VI. Choléra expérimental
La série des expériences que l'on peut tenter sur les animaux avec le bacille-virgule est des plus
i;ilOLÉR\ ASIÂTIODE. 3îi!j
rcslroiules ; seul le cohiivc peut être lué jiar Vingestion de cultures luires, el seulemeul encore f^n'ice il un disposlLif expérimental tout particulier. 11 i'aut d'abord alcaliuiser le contenu stomacal de l'animal, en lui injectant à la sonde une soluiion de carbonate de soude à îi p. 100; après 20 minutes on injecte dans l'estomac la culture du bacille-virgule, et immédiatement on fait pénétrer dans la cavité périlonéale, à la seringue de Pravaz, une quantité de teinture d'opium qu'il faut porter à 1 centimètre cube par 200 grammes du poids de l'animal.
«Après que l'on a administré cette dose d'opium, il survient une somnolence qui dure une demiheure à une heure; ensuite l'animal redevient tout à fait bien portant. Le soir du jour même, ou le jour suivant, les animaux perdent l'appétit, ils ont un aspect- maladif ; peu à peu on voit apparaître une faiblesse des extrémités postérieures ressemblant à de la paralysie. La respiration devient rare, et se ralentit. Ensuite les phénomènes graves de collapsus apparaissent ; il se produit un refroidissement sensible, notamment à la tète et aux extrémités; enfin la mort survient.
« A l'autopsie on trouve l'intestin grêle fortement tuméllé, et rempli par un liquide incolore, aqueux, floconneux. L'eslomac et le cœcum ne contiennentpas, comme d'ordinaire, des massessolides, mais une grande quantité de liquide.
« Le contenu de l'intestin grêle est composé presque exclusivement par une culture pure de bacilles-virgules » (Fliigge).
MALADIES MICROBIENNKS.
FIÈVRE typhoïde
La fièvre typhoïde est une affeclion qui n'atteiut que l'homme et dont les deux principaux éléments sont, ainsi que l'indique le nom, la jicvrc à type continu, et Vabattemcnl.
On connaît en vétérinaire une affection éqinne qu'on désigne sous le nom de fièvre tijphoide, maladie « infectieuse et contagieuse, caractérisée cliniquement par la sliipéfaction des sujets, et la coloration acajou lies muqueuses dès lupériodc d'invasion. »
Dans ces derniers temps M. Sorvoles a cherché à démonti'er l'identité parfaite des deux affections typhoïdes de l'homme et du cheval. Cette thèse est radicalement fausse; il n'y a entre l'aOeclion humaine et l'affection équine qu'une identité de nom et nullement de nature (t).
C'est à Eberth qu'on doit les premières notions précises sur le bacille pathogène de la fièvre typhoïde (1880-1881), dont il démontra d'abord la présence sur des coupes non colorées de rate et de ganglion mésentérique : il n'est donc que juste de donner à ce micro-organisme le nom de bacille d'Eberth.
(1) M. Nocaril, (hiiis uue tie ses oln'iiiiic|uos du Jtecueil lie médicine vétérinaire (15 juiu 1888), a résumé les diRereuces radicales qui séparent ces deux uli'ections : le bacille d'Eberth, constant dans la rate de l'honinie typliique, lait constamment défaut dans la rate du cheval typhiqiie; l'inoculation ou l'ingestion de cultures fraîches du bacille d'Ebcrlh uc provoque chez, le cheval aucun symptôme qui puisse rappeler l'aMcclion humaine ou oquiue.
FIÈVRE TYPHOÏDE
Koch conlirma, peu de temps après, la ilécouverlo d'Ebci'th.
(laiïky consacra au bacille d'Eberlh un travail fort complet : c'est à lui que nous devons les premières cultures de ce bacille.
En France, nos amis Chantemesse et Widal ont publié en 1887, dans les Archives de phydologie, un excellent article sur le bacille typhogène et son rôle étiologique : nous lerons à leur travail de larges emprunts.
II. Anatomie pathologique et modes de propagation de la fièvre typhoïde.
Les lésions primordiales de la fièvre typhoïde affectent l'intestin, la rate et les ganglions nif'senlériqnes : infiltration et nécrose ulcéralive des plaques de Peyer et des follicules clos de l'intestin ; hypertrophie et congestion de la rate et des ganglions mésentériques : telles sont ces lésions capitales.
Mais les lésions la fièvre typhoïde, maladie générale, dépassent ordinairement ce cercle étroit : l'appareil respiratoire (ulcérations laryngées, congestion pulmonaire, pneumonie lobulaire) ;rappareil circulatoire (myocardite, artérite, phlébite) ; l'appareil urinaire (néphrite) ; les systèmes nerveux (congestions méningées) et locomoteur (dégénérescence vitreuse des muscles), sont généralement utteints à un plus ou moins haut ilegré.
