II. Charbon symptomatique expérimental
Les animaux qui i)n'nnent le charbon symptomatique expérimental sont le hœuf, le mouton, la chèvre, le cobaijc. Tous les autres sont absolument réfractaiz'es, et nous rappelons en particulier le fait pour le lapiii, qui est au contraire un assez bon réactif du charbon bactoridien.
Il n'existe qu'un seul mode d'inoculation du charbon symptomatique : c'est V inoculation souscutant'e.
C'est dans le tissu conjonclif sous-cutané que doit être porté le virus d'inoculation : les piqûres à la lancette échouent invariablement.
La dose de virus doit être assez élevée, et de plus elle varie suivanf. les régions : deux ou trois gouttes inoculées sous la peau de la cuisse, de l'épaule, du bras, etc., suflisent pour donner un charbon symptomatique mortel au bœuf, au mouton ; elles sont insuflisantos dans les régions à tissu cellulaire dense : extrdmité cte membres, oreille, queue.
Le véritable réactif expérimental du Charbon symptomatique est le cobaye. L'animal sera inoculé à la seringue de Pravaz, et l'injection sera poussée dans les muscles de la cuisse.
La matière virulente peut être empruntée à diverses sources :
(a) La culture du bacille du Charbon symptomatique. C'est là un moyen infidèle, la culture perdant rapidement ses propriétés.
(6) Le sami prélevé purement dans le cœur d'un animal mort de Charbon symptomatique et placé pendant vingt-quatre heures à l'étuve, de façon à obtenir le développement du bacille (ju'il contient en petite quantité lors de la mort de l'animal ; <•>; développement se traduit par l'apparition de bul-
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les de gaz qui disloquent la colonne sanguine recueillie dans une pipette.
Le sang, môme dans ce cas, constitue un virus peu favorable pour l'inoculation.
(c) Les (issus de la tumeur : ces tissus peuvent être inoculés à l'état frais ou à Vétat sec, c'est-à-dire alors sous forme de poudre.
Pour inoculer ces tissus à l'état frais, on prend sur un cobaye, un mouton, un bœuf venant de succomber, des fragments des muscles malades, en choisissant les parties les plus noires; on triture ces fragments dans un mortier avec de l'eau stérilisée : on filtre à travers un linge ; le liquide sanguinolent qui passe constitue un excellent liquide d'inoculation.
La pulpe des muscles malades desséchée, c'est-àdire la poudre de charbon symptomatique, constitue un virus d'inoculation encore supérieur : c'est à MM. xVrloing, Gornevin, Thomas, qu'on doit la connaissance de cette préparation. Voici comment elle s'effectue :
On prend les parties les plus malades des muscles formant la tumeur symptomatique sur un bœuf ou un mouton; on hache en petits morceaux et on pèse; on ajoute de l'eau distillée en quantité répondant à peu près aux deux tiers du poids des muscles hachés; on broie dans un mortier; on filtre sur une toile épaisse, et on étale en couche mince sur un plateau de porcelaine le liquide rouge qui a passé. Ce plateau est placé à l'étuve à 35° : après évaporation du liquide, il reste sur le plateau une sorte do vernis brillant, de couleur rouge foncé que l'on réduira en poudre pour le conserver au sec dans un flacon. Cette poudre peut garder sa virulence pendant plus de deux ans.
Pour inoculer la poudre on en prend un demicentigramme qu'on broie à sec dans un mor-
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lier, on ajoute quelques gouttes d'eau et on filtre sur la toile; au liquide qui a passé on ajoute une goutte d'acide lactique qui, augmentant la virulence par un mécanisme que MM. Nocard ot Roux ont déterminé, assure le succès de l'inoculation.
La poudre de cliarbon symptomatique qui constitue une source de virus toujours prête, qui conserve son action pendant des années, est donc des plus précieuses : un laboratoire de microbiologie doit toujours en posséder une provision.
Lorsque l'injection virulente a été poussée dans la cuisse du cobaye, cette cuisse se gonfle après quelques heures et devient douloureuse au toucher ; l'animal ne marche plus que sur trois pattes ; bientôt la marche lui devient tout à fait impossible; il se blottit dans un coin de sa cage, où il reste immobile, le poil hérissé, poussant des cris lorsqu'on veut le saisir; il meurt dans les vingt quatre ou quarante-huit heures.
Les deux U'dons marquantes sur un cobaye mort de charbon symptomatique inoculé par le procédé décrit sont :
a) Un œdème rougoàtre du tissu conjonctil' de la paroi abdominale, œdème qui s'étend sur toute la surface de celle-ci et remonte souvent jusqu'au thorax et à la naissance des membres antérieurs; cet œdème est d'autant plus marqué qu'on se rapproche du point d'inoculation.
b) Les lésions de la cuisse inoculée, qui est gonflée, turgide. Les muscles y sont d'une couleur rouge sombre, et sur quelques points (ce sont les parties les plus malades) ont une teinte noire. Sur la cuisse malade les poils s'arrachent avec la plus grande facilité, et tomijcnt souvent d'eux-mêmes. La peau y est doublée par un tissu conjouctif u'dématié et d'une teinte rouge très marquée; une
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abondante sérosité rougeâlre, sanguinolente, s'écoule dès que la peau est disséquée.
