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II. Lésions et modes de propagation du Choléra asiatique

Le Choléra asiatique évolue sur l'homme avec une rapidité très variable.

Quelques malades succombent en peu d'heures à une attaque foudroj^ante ; d'autres sont tués moins vite, et succombent à un moment variable de la première période (période algide) ; d'autres enfin succombent plus tard encore, dans la deuxième période (période de réaction).

Les lésions du Choléra asiatique sont surtout, soatpresque exclusivement intestinales, mais elles diffèrent beaucoup suivant l'époque à laquelle a succombé le malade, et c'est là, au point de vue bactériologique, un point capital.

Dans le Choléra foudroyant, il existe à peine quelquealtération de l'intestin, marquée par de la tuméfaction et une coloration rosée de la muqueuse ; mais le canal intestinal est rempli d'un liquide blanchâtre, louche, inodore, tenant en suspension de petits flocons muqueux, ou grains riziformes.

Si le malade succombe plus tard, à un moment quelconque de la période algide, la muqueuse intestinale est plus altérée : elle est congestionnée surtout au niveau de l'iléon, et prend en ce point une coloration intense (hortensia) tout à fait spéciale; les follicules clos de l'inlestin grêle, surtout dans la dernière portion, présentent l'aspect connu sous le nom de psorentérie ; le liquide à flocons

portante note indique en outre Ui Irausmissibilité du choléra an t'igeon après un passage sur le cobaye, et l'augmentation de virulence du bacille cholérique par passages sur le pigeon. Le déterminisme de ces expériences n'a pas été exposé suffisamment par M. Gamale'ia dans sa note : nous ne pouvons donc que mentionner ici son beau travail, dont il doit, ;'i bref délai, faire la preuve devant une commission de l'Académie des sciences.

CHOLEHA ASIATIQUE.

muqucux, à grains riziformes, dont nous parlions plus haut, emplit l'inloslin.

Le sany est poisseux, et prend un aspect tout à fait caracLéristique.

Si le malade meurt à la période de réaction, après une évolution déjà longue du rafl'ecl.ion, on ne trouve plus dans l'intestin de liquide rizifonne; le sang a repris ses caractères normaux, mais de nomljreuses congestions et inflammations viscérales se sont développées (congestion pulmonaire, bronchite, pleurésie, etc., etc.).

C'est par les selles des malades que le germe cholérique est rejeté au deliors : ces selles souillent les linges, les effets des malades etc. ; elles peuvent soit directement, soit indirectement, être jjrojetées dans les rivières et cours d'eau.

C'est en portant à sa bouche sesmains souillées au contact des linges et des effets imprégnés par les selles cholériques, c'est en buvant l'eau qui a. reçu les déjections cholériques, que l'individu sain contracte le choléra.

L'air ne joue fju'un rôle tout à l'ait effacé, ou même nul, dans la propagation de l'aff'eclion.

III. Le bacille du Choléra asiatique. Sa coloration. Sa culture.

Le bacille découvert par Koch est connu sous le nom de kommu bacille, bacille virniile, ce qui peint une de ses apparences morphologiques, et aussi sous celui de xpirille du Choléra asiatique, ce qui rappelle une autre apparence du même organisme.

[/examen est facile avec et sans coloration.

F^xaminé sans coloration, le bacille du Choléra asiatique se montre Ircs mobile, quelle que soit, sa provenance.

" Les individus adultes dans les préparations frnichcs, incolores, sont nettement recourbés;

MALADIES MICROBIENNES

tantôt ils sont en arc de rayon très grand, tantôt ils constituent un demi-cercle très nettement dessiné )> (Fliigge). Les individus jeunes sont peu recourbés, ou droits.

La coloration du bacille virgule est des plus simples; toutes les solutions hydro-alcooliques des

Fig. 60.

A, Gonococciis. Pus blennorrhagique. Leilz, oc. 3, obj. 1/12.

B, Clioléra asiatique. Culture. Leilz, oc. 3, obj. 1/12

couleurs d'aniline et le bleu de Lôffler réussissent bien, mais la méthode Gram échoue.

Coloré, le bacille du choléra se montre sous divers aspects; long de \ o ii 2 [i. .S, large de 0 u. 4, tantôt il apparaîtra sous forme d'un bàlonnet droit, tantôt il prendra un aspect recourbé figurant une pcu'cnthèse, un demi-cercle ; parfois deux bâtonnets ainsi recourbes se juxtaposent bout a bout, et le bacille prend alors la forme d'une S:

CHOLÉRA ASIATIQUE

si plusieurs bacilles courbes se placent ainsi les uns au bout (les autres, l'S s'allonge et l'on a la sijIrille cholérique.

