B. TUBERCULEUX DES MAMMIFÈRES
Sa découverte par Koch, publiée le 24 mai 1882, est une des plus belles de la bactériologie. Le B. tuberculeux a des caractères spéciaux de coloration ; il végète lentement et difficilement, pendant les premières générations ; encore lui faut-il des milieux spéciaux 1. 1
Le B. tuberculeux est considéré comme un Streptothrix ; Metchnikoff le dénomme Scier othrix Kochii.
A) — Isolement, cultures
1° Isolement. — Il est fort difficile, non impossible, d’obtenir des cultures directes avec les lésions tuberculeuses natu-
1 R. Koch, Die Aetiologie der Tuberkulose. Mitteilungen aus dem kaiserlichen Gesundheitsamte, II, 1884.
ISOLEMENT, CULTURES
relies. On utilisera le procédé primitif d’isolement de Koch, qui consiste à les inoculer à un cobaye, sous la peau de la cuisse, et à se servir du caséum des ganglions inguinaux ou cruraux comme semence. 11 ne faut pas attendre trop longtemps pour recueillir cette dernière. Lorsqu’on laisse le cobaye succomber à l’évolution de la tuberculose, les ganglions, très caséeux, contiennent peu de bacilles de Koch, et des bacilles peu vivaces. Il est préférable de sacrifier le cobaye trois semaines après l’inoculation ; les ganglions, du côté inoculé, renferment des bacilles très aptes à la culture. Le caséum sera recueilli aseptiquement, bien délayé dans de l'eau stérilisée, et ensemencé par stries avec l’aiguille de platine sur 10 ou 12 tubes de sérum solidifié glycériné (4 p. 100). On écorchera légèrement la surface du sérum. Il faut ensemencer plusieurs tubes, car la plupart resteront stériles. Les premières colonies, assez maigres, n’apparaîtront que vers le douzième jour. Les cultures ultérieures, acclimatées aux milieux artificiels, seront beaucoup plus rapides et plus abondantes.
On peut aussi broyer directement des tubercules et les ensemencer, mais avec moins de chances de succès. Bezançon et Griffon (voir p. 474) oi^t obtenu des cultures directes, avec des sérosités tuberculeuses, en employant la gélose sanglante.
Pour isoler le B. de Koch des poussières, du lait, etc., l’inoculation au cobaye est le procédé de choix.
2° Caractères généraux des cultures. — Le B. de Koch ne pousse que sur certains milieux, à moins d’acclimatement spécial. Aérobie. T° eugénésique = 38°. Limite de température = 30° à 41°. S. Arloing l’a portée jusqu’à -f- 46°, graduellement, dans les cultures en bouillon.
P. Courmont a obtenu des cultures homogènes en bouillon à -j- 24°.
3Ü Cultures sur milieux solides. — A. Sérum. — Vers le douzième jour, apparaissent |de petites colonies blanches, rondes, sèches, écailleuses. Elles grandissent, deviennent sail-
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
1 antes, mais conservent toujours l’aspect sec, écailleux, montagneux. Après un acclimatement de quelques générations, les , colonies peuvent devenir confluentes, formant une membrane rugueuse, comparable à une carte de géographie en relief. La végétation s’arrête vers la quatrième ou cinquième semaine.
B. Gélose glycérinèe. — Ce milieu, préconisé parNocARD et Roux, est excellent mais ne convient pas aux cultures d’isolement. Le glucose ou le lévulose peuvent remplacer la glycérine, il n’en est pas de même du saccharose (Massol et Breton).
L’aspect général et la marche sont très analogues à ceux des cultures sur sérum : même aspect écailleux, sec, mamelonné (fig. 1 15,5 et 187). La confluence en nappe s’obtient plus vite. Les colonies prennent aussi fréquemment, à la longue, l’aspect gras des cultures de B. aviaire.
Les cultures homogènes en bouillon glycériné (voir p. 478), repiquées sur gélose glycérinée, donnent également un enduit blanc, crémeux, ou des colonies de même aspect, mais isolées, qui ne reprennent qu’à la longue, et non toujours, le caractère du B. des mammifères (S. Arloing, P. Courmont).
Fig. 187.
B. tuberculeux. Culture d’un mois sur gélose glycérinée.
C. Gélose sanglante (voir p. 107). — Les colonies ont l’aspect de mamelons grenus ou de masses plissées de couleur brun chocolat.
D. Jaune d’oeuf gélosé. — Bezançon et Griffon (1903) ont recommandé ce milieu comme très favorable.
ISOLEMENT, CULTURES
E. Pomme de terre. — Très belles cultures, avec les mêmes caractères que ci-dessus, envahissant toute la pomme de terre
Fig. 188.
B. tuberculeux. Culture d’un mois sur pomme de terre glycérinée.
Fig. 189.
B. tuberculeux. Cultures chromogènes sur pommes de terre (Nicolas).
A, culture verruqueuse rouge brun. — B, culture verruqueuse jaune. — C, culture grasse jaune.
(fig. 188). On ensemence un cube de pomme de terre, dans un tube de Roux, chargé d’eau ou de bouillon glycérinés (5 p. 100),
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
qui ont humecté la pomme de terre, et dont l’excès occupe le fond du tube (fig. 188) . Les colonies apparaissent assez rapidement sur pomme de terre (vers le 6e ou le 8e jour). Le liquide est fréquemment recouvert d’un voile qui est une culture pure de bacilles. La culture sur pomme de terre est un excellent procédé pour entretenir des cultures vivaces et virulentes.
Les cultures sur pomme de terre prennent parfois de belles teintes jaune d’or ou rouge brun (fig. 189). Le pigment paraît se développer surtout lorsque des cultures du type aviaire, suffisamment développées à -f- 38°, sont retirées et laissées à + 15°, à l’abri de la lumière (Nicolas, P. Courmont). L’aptitude chromogène considérée comme un caractère du bac. tuberculeux humain (Arpad) peut se manifester avec le bacille bovin.
Calmette et Guérin (1908) ont préconisé la pomme de terre immergée au préalable (trois heures à + 75°) dans de la bile glycérinée à 5 p. 100. La bile est au préalable stérilisée à. -f- 120° et abandonnée au repos pendant trois semaines.
Le B. bovin pousse bien sur la bile de bœuf, les B. humains et aviaires poussent difficilement sur la bile de bœuf, tandis qu’ils poussent bien sur la bile de l’homme ou de la poule.
F. Fote, Rate. — - A. et L. Lumière (1906) ont utilisé le foie et la* rate du bœuf ou du veau. On lave à l’eau distillée, on porte trois quarts d’heure à l'autoclave dans des cristallisoirs (rétraction). On découpe en morceaux, on immerge pendant une heure dans de l’eau glycérinée neutre à 6 p. 100, et on met dans des tubes à pomme de terre. On stérilise un quart d'heure à l’autoclave. La végétation est manifeste dès la trente-sixième heure.
4° Cultures en milieux liquides. — On avait d’abord cru que le B. de Koch ne poussait pas en milieux liquides. Il y végète très bien, dès qu’il s’y est acclimaté.
A. Cultures en voile. — a. Le meilleur milieu est le bouillon glycérine (voir p. 83) ou mieux glucosé-glycériné. On ensemencera en prélevant une parcelle de culture solide, ou mieux de
ISOLEMENT, CULTURES
la pellicule qui recouvre l’eau glycérinée des tubes de pomme de terre, et en la faisant flotter à la surface du bouillon.
