EST FORMÉE PAR DU SANG
Les taches que forme le sang sont fen général faciles à reconnaître immédiatement par leur couleur et Taspect qu'elles présentent. Cependant il arrive assez souvent que Ton peut conserver des doutes sur leur nature, par exemple quand ces taches siègent sur des étoffes sombres ou sur certaines autres substances, quand elles sont en petit nombre et de minimes dimensions, qu'elles sont vieilles, qu'elles ont subi diverses altérations. C'est dans ces cas •que l'expert est chargé de rechercher si «lies sont réellement constituées par du sang.
Pour résoudre cette question, on peut avoir recours à divers procédés. Les principaux sont ceux qui mettent en évidence les caractères appartenant en propre au sang, à l'exclusion de toute autre substance. — Le sgng est composé essentiellement d' hématies , éléments spécifiques et nettement caractéristiques : ces hématies elles-mêmes contiennent un composé chimique, Yhématine^ qui, soit seule, soit combinée avec des matières organiques sous le nom d'hémoglobine, possède des propriétés spéciales. Delà trois moyens d'analyse : a) rechercher les globules sanguins ; h) rechercher la matière colorante, soit à l'aide de ses caractères optiques; c) soit à l'aide de ses caractères micro-chimiques (formation de cristaux de chlorhydrate d'hématine).
Ces trois procédés s'équivalent au point de vue du résuUal obtenu ; ce résultat, guand il est positif, entraîne toujours une certitude absolue.
§ I. — Recherche des cristaux de chlorhydrate. d.'hématine.
Ils sont connus ainsi sous le nom de cristaux dliémine, ou de cristaux de Teichmann, du nom de Tauteur qui les a découverts en 1853. Ils se présentent au microscope sous Taspect de petits prismes rhombiques. cesl-à-dire de
corps qui, vus de face, ont la forme de parallélogrammes allongés (fîg^.
83). Leur couleur varie * du jaune rougeâtre au brun sombre en {xassant par toutes les nyances intermédiaires. Leurs diniensions sont variables; il en est qui atteignent
20 •a de longueur et Fig. 83. - Cristaux de chlor- j, t . .,
iiydrale dhémaUne. ^^^^ davanUge ; d au-
très ne dépassent pas 1 /*; la largeur est généralement proportionnelle à la longueur ; cependant ces deux dimensions peuvent être égales, et, au lieu d'un parallélogramme, on à alors un losange parfait. Quelquefois aussi, . mais rarement, chacune des petites extrémités du cristal est limitée par deux plans, et la figure est ainsi celle d'un hexagone dont deux côtés sont démesurément allongés. Ces cristaux se groupent souvent entre eux de façon à former des croix ou des étoiles. Leur forme, leur couleur et ce mode de groupement sont absolument caractéristiques et il suffit de les avoir vus une fois pour les reconnaître ensuite facilement. Ils sont insolubles dans Teau, Talcool, Téther, la glycérine, et se conservent presque indéfiniment â Tair ; ils
CRISTAUX d'hÉMIN£ 59^
sont détruits par Tacide sulfurique et la potasse concentrée.
Le procédé pour les obtenir consiste à traiter le sang ou la solution aqueuse d'une tache sanguine par Tacide acétique en présence du chlorure de sodium. Le manuel opératoire est simple, mais il exige du soin et de la patience. Sous peine d'échec, les persotfnes peu habituées à ces petites manipulations doivent suivre minutieusement les précautions <jui vont être indiquées, surtout si, comme nous le supposons, et comme il arrive souvent dans la pratique, on ne dispose que d'une minime quantité de la matière-suspecte. Nous aljons examiner successivement les diverses phases de l'opération.
