PLAIES PAR ARMES A FEU
sans lumée M etJ) donnent au contraire un tatouage jaune verdâtre. Ces poudres sont formées de grains arrondis et chaque grain produit, den s'incruslant sous la peau, une plaie également arrondie; au contraire, la poiidro T est constituf'-e par de petites lamelles qui coupent
Fig. 30. — Pistolet automatique Browning, calibre O"". 35. Poudre T. Distance du tir: 0»,10. Léger tatouage, pas de brûlure.
la peau et laissent une plaie linéaire de 2 à 3 millimètresde longueur, et. la peau étant incolore, la plaie n'est visible qu'à cause de la petite sufTusion sanguine qui se produit à son niveau.
L'examen delétendue de la surface sur laquelle se font les incrustations fournit donc un moyen d'apprécier avec une certaine précision la distance à laquelle le coup de revolver a été tiré, à la condition toutefois de faire avec la même arme, les mêmes cartouches, des expériences comparatives sur le cadavre. On se rendra compte de
236 TRAUMATISMES.
l'impossibilité de formuleides conclusions a priori en comparant les tatouages reproduits dans les figures 27 à 32 en grandeurnalurelle et obtenus en tirant aux mêmesdistancesdea, 10, 2o centimètres avec un revolver bull-dog (calibre 8 millim très) et un pistolet automatique
Fig. 31. — Revolver bui:-riog, 8 niilliinùt es. l'oudre noire. Dislance de lir : 0",i'5. Tatouage, pas de lirûlure, ni de dépôt de fumée.
Bro^Tîing (calibre (j'n'",3i)). Les brûlure.'^ ne se produisent, avec la poudre ï de ce pistolet, qu'à une distauce très faible, et cette même poudre donne des tatouages beaucoup plus discrets que la poudre noire.
Dépôt de produits de cuinluistion de la poudre; brûlures. — Lors(iuelecoup de revolver est tiré à une distance inférieure à 0",30, on peut observer autour de la plaie faite par le projectile une tache noire due à la condensation des produits de la combustion de la poudre, et, si Iccoup est tiréplus près encore, à moins de 0'",20,
PLAIES PAR AltMES A FEU. 237
il existe souvont des brûlures des clievelix ou des poils et une roiississure des vôtemenls, (iiii peuvent même s'enflammer sur une certaine ('tendue.
Décolle meut des tissus. — Les gaz de combustion pénètrent
Kig. d'2. — l'isliilei <'uitoinatiquc Browning, calibre 6*"", 35. Poudre T. Dist.mce du lir ; n">,.'ri Tatouage des plus discrets, pas de brûlure.
en même temps quele projectile par l'orilico d'entrée et en décollent les bords, lorsque le coup de feu est tiré à très ctmrte distance.
Avec les poudres noires, le décollement ne paraît pas exister dans les coups de feu tirés à plus de 2 à 3 centimètres. Mais nous îvvons observé des décollements étendus de la peau en tirant à la distance de i» à 6 centimètres avec le pistolet lîrowning.
Orifices d'entrée et «le sortie. — Les plaies produites par les grains de plomb présentent l'aspectdepiqûres ecchymotiques. Celles
238 TRAUMATISMES.
que déterminent lesballes de revolver ont une forme arrondie ouovalaire, avec un contour tantôt très légulier, tantôt au coiiltaire iléchi(iueté; le bord de la plaie est noirâtre par suite de liniiltralion sanguine. Lorsqu'il existe un orifice d'entrée et un oritice de sortie, aucun caractère précis et constant, en dehors de la présence de tatouage, de brûlures, ne permet de les distinguer à coup sûr. L'examen des vêtements, la recherche de Iragments de lissus; dos entraînés par la balle, fournissent souvent des renseignements précieux pour élucider la direction de son parcours.