La forme réelle du micro-organisme paraît donc être laforme courbe, et l'aspect rectilignc (aussi cl plus fréquent diins les prépcm liions colorées que la forme courbe) résulte sans doute d'une disposition spéciale sous le microscope, la partie moyenne du bacille étant seule à la vue, les deux extrémités échappant à l'œil de l'observateur.

Dans les cultures anciennes des formes nouvelles apparaisseut, formes d'involulion, dont une des plus fréquentes est la dilatation énorme d'une des extrémités du bacille (corps mùriforme de Ferran) ; d'autres formes bizarres telles que la forme sphérique, etc., peuvent encore se raonirer dans ce cas.

Le bacille-virgule est surtout aérobie, mais il est aussi, dit-on, anaérobie; il pousse dans les milieux artificiels en présence de l'air, et aussi dans le vide ou en présence de gaz inertes (1) ; la température qui lui convient le mieux est comprise entre 30 et 40° ; au-dessous de 10° il ne se développe pas, mais garde toute sa vitalité ; il est tué de 65 à 7h° ; il est bien probable qu'il n'a pas de spores.

La culture du bacille du choléra réussit sur tous les milieux artiticiels ; bouillons, lait, gélatine, gélose, sérum, pomme de terre, etc. La gélatine donne des cultures caractéristiques du plus haut intérêt.

La condition essentielle de réussite est la ?ie;/- </-a/«i!« parfaite des milieux, ou mieux une légère alcalinité.

(a) Bouillons. — La bacille cholérique se développe parfaitement en 24 heures dans le bouillon

(I) Nous n'avons |usr(ii'i(:i faii-r; aucunn tcntiitive ilc cullui'e pour contrôler celle assertion d'antcnrs allemands.

MALADIES MICROBIENNES

mis à l'éluve. La culture n'a aucune apparence spéciale.

Une culture fort intéressante est la culture en lame creuse dans une goutte de bouillon, à la température de Fétuve. C'est dans cette culture que le bacille se développe le mieux en longues spirilles qui peuvent avoir jusqu'à 20 et 30 circonvolutions (Flligge).

(b) Lait. — Le bacille du choléra pousse bien dans le lait, dont il ne cliange ni la couleur ni la réaction.

(c) Gélatine. — C'est le milieu de culture le plus utile, en ce qu'il donne des réactions caractéristiques.

Le bacille-virgule sera ensemencé dans la gélatine par piqûre, et aussi cultivé sur la gélatine en plaques.

1. Ensemencement par piqûre. — Le développement est relativement lent et l'aspect caractéristique n'apparaît qu'au bout de 3 ou 4 jours. A ce moment on constate que la surface de la gélatine s'est creusée, s'est déprimée à la partie supérieure du trajet de la piqûre, ce qui donne l'illusion d'une bulle d'air emprisonnée; autour de cette partie déprimée, la culture d'aspect blanchâtre floconneux a pris l'aspect d'un entonnoir : la gélatine est liquéfiée dans toute cette partie; sur le reste du trajet de la piqûre, au-dessous de cette sorte d'entonnoir, la liquéfaction commence à se prononcer; elle se fait de haut en bas sur tout ce trajet dans les jours suivants ; puis la liquéfaction progresse, et l'aspect caractéristique se perd; au bout de 7 à 8 jours la gélatine est liquéfiée dans les 2/3 supérieurs, elle contient un grand nombre de flocons blanchâtres ; la liquéfaction ne devient complète qu'au bout d'un temps plus long.

Il n'existe actuellement aucun microbe liqué-

CHOLÉRA. ASIATIQUE

Ikuit la gélatine sous cet aspect tout spécial.

2. Culture sur plaiiucs. — La colonie du bacillevirgule prend sur la plaque de gélatine un aspect également caractéristique. Tout d'atord la colonie se développe sous la l'orme d'un petit disque blanc jaunâtre, à contours irréguliers, ondulés. Mais dès le 'i" ou 4" jour la colonie s'est élargie, et, liquéfiant la gélatine, elle a pris une figure toute particulière.

Examinée à un faible grossissement, elle montre un ceH<)-e granuleux, autour de ce centre un cercle granuleux, ondulé, sinueux ; enfin au delà un deuxième cercle clair non granuleux; la gélatine est liquéfiée dans tout l'espace inclus dans le premier cercle.

La liquéfaction augmentant, la colonie perd bientôt son aspect caractéristique.