a. Dissolution de la tache. — S'il s'agit d'une tache épaisse, rien n'est plus simple que d'en enlever avec un scalpel quelques fragments qu'on peut traiter directement par le 'chlorure de sodium et l'acide acétique, mais il est préférable de dissoudre d'abord dans l'eau distillée parce qu'on obtent ainsi la matière •colorante en couche mince et plus étendue. Si la tache est située sur une étoffe et qu'elle ne présente pas de croûtelles qu'on puisse enlever, on la découpe en suivant exactement son contour et on la place sur la lame de verre, puis on l'imbibe avec quelques gouttes deau ; une plus grande quantité de liquide serait nuisible, car il est préférable que la solution sur laquelle se feront des manipulations ultérieures ait un certain degré de concentration. Après une macération prolongée suffisamment pour que'le liquide ait pris une couleur rouge ou ^ brune, on exprime ce liquide en raclant: avec un scalpel le fragment d'étoffe qu'on maintient d'autre part avec une aiguille ; on enlève ensuite ce fragment ainsi que tous les petits filaments qui ont pu s'en détacher. Il faut éviter que le Hquide obtenu se répande sur une grande surface de la lame de verre ; on doit s'efforcer au contraire de le rassembler en un espace limité où il forme une couche plus épaisse, afin qu'après l'évaporation la matière colorante se trouve rarîiassée en un môme point. Il ne faut pas cependant que .cette couche soit trop épaisse, car si elle n'est plus transparente, la préparation ne pourra être examinée au microscope.
ViBERT. Médecine légale. V édit, 38
Quand les taches sont très petites, mais assez nom* breuses, on en découpe plusieurs qu'on fait macérer en même temps dans un peu d'eau, afin d'avoir une quantité suffisante de matière colorante.
Si c'était un ustensile en bois que Ton ait à examiner, on enlèverait un mince copeau au point où se trouve la tache et l'on traiterait ce copeau comme un morceau d'étoffe ; seulement la macération devrait être prolongée plus longtemps. Si l'on ne pouvait enlever la tache de l'objet sur lequel elle se trouve, on l'envelopperait d'un petit anneau confectionné avec de la cire, de façon à avoir un godet dont la tache formerait le fond; on verserait dans ce godet un peu d'eau, qui, une fois chargée de matière colorante, serait transportée à l'aide d'une pipette sur la lame de verre.
b. Evaporation du liquide. — On peut laisser le liquide s'évaporer spontanément, mais il est plus expéditif et sans aucun inconvénient d'avoir recours à la chaleur ; seulement il faut chauffer modérément et rester au-dessous de 60 degrés, car la coagulation de l'albumine apporterait un obstacle à la production des cristaux. On chauffe habituellement la lame de verre en la passant dans la flamme d'une lampe à alcool ; il faut s'assurer fréquemment que la température n'est pas trop élevée en touchant la face inférieure de la lame de verre ; ce contact doit toujoui*s être très supportable. Il importe de chauffer le liquide d'abord à la périphérie ; de cette façon, on évite qu'il s'étale sur la lame ; l'inconvénient de cet étalement a déjà été signalé.
c. Addition des réactifs. — Sur le résidu de l'évaporation précédente on dépose une très petite quantité de chlorure de sodium ; deux ou trois grains aussi fins que possible. Une trop grande quantité de sel est nuisible, parce que les cristaux de chlorure de sodium masquent alors ceux d'hémine et peuvent quelquefois entraver leur formation. Même eu n'employant que la quantité nécessaire, cet inconvénient peut se produire encore sur des points limités ; aussi est-il préférable, à notre avis, de se servir, au lieu de sel solide, d'une solution à un. cinq centième ou à un mil. lièmc, dont on dépose une ou deux gouttes sur la prépara-
CRISTAUX d'uÉMIiNE 595
lion et qu'on évapore ensuite : on a ainsi une couche de se^ extrêmement mince, mais suffisante et répandue uniformément partout. II est encore plus commode de dissoudre directement la tache dans la solution de sel, au lieu de la traiter par Teau distillée. Il est bien évident que rien n'est changé pour cela aux manœuvres précédentes; on a supprimé seulement un temps de l'opération qui est une cause assez fréquente d'échec. Les cristaux se produisent môme quelquefois sans qu'on ajouté de sel, parce qu'il peut s'en trouver une quantité suffisante dans le sang que Ton examine ; mais dans une expertise on échouerait presque toujours si l'on comptait uniquement sur le sel qu'on suppose exister dans la tache.