Ce sont les matières fécales des ty|ihiques qui jouent le rôle d'agents de propagation delà maladie, et nous voyons ici la plus grande analogie étiologique entre le choléra et la (lèvre tvpiioïde. C'est l'eau potable souillée par les matières fécales typhifjues qui donne le plus ordinairement la lièvre tyiihoïde aux individus sains ; c'est en portant à la bouche leurs doigls souillés au contact d(>s linges salis par les déjections des malades, c'est en souil-
MALADIES MICUOUlEiNNES.
lant avec ces doigts les matières alimentaires que les individus qui approchent et soignent un typhique contractent lu maladie : en un mot, c'est par le tube digestif que se fait l'infection.
L'air, ici comme pour le choléra, ne joue qu'un rôle tout à fait efl'acé dans la propagation de la maladie.
III. Le bacille d'Eberth. Coloration et culture de ce bacille.
D'une façon générale le bacille d'Eberth peut être décrit comme un « petit bâtonnet, arrondi aux extrémités, d'une longueur de 2 à 3 u. et trois fois plus long que largo (Ghantemesse et Widal).
Examiné sans coloration, ce bacille se montre extrêmement mobile. (Le bacille d'Eberth est non seulement mobile dans le champ du microscope, mais encore il présente un mouvement d'oscillation sur lui-même tout particulier. C'est une secousse de vibration pour les petits bacilles, de reptation pour les formes allongées (Ch. et \V.).
Le bacille d'Eberth se colore assez bien par les couleurs d'aniline en solution hydro-alcoolique très légère, mais la méthode de Gram ne réussit pas à le colorer : c'est là un caractère diagnostique fort important.
Coloré, le bacille de la lièvre typhoïde se montre sous plusieurs aspects :
C'est tantôt un bâtonnet pleinement coloré dont l'aspect reproduit celui que donne l'examen à l'état frais; tantôt, et c'est là un aspect qu'il ne prend guère que dans les cultures anciennes, c'est un filament allongé; tantôt enUn la couleur est localisée aux deux extrémités du bâtonnet, le milieu restant incolore : le bacille typhique a dans ce cas la forme, si fréquente chez tant de microorganismes colorés, d'un bacille à espace clair.
inÈVRE TYPHOÏDE.
Cette forme, rare dans les culLui'cs sur gélatine, apparaît parfois dans les cultures sur pomme de terre, et sur le Ijacille en provenance directe de l'organisme.
Sur les préparations colorées du bacille, et tout spécialement sur des bacilles en provenance de pommes de terre laissées plusieurs jours à l'étuve, on constate l'existence de spores, apparaissant à l'une des extrémités du bâtonnet sous forme d'une petite sphère, claire, réfringente (GafTky) (d).
Culture du bacille de la 4'ièvre typhoïde. — Le bacille de la lièvre tj'phoïde est indifféremment aérobie et anaérobie; il pousse en effet très vivement à l'abri de l'air (Roux).
La température qui convient le mieux à son développement varie entre 2'6 et 3.o". A 46° il cesse de se développer. Sa vitalité paraîtpersister longtemps dans les milieux de cultures.
Les milieux de culture artificiels les plus divers conviennent également pour les cultures en présence de l'air : bouillon, lait, gélatine, sérum, gélose, pomme de terre.
(a) Culture dans le bouillon. — En 24 heures le bouillon ensemencé avec le bacille typhique et mis à l'étuve devient trouble. «Abandonné pendant un certain temps à cette température (20 à Sb"), le bouillon laisse déposer au fond du vase un précipité blanc, et, au bout de quelques semaines, le
(1) Dans uu traviiil tout récent M. Bucluier nie eiitièrenicnt l'existence (le la sporo typhique telle que l'avait décrite Gad'ky. Les granulations brillantes de l'une des extrémités du bacille typhique ne sont pour lui (juc des concrétions proloplasmiques, se produisant uni(|u<'ment parce que la culture .sur pomme de terre devient peu i peu acide. Il suflit de rendre cette pomme de terre alcaline en la laissant séjourner, avant stérilisation, pendant quelques niiuutcs d(ins une solution de soude, pour que cet aspect spécial ne se produise plus jamais (Analyse Duclaux, in Annales Pasteur, octobre 1888).
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liquide perd son aspect, louche pour prendre une coloration rougo foncé » (Ch. et W.).
(6) Culture dans le lait et Vurine. — Le bacille typhique pousse l)ien dans le lait, en y prenant « des formes volumineuses » ; il se développe également dans l'urine stérilisée, alcalinisée (Seitzi.
