‹ Précis de médecine judiciaireChapitre 77 sur 237 · DES TAPIERS, ÉCRITS, ETC · texte numérisé non relu

DES TAPIERS, ÉCRITS, ETC

Il est certain que l'écriture a souvent une physionomie spéciale qui indique assez bien quelques traits saillants du caractère et de l’intelligence. Les documents écrits permettent donc quelquefois, en l’absence de l'individu ou même après sa mort, de se faire une idée de ses habitudes, de son degré d'éducation, et même parfois de l’état des centres nerveux. C’est ainsi que Marcé et Brierre de Boismont ont montré que les écrits des aliénés reflétaient souvent la forme des idées délirantes de leurs auteurs. Si la parole n est après tout que l’expression sonore du langage intérieur, l’écriture en est la forme graphique, et il n’est pas étonnant que dans les maladies qui produisent l’hésitation de la parole on constate en même temps l’embarras de 1 écriture. C’est ce que l’on voit si bien dans le cours de la paralysie générale qui frappe spécialement les appareils de la motilité. Au début, les écrits des paralytiques sont remarquables par un style ampoulé et emphatique, plein de prétentions littéraires, de mots soulignés, avec une exagération de leurs qualités personnelles. Plus tard, ils lont des fautes d’orthographe qui ne sont pas en rapport avec leur éducation; ils oublient des mots, ne datent pas, omettent leur signature, répètent des mots, etc. Enfin l’écriture se déforme de plus en plus, le parallélisme des lignes n’est plus observé, il y a des ratures, le papier est souillé de taehes d’encre, les caractères sont trembles, et ce tremblement est souvent manifeste dans le trajet des jambages un peu longs ou dans le paraphe de la signature.

M Coulier a indiqué un excellent moyen d exploration des actes falsifiés *. Dès qu’une substance étrangère est de-

1 Recherches sous une lâche d'encre, par Ferrand, in Lyon médical, 1885.

DES TACHES, DES EMPREINTES, ETC

posée sur une feuille de papier, l'iode, par son inégale condensation, en accuse la présence. C’est ainsi que l'on peut rendre apparents, en exposant celte feuille à des vapeurs d’iode, des caractères tracés avec de l’eau pure, un acide quelconque, même une plume sèche. L’on peut même rendre apparente l'impression des doigts, les taches reproduisant alors fidèlement le dessin des papilles. Comme ces dessins à l'iode sont fugitifs, on les rend stables par l'emploi de l'acéto-nitrate d'argent et l’acide gallique. Ce procédé n'altère en rien les pièces soumises à l’examen.

Nous terminons ce chapitre par les règles de l'expertise que nous ayons tracées dans l’article Taches du Dictionnaire.

Règles de l'expertise. — Dans ces expertises, il faut toujours avoir présentes à l’esprit les modifications éprouvées par les taches dans différents milieux sous l’influence de la température, de l’état d’humidité ou de sécheresse, de la putréfaction, des froissements, des transports. Telle tache qui, dans un endroit sec et non aéré, peut se conserver intacte fort longtemps, perd en quelques jours ses caractères dans un milieu humide tel qu’une cave, un égout. Ces modifications sont surtout rapides, si la tache subit des altérations de chaud et de froid, de sec et d’humide, même quand elle est exposée dans un champ à toutes les variations atmosphériques. Ce sont ces considérations qui peuvent aider à résoudre les questions d’ancienneté des taches.

Les officiers de police judiciaire doivent faire rechercher avec le plus grand soin les taches sur le corps de l’inculpé, de la victime, les vêlements, les instruments, les objets qui ont pu avoir quelques rapports de voisinage avec la scène du crime.

Le plus souvent., l’examen des taches se fait dans trois sortes d’expertises :

1° Taches dans les crimes d’assassinat, de meurtre, coups et blessures, alors ce sont des taches de sang;

2° Taches dans les crimes de viol ou attentats à la pudeur, ce sont des taches de sperme ;

5» Taches dans les crimes d’infanticide, d’avortement, ce sont des taches spéciales aux liquides de l’accouchement, au méconium, duvet du fœtus.

Cependant il peut arriver que la réponse ne soit pas toujours positive, l’examen ne révélant pas la présence des éléments caractéristiques. Dans ce cas, il faut donner des conclusions négatives, ou bien, afin de ne pas être contredit par les dépositions mêmes des coupables, formuler des doutes en disant que, bien que ces taches aient l’aspect de taches suspectes, l’examen micrographique n’a pas permis de révéler leur nature et de trouver les éléments caractérisant leur origine.

La question des taches est devenue, dans ces dernières années, une des plus précises de la médecine légale; elle est féconde en résultats, on peut le diie, parfois merveilleux. L’accusation y trouve un de ses plus solides soutiens, et cette démonstration scientifique force souvent les aveux du coupable. Mais pour arriver à ces résultats les magistrats instiucleuis n’oublieront pas qu’il faut, pour recueillir les taches et les conserver, beaucoup de précautions et d habileté , les experts devront être convaincus qu’ds auront à déployer autant de patience que de connaissances techniques pour apprécier ces indices révélateurs.

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