Quel que soit le moment où le chlorure de sodium ait été ajouté au résidu de l'évaporation de la malière delà tache^ il faut que celui-ci soit absolument sec quand on dépose l'acide. C'est l'acide acétique monohydraté dit glacial ou cristallisable (se solidifiant entre 0 et 4 degrés, ne se liquéfiant plus ensuite qu'à 17 degrés) qu'on emploie, et le mélange d'une petite quantité d'eau le transformerait en acide hydraté, impropre à la réussite de la réaction. On dépose une goutte de l'acide monohydraté sur la préparation et on révapore à une chaleur qui peut être plus élevée que tout à l'heure, mais qu'il vaut mieux toutefois ne pas pousser jusqu'à l'ébullition. C'est surtout ici que, lorsqu'on ne dispose que d'une faible quantité de la matière suspecte, il importe d'user de précautions. On prend l'acide à l'aide d'une baguette de verre assez effilée, de façon à n'avoir qu'une petite goutte à la fois ; on dépose cette goutte au centre du dépôt rouge qui se trouve sur la lame de verre et on la laisse s'étaler un peu, mais en ayant soin qu'elle ne dépasse pas les limites de la tache ; pour cela, on chauiTe successivement les divers points de sa périphérie et l'on s'oppose aux échappements dé l'acide par les inclinaisons appropriées de la lame : il se forme ainsi un liséré rouge et un peu épais que l'acide ne franchit plus et contre lequel on le ramène incessamment jusqu'à son évaporation complète. C'est dans ce liséré que se forment surtout les cristaux d'hémine et c'est là qu'il faut Iqs chercher. Mais on ne
les aperçoit pasaprès avoir ajouté une seule goutte d'acide ; on est obligé de déposer successivement plusieurs gouttes qu'on évapore en usant toujours des mêmes précautions ; de temps en temps on examine au microscope les divers liserés plus ou moins concentriques qui se sont formés. Quand on a opéré dans de bonnes conditions, les cristaux sont très nombreux et leurs caractères si nets les font re^connaître d'emblée. Souvent il n'en est pas ainsi, et Ton aperçoit seulement la matière colorante déposée sous forme de petites masses amorphes brunes ou noirâtres ; le reste de la préparation est rempli par de Talbumine coagulée, par les corps étrangers qui pouvaient se trouver mélangés à la tache, et, quand on a employé trop de chlorure de sodium, par les cristaux de ce sel disposés en cubes, en étoiles ou en petits globules incolores ; dans ces conditions, il se produit aussi de grands cristaux d'acétate de soude, en forme de glaives. Tous ces cristaux déposés quelquefois en couche continue gênent beaucoup l'observation. On choisit alors un point où la matière colorante se trouve accumulée en assez grande quantité et Ton dépose en ce point une goutte d'acide qu'on fait évaporer. En recommençant souventcette opération, on finit par obtenir des cristaux qui peuvent être d'abord peu caractéristiques, parce qu'ils sont très petits, très peu nombreux et englobés dans les substances voisines; mais, dès qu'on aperçoit des cristaux disposés en croix ou en étoile, on est certain que Ton a bien du chlorhydrate d'hcmatine et l'on n'a plus qj'à perfectionner la préparation par l'addition de nouvelles gouttes d'acide acétique. Dans le cas où il resterait des doutes, on pourrait les lever, comme l'a proposé Morache*^ par un examen à la lumière polarisée ; les produits albumineux ou salins étant isotropes laissent le champ obscur, tandis que les cristaux d'hémine, qui sont anïsotropcs^ apparaissent seuls. En suivant les précautions qui viennent d'être indiquées, on obtient presque toujours des cristaux d'hémine, môme avec une quantité extrêmement minime de sang. La réac-
\. Morachc, Les Cristaux de clilorbydrate d'hématine {Ann, d'kyg. jjuIjI, et de mt'il. lèrj., 3e sêric^ lî^Sl, \. V).