La culture pousse en voile épais, sec, plissé, recouvrant toute la surface, et rappelant l’aspect des cultures solides (fig. 190). Plus rarement le
voile
est gras. 11 s’étend en
général, et remonte le long des parois du ballon. 11 finit par tomber, en fragments, dans le fond. Le bouillon reste clair.
Les parcelles ensemencées ne s’élargissent d’une façon appréciable que vers le 15e jour.
P. Courmont, pour commencer des cultures en voile, préconise les cultures sur radeau.
On remplit au 1 /4 des tubes d'Esmarch avec du bouillon glycériné, sur lequel flotte un rectangle de liège perçé de trous. Le tube est maintenu incliné. On ensemence en plaçant une parcelle de culture en voile sur le radeau de liège.
La culture se fait sur le liège.
On peut la manier, en prélever des échantillons sans la faire tomber au fond du liquide.
On peut aussi, avec une pipette, aspirer le bouillon usé et le remplacer par du bouillon neuf, etc.
c. Milieux au j aune d'œuf (Dorset, Capaldi, Lubenau). — Laver l’œuf dans de l’eau savonneuse chaude dont on se débarrasse par l’alcool qu'on fait flamber. On perfore la coquille avec une pointe stérilisée et on recueille le jaune. On met 5 à 6 jaunes dans 100 centimètres cubes de bouillon, tout à fait neutre, addi-
Fig. 190.
B. tuberculeux. Culture d’un mois en bouillon glycériné.
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
tionné de 3 p. 100 de glycérine. Agiter. Répartir en tubes que l’on porte à 90° pendant trois jours, chaque fois deux à trois heures dans l’appareil à sérum. Les cultures sont plus précoces et moins sèches.
d. Milieu minéral. — Le développement du bac, tuberculeux peut être obtenu dans un milieu minéral glycériné (Phosphate de potasse, Citrate de magnésie, Mannite, Sulfate d’ammoniaque, Glycérine. (Proskauer et Beck, Tiffenau et Marie Frouin).
B. Cultures homogènes. — On admettait que le B. de Koch ne pouvait pousser qu’en voile sur milieu liquide, lorsqu'en 1898, S. Arloing obtint des cultures homogènes. Il partit pour cela de cultures d’origine humaine, entretenues depuis longtemps sur pomme de terre, ayant l’aspect gras du type aviaire, qui furent progressivement accoutumées à vivre en bouillon glycériné. Pour les entretenir au début à l’état homogène, il faut agiter journellement les matras afin de détruire les grumeaux en formation. Si l’on cesse cette agitation, les cultures reprennent rapidement le type en voile (voir p. 476).
Après des réensemencements successifs, au bout de plusieurs mois, la culture homogène, d’abord délicate, finit par pousser facilement; un trouble manifeste s’accuse en quelques jours : le développement est de plus en plus rapide, parfois appréciable le deuxième jour, donnant un aspect semblable à une culture jeune de B. d’Eberth (ondes soyeuses à l’agitation) ; plus tard, les cultures épaississent ; diluées alors avec de l’eau salée, elles forment une émulsion laiteuse (S. Arloing et P. Courmont). Les cultures homogènes s’acclimatent tellement au milieu liquide quelles peuvent pousser en bouillon non glycériné.
Examinées, au microscope, sans coloration, elles montrent des bacilles isolés ou réunis en très petits amas. Chaque bacille est un peu plus fin et plus court qu’un B. d'Eberth ; il est, soit rectiligne, soit contourné, soit ramifié en Y. (Voir : Coloration, Mobilité, Agglutinabilité , p. 480, 485, 486.)
Tous les échantillons de bacille ne se prêtent pas également
CARACTÈRES MICROSCOPIQUES
aux cultures homogènes ; les uns demandent seulement quelques semaines, d’autres plusieurs années d'adaptation. P. Courmont est arrivé à cultiver homogènes trois autres bacilles humains que le premier bacille A (d’ÂRLOiNü) et deux bacilles aviaires.
Fig. 491.
B. tuberculeux. Préparation d'une culture homogène âgée de quinze jours, colorée au Zielh-Hauser, avec recoloration du fond en bleu. Les vieux bacilles sont rouges : les jeunes sont bleus.
Les cultures homogènes, bien que très éloignées du type en voile, comme on vient de le voir, et bien que très atténuées par les manipulations quelles ont subies, sont encore pathogènes. Ainsi, l'inoculation intra-veineuse au lapin donne la mort avec type Yersin plus ou moins accusé suivant la dose ; l'inoculation intra-péritonéale au lapin tuberculise l’épiploon et les ganglions périgastriques (Arloing) ; l’inoculation intrapleurale au chien donne les divers types de pleurésie tuberculeuse (P. Courmont) ;
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
Fig. 192.
B. tuberculeux. Préparation de la même culture que celle de la figure 191, à Page de 7 semaines.
dans les coupes, les expectorations (fig. 137 et 201) ou les cultures.
Il faut cependant bien savoir que les jeunes bacilles des cultures en sont plus ou moins privés. Si on examine une culture récente, surtout homogène en bouillon, un très grand nombre de bacilles ne résistent pas à la décoloration par les acides ; la préparation se compose alors des quelques bacilles
Tinoculation intra-mammaire donne au cobaye une mammite tuberculeuse (Nattan-Larrier) .
B) Coloration, caractères microscopiques
1° Coloration. — Nous avons déjà insisté (p. 259 et 272) sur les caractères de coloration du B. de Koch. Ils sont les mêmes
CARACTÈRES MICROSCOPIQUES
de la semence qui restent colorés et de tous les bacilles récents qui se décolorent et peuvent reprendre une seconde couleur (fîg. 191). On pourrait croire à une impureté. 11 n'en est rien. Au bout de quelques semaines, lorsque la culture ne végète plus, tous les bacilles gardent le Zielil ou l’Ehrlich (fîg. 192) (S. ArlOING, P. COURMONT, NICOLAS, MaRMOREk) .
La réaction colorante, aussi bien du B. de Koch que des B.
Fig. 193.
B. tuberculeux , Préparation par impression d une culture sur gélose.
acido-résistants (voir p. 550) est due à la présence sur la paroi ou dans l’intérieur de la cellule bactérienne d’une cire , comparée à une gomme laque. Les bacilles crépitent dans la flamme. Les substances grasses extraites brûlent en donnant une flamme fuligineuse et en dégageant une odeur de caoutchouc brûlé ; elles sont solubles dans les pétroles, les huiles, les graisses animales, etc. Il est très difficile de dégraisser complètement le bacille. La substance grasse totale, extraite par le xylène, se colore et reste colorée par l’Ehrlich, comme les bacilles (voir Composition chimique, p. 487).
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
Ce sont ces matières grasses qui rendent les bacilles très difficiles à détruire, soit par la dessiccation, les antiseptiques, etc., soit dans l’organisme par les phagocytes. Ce sont de véritables corps étrangers dans l’organisme, faisant des lésions même s'ils ne sont pas virulents. On remarquera à ce propos (et à propos des lésions produites par les acido-résistants, voir p. 553) que les substances grasses ou cireuses d'origine végétale provoquent aussi des tubercules (non réinoculables) dans le péritoine, comme des corps étrangers.