(c) Culture dans la gélatine. — La culture du bacille typhique dans la gélatine présente des caractères tout spéciaux qui font de cette culture un des bons réactifs de ce micro-organisme.
Le bacille typhique. sera ensemencé dans la gélatine soit par piqûre, soit en strie. Il sera cultivé aussi sur la gélatine en plaques.
1 . Cidture dans la gélatine par piqûre. — « De petites colonies lenticulaires, jaunâtres, naissent dans la profondeur suivant la pointe d'enfoncement, tandis qu'à la surface se développe tantôt un disque mince, pelliculaire, transparent, à bords irisés s'étendant vers les parois du verre, tantôt, au contraire, une culture épaisse, opaque, très peu étendue, dont la dimension ne dépasse pas celle d'une lentille (Ch. et W.). »
La culture en strie et la culture sur plaques sont beaucoup plus caractéristiques que la culture par piqûre.
2. Culture en strie. — >< Après inoculation en strie sur tubes inclinés, la culture, dans les cas les plus caractéristiques, apparaît sous forme d'un voile mince, translucide, à reflets nacrés et bleuâtres, à surface granuleuse, et à bords irréguliers parfois serpigineu.x. L'accroissement commence api es 2 jours, marche très vite pour s'arrêter vers le neuvième jour, et la culture n'atteint jamais les parois du verre (Ch. et ^V.). »
3. Culture sur jUa'jUes de gélatine. — « Les formes prises par les colonies sur les plaques de gélatine ensemencées, suivant le procédé de Koch, méri-
FIÈVRE TYPHOÏDE
lent une description détaillée. Ce sont elles qui permettent d'isoler le germe typhique des autres microbes, et de le reconnaître dans l'eau, les matières fécales, les urines. 11 leur faut deux ou trois jours pour apparaître ; dans les cas types, elles se présentent larges comme une forte tète d'épingle, minces, pelliculaires, nacrées, transparentes, et les jours suivants, malgré l'accroissement de volume, la transparence et la teinte blanchâtre persistent. Au bout de cinq à six jours, elles ont atteint la dimension d'une lentille; leur contour est devenu irrégulier, découpé comme les côtes d'une lie, plus mince en général que leur centre, et leur surface est devenue granuleuse. Examinées à un faible grossissement (obj. 0 ou 1 de Vérick) elles paraissent parcourues dans toute leur étendue par des sillons plus ou moins marqués, parfois disposés d'une façon rectiligne comme les nervures d'une feuille. Souvent leur surface est plus tourmentée encore, ettoute la colonie semble formée de circonvolutions d'intestin grêle enroulées sur elles-mêmes. La combinaison de ces deux aspects, jointe à la coloration brillante de l'ensemble, donne quel- (juefois à la colonie l'aspect d'une montagne de glace» (Ch. et W.).
Malheureusement cet aspect si caractéristique, pour fréquent qu'il soit, nrnl pas constant, et la colonie du bacille d'Eberth prend parfois un aspect tout différent, et qui ne se signale par aucune particularité.
il) Culture sur (jf'.lose. — Elle se fait vite et ne présente aucune particularité. Sur la gélose glycérinée de Nocard et lAoux le développement est encore plus rapide et plus abondant.
e) Culture sur pomme de terre. — « La pomme de terre est le terrain de culture le plus précieux, celui qui donne la réaction la plus caractéristique :
PU. I)K AMCHOIlli:. 2 1
c'est le critcriiim le plus sûr pour le développement du bacille. 11 y prospère et se multiplie, mais sans culture apparente à l'œil nu; à peine aperçoit-on au bout de quelques jours, sur la strie d'inoculation, une traînée humide et souvent la tranche de pomme de terre doit être examinée sous un certain angle d'incidence pour que l'on puisse déceler la présence d'une culture.
« Lorsque la pomme de terre est très humide, on distingue sur sa tranche, au point d'ensemencement, une légère boursouflure dont l'aspect rappelle assez bien la surface glacée de certains gâteaux. Cette apparence est parfois si légère qu'elle peut passer inaperçue pour un œil inexpérimenté : elle est d'ailleurs beaucoup plus rare que la première » (Ch. et W'.).
IV. Localisation du bacille d'Eberth dans l'organisme. Sa recherche dans les pulpes, les liquides, les excrétions.
En règle générale le bacille typhique, recherché sur le cadavre, est d'autant plus abondant dans les tissus que la mort est survenue à une époque plus rapprochée du début de la maladie.
La recherche réussit bien, dans les cas favorables, même dans les autopsies faites après les 24 heures de délai légal.