CRISTAUX D^HÉMINE 597
lion réussit avec des taches très anciennes ; nous avons obtenu des cristaux avec du sang desséché depuis dix et quinze ans, et d'autres auteurs avec du sang plus vieux encore. Cependant, il est des cas où les cristaux ne peuvent être obtenus et Ton échoue quelquefois avec des taches datant seulement de quelques mois ou de quelques semaines : il en est notamment ainsi quand le sang s'est putréfié avant de se dessécher ; dans d'autres circonstances, c'est la nature de la substance avec laquelle le sang a été en contact : graisse, sueur, tanin, etc., qui paraît apporter obstacle à la réaction.
Au point de vue de la valeur du procédé, on a signalé deux causes d'erreur. La première, relative aux cristaux de murexîde (purpurate d'ammoniaque), est bien peu à craindre. Ces cristaux ont bien en effet une forme analogue à celle d'hémîne, mais ils sont d'un rouge vif et deviennent violets au contact d'une lessive de potasse ; de plus^ il est vraiment difficile de concevoir comment on pourrait obtenir de la murexide en traitant une tache par le sel marin et l'acide acétique. D'autre part, les étoffes teintes avec l'indigo laissent quelquefois déposer des cristaux qui résistent absolument à l'acide acétique et dont la forme est analogue à celle des cristaux d'hémine . Leur couleur est souvent bleue, mais, quand ce bleu est très foncé, on ne le distingue pas facilement du brun sombre ; nous devons môme dire que notre collègue Descoust nous a montré des cristaux obtenus par le simple lavage à l'eau d'une flanelle teinte en bleu violet, et dont la forme et la couleur jaune rougeâtre étaient identiques à celles des cristaux d'hémine. Aussi, quand une tache suspecte est située sur une étoffe qui peut avoir été teinte à l'indigo, il importe, avant de rechercher les cristaux d'hémine sur cette tache, de s'assurer, en examinant des échantillons non contaminés de l'étoffe, si celle-ci laisse ou ne laisse pas déposer des cristaux d'indigo.
Une fois que l'on a obtenu des cristaux, on peut conserver indéfiniment la préparation en la recouvrant d'une lamelle que l'on scelle, après avoir ajouté ou non un peu de glycérine. La préparation des cristaux d'hémine par le
procédé qui vient d'être indiqué exige parfois beaucoup de patience et de temps. Toutefois ce procédé nous paraît encore préférable à d'autres qui ont été proposés*.
§ II. — Examen spectroscoplque.
Le spectre obtenu par la décomposition de la lumière qui a traversé d'abord certaines substances présente des raies obscures ou bandes d'absorption, parallèles aux diverses zones colorées et dont le nombre, la situation, la largeur, etc., varient suivant la nature de la substance traversée par les rayons lumineux. Pour la matière colo-
1. Le procédé décrit par Strzouski consiste à obtenir des cristaux d'iodliydrale d'hématine, lesquels sont semblables à ceux de chlorhydrate. Sur une parcelle de sang, ou sur le résidu de l*évaporation d'une solution sanguine^on dépose une ou deux gouttes d'un réactif composé de la façon suivante :
Acide acétique cristallisable. . . . j
Eau distillée .....( ôâ 5 ce.
Alcool .....)
Acide iodhydrique XXV gouttes.
On recouvre d'une lamelle el on porte à rébuUition On aperçoit souvent, aussitôt après, une foule de cristaux ; sinon, il suffit de renouveler une ou deux fois le dépôt du réactif et l'ébullition pour obtenir les crîsr taux.
Les manœuvres sont donc très simplifiées ; mais cet avantage esf compensé par la nécessité de préparer chaque fois le réactif, lequel ne se conserve en bon état que fort peu de temps. L'un de ses composants, l'acide iodhydrique est lui-même assez difficile à obtenir et à conserver.