Le B. de Koch prend le Gram.
iMuch (1907) a montré que certains bacilles de Koch , que le
Fig. 194.
B. de Koch. Schéma (à un très fort grossissement).
Fig. 195.
B. de Koch en couronne, dans une cellule géante (d'après Koch).
Ziehl ne décèle pas, peuvent apparaître par exposition prolongée au Gram; ils sont alors composés d’une série de granulations. En réalité, ces granulations existent toujours, mais sont mas-
CARACTÈRES MICROSCOPIQUES
quées, en général, par l’enveloppe cireuse qui prend le Ziehl; celle-ci disparue ou altérée, les granulations apparaissent au Gram.
Le bacille tuberculeux soumis, à l’état sec, à l’action des rayons émis par la lampe en quartz à vapeurs de mercure
Fig. 196.
B. de Koch. Culture jeune.
perd sa colorabilité par les méthodes de Gram, de Much et de Ziehl; irradié en émulsion, il conserve l’acido-résistance (Cernovodeanu et Y. Henri, Rochaix et Colin).
2° Préparation par impression ( Koch) . — On appuie une lamelle à la surface d’une culture sur gélose ; on la retire sans frotter. On fixe, on colore, on a l’aspect de la figure 193, montrant les bacilles groupés en amas allongés, sinueux, comme des moustaches; tous les bacilles sont dans le même sens.
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
3° Forme. — Bacilles de 2 à 5 pi sur 0,3 à 0,5 p, souvent légèrement courbés ou même en S (fig. 194). Diamètre uniforme : extrémités arrondies. Le plus souvent parsemés d’espaces clairs, qui donnent au protoplasma l’apparence d’une chaînette.
L’aspect est assez uniforme dans les lésions (fig. 195) ou les excrétions virulentes (fig. 201). Les bacilles y sont isolés ou par
B. de Koch. Formes ramifiées (d’après Metchnikoff).
groupes à éléments parallèles ; 2 bacilles se croisent fréquemment ou s’accolent en accent circonflexe.
Dans les cultures (fig. 196), les bacilles, surtout jeunes, sont parfois excessivement courts. Par contre, dans les cultures âgées, ils sont fréquemment longs, ou même ont l'aspect ramifié et en massues représenté figure 197. S. Arloing a obtenu ce dernier aspect dans des cultures homogènes végétant à 44° ou sous une pression de 2 atmosphères et demie.
Babes et Levaditi ont décrit une forme aclinomy cotique du B. tuberculeux.
CARACTÈRES BIOLOGIQUES
En somme : forme assez fixe, sauf dans les vieilles cultures, et dans les cultures liquides homogènes.
4° Mobilité. — En culture homogène, le bacille est légèrement mobile (S. Arloing). Le fait, contesté à l’origine, est actuellement admis.
5° Spores. — On n’est pas certain de leur existence. Babès, Ehrlich les admettent. Cependant les cultures sont assez rapidement tuées par la chaleur.
C) — Caractères biologiques
1° Vitalité, virulence, habitat. — La résistance du B. tuberculeux est considérable quand il est desséché. 11 conserve alors sa vitalité et sa virulence pendant plusieurs mois. Il n’est pas détruit par une exposition de deux ou trois heures à la chaleur sèche à une température de -f- 100° et reste vivant plus de sept heures à -f- 70°.
Il est peu sensible à la lumière. Les matières virulentes dessé chées, exposées au soleil, sont encore virulentes, après quarante jours.
11 se conserve bien dans Veau (150 jours et plus).
Les alternatives de dessiccation et d 'humidité, la putréfaction ont également peu d’action. On le retrouve virulent dans la terre au bout de deux ans.
Par contre, les cultures, non desséchées, sont peu résistantes; elles sont tuées en dix minutes à -f- 70°.
Dans les lésions, ou desséché dans les excrétions, le B. de Koch est très résistant aux antiseptiques; il leur est, au contraire, assez sensible dans les cultures. Le cyanure d’or arrête la multiplication d’une culture à la dose de 1/2 000 000 Koch). Les éthers chlorhydriques de la glycérine agissent sur le Bac. tub. comme un désinfectant énergique (Salimbeni). La choline et la neurine déterminent la lyse du bac. tuberculeux (Deycke et Much).
Les cultures solides restent vivaces et virulentes pour le
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
cobaye pendant huit à dix mois (J. Courmont et Nicolas, 1894), exceptionnellement dix-huit mois ou deux ans.
Il résulte de cette grande résistance que le B. de Koch est fréquent dans la nature. On le retrouve dans les poussières des locaux habités par des tuberculeux ; on le rencontre dans les cavités nasales des infirmiers, etc.
2° Agglutinabilité. — On la constate avec les cultures liquides homogènes. Celles-ci sont agglutinées, soit par le sérum de certaines espèces animales, soit, à un degré plus élevé, par le sérum de ces espèces tuberculisées (S. Arloing). L injection sous-cutanée, intra-pleurale, etc..., de bacilles, chez le chien notamment, donne au sérum un pouvoir agglutinant qui atteint 1 p. 400, 1 p. 800 et plus (S. Arloing et P. Courmont). De nombreux auteurs (R. Koch, De Nobele et Beyer, etc.) ont confirmé ces faits. La signification des variations de ce pouvoir agglutinant a été étudiée par S. Arloing et P. Courmont, et ensuite par R. Koch (voir p. 52).
Les variations de V agglutination des différents bacilles de la tuberculose 1 sont fort curieuses. L’ agglutinabilité d’un B. de Koch peut n'apparaître qu’au bout d’un fort long temps dans les cultures homogènes et disparaître accidentellement. S. Arloing et Paul Courmont ont obtenu deux cultures humaines et une bovine agglutinables au même degré ; trois cultures humaines et deux aviaires sont restées non agglutinables. Les bacilles non agglutinables ne sont agglutinés par aucun sérum, même par celui des animaux infectés avec ces mêmes cultures ; les bacilles agglutinables le sont par tous les sérums tuberculeux, même par ceux des animaux infectés par les cultures non agglutinables.
Toutes les cultures homogènes obtenues (humaines, bovines, aviaires) se sont donc montrées agglulinogènes.
L’agglutination ne peut servir à la distinction des tuberculoses bovine, aviaire...
1 S. Arloing ét Paul Courmont, Revue de la tuberculose, nos 3 et 5, 1904.
ACTION PATHOGÈNE
Pour la pratique du séro-diagnostic, il faut posséder une culture d’un type très agglutinable (quelle que soit son origine) et éviter la cause d’erreur de s’adresser à une culture non agglutinable.
3° Composition chimique. — Le H. de la tuberculose contient des corps gras (Hammerschlag, Weyl, Aronson, etc.) que Kresling (1903) estime à 38,95 p. 100 du poids des bacilles. Leur point de fusion est à -J- 46°. Ils contiennent beaucoup de lécithine et de cholestérine, des acides gras libres et combinés. (Voir plus haut : Coloration, p. 480.)
