‹ Précis de médecine légaleChapitre 365 sur 410 · X. — Accident de voilure. Néi^rose traumatique · texte numérisé non relu

X. — Accident de voilure. Néi^rose traumatique

PERSONNEL

Le sieur G., âgé de 39 ans, est bien constitué et assure avoir toujours joui d'une bonne santé jusqu'au jour de l'accident dont il a été victime. Cet accident est survenu le 17 avril 189â. Le RÎeur G. a été précipité du siège de son fiacre par suite d'un choc avec une autre voiture, et il a été lancé sur le sol à une dis^ tance de 3 à 4 mètres. Il n'a pas perdu connaissance, a pu remonter sur son siège et ramener sa voiture au Dépôt. Le lendeimain, M. le D^ R. a constaté qu'il était atteint de contusions en divers points du corps, et qu'il était « sous le coup d'une com- « motion cérébrale intense caractérisée par un état d'hébétude ff et de tremblement de la parole ». Le blessé a eu ensuite de l'ictère, de l'embarras gastrique, il aurait craché un peu de sang pendant quelques jours. — Contrairement au conseil de son médecin, il a repris son service au bout de quinze jours. Mais sa santé ne s'est pas rétablie depuis lors ; il est obligé d'interrompre fréquemment son travail, au point que ses journées de chômage sont presque aussi nombreuses, dit-il, que ses journées de travail.

Actuellement, 27 juin 1902, il n'existe plus de traces des blessures que le sieur G. a reçues, et Ton ne constate aucune lésion matérielle des divers organes, notamment des poumons. Le pouls bat à 86; il n'est pas afiPaibli, mais un peu irrégulier.

Ce que le sieur G. se plaint d'éprouver, ce sont des désordres nerveux comme il s'en produit souvent chez les blessés de ce ^enre. Ces troubles nerveux qui nous ont été décrits non seulement par le plaignant, mais encore par sa femme et par une dame M. qui l'a soigné, sont les suivants :

Le sieur G. est pris fréquemment, sans cause appréciable, d'une sorte de crise qui dure parfois plusieurs heures, qui consiste en maux de tête très violents accompagnés d'étourdissements et d'un malaise extrême. Souvent alors, il lui devient impossible de continuer à conduire sa voiture ; il prie son client d'en prendre une autre, et il attend, au repos, que sa crise soit passée ou du moins assez atténuée pour lui permettre de rentrer chez lui. Quand ces crises surviennent la nuit, le malade quitte Ha chambre pour aller errer une ou plusieurs heures à travers

874 RAPPORTS HÉDICO*LÉGAUX

les rues. — Sa mémoire^ assez fidèle en ce qui concerne les événements anciens^ est souvent incapable de conserver les notions tout à fait récentes ; en conduisant un client, il est obligé de lui redemander le numéro de la rue où il le mène ; il oublie d'emporter, en allant à son travail, son porte-monnaie, ses papiers; il ne se souvient pas des rendez-vous qu'on lui a donnés le jour même. Il est d'ailleurs incapable d*un e£Port soutenu d'attention ; c'est ainsi qu'il a dû renoncer à jouer aux cartes. '— Son caractère a changé ; il est devenu irascible: « tout l'énervé y>, dit sa femme. — Enfin son appétit est très irrégulier; 'ses digestions s'accompagnent de pesanteur et de ballonnement de l'estomac.

D'après les détails très précis que nous a donnés le plaignant, et qui nous ont été confirmés par les deux femmes que nous avons interrogées séparément, nous croyons que le sieur G. éprouve réellement les troubles qu'il accuse, et qui sont d'ailleurs tout à fait conformes à ceux que l'on observe dans l'affection connue sous le nom de névrose traumatique.

L'état du sieur G. n'a subi, de son propre aveu, aucune aggravation depuis un an environ. En raison de cette circonstance, et en raison aussi de ce que la maladie n'a jamais pris chez lui un caractère particulièrement grave, il est probable que cet homme finira par guérir. Mais, suivant toute prévision, la guérison ne sera pas complète avant quinze ou dix-huit mois.

Conclusions. — lo Le sieur G. présente divers troubles du système nerveux, qui sont la conséquence de l'accident dont cet homme a été victime le 17 avril 1892.

2° Ces troubles de la santé sont assez accentués pour Tobliger à interrompre fréquemment son travail.

S*' Suivant toute prévision, cet homme ne sera pas guéri avant un délai de trois ans, à dater du jour de l'accident.

Page 1