Un médecin espagnol, le D^* Lecha-Marzo a indiqué (Un nueooproce* dimento pava el diagnostico de las manchasde saugel^ Madrid, 1906) un autre procédé qui a été décrit ensuite par Caffort (Thèse pour le doctorat, Montpellier 1906). Sur une lame où se trouve le résidu de l'évaporation d'une solution sanguine, on dépose successivement une gouttelette de : 1» soit une solution alcoolique ou aqueuse d'iode, soit d'eau de chlore ; 2» de pyridine ; 3o de sulfhydrate d'ammoniaque. Il suffit ensuite de recouvrir d'un couvre-objet, car la réaction se produit dès que les trois gouttelettes sont mélangées.
Ce que l'on voit au microscope c'est un mélange de cristaux d*un rouge vif et de formes très diverses : les uns en b&tonnets rhomboldaux^ soit isolés, soit groupés en croir, en étoile, en V; ou formant par leur réunion des boules épineuses ; d'autres représentant des tablettes dont les extrémités sont fissurées. Ce serait un mélange de cristaux d'iodo^ ou chloro-hématine et d'hémochrod^ogène. Nous no voulons pas. nier la valeur du procédé ; mais jusqu'à nouvel ordre nous lui préférons celui de Teichmann, qui donne toute sécurité.
rante du sang nolamment, la disposition de ces bandes est caractéristique et fournit un signe précieux en médecine légale.
- On se sert, pour Texamen spectroscopique, soit du speciroscope ordinaire, soit du spectroscope à vision directe. Le grand spectroscope (84) est un instrument de précision qui ne se trouve guère que dans les laboratoires. La lumière émane de la flamme d'un bec de gaz qu'il l*auts*ef-
Fig. 84. — Spectroscope.
forcer de rendre aussi immobile que possible. Entre cette flamme et rinslrument, on place et on maintient, à l'aide d'un support, le récipient qui contient le liquide sanguin. Une autre flamme éclaire un micromètre dont les divisions .sont aperçues en môme temps que le spectre, ce qui permet de préciser la position des bandes que Ton observe. L'instrument est en outre muni d'un prisme extérieur qui est mobile et qu'on peut disposer de façon qu'il laisse entièrement libre la fente par laquelle pénètre la lumière, ou bien qu'il recouvre la moitié de cette fente. Dans le premier cas, on aperçoit uniquement le spectre de la première flamme et du liquide qu'elle a traversé ; dans le second cas, le spectre est divisé dans sa hauteur en deux
moitiés ; Tune répond toujours à la première flamme ; Taulre moitié reste obscure, si l'on n*éclaire pas le prisnke à l'aide d'une seconde source de lumière ; si cet éclairage jBst fait convenablement, on aperçoit deux spectres exactement superposés. On comprend l'intérêt de cette disposition ; elle permet de comparer le spectre fourni par le liquide suspect que Ton examine, soil avec le spectre normal, soit avec le spectre du sang, si Ton a eu soin d'interposer du liquide sanguin entre le prisme extérieur et le second bec de gaz.
Le spectroscope à vision directe est un instrument plus portatif, moins cher, d'un maniement plus facile et plus rapide, et qui donne, en général, des résultats suffisants* C'est un simple tube que l'on tient à la main et qu'on applique au devant de l'œil en visant le ciel ou une lumière arlificielle. On place contre le bout tourné vers la lumière le flacon contenant le liquide à examiner, et Ton perçoit ainsi les modifications que ce liquide imprime au spectre.
Le microspectroscope s'adapte en guise d'oculaire à un microscope ordinaire ; le sang est placé sur la platine et mis au point pour la lentille objective. L'instrument, tel qu'il est construit par Nachet, est disposé de façon à faire apparaître, si l'on veut, deux spectres superposés dont l'un sert à la comparaison, comme dans le grand spectroscope. — Le microspectroscope permet de voir le spectre de très petites quantités de sang.
Dans l'immense majorité des cas, c'est une solution de sang que l'on examine, solution qui a été obtenue généralement par la macération d'une tache dans l'eau ; il faut la filtrer pour qu'elle soit parfaitement limpide. On l'introduit dans un récipient en verre bien homogène, dépourvu de stries ou d'autres défauts, et dont les parois doivent être soigneusement nettoyées. Ce récipient est un tube cylindrique aplati, ou un petit flacon plat, ou une cuve en forme de parallélipipède.