D) — Action pathogène
1° Action naturelle. — Le B. tuberculeux est l’agent de la tuberculose des mammifères. L’homme et le bœuf sont les deux espèces animales qui lui paient le plus large tribut. Le singe entretenu dans les jardins zoologiques est contaminé avec une extrême facilité. Le chien et le chat sont assez souvent atteints. La tuberculose est commune chez le porc, au moins en certaines régions. Le cheval, le mouton, la chèvre, le buffle sont peu exposés.
A. Théories de l’unicité et de la dualité. — Depuis que Villemin avait démontré l'inoculabilité de la tuberculose de l’homme et du bœuf au lapin et surtout depuis que Koch, luimême, avait décrit des bacilles identiques dans les lésions de l’homme et du bœuf (1882), l’unité de la tuberculose humaine et delà tuberculose bovine était un dogme, justifiant les mesures sanitaires destinées à enrayer la propagation de la tuberculose bovine à l’homme. En 1901, Koch est venu affirmer que c’étaient là deux maladies différentes, malgré les caractères identiques des deux bacilles, et que l'homme n’avait rien à craindre de la tuberculose bovine. En dehors de certaines considérations cliniques et anatomo-pathologiques, il se basait surtout sur la non-inoculabilité de la tuberculose de l’homme aux bovins.
Des expériences déjà anciennes, celles de Chauveau notamment permettaient de mettre en doute les affirmations de Koch.
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
La communication de Kocli marque le point de départ d’un très grand nombre d’expériences entreprises pour résoudre la question des rapports du bac. tub. de l’homme et du bac. tub. des autres mammifères, en particulier du bac. bovin (Kossel, Weber et Heuss, Arloing, Smith, Rabinowitsch, Commission anglaise, etc., etc.).
L’expérience a montré que le bac. tuberculeux isolé de l'homme était de virulence variable et que certains échantillons étaient parfaitement capables de tuberculiser le bœuf. L’étude des types bacillaires isolés chez l’homme et chez le bœuf a établi qu'il s’agissait dans tous les cas d’une seule et même espèce microbienne le bac. tub. de Koch, capable pourtant de variation dans un sens déterminé résultant de l’adaptation plus ou moins complexe à l’organisme du bœuf ou de l’homme, on est conduit à distinguer un bac', tub. humain et un bac. tub. bovin.
Le Bac. tub. bovin est plus court que le Bac. tub. humain généralement long et grêle.
Le Bac. bovin se développe plus lentement et moins abondamment que le Bac. humain qui donne plus rapidement une culture luxuriante, plus plissée. (D’autres différences sont signalées à propos des caractères des cultures , voir p. 476).
Ces caractères morphologiques et biologiques sont loin d’être constants, ils ne s’observent que sur certains milieux (milieu à l’œuf glycériné, Park et Krumwidie), bien souvent un certain temps seulement après leur isolement de l’organisme. On peut donc soutenir avec raison que toutes les différences observées ne sont que des variations d’un même type microbien ; c’était l’opinion de S. Arloing, l’un des partisans les plus convaincus de la doctrine uniciste.
L’inoculation aux diverses espèces animales donne des résultats différents suivant qu’il s’agit d’un type ou de l’autre. La souris (Trommsdorf) le lapin (Park et Krumwidie, OEhlecker), le bœuf réagissent surtout d’une façon distincte. L’inoculation veineuse au lapin avec 1/100 de milligramme de bacilles est le procédé le plus commode. Le Bac. tub. bovin détermine toujours une tuberculose généralisée, le Bac. tub. humain ne provoque rien
ACTION PATHOGÈNE
ou des lésions discrètes limitées aux poumons. (D’autres différences sont signalées à propos de l’étude de Y Action expérimentale, yoir p. 491).
Les différences basées sur les caractères pathogènes ne sont pas plus constantes que celles tirées des caractères morphologiques.
Etudiant les caractères des bac. isolés de l’homme on a souvent trouvé des bac. qui avaient tous les caractères attribués au bac. bovin, traduisant l’origine bovine de l’infection humaine et démontrant l’inanité des affirmations de Koch sur l’innocuité du bac. tub. bovin pour l’homme. Park et Krumwidie ajoutant à leurs observations personnelles, celles recueillies dans la littérature ont trouvé que chez plus de 25 p. 100 des jeunes gens de moins de seize ans trouvés tuberculeux, on avait pu isoler un bac. tub. bovin.
On peut encore invoquer en faveur de la doctrine de l’unicité la transformation possible d’un Bac. tub. humain , peu virulent pour le bœuf en un Bac. tub. bovin, très pathogène pour cette espèce (de Jong, Vallée).
Actuellement la question est définitivement tranchée ; ia doctrine uniciste a triomphé. Les plus chauds partisans de Koch ne soutiennent plus qu’une différence de types. Ramenée à cette nuance, l’affirmation est exacte ; le type bovin est un bacille jusqu’à un certain point adapté au bœuf, comme le type humain est plus adapté à l’homme et moins virulent pour le bœuf. Mais ces types ne sont pas fixes, il y a des bacilles intermédiaires par la forme et par la virulence. Il se peut fort bien que le bacille humain soit plus dangereux pour l’homme que le bovin (ce n’est cependant pas démontré) ; il suffit que le bacille bovin puisse infecter l'homme pour que les partisans de l’unité aient raison d’imposer des mesures de prophylaxie contre 1a. tuberculose bovine. A côté de la question de doctrine pure, il y a le fait pratique qu’on peut résumer ainsi : Koch a eu tort de réclamer la suppression des mesures protectrices vis-àvis de l’homme contre 1a. tuberculose bovine.
B. Domaine de la turercülose. — Le domaine de la tuberculose
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
des mammifères est immense ; tous les organes peuvent être atteints primitivement ou secondairement.
Les bacilles existent dans les lésions, rarement dans le sang Ils sont abondants dans les expectorations, on les trouve dans les matières excrémentitielles, dans les urines, dans le lait, etc. Le muscle est rarement virulent.
C. Portes d’entrée. — Les portes d’entrée habituelles sont la voie respiratoire et la voie digestive. Le bacille peut pénétrer à travers l’intestin sain, sans y laisser de traces pour gagner les ganglions médiastinaux et le poumon (Chauveau, Vallée, Calmette et Guérin).
Pour von Behring (1903) , la porte d’entrée n’est jamais pulmonaire mais toujours intestinale, l’infection se fait dans le jeune âge. Les poussières tuberculeuses sont dangereuses surtout parce qu’on les avale; le poumon est assez bien protégé contre l’inhalation. Calmette et Guérin (19051 admettent que la voie habituelle de l’infection chez l'homme est l’intestin: la déglutition des expectorations possible chez les individus tuberculeux, habituelle chez les bovidés tuberculeux est un mode permanent de réinfection.
L’affirmation de von Behring que, chez l’adulte, l’infection ne se fait plus et que la tuberculose provient toujours du jeune âge, est fausse (Calmette et Guérin) ou du moins très exagérée.
La théorie de l’origine inhalatoire de la tub. un moment battue en brèche tend à reprendre la place importante quelle n’aurait pas dû cesser d’occupêr.
D. Hérédité-. — La tuberculose n’est pas directement hérédi- • taire ; les tubercules, les bacilles ne s’observent presque jamais,
à la naissance, chez les enfants de tuberculeux, chez les veaux, issus de mères tuberculeuses. Ce qui peut probablement être héréditaire, c’est la prédisposition.