(d) Gélose. — Le bacille du choléra asiatique se développe bien sur la gélose; en 24 heures àTétuve, la culture est abondante; elle est blanche, sans caractère spécial.

(ej Pomme de terre. — Sur la pomme de terre ensemencée, et placée à l'étuvc, apparaît en 24 heures une culture épaisse, de couleur brun clair, café au lait.

En résume, le bacille du choléra asiatique possède un aspect morphologique assez spécial, mais qui ne lui est pas exclusif, ainsi que nous le verrons tout à l'heure ; il a des réactions de cultui'c sur gélatine qui lui sont, à l'heure actuelle, absolument particulières et le caractérisent pleinement.

Réaction chimique des cultures du bacille-virgule (Choléra-Iloth).

Si on ajoute, même ilès les premières heures qui suivent l' ensemeneemenl , ;ï une (uilture pure de bacille du choléra dans du bouillon ii à 10 p. 100 d'acide clilorliydrif|ue pur, on observe au l)out de quelques ni inu tes u ne co/ora/ionrosc-'Uio/ei, dont Tiui>ri. DR Micnoiiiii. 20

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lensité croît rapidemenL pendant une demi-heure. Seul de tous les bacilles connus acluellement, en dehors du bacille-virgule, celui de Finkler, après jours de culture à 37", donne cette même coloration, mais moins prompte ment.

Cette réaction colorante connue sous le nom de Choléra-Roth est donc un signe de premier ordre, caractéristique du bacille-virgule (0. Bujvid, An- 7iales Pasteur, 1887 et 1888).

IV. Localisations du bacille-virgule dans 1 organisme des cholériques. — Diagnostic microbiologique d'un cas de choléra.

Le bacille-virgule n'existe que dans l'intestin des cholériques ; il a été vainement cherché dans les autres parties de Vorganisme. Les cas les plus favorables à sa recherche sont les cas foudroyants dont nous parlions ci-dessus : le liquide à grains riziformes qui remplit l'intestin grêle est souvent, dans ces cas, une culture à peu près pure du bacille.

Lorsque la survie a été plus longue, par exemple lorsque le malade succombe dans le cours de la période algide, le liquide intestinal contient toujours le bacille-virgule, mais associé à des germes étrangers qui augmentent avec la durée de la maladie, et qui peuvent arriver à dominer et masquer le bacille virgule ; à cette période celui-ci a pénétré dans la muqueuse intestinale, à la faveur de la desquamation épithéliale, ainsi que le montrent les coupes de cette muqueuse.

Dans la période de réaction, rinlestin ne contient plus que des microbes étrangers : le bacille virgule a disparu.

La diarrh,ée des cholériques, qui n'est que le résultat de l'expulsion, pendant la vie, du liquide intestinal que nous venons de décrire sur le cadavre, contiendra donc au début presque exclusivement le

i;[10LÉR\ ASIATIQUE.

bacille-virgule; plus l'évolution sera longue et plus les microbes étrangers apparaîtront, et augmenteront jus(iu'ù masquer le bacille pathogène dans la diarrhée (1) ; enfin à la période de réaction le bacille-virgule aura complètement disparu.

La preuve de l'existence du bacille cholérique sera donc fort aisée à faire tant sur le cadavre que

(1) Voici un moyen ingénieux dont nous empruntons la description il M. Van Hrnieugem (in Ijiz/.ozero et Firkclt, p. 320), moyen qui parait donner de bons résultats dans cette reclierclie délicate.

11 a pour but de l'aire développer le bacille-virgule en si petite quantité qu'il soit dans les selles, do façon à ce que la recherche en soit ensuite rendue aisée.

Il On place dans une des cloches disposées en chambre humide servant à la culture sur pomme de terre, etc., et au besoin dans une soucoupe ou une assiette plate recouverte d'une cloche, un morceau de toile replié en huit doubles, ou une feuille de papier à filtrer qu'on imbibe d'eau. On y étend quelques centimètres cubes de la matière intestinale, et on laisse le tout exposé pendant quelques heures à une température assez élevée. S'il existe dans le liquide intestinal des microbes cholériques, même en quantité infiniment petite proportionnellement aux autres micro-organismes, il ne tarderont pas, grâce i leur multiplication extrêmement rapide, à s'accumuler à la surface du linge et à le recouvrir entièrement. Leur nombre en [i heures sera ,isse/. grand pour (|uo les autres bactéries soient pour ainsi dire perdues dans leur masse.