La teinte du liquide ne doit être ni trop claire, ni trop foncée ; dans le premier cas on n'aperçoit pas de bandes d'absorption, dans le second cas le spectre est à peine visible. Pour des récipients dont le diamètre intérieur est
ViBEirr, Médecine légile .
PlancheV- Page 601.
»40iTm—iam^ 4m/
1 Spectre solaire
2 Os^émoglobme en Solution à 10 p 10 00 | Solutions examinées
3 d* d? à 7 Y> 1000 ) sous une épêjsaear
4» dr d** à 2 plOOOJ thlceotùnètre.
5 Hémoglobine réduite
6 Hémoglobine oj^oarbonée
7 Methémoglobine en Solution acide
8 Methémoglobine en Solution alcaline
ViBENT, Méàadnd légale . Plancha VI . Pag» 603 .
-■■ IHII^
f 9 Hématine en Solution dans 1 aloool acidulé par So^H*
[ 10 Hématine on Solution alcaline
Il Hémoohromogène
f 12 Hématoporpl^ne en Solution acide
[ 13 Hématoporplîpine en Solution alcaline
14 UrohémaUne
15 Urolnline normale
16 Urobilme fébrile
.àmm «*....
d'environ 5 millimètres, la teinte qui convient le mieux est la nuance fleur de pêcher. On comprend que, quand le liquide dont on dispose n'est que très faiblement coloré, il faut l'examiner sous la plus grande épaisseur possible.
Résultats de V examen. — Si Ton examine au spectroscope du sang convenablement dilué, on aperçoit au niveau de la zone jaune et au commencement de la zone verte du spectre deux bandes obscures entre les raies D et E du spectre solaire^. La bande de gauche est un peu moins large et bien limitée ; celle de droite est plus étendue et ses contours sont moins nets (fig. 4 de la planche T)^.
C'est là le spectre de Thémoglobine oxygénée^ c'est-àdire celui d'une solution aqueuse de sang, car par le fait des manipulations à Tair, Thémoglobine est toujours oxygénée.
Quand le sang est dépouillé de son oxygène, que l'hémoglobine est réduite, le spectre est difl'érent, et l'on observe alors une seule bande (dite bande de Stokes) au lieu des deux précédentes. Cette bande unique occupe une position intermédiaire à celle des deux bandes caractéristiques de l'hémoglobine oxygénée. Elle est large, et ses contours sont assez mal délimités (fig. 5 de la planche V).
Or, il est en général très facile d'enlever au sang Toxygène qu'il contient ; il suffit de le traiter par certains corps réducteurs. Celui dont on se sert habituellement est le sulfhydrate d'ammoniaque ; on en ajoute une petite quantité, par exemple deux ou trois gouttes pour un centimètre cube, au liquide sanguin examiné, et ordinairement la réduction est opérée en deux ou trois minutes. On peut suivre les diverses phases du phénomène ; on voit les deux bandes primitives s'éclairer graduellement, et en même temps ap-
1. II existe dans le spectre solaire un grand nombre de fines raies obscures dont on distingue huit principales qui servent de points de repère dans les différentes couleurs et que l'on désigne par les premières lettres de Talpbabet ; A est située à la limite du rouge obscur, H et I dans le violet. La raie D apparaît en jaune très brillant quand on examine une flamme contenant du sodium ou un sel de soude.
2. Les planches V et VI sont empruntées au livre de MM. Engel et J. Moitessier, Chimie biologique, Paris, 1897.
parait la bande intermédiaire qui devient de plus en plus foncée.
Les propriétés spectroscopiques qui viennent d'être indiquées appartiennent en propre au sang et sont caractéristiques-
Il suffit d'une très minime quantité de sang pour obtenir les caractères spectroscopiques; d'après Hoppe-Seyler, une solution d'hémoglobine à un dix-millième donne encore des bandes parfaitement nettes quand elle est examinée sous une épaisseur de 1 centimètre *.