E. Associations microbiennes. — Les associations microbiennes sont fréquentes dans les lésions, surtout dans les cavernes. Les pyogènes y abondent.
2° Action expérimentale. — Le cobaye ne devient pas spontanément tuberculeux, la tuberculose spontanée du lapin est exceptionnelle (voir p. 556 et 560 : les pseudo-tuberculoses spontanées des rongeurs). Ce sont les deux animaux de choix pour l’inoculation du B. de Koch. Le cobaye est le réactif le plus sensible pour la variété : Bacille des mammifères ; le lapin est beaucoup plus résistant.
A. Cobaye. — Quelle que soit la région inoculée, même avec de très petites doses, le cobaye meurt tuberculeux (il survit très rarement) .
1° L 'inoculation intrapéritonéale çst la plus sévère et celle qui produit les effets les plus rapides. On l’emploie pour les produits purs. C’est, en outre, celle qui permet l’introduction de grandes quantités de liquide (sérosités, etc.). 11 se produit, en quinze jours, une granulie généralisée du péritoine, avec envahissement bilatéral des ganglions, avec tuberculisation plus ou moins complète des organes abdominaux. Des fausses membranes péritonéales agglutinent les anses intestinales formant des amas caséeux.
La mort survient vers la quatrième ou la sixième semaine, parfois avant. En sacrifiant l’animai au bout de quinze jours, on peut rejeter le diagnostic de tuberculose, si le péritoine est resté sain.
Des cobayes atteints de tuberculose généralisée succombent en quelques heures dès qu’on les injecte avec de la tuberculine ou avec des bacilles vivants ou tués. A l’autopsie : péritonite contenant presque exclusivement des lymphocytes. Il en est de même (mort en vingt heures) si on injecte, dans le péritoine, des \ cobayes sains avec une émulsion de bacilles pris de l’exsudât péritonéal d’animaux déjà tuberculeux qui viennent de suc- $ comber à l’inoculation. Ce sont les lymphocytes qui sont cause de cette mort rapide. Un chauffage à -f- 60° renforce le pouvoir mortel de l’exsudât. L’explication est que cet exsudât contient des « agressines » empêchant la phagocytose des polynucléaires | (Bail, 1905).
L'inoculation du Bacille de Koch dans le péritoine des cobayes
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
mâles provoque quelquefois une vagination tuberculeuse (L. Panisset, voir p. 598) .
2° h’ inoculation sous-cutanée e‘st la plus courante et donne des renseignements aussi rapides, sans être obligé de sacrifier l'animal. Elle se pratique presque toujours à la face interne de la cuisse.
Chez le cobaye inoculé sous la peau l'envahissement des lésions est progressif et se fait par la voie lymphatique avec une telle régularité qu’on peut, à l’autopsie de l'animal, savoir où s’est faite l'inoculation, et à quelle date elle remonte. Bien plus, la tuberculisation unilatérale des ganglions lymphatiques
Fig. 198.
Rate tuberculeuse de cobaye (Straus).
Grandeur naturelle. Ilots jaunes nécrosés et parties hyperémiées, hémorragiques.
permet d’affirmer le diagnostic de tuberculose avant la mort du cobaye et sans sacrifier celui-ci (S. Arloing).
Si l'inoculation a été pratiquée sous la peau de la face interne de la cuisse, il se produit localement un abcès, plus tard l’abcès s’ouvrira et donnera naissance, sauf très rares exceptions, à un ulcère qui ne se fermera plus. Du douzième au quinzième jour, les ganglions inguinaux et cruraux du côté inoculé s’empâtent, durcissent et roulent sous le doigt, ayant le volume d’un gros pois. Vers le vingtième jour, le ganglion lombaire, du même côté , se prend à son tour. Vers le vingt-cinquième jour, le ganglion rétro-hépatique s’indure, et les tubercules commencent à apparaître dans la rate (fig. 198) , puis dans le foie (fig. 199). A partir du début du deuxième mois, le virus traverse le diaphragme et sa dissémination ne conserve plus son caractère
ACTION PATHOGÈNE
Fig. 199.
Foie tuberculeux du cobaye (Straus) .
Grandeur naturelle. Ilots jaunes nécrosés.
Il n’est pas très rare d'observer des pleurésies tuberculeuses, de l’ascite, de l’ictère.
Si l’inoculation a été faite à la base de V oreille, les ganglions auriculaires, puis ceux du cou, du même côté, se prennent successivement, ensuite les deux poumons se tuberculisent avant les organes abdominaux; la marche est descendante.
La figure 200 schématise ces étapes de l’infection tuberculeuse chez le cobaye. Si l’animal a été inoculé à la cuisse droite, la tuberculose suivra la marche A (15 premiers jours), B (15e au
unilatéral ; les deux poumons et les ganglions bronchiques se prennent indistinctement. A la fin du deuxième mois, la tuberculose est généralisée et les ganglions inguinaux et lombaires du côté opposé et même ceux des autres parties du corps peuvent finir par s’indurer. La mort survient, en général, au bout de deux mois, rarement plus tard.
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
20e), G (20e au 25e), D (25e au 30e), E (30e au 60e). Si l’animal a été inoculé à la base de l’oreille gauche, la tuberculose envahira Z, puis E, D, etc.
On voit qu’il est facile, en présence d’un cobaye autopsié dans le premier mois, de savoir où et quand s’est faite l’inoculation. Mais, détail plus important, on peut faire le diagnostic, en douze à quinze jours, par la simple palpation des ganglions inguinaux. Tout cobaye , inoculé sous la peau de la cuisse , qui présentera, douze à quinze jours plus tard , une induration marquée et unilatérale des ganglions inguinaux correspondants , est tuberculeux.
H. Claude (1903) a noté, chez des cobayes traités à la créosote ou à la lécithine, des cirrhoses tuberculeuses vraies du foie, ayant évolué vers la transformation fibreuse, après édification du tubercule.
3° L'inoculation transcutanée est très intéressante.
Le B. de Koch traverse très facilement la peau du cobaye (ainsi que celle du veau, du lapin ) . Il suffit de frotter légèrement la peau (rasée, épilée ou même en apparence intacte) pour que l’infection sè produise. Dans un tiers des cas, il ne se produit aucune lésion locale; dans un autre tiers, on n’observe que quelques croutelles insignifiantes (histologiquement tuberculeuses) ; dans un autre tiers, ces croutelles représentent une véritable tuberculose cutanée verruqueuse, cependant toujours discrète. Il ne se produit pas d’abcès sous-cutané. Les ganglions se prennent ensuite de proche en proche, comme après l’inoculation souscutanée, et la généralisation s’opère. Mais, les lésions marchent très lentement ; les cobayes ne meurent qu’au bout de cinq ou six mois. Les ganglions sont énormes et caséeux (J. Courmont et Lesieur, 1907 ; Carl Fraenkel).
Ces expériences montrent : 1° la fréquence, beaucoup plus grande qu’on ne pouvait le supposer, de l’inoculation transcutanée (c’est-à-dire â travers une peau saine et sans laisser de traces locales).
4° L'inoculation intraveineuse produit une granulie généralisée.
5° L'inhalation ne réussirait qu’en introduisant directement
ACTION PATHOGENE
dans le poumon des doses assez fortes (Feügge) ; en réalité quelques unités bacillaires suffiraient pour infecter le cobaye (Chaussé).