« On peut aussi mélanger les liquides diarrhéiques avec delà gélatine nutritive diluée à 1/10°, ou du bouillon stérilisé, de façon à obtenir un milieu de culture liquide qui favorisera davantage encore l'accumulation des virgules à leur sui'face. Gr?ice à leurs mouvements propres, et à leur avidité pour l'oxygène libre, elles ne tarderont pas à y former une abondante végétation. ,I'ai employé ce procédé avec les meilleurs résultats dans les conditions suivantes : je délaye une centaine de centimètres cubes de la matière intestinale dans une quantité double ou triple de bouillon de bœuf salé et légèrement alcalinisé; le mélange est versé dans un vase à fond l)lat, de manière à ce que le liquide soit en couche peu épaisse de 3 à 4 centimètres de haut, et largement exposé à l'air. On a soin, en outre, de placer le récipient dans un incubateur h 37° pendant

12 à i!4 heures, ou à défaut de cet appareil, au voisinage d'un foyer. "

r,c bacille-virgule ainsi rendu abondant et prédominant sur tous les autres organismes concomitants sera plus aisément décelé par Texamen microscopique et la série des épreuves de culture.

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dans la diarrhée du sujet malade au début, mais deviendra de plus en plus difficile à mesure que l'évolution s'avancera.

L'examen microscopique du liquide intestinal et des grains riziformes qui suffirait presque, dans les cas types du début, serait impuissant à établir le diagnostic bactériologique dans les cas plus anciens.

On a proposé, dans les cas où le bacille-virgule se trouve associé à un plus ou moins grand nombre de germes étrangers, de mettre à prolit la propriété que possède le bacille-virgule de se décolorer par le procédé de (iram pour en rendre la recherche plus aisée : la lamelle chargée du pro duit intestinal sera traitée par la méhodede Gram (violet de Gram, liqueur iodo-iodurée, alcool), puis, après décoloration, passée dans une solution hydroalcoolique de fuchsine, ou de rouge diamant. Les microbes intestinaux vulgaires garderont pour la plupart la coloration première, c'est-à-dire le violet; les bacilles du Choléra, décolorés par l'alcool, prendront la deuxième coloration, c'est-à-dire le rouge. Cette méthode est intiiressante et peut à l'occasion rendre quelques services, mais elle ne vaut pas, et de beaucoup, la méthode d'isolement- du bacille par les cultures sur plaques de gélatine.

Le procédé le plus sûr, en effet, pour mettre en évidence le hacille-viriiule dans le contenu de l'intestin à toutes les périodes où il s'y trouve, est lu culture sur plaques de gélatine.

Nous avons décrit ailleurs la technique de cette culture ; nous avons décrit ci-dessus l'apparence des colonies du i)acille-virgulc; nous n'avons plus à y revenir.

Le bacille isolé par cette métiiode, on complétera la démonstration par des ensemencements en piqûre sur la gélatine, des ensemencements

CHOLÉRA ASIATIQUE. .'tilH

sur pomme de terre, sur gélose, dans le Ijoiiilloii, en même temps qu'on vérifiera par l'examen microscopique les caractères morphologiques, biologiques et de coloration du bacille cultivé.

Les caractères divers du bacille-virgule, et en particulier la culture sur gélatine, sont à ce point typiques qu'il ne pourra exister aucun doute après la série des opérations que nous venons de passer en revue.

Lorsque Kocli publia ses premiers travaux, il lui fut l'ait de nombreuses objections, et la forme en virgule fut retrouvée et décrite par divers auteurs sur d'autres bacilles de diverses provenances.

De plus, parmi ces bacilles en virgule d'origines variées, ceux que Finklcr et Prior avaient trouvés dans les matières diarriiéiques de soi-disant cas de choléra nostras, ceux que Deneke avait rencontrés sur de vieux fromages, liquéfiaient la gélatine, et prenaient sur les plaques et dans les ensemencements en piqûre une apparence un peu analogue à celle du bacille-virgule.

En réalité il n'y a entre les bacilles-virgules de Kinkler et Prior et Deneke et le bacille du Choléra asiatique aucune identité : Koch a parfaitement montré que la culture sur gi'lalinc en piqûre établit une différence radicale entre les premiers organismes et celui qu'il a découvert.

Dans cette culture les bacilles de Finkler et Prior se comportent d'une façon toute différente de ceux de Rocli.

« Cultivés dans les mêmes conditions (jue les l)acillcs de Koch, ils ont pour lésultat de former, déjà après 48 heures, un canal assez gros ressemblant à un sac remi)Ii par un liquide trouble.

« Après 24iicures, encore la liquéfaction ;tttcint les parois du tube; la partie supérieure de la gélatine est presijue entièrement liquéliée, et la

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