne pas blesser les vaisseaux qui les unissent et constater la quantité de sang rouge ou non qu’elles contiennent.

Voyons successivement la mort subite par arrêt des fonctions du poumon, du cerveau, du cœur.

1° De la mort subite par airêt des fonctions du poumon.

C’est la plus fréquente. Elle est aussi plus rapide que celle par le cerveau.

Les causes les plus importantes sont l’arrêt des phénomènes mécaniques ou des phénomènes chimiques. Ainsi, l 'introduction de corps étrangers dans les voies respiratoires, d'un bol alimentaire volumineux, par exemple; un abcès volumineux s'ouvrant dans les bronches; une hémoptysie considérable; puis les maladies se généralisant sur une grande surface du poumon, telles que la congestion et l 'apoplexie pulmonaire, l’embolie capillaire; et celles qui se montrent comme complications ou prédispositions graves : l'asphyxie bronchique, l'œdème pulmonaire, l’ emphysème et toutes les maladies des organes de la respiration.

On comprend facilement la pathogénie des accidents. La circulation s’arrête dans le système capillaire du poumon ; les veines pulmonaires se vident et n’apportent plus de sang au cœur gauche. Celui-ci n’en envoie plus aux centres nerveux, et par là la mort se généralise.

A l'autopsie, on constate la rougeur des membranes muqueuses du larynx, de la trachée et des bronches. Dans les voies respiratoires on rencontre une mousse écumeuse, or-

dinairement sanguinolente. Les poumons remplissent la cavité thoracique ; leur surface extérieure est ardoisée et présente des congestions partielles. A la coupe la surface est d'un rouge d’autant plus prononcé que l’on se dirige de la périphérie vers les parties profondes et déclives. Les vaisseaux veineux sont remplis d’un sang noir et épais. Cette coloration du poumon et cette plénitude des vaisseaux sont, pour Devergie, la caractéristique de la congestion pulmonaire. Ajoutons que le cœur, surtout les cavités droites, renferment beaucoup de sang très fluide. Les vaisseaux qui arrivent à l’oreillette droite sont gorgés, tandis qu il y en a très peu dans l’aorte et ses divisions.

2° De la mort subite par arrêt des fondions du cerveau.

Le public croit que ce sont là les cas les plus fréquents et que tout individu mort subitement a été atteint d apoplexie. La mort subite par le cerveau a pour causes principales : la congestion ou X anémie cérébrale, les apoplexies (que l’hémorrhagie ait lieu dans les méninges, les ventricules, dans une partie quelconque du tissu cérébral). Ajoutons que toutes les affections du sijslème nerveux prédisposent à la mort subite. Quand les accidents éclatent par le cerveau, la respiration devient difflcile, les poumons s’engorgent, et c’est un sang noir que le cœur chasse dans ses artères.

Après avoir trouvé les désordres cérébraux, on constate la congestion pulmonaire. Il y a plus de sang dans les cavités droites du cœur que dans les gauches.

3° De la mort subite par arrêt des fondions du cœur.

Elle survient par un trouble mécanique ou dynamique de la circulation ou par une altération du sang.

Les rapports entre le cœur et le cerveau permettent de comprendre comment, le cœur n’envoyant plus de sang, l’action du cerveau se suspend, d’où arrêt des phénomènes physiques et chimiques de la respiration.

Les maladies spéciales du cœur qui déterminent de païens accidents sont la syncope et les altérations cardiaques nombreuses qui la produisent : dilatation du cœur, valvules altérées, surtout celles de l’aorte, a'hérome et dilatation de l’aorte, la rupture du cœur , le coeur gras.

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Après la thrombose et l’embolie, parmi les altérations du sang, on peut spécialement citer V urémie et le diabète'. Nous parlerons dans un autre chapitre de la mort par la chaleur ou par le froid. M. Tourdes mentionne la diathèse hémorrhagique et le développement spontané des gaz.

Dans les cas où la mort commence par le cœur, le sang est distribué à peu près comme pendant la vie. Il n’y a de congestions locales, ni dans le cerveau, ni dans les poumons. Le cœur est volumineux ; il faut d’ailleurs noter qu’il est augmenté de poids chez les personnes qui meurent subitement. D’après M. Tourdes, le poids du cœur dépassé toujours la moyenne physiologique (250 gram. pour [la femme, 250 gram. pour l’homme). Si luge a peu d’influence sur l’augmentation de poids, il n’en est pas de même du genre de mort. Le maximum de l’hypertrophie se rencontre dans la mort par le cœur, puis dans celle par le cerveau et par les poumons,

Si la banalité des causes ou la rapidité des symptômes éclairent le diagnostic, celui-ci est plus souvent donné par les lésions que révèle l’autopsie. Sans doute, celle-ci ne donne pas la solution dans tous les cas, mais au moins elle élimine les hypothèses suspectes, en nous montrant, ainsi que le dit Louis, qu’il y a eu mort subite ou du moins très prompte, dans des circonstances où il est impossible de le prévoir. En négligeant de faire une autopsie, on ignorera le rapport des symptômes et de l’état, des organes ; « on pourra tout soupçonner : tandis que si, après l’examen attentif des viscères, le problème n’est pas résolu, au moins nous en approchons le plus possible, et, ce qui est un grand point, nous évitons les fausses suppositions. »

1 Mort subite dans le diabète, mémoire in Arch. de Médecine (décembre 1877 et janvier 1878). Un mémoire de Frerichs, analysé dans la Gaz. hebd., n» 1, 1881, dit : le trait commun à tous ces cas est le coma terminal. Il est fréquent et constitue avec la phthisie le grand danger pour les diabétiques.

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