6° L 'ingestion réussit assez mal, ce qui explique la rareté de la tuberculose spontanée, il faut des doses considérables (beau-
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
coup plus élevées que pour l'inhalation) . Calmette et Guérin ont toujours réussi en faisant ingérer un centigramme de bacilles bovins bien émulsionnés : lésions ganglionnaires et pulmonaires.
Calmette et Breton (1906) ont montré les dangers de Linges- 4 tion de bacilles tuberculeux tués par la chaleur, pour les cobayes ; tuberculeux et même pour les cobayes sains.
7° L 'inoculation intramammaire à des femelles de cobayes en lactation a été employée par Nattan-Larrier comme moyen de diagnostic; du cinquième au dixième jour après l'inoculation, les bacilles commencent à se montrer dans le lait.
B . Lapin. — Il est beaucoup plus résistant. Un bacille humain sur 5 arrive à tuberculiser le lapin par voie sous-cutanée. Au contraire, le bacille bovin infecte presque à coup sûr le lapin par cette même voie, et les lésions sont très étendues et confluentes . En un mot, le lapin est beaucoup plus sensible à la tuberculose bovine. La marche des lésions est bien différente de celle chez le cobaye.
1° L 'inoculation intrapéritonéale engendre une éruption tuberculeuse des organes abdominaux, avec péritonite ;
2° h' inoculation sous-cutanée n’est pas suivie d’une infection lymphatique à étapes comme chez le cobaye. Quel que soit le point inoculé, la tuberculose, tout en occasionnant un ulcère local, ne produit pas de gonflement ganglionnaire et va directement se localiser au poumon. En sacrifiant 1 animal au bout de deux mois, on a donc simplement des masses tuberculeuses, parfois petites et disséminées, parfois grosses et isolées, dans les deux poumons ; si on attend la mort de l’animal (trois ou quatre mois ou plus) la tuberculose peut s’être généralisée à tous les ( I organes.
Les viscères abdominaux sont donc atteints postérieurement aux poumons.
Le lapin résiste bien à l’inoculation sous-cutanée de produits peu virulents ; il peut survivre très longtemps avec de petites lésions, ou même rester complètement indemne, vis-à-vis d’une inoculation qui a été mortelle pour le cobaye. Dans ces cas, on
ACTION PATHOGÈNE
trouve parfois un abcès local, contenant des B. tuberculeux, sans aucune généralisation ;
3° V inoculation transcutanée réussit comme chez le cobaye (J. Courmont et Lesieur). En raison de l’absence de ganglions tuberculeux, le résultat est encore plus frappant. On trouve une tuberculose pulmonaire dont il est impossible de deviner la porte d’entrée.
4° h’ inoculation intraveineuse produit, soit une mort rapide (huit à vingt jours) avec des lésions microscopiques de la rate et du foie qui fourmillent de bacilles (type Yersin), soit une granulie généralisée ( type Villemin) qui tue en trois semaines environ. Ce mode d’inoculation serait le procédé de choix pour distinguer le bacille humain du bacille bovin (1 p. 100 de milligr. de bacilles essorés sur du papier) (Oehlecker, Park et Krumwiede).
5° L 'inoculation dans la chambre antérieure de l'œil engendre, au bout de trois semaines, la tuberculisation de l'iris, à laquelle succède une fonte purulente de l’œil et la généralisation type Villemin.
G. Chien. — Contrairement à ce qu’on croyait autrefois, le chien est sensible à l’inoculation tuberculeuse (humaine ou bovine) :
1° La voie sous-cutanée est infidèle ;
2° La voie péritonéale cause une péritonite tuberculeuse avec ascite, fausses membranes, infection des ganglions, et généralisation qui tue en deux ou trois mois ;
3° L 'inoculation intraveineuse est mortelle, en deux ou trois mois, avec des lésions pulmonaires, fréquemment à forme cavitaire, comme chez l’homme. Une culture très virulente peut tuer en quinze ou vingt jours par une granulie type Villemin ;
4e L’inhalation donne de la tuberculose pulmonaire (Tappeiner) ;
5° L'inoculation intrapleurale engendre rapidement une pleurésie tuberculeuse avec épanchement, qui peut guérir sans laisser aucune trace même à l’autopsie ;
6° L'ingestion de produits bacillaires est souvent fructueuse (Arloing), Chaussé n’a jamais provoqué de lésion macroscopique
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
par ingestion unique de bacilles ou de produits tuberculeux bovins ou humains, mais les ganglions mésentériques étaient virulents.
D. Chat. — Le chat prend bien la tuberculose par ingestion (Viseur, Toussaint, Nocard) mais sa réceptivité est loin d’être constante pour le bacille bovin, elle a été nulle pour le virus humain (crachats) (Chaussé) L'inhalation est un mode d’infection plus sévère.
E. Bovidés. — Les Bovidés s'infectent par ingestion des produits bovins et de quelques produits humains (Chauveau, 1868).
Chauveau a montré que lé virus (humain ou bovin) peut traverser l’intestin sans laisser de traces et aller engendrer de la tuberculose pulmonaire et ganglionnaire médiastinale. Vallée, Calmette et Guérin ont étudié les conséquences de l’ingestion chez les animaux de l’espèce bovine.
L 'inoculation sous-cutanée produit rarement une infection généralisée (Chauveau). De même l'inoculation transcutanée (J. Ccurmont et Lesieur) .
Depuis les affirmations de Koch, en 1901, S. Arloing, Schottelius, de Jong, Eber, etc., ont tuberculisé plusieurs bovidés jeunes ou adultes avec des cultures de tuberculose humaine.
F. Singe. — L’inoculation, par une voie quelconque, réussit à coup sûr.
Kraus et Kern (1906) ont reproduit, par inoculation cutanée au niveau des arcades sourcilières, des lésions tuberculeuses locales se rapprochant du lupus humain. Ces lésions peuvent entraîner la généralisation.
Les singes anthropomorphes se comportent de même vis-àvis des bacilles humains ou bovins (inoculation, ingestion) : mort rapide avec lésions étendues (Von Dungern). C’est une preuve de plus en faveur du danger de la tuberculose bovine pour l’homme.
G. Ane. — L’inoculation intraveineuse produit une granulie qui ne tue pas toujours l’animal et peut disparaître sans laisser de traces (S. Arloing).
H. Chèvre. — U inoculation sous-cutanée du B., soit humain, soit bovin, produit un abcès tuberculeux local, sans généralisation. L'inoculation intraveineuse tue rapidement avec des tubercules pulmonaires (S. Arloing).
On produit facilement une mammite tuberculeuse en infectant directement la mamelle par ses conduits (Nocàrd, Ra-
BIEAUX, SCHROEDER).
L'infection intestinale produit, chez le chevreau, une tuberculose des ganglions mésentériques et chez l’adulte une tuberculose pulmonaire, sans trace du passage à travers l’intestin (Calmette et Guérin, 1908).
I. Souris. Rat. — Ils sont peu sensibles au B. humain ; l’inoculation sous- cutanée ne donne qu’un abcès local qui guérit, avec un peu de caséification ganglionnaire. Au contraire, l’inoculation sous-cutanée du B. bovin tue le rat en quatre à cinq mois avec des tubercules pulmonaires et des bacilles dans la rate. Cetle différence n’est pas constante.