Sur le crâne, les caractères des ori lices d'entrée et de sortie sont toujours très nets : pourle premier, la table externe de l'os est souvent taillée à l'emporte-pièce, alors que des fragments irréguliers sont enlevés à la table interne ; on observe une disposition inverse pour loritice de sortie, d'ailleurs moins régulier et souvent étoi.é.
Le trajet de la balle à l'intérieur du corps est souvent assez irrégulier, le projectile déviant lorsqu'il rencontre une surface osseuse ou ricochant sur cette surface. On i-era guidé, pour le retrouver, par l'ecchymose qui entoure son trajet sur toute sa longueur. CependanI, on est parfois égaré et mis dans l'impossibilité absolue, malgré les recherches les plus minutieuses, de retrouver le projectile, perdu dans une masse graisseuse, dans le corps d'une vertèbre, etc. La radiographie fournira, en ce cas, des indications précieuses sur le siège du projectile.
Il n'est pas exceptionnel, même avec les revolvers à balles blindées, de voir le projectile ;>'arr ter sous la peau, quil n'a pas eu la force de pertorer, après avoir traversé soit le crâne, soit l'abdomen, "oit lebras ; c'est qu'en effet, grâce à son élasticité, la peau offre une grande résistance au passage du projectile, surtout lorsqu'elle e."5t abordée par sa lace profonde.
Le projectile a presque toujtjurs, malgré ses déformations, conservé la trace de sa forme cylindro-conique ; pour les balles enveloppées d'un manchon résistant, il n'est pas rare de les retrouver intactes, non déformées, alors même qu'elles ont traversé des couches osseuses comme les os du crâne ; mais il est possible également d'y trouver de profondes dépressions et des aplatissements prononcés.
Il en était ainsi dans le meurtre de M. Siger, maire de Fort-de- France, pour une bal e de pistolet Browning calibre 7™™,65.
Pour éviter l'oxydation de la balle, on trempe parfois l'extrémité de la cartouche dans la paraffine. 11 est curieux de constater qu'au moment où le coup de revolver est tiré, cette paraffine fondue vient se placer à la partie postérieure évidée du projectile et le suit à travers les tissus à la façon d'un satellite. ,\ous avons ainsi
PLAIES PAR AKMES A KRU. 239
retrouvé une pelile masse de paraffine à côté d'une balle qui avait traversé le thorax de paii en part et s'étail logée dans les muscles de la gouttière vertébrale. Dans une autre circonstance, Waiter, en trépanant un individu qui avait teiitéde se suicider, ne trouva pas la balle; par contre, il retira en pleine substance cérébrale une petite masse amorphe dont il nous demanda de déterminer la nature; là encore il s'agissait de paraffine.
Bourre, coups lires à blanc. — Lorsque le coup est tiré de très près, la bourre peut être retrouvée, intacte ou déchirée et en partie brûlée, dans la plaie, au voisinage de l'orifice d'entrée ou plus profondément. Avec les coups tirés à blanc, la bourre est à elle seule capable de produire de graves lésions. Au cours des manœuvres, nous avons vu mourir avec une fracture du temporal un soldat qui avait re(^u une bourre allongée, reproduisant la forme de la balle du Lebel, le coup ayant été tiré à la distance de 2 à .3 mètres.
Tardieu a été commis pour déterminer si la bourre d'un canon qu'un athlète, surnommé ï Homme-canon, plaçait sur son épaule à l'Hippodrome et faisait partir, avait \u blesser un spectateur placé à 4a mètres en avant de la bouche. 11 n'eut pas de peine à démontrer que la fracture de l'extrémité inférieure de l'humérus dont cet homme était atteint avait été produite par un choc violent sur une balustrade contre laquelle il était accoudé, à la suite de la peur provoquée par l'explosion.
Visibilité à lalaearducoup de feu. — Est-il possible de reconnaître un meurtrier la nuit grâce à la lueur que produit la déflagration de la poudre?