Nous avons supposé jusqu'à présenfque l'on opérait avec de l'hémoglobine restée intacte. Le fait n'est pas rare dans la pratique, et l'on peut apercevoir les bandes telles qu'elles viennent d'être décrites avec du sang desséché depuis plusieurs mois. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Quand le sang a été soumise l'action d'une forte chaleur, quand une tache mince a été exposée à l'air libre et à la lumière, et sous d'autres influences mal connues, l'hémoglobine se transforme en hémaiine. Cette hématine donne un spectre différent suivant qu'elle est en solution acide ou en solution alcaline. En solution acide, l'hématine présente une bande située dans le rouge, auprès de la raie C et deux bandes peu apparentes analogues à celles de loxyhémo-
1. Celte évaluation nous paraît exagérée. En fait, il arrive souvent qu'après avoir concentré autant que possible la solution dont on dispose, celle-ci est encore tellement pâle que c'est à peine si Ton aperçoit les deux bandes de l'hémoglobine oxygénée; si l'on ajoute alors lesulfhydratc d'ammoniaque, lus deux bandes disparaissent, mais le plus souvent la bande unique de l'hémoglobine réduite n'apparaît pas. — On doit alors employer le procédé suivant indiqué par M. Linossier*. Au lieu de sulfhydrate d'ammoniaque on se sert de Thydrosulfite de soude (préparé extemporairement en mettant en contact une solution de bisulfile de soude avec de la poudre de zinc) ; ce réducteur fait apparaître peut-être plus facilement la bande de l'hémoglobine réduite. Mais en outre si l'onajoute ensuite quelques gouttes d'une solution concentrée de soude on voit apparaître le spectre de Thématine réduite caractérisé par deux bandes d'absorption : l'une, beaucoup plus intense, occupe une situation intermédiaire à celle des deur bandes de roxyhêmoglobine, l'autre, moins nette, est située plus à droite. Enfin, caractèn* important, ces bandes disparaissent quand on chauffe le liquide vers 50o, pour reparaître après refroidissement.
' Linossier, Commun, à la Soc. de méd. \ég. Rapport de Pouchet, Ogier, Yibert, avril 1889.
globine ; en oulre une grande portion de la partie droite du spectre reste obscure (fig. 9 de la planche VI). Le spectre de Thématine, en solution alccdine, a sa partie droite obscurcie ; en outre il présente une bande à cheval sur D ; cette bande est mal limitée, peu foncée, et assez difficile à apercevoir (fig. 10, môme planche). Mais si Ton ajoute à la solution un peu de sulfhydrate d'ammoniaque, on voit celle-ci prendre instantanément une belle coloration cerise ; le spectre change ; il présente deux bandes très nettes, situées entre D et E, celle de gauche est très foncée ; celle de droite un peu moins foncée, mais bien limitée (fig. 11, planche VI). Cette réaction de Thématine réduite, appelée aussi hémocromogèney est très sensible et très caractéristique.
On peut aussi dissoudre Thémaline dans la pyridine, base organique liquide, et obtenir ainsi facilement de Thémochromogène. Ce procédé, indiqué par de Dominicîs, offre des avantages qui seront indiqués au § V.
Dans d'autres cas, et par exemple quand le sang a été putréfié, ou s'est trouvé en contact avec diverses substances, matières fécales, urines, etc., la matière colorante du sang est passée à Tétat de méthémoglohiney substance qui aurait la môme composition que Toxy -hémoglobine, mais avec un groupement anatomique différent. On observe alors, suivant que la transformation est plus ou moins complète, soit les bandes de Thémoglobine oxygénée avec une troisième bande dans le rouge, soit deux bandes de môme largeur, soit enfin une bande unique. Un tel spectre n'est pas suffisamment caractéristique, d'autant plus que les aspects qui viennent d'élre mentionnés sont souvent plus ou moins mélangés entre eux ; il faut s'efforcer alors d'amener la matière colorante à Tétat d'hématine acide ou alcaline. Nous reviendrons plus loin (p. 613) sur les procédés à employer en ce cas, et toutes les fois que la matière colorante a subi des altérations.
Il nous reste encore à signaler un procédé indiqué par Kratter*, et qui permet de reconnaître au spectroscope de