Les inoculations à la souris, en raison de son état presque réfractaire, sont un bon moyen d’essai de la virulence des bacilles.
J. Oiseaux (voir p. 534).
K. Animaux a sang froid. — Très nombreuses sont les expériences faites sur les animaux à sang froid : grenouilles, poissons, etc. Ces animaux résistent, ne font pas de tubercules, mais conservent longtemps dans leurs tissus des bacilles vivants et virulents (voir p. 539).
Cependant Morey, 1900), en inoculant la carpe , la tanche, la grenouille, dans le péritoine, avec des cultures de tuberculose humaine, a reproduit de véritables tubercules dont la réinoculation en séries est très limitée. Le bacille n’est pas modifié par ce passage. Terre, au contraire, aurait modifié le bacille humain par passage sur la carpe et la grenouille.
Nicolas et Lesieur ont échoué en faisant ingérer des crachats à des poissons. L’inoculation au cyprin dore du bac. tub. humain, bovin ou aviaire détermine de la cachexie, les bacilles se conservent et se multiplient quelquefois sans faire de lésion ; ils
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
conservent intacte leur virulence primitive (Bertarelli et Bocchia) .
L’anguille n’est pas sensible aux divers types du bacille ' tuberculeux.
L. Reptiles. — Bertarelli a infecté des serpents par inoculation sous-cutanée de crachats humains, alors qu’il a échoué avec des cultures aviaires.
Moeller a tuberculisé Y orvet avec des bacilles humains. Sorgo a également réussi en inoculant des orvets et des serpents avec des bacilles humains.
E) — Toxines
Le B. de Koch sécrète peu de toxines extra-protoplasmiques ; les cultures filtrées sont à peine toxiques. 11 en est d’ailleurs de même du produit de macération des poumons tuberculeux (J. Courmont).
Les toxines étudiées sont donc des extraits du corps des microbes ( toxines intrapr otoplasmiques) (voirp. 313).
On sait, d’ailleurs, que les cultures sur gélose, tuées par la chaleur, sont toxiques, pouvant engendrer des suppurations, la cachexie, la mort des cobayes (Koch, etc.). En outre, ces microbes morts, introduits dans le sang, édifient des tubercules, il est vrai non réinoculables (Prudden et Hordenpyl , Straus et Gamaleïa, etc.). |J
Nous ne ferons que signaler les produits toxiques extraits des B. tuberculeux par Hammerschlag, Weyl, Maragliano, Gouget, etc., pour nous occuper plus spécialement des tuberculines de Koch.
1° Tuberculine. — La tuberculine est le produit appelé d’abord « lymphe », que Koch a fait connaître le 4 août 1890, et qui devait diagnostiquer, prévenir et guérir la tuberculose.
On fait une culture (d’un bacille humain ou bovin) en bouillon glycériné dans un large ballon. On attend que le voile soit bien étendu (trente à trente-cinq jours). On porte le tout à 110° pendant quinze minutes; on concentre au l /10e au bain-marie ou
TOXINES
dans le vide sulfurique ; on filtre sur papier. Le liquide brunâtre, sirupeux, obtenu est la tuberculine brute. Son odeur rappelle lodeur particulière des cultures du bacille tuberculeux (odeur de fruits frais. Jolles). La tuberculine obtenue avec un bacille humain aurait une acidité plus marquée et plus précoce que la tuberculine préparée avec un bacille bovin (réaction de Th. Smith). C’est un extrait glycérine des cultures de B. de Koch. La tuberculine représente les poisons intra et extraprotoplasmiques du bacille tuberculeux.
On a tenté de la purifier. Les uns ont cherché à modifier le milieu de culture (Schweinitz et Dorset, Wesely) ; d’autres ont compliqué l’extraction : Denys filtre sur porcelaine, Maragliano traite séparément le bouillon et les bacilles, Koch, Weyl solubilisent les bacilles avec la soude caustique, Behring ( 1 898) dégraisse les bacilles avec une lessive alcaline et les soumet à + 150° dans le vide, Hirschfeld oxyde avec l’eau oxygénée [oxy tuberculine) , Hunter et Cheyne font une tuberculinase, Auclair extrait une série de corps des bacilles tués par la chaleur. S. Arloing et Guinard isolent 4 tuberculines, dont l’une est très toxique, vasodilatatrice et hyperthermisante, Klebs extrait des principes nécrosants, etc., etc.
C’est la tuberculine brute, préparée comme il a été dit plus haut, qui est employée pour le diagnostic des tuberculoses animales. Il n’y a aucun avantage à employer la tuberculine purifiée.
La tuberculine brute est peu toxique pour les animaux sains ; le cobaye supporte 2 centimètres cubes, le lapin 5 centimètres cubes, les bovidés, le chien, 10 centimètres cubes ; l’homme est beaucoup plus sensible : 0cc,2o le rendent assez malade (fièvre, diarrhée, frissons, vomissements).
L’inoculation intracérébrale, chez le cobaye , est beaucoup plus active que l'inoculation sous-cutanée : 3 à 4 milligrammes suffisent à le tuer (Lingelsheim, Borrel) .
Voir plus loin les effets sur les tuberculeux (p. 509).
Les injections de tuberculine augmentent le pouvoir agglutinant du sang (Baudelier, 1903).
Le poison qui, chez les tuberculeux, produit les troubles géné-
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
raux, n’est pas identique à la tuberculine (S. A reoing). Les réactions produites sur l’animal tuberculeux par l'injection des humeurs provenant du sujet tuberculeux dans un but de diagnostic ne sauraient être comparées à la tuberculination.
2° Toxicité des bacilles vivants et des bacilles tués et dégraissés. — Les émulsions de bacilles vivants sont toxiques surtout pour des sujets déjà tuberculisés (Behring) ; elles peuvent causer la mort (S. Arloing) très rapidement.
L’injection sous-cutanée de bacilles tuberculeux stérilisés par la chaleur provoque le développement de tumeurs caséeuses; 1 inoculation dans ie péritoine fait succomber les animaux avec des lésions de congestion ou de cytolyse ou avec des nodules lymphoïdes. .
Les masses caséeuses dues aux bacilles tués transportées dans le péritoine d’un animal neuf le font succomber en quelques semaines (Roger et Simon).
Cantacuzène (1905) a montré que les bacilles tués et complètement dégraissés sont toxiques. A dose suffisante, ils tuent (hypothermie, dégénérescence, éosinophilie). A doses moindres, ils engendrent une maladie chronique curable, nodules et abcès tuberculeux disparaissant sans laisser de traces, au bout de trois mois. Les animaux réagissent à la tuberculine pendant plusieurs semaines,
F) — Immunisation
De très nombreux procédés ont été tentés pour vacciner contre la tuberculose, notamment chez le cobaye et chez le bœuf, les résultats connus jusqu'à présent montrent que la résistance conférée est limitée, incertaine et peu durable.
On a employé les produits solubles des bacilles, les bacilles virulents ou avirulents pour l’espèce à vacciner ou des bacilles expérimentalement modifiés.