Il y a deux manières de déceler la présence du micro-organisme dans les tissus, liquides, etc. : i" l'exainen microscopique sur lamelles et les coupes histologiques ; — 2° les cultures.
Le procédé des cultures est infiniment plus délicat et plus sûr; il permet de découvrir le bacille là où l'examen microscopique échoue en raison du petit nombre des organismes pathogènes, ou de l'impureté des produits sur lesquels porte l'examen.
FIÈVRE typhoïde.
La ciillurc peut se faire direclemenL sur les milieux réactifs (gclaliue ensemencée par piqûre et par strie, et pomme de terre) lorsqu'il s'agit de pulpes pures; lorsqu'au contraire il s'agit de produits impurs tels queles matières fécales, etc., c'est à la culture sur gélatine en plaques qu'il faudra s'adresser : les colonies de bacilles typiiiques isolées purement par cette méthode seront ensuite cultivées dans la série des autres milieux.
Les lamelles chargées des produits typiiiques seront traitées par les couleurs d'aniline en solution hydro-alcoolique; les coupes de tissu seront, les méthodes de douljlo coloration échouant, traitées par les procédés de Lofller, de Kùhnc ou de Ziehl.
Le lecteur connaît les procédés de Lôffler et de Kiihne. Voici le procédé de Ziehl qui donne de bons résultats.
La coupe est plongée pendant une demi-heure dans le liquide ci-dessous :
Eau distillée 100
Fuclisiuc 1
Acide phéaiquo 5
Elle est ensuite lavée dans de l'eau distillée contenant 1 p. 100 d'acide acétique, puis on décolore, et on déshydrate par l'alcool et on monte.
Il arrive quelquefois, dans les coupes de tissii, (juc des masses bacillaires sont prises pour des colonies de bacilles typiiiques, alors que ce sont des amas de bacilles de la putréfaction. Il existe un moyen très simple de faire la différence, c'est de soumettre les coupes au procédé de (jram qui di'colorelos bacilles de la fièvre typlioïdc, et colore les bacilles de la putréfaction.
Ceci posé, voici les principales localisations du bacille d'Eberth dans les tissus du cadavre :
MALADIES MICROBIENNES
Il existe conslcamment dans la rate, le foie, les ganglions mésenlériques et les plaques de Peyer ; il se trouve accessoirement, mais non toujours, dans le muscle cardiaque, le poumon, les méninges, le testicule.
11 n'existe jamais dans le sang.
La présence constante du bacille d'Eberth dans la rate des sujets morts pendant l'évolution de la maladie a inspiré à quelques microbiologistes l'idée de le rechercher sur le vivant : le succès est assuré dès le dixième jour.
La peau du sujet sera désinfectée avec soin par un savonnage minutieux, un lavage au sublimé, puis à l'alcool. On enfoncera en pleine matité splénique un petit trocart à fin canal, bien désinfecté, et on ensemencera immédiatement le produit retiré de la rate par la ponction.
Cette recherche tentée déjà avec succès par Philippowicz et Lucatello a été faite maintes fois et toujours avec succès par MM. Chantemesseet Widal ; c'est une opération simple, qui, pratiquée avec toutes les précautions antiseptiques voulues, n'offre aucun danger et peut à l'occasion devenir un moyen de diagnostic efficace.
La recherche du bacille d'Eberth, pendant la vie des typliiques, peut encore se faire dans le sang, l'urine et les inaltérés fécales.
Jamais le bacille n'existe dans le sang du sujet vivant pas plus que dans le sang du cadavre.
Il apparaît dans l'urine, mais seulement dans l'urine albuminurique, c'est-à-dire que la lésion du rein est nécessaire pour lui frayer une voie au dehors.
Il se trouve dans les matières fécales, non pas à toute époque, mais quand les ulcérations des plaques de Peyer l'ont versé dans le canal intestinal.
La recherche dans les matières fécales est déli-
FIÈVRE typhoïde.
cale, ù cause du grand nombre de microbes étrangers qui pullulent dans les selles et liquéfient les plaques de gélatine ensemencée avant tout examen utile.
MM. Chantemcsse et Widal ont indiqué un procédé qui permet d'éliminer une partie de ces micro-organismes, et en tout cas ceux qui liquéfient la gélatine.
11 suffit d'ajouter 4 à .t gouttes d'acide phénique à 1/20° aux tubes de gélatine qui ont reçu l'ensemencement direct de selles tvphiques. 11 est inutile de pliéniquer la gélatine des tubes qui recevront la dilution des premiers.
L'acide phénique à cette dose n'entrave nullement le développement du bacille typhique.