La question a été posée en Algérie à Romary. Un indigène des hautsplateaux,poursuivantautourdesoncampementun voleur, reçut de celui-ci, à la distance de 4 à 5 mètres, un coup de fusil mortel ; mais, avant de mourir, il désigna son meurtrier qu'il dit avoir reconnu à la lueur du coup de feu. Komary a fait des expériences avec un fusil de chasse calibre 12, chargé de .3.u LTammesde plomb et de 5 grammes de poudre. 11 a constaté que, pour un observateur placé latéralement, la visibilité est nette pour toutes les distances inlérieures à •'» mètres; elle est douteuse entre 5 et 10 mètres, nulle au delà de cette distance Pour un observateur placé dans la dir. ction du coupdefeu. la reconnaissance du tireur est possible jusqu'à la distance de lU mètres et douteuse entre 10 et 20 mètres. Ces résultats varieraient forcément avec lanature du fusil, avec l'espèce et la quantité de poudre et enfin avec les conditions ambiantes.
De deux blessures. la<|uelle a été faite la dernière? — Hormis les cas où la mort avait déjà fait son œuvre quand le dernier
TRAUMATISMES.
coup de feu a été tiré, auquel cas le projectile produit seulement des lésions exsangues, il est bien difficile de sérier par leurs caractères anatomiques les blessures produites par des coups de feu successifs. Ghavigny a donné une solution du problème pour les blessures du crâne. Lorsqu'en effet un premier projectile a déterminé une fracture étoilée du crâne, si un second coup vient à être tiré, les rayons de fracture, produits par le second projectile, sont interrompus aux
points où ils rencontrent les premiers traits de fracture (voir fig. 33).
Identification de l'arme qui a !«ervi à faire les blessures. — Plusieurs questions peuvent être posées à l'expert, suivant les circonstances, au sujet de l'identification de l'arme.
1° On a retrouvé dans le cadavre la balle qui a causé la mort ; est-il poi^sible de donner des indicatli ns sur Panne qu> a servi à l'homicide? Le problème se pose d'ailleurs de la même façon si le blessé a survécu et si la balle a été extraite chirurgicaiement.
On mesurera à l'aide d'un compas d'épaisseur le calibre de la balle, après s'être assuré qu'elle est complète, déformée ou non; on pèsera la balle, en plomb nu ou recouverte d'une chemise de cuivre nickelé. Il faudra également relever avec soin le nombre d'empreintes hélicoïdales laissées sur le projectile parles arêtes qui séparent les rayures du canon.
Les renseignements ci-dessus une fois rasserîfiblés, il est facile de dire en prenant un exemple : la balle, de forme cylindr -ogivale, avec légère dépression à la base, est en plomb nu ; son calibre est le n^ 320 (1) {8 millimètres) et son poids de 4«%32; elle présente sur sa périphérie deux rangées de cannelures moletées ; l'existence de quatre empreintes hélicoïdales à ss surface prouve qu'elle a été
11) On désigne sous !e n" 320 le calilii'e fies pi'ujeotilfs qui ont 320 millii-mes de pouce anglais ; ce dernier étant de 2«",S, le calibie n» 3i0 correspond exactement à 8 inilliinètres.
Fig. 33. — .V, fracture étoilée du crâne, produite par un premier projectile. — B, fracture étoilée due ù un second projectile. Les traits de • fracture irradiant de la seconde blessure B s'arrêtent sur le trait de fracture Ar« irradiant de la première blessure A (d'après Ghavigny).
PLAIES PAK AIIMKS A KKU. 241
tirée dan>< un revolver dont le canon est pourvu de quatre rayures. On peut ui-mc ajoutt'r, étant donnés les caractéies du projectile, que l'arme o.<l l'un des noinbi'eux revolvers de poche, du type h-'ll-do'j. On reconnaîtra de même avec la plus grande facilité la balle de plomb entourée d'une chemise de cuivre, de S^^jO de diamètre avec gorge circulaire, que la Société française dos munitions fabrique pour le revolver tt'/o-r/o7, les balles de plomb revêtues de cuivre nickelé de O™»",;^") et de 7""^, 65 utilisées dans les deux types du pistolet automati(iue lîrowning, etc.