La cavité péritonéale contient un peu de liquide.
III. Le bacille du Charbon symptomatique. — Sa recherche dans l'organisme.
Le bacille du charbon symptomatique prend bien les solutions hydro-alcooliques des couleurs d'aniline : violet de gentiane, fuchsine, bleu de méthylène. Il se colore particulièrement bien parle bleu de Loffler. Il ne prend ni le Gram ni le Weigert: par conséquent aucun des procédés de double coloration ne lui est applicable. Les coupes des tissus contenant ce microbe seront donc traitées par la méthode de LOI'fJer, qui, du reste, donne d'excellents résultats.
Sang. — Le sang examiné immédiatement après la mort ne contient pas le bacille en quantité sut'lisunte pour que l'examen microscopique puisse l'y déceler, il en sera tout autrement dans le. sang qui, recueilli après la mort, aura séjourné vingtquatre heures à l'éluve : traité par la coloration et de préférence par la coloration au bleu de Loffler, ce sang montrera, ça et là, quelques bacilles droits pleinement colorés, sans spores, un peu plus épais que le vibrion septique, toujours de longueur égale (de 8 à 10 u.), le plus souvent isolés, quelquefois articulés deux à deux.
MM. Arloing, Cornevin et Thomas décrivent ainsi l'examen du sang sans coloration dans le charbon symptomatique : « Ce sont des bactéries longues de O'"'",00o, 0""",008, larges de 0'",001, homogènes, douées d'une grande mobilité. Ce microbe monte et descend avec agilité dans la couche de liquide qui compose la préparation microscopique, s'infléchit en arc ou en S, pirouette sur lui-niènio de façon à se présenter dans le sens de
miAUBON BACTÉRIEN.
sa longuour, ou oblic[uc!nicnt,, ou pai" l'iino de ses exti-i'iuités. Il cliango donc d'aspect pour ainsi dire à vue d'œil. »
Nous ci'oyous que celte description ne correspond pas à la réalité des lïiils : le bacille est si peu abondant dans le sauf,' que l'exameii immédiat sans coloration u peu de cluince d'être heureux; en outre le bacille du ciiarlion syrnptomatique e^^t à peine mobile.
IvyiKUR MusCL'LAmi: . — ■ C'est dans le muscle malade que le bacille du charbon s^ymplomatique prend ses formes les plus inlércssanlos : il s'y sporule.
On fera deux sortes de préparations du muscle malade : l'une extemporanée, qui s'obtiendra en prenant un fragment de muscle au point le plus malade, le plus noir, et en frottant la surface de ce fragment sur des lamelles qu'on séchera et qu'on colorera; ['nuire qui sera la coupe histologique.
Les lamelles chargées du suc musculaire seront de préférence traitées par le bleu Lôftler. Sur un fond vert pàle, les bacilles pathogènes se détachent en bleu foncé; à côté des bâtonnets pleins, semblables à ceux que l'on rencontre dans le sang, et à ceux ([ue nous signalerons tout à l'heure dans la sérosité péri touéale, on observe les formes curieuses c(ue montre une de nos figures, et qui sont certainement le fait du développement de la spore dans le bacille : bacilles en masme, en buttant de cloclie ou en raquette, dont l'extrémité élargie reste incolore; bacilles ai fuseau, dont les deux extrémités sont colorées et le centre incolore; bacilles ovoïdes, dont une extrémité est seule colorée, tout le reste ne prenant pas la couleur. Pour tous ces examens l'éclairage y\hbé est nécessaire : le bacille peut «"■trn déjà bien vu à un grossissement de !iOO diamètres; mais ponr en bien connaître les détails il
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faudra l'aire usage des forts grossissements des objectifs à immersion homogène.
Les coupes de muscle seront colorées au bleu de
Lôffler; elles permettront de saisii- la topographie du bacille. Les faisceaux musculaires sont cassés
CHARBON liACTÉRIEN.
eu travers, ils sont pour la plupart vitreux, hyalins. Les bacilles siègent dans le sarcolemme, au niveau des cassures transversales, entre les faisceaux du tissu conjonctif, et entre les faisceaux musculaires.
SÉROSITÉ rÉRiTO.NÉALE. — Le uioyeu le plus simple et le meilleur consiste à disposer une lamelle sur la face supérieure du foie, aussitôt après l'ouverture du cadavre. La lamelle séchée sera colorée au bleu hydro-alcoolique, au violet de gentiane hydroalcoolique, ou mieux au bleu de Loffler. Le bacille du charbon symptomatique se présente en grande quantité sur la lamelle : il a la forme de bâtonnets droits, courts, égaux en longueur, colorés dans toute leur étendue, isolés, ou réunis bout à bout par deux ou par trois.