1° Vaccination par les toxines. — Koch a dit avoir vacciné' le cobaye avec sa tuberculine brute, et plus tard avec sa tubercu-
IMMUNISATION
line R. Personne n’a pu réussir complètement à sa suite. S. Arloing, Rodet et J. Courmont ont infirmé ces résultats, et môme ont observé, dans certaines conditions, une action • favorisante de la tuberculine, injectée avant l’inoculation tuberculeuse.
S. Arloing et Descos. ont tenté, sans grands résultats, d’immuniser activement des animaux en leur inoculant des toxones tuberculeuses (tuberculine neutralisée par du sérum antitoxique).
Heymans a tenté de vacciner les bovidés par insertion souscutanée de sacs osmotiques renfermant des bacilles tuberculeux virulents, ceux-ci secrétent des produits qui seraient capables de protéger l’organisme contre l’infection tuberculeuse. La méthode a fait l’objet de nombreuses applications pratiques sans grand succès.
2° Vaccination par inoculation de bacilles vivants avirulents pour l’espèce à vacciner. — Rehring (1902) a vacciné des bovidés (âgés de moins de trois mois), en leur injectant dans les veines, d’abord un milligramme de culture humaine sur sérum, avirulente pour le bœuf, desséchée dans le vide (Rovo-vaccin), puis 25 milligrammes de culture active (humaine ou bovine) .
Le bovo-vaccin de Behring a une certaine efficacité. En 1905, les expériences faciles à Melun (Rossignol et Vallée) ont donné les résultats suivants : trois mois après la deuxième vaccination, les animaux (20) vaccinés selon les indications de Rehring ont subi la cohabitation avec des animaux tuberculeux (2), l’inoculation intraveineuse de culture virulente (6), l’inoculation souscutanée (7), et 4 ont été conservés pour constater la durée de l’immunité ; les témoins, en même nombre, ont subi le même traitement. Tous les témoins sont devenus tuberculeux; les vaccinés sont restés indemnes ou ont eu des lésions localisées et minimes mais chez tous les vaccinés, indemnes en apparence, les ganglions renfermaient des bacilles issus de l’épreuve de contrôle.
La résistance ne se prolonge pas au delà de quelques mois
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
(Rossignol et Vallée, Hutyra, Weber et Titze). Des bacilles virulents provenant du vaccin persistent dans les organes et les ganglions, ils peuvent être éliminés par la mamelle.
Pour Baumgarten (1904), l'injection sous-cutanée de bacilles humains donnerait l'immunité. Koch et Schütz ont préconisé le Taumman constitué par des bacilles frais, Vallée un bacille équin. Les résultats sont identiques à ceux obtenus avec le bovo-vaccin.
Il est possible de vacciner le veau par ingestion de bacilles humains virulents (V. Behring, Calmette et Guérin, Roux et Vallée. Arloing et Stazzi).
Voir, pages 541, 554, la vaccination active contre les bacilles humains par inoculation préalable des bacilles de la tortue (Friedmann) ou des bacilles acido-résistants (Moeller).
3° Vaccination avec des bacilles modifiés ou tués.
Lévy (1903) aurait immunisé le cobaye avec des bacilles atténués par un séjour dans la glycérine.
Neufeld (1903) aurait immunisé des chèvres, des ânes, des bovidés contre la tuberculose bovine par injection intraveineuse de baci'les humains vivants.
Rappin (1905) a immunisé des chiens en leur injectant, dans les veines, des cultures desséchées, puis virulentes, du B. de Koch humain. Le sérum de ces chiens n’était cependant pas immunisant. Il a aussi immunisé des bovidés (1909) en inoculant des bacilles modifiés par le fluorure de sodium.
Vallée a utilisé sans succès l’action de l’iode, des hypochlorites, de l’alcool sur les bacilles. Moussu et Goupil ont eu des résultats encourageants avec les bacilles chlorés.
Klimmer modifie le bacille humain par des passages sur la salamandre. Le vaccin obtenu donne des résultats de même ordre que le bovo-vaccin deBEHRiNC.
S. Arloing (1906-1909) a préconisé, à titre de vaccin, des cultures homogènes de bacilles, où ces microbes se sont profondément modifiés. Ils n’engendrent plus de tubercules parla voie veineuse et la voie digestive. Par deux injections intra-veineuses faites à trois mois d'intervalle, ce vaccin immunise très soli-
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE
dement de jeunes bovidés dans la proportion de 50 p. 100 et partiellement 25 p. 100.
G) — Diagnostic bactériologique
On peut s'adresser à plusieurs moyens.
lù Cultures. — Elles sont fort difficiles à obtenir avec les produits directs ; elles sont lentes ; elles n'ont donc pas d’intérêt diagnostique. Bezançon et Griffon ont quelquefois obtenu des ■ cultures avec des sérosités, sur gélose sanglante (voir p. 474).
Spengler (1903) a utilisé les propriétés de la formaldéhyde qui est peu bactéricide pour le B. tuberculeux . Les produits suspects contaminés sont introduits dans une boite de Pétri dont le fond ' est occupé par du papier-filtre. On saupoudre de pancréatinine. On met 3 à 5 gouttes de formaline sur le papier. On expose deux heures à -j- 25°. Les microbes ordinaires sont tués, sauf le B. tuberculeux qu’on peut cultiver. Dwgretzky n’a pas obtenu de bons résultats par l’emploi de cette méthode.
2° Coloration des bacilles. — G’est le procédé de choix, toutes les fois qu’on peut se procurer des produits pathologiques : expectorations , pus, lait, écoulement vaginal, matières excrémentitielles, urine , etc.
a. Expectorations. — La difficulté chez les animaux de Fespèce bovine notamment, est de recueillir les matières virulentes à £ examiner pour assurer le diagnostic des formes ouvertes de la tuberculose pulmonaire. On a préconisé d’augmenter les sécrétions bronchiques paÉ des injections de pilocarpine ou de vératrine, d’aller prélever avec un tampon d’ouate monté sur un fil métallique les mucosités pharyngiennes ou encore de recueillir les mucosités dans la trachée au moyen d’un trocart dans le tube duquel on introduit un pinceau ou une plume. On peut encore fixer les animaux près d’un mur ou les immobiliser au voisinage d’une planchette, on recueille les mucosités rejetées par raclage de ces surfaces, le procédé le plus simple, couramment utilisé par les praticiens qui recherchent les tuberculoses
506 LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
ouvertes suivant les indications cI’Ostertag consiste à recueillir avec la main les mucosités du pharynx sur l’animal immobilisé et pourvu d’un spéculum buccal.
Le mucus obtenu, recueilli dans un récipient stérile est utilisé pour faire des préparations. Très souvent les bacilles sont rares ou font défaut chez des animaux qui sont reconnus plus tard à l’autopsie atteints de tuberculose ouverte.
Pour faciliter la recherche on a préconisé des méthodes d'homogénéisation et d’enrichissement des produits virulents.
Uhlenhuth ajoute au produit à examiner 10 à 15 fois son volume d’antiformine à 20 p. 100, les substances organiques sont dissoutes sauf le Bacille de Koch. Ce procédé permet de décelerdes bacilles tuberculeux dans les ganglions lymphatiques hypertrophiés, mais sans tuberculisation apparênte (Hoffmann). 11 suffit d’étaler le produit suspect sur une lame, de recouvrir avec quelques gouttes d’