Inutile de dire que le médecin légiste devra toujours, s'il n'est pas suffisamment familiarisé avec les armes et leurs munitions, se faire ad oindre un armurier-expert.
2° La balle retrouvée dana le cadavre peul-elle provi nir d'un revolver trouvé fsicr F inculpé? Ce problème est relativement plus simple à résoudre que le précédent, puisqu'il reste en général des cartouches non tirées dans les chambres du barillet.
On s'assurera tout d'abord que la balle est du même calibre que le revolver ou pistolet eutomatique, que les empreintes hélicoïdales correspondent bien aux arêtes comprises entre les rayures du canon, et comme nombre et comme forme.
Puison comparera le projectile à ceux des munitions non brûlées, quant à la forme générale, à la nature de la chemise, quant à la disposition de lévidement postérieur, des cannelures moletéesetde la gorge de sertissase.
Un individu avait essuyé un coup de feu au moment même où il se suicidait d'un coup de revolver; la balle qui avait causé la mort fui retrouvée dans le cœur. Il s'agissait de déterminer si cet'e balle provenait du revolver delà victime ou de celui de l'inculpé. (*r les deux revolvers étaient du type bull-d g, du calibren» .320. Nous avons pu démontrer- que lindividra s'était suicidé, gr-àce à la disposition des cannelures moletées, qui n'avaient pas été faites avec le même outil, sur les balles de deux revolvers, de forme losangique sur celles delà victime, de forme quadrangulaire sur celles de l'agresseur.
Nous avons indiqué un nouveau procédé d'i 'entilication, ba«é sur l'examen des stries laissées sur les projectiles par les délauts des rayures et du canon. La photou'raphie, apr-rs agrandissement, met en évidence ces particularités, en permet l'examen et la compalaison (li.
Le procédé consiste à recueillir dans de l'ouale une balle tirée dans le revolver incriminé et à la comparer à la balle trouvée dans
1) B .I.I-HAZARD, Identification de firojeclilcs danties à feu 'Arc/i, n'Anlri. crim. el de Mé.'ecin légale, 15 juin 1913).
Balthazard. — MlHI. lég., ri^ cdit. 16
TRAUMATISMES.
le cadavre ou extraite chez le blessé. La'figui e 34 montre avec quelle précision on peut retrouver, sur tout le pourtour des balles, les stries de même aspect, de même protondeur, occupant exactement la même position. Lidentilicalion est aussi précise que pour les empreintes digitales.
Fig. 34. — Affaire N... Cambriolage simulé.
La balle 1 a élé tirée par nous dans le revolver de N..., qui a simulé un cambriolage pour
voler son père. — La balle 2 aurait été tirée par le cambrioleur sur N... — La balle 3 aurait
été tirée par X... sur le cambrioleur.
L'examen des stries prouve que les trois balles ont été tiré-es dans le même revolver.
Malgré les réserves foi mulées par Corin et Genouillac, la méthode est parfaitement applicable aux projectiles tirés dans les pistolets automatiques, tels que le browning.
Identification des douilles de pistolets automatiques. —
Dans les pistolets automatiques modernes, dont les types sont déjà nombreux, Browning, Webley, Stejr, Melior, Pieper, etc., la douille de la munition tirée est éjectée automatiquement au dehors, tandis qu'une munition neuve est replacée en position de lir par le retour en ])atterie de la culasse mobile.
lien résulte que Ion retrouve sur les lieux du ctime une ou plusieurs douilles vides, grâce au.xquelles il est possible d'obtenir des indications sur l'arme utilisée, alors même que l'on ne retrouverait pas la balle tirée dans le pistolet (I).
(1) Balthazard, Identification des douilles de pistolets automatiques (.Irc/i. d'Ant/i. crim. et de Médecine légriU, 15 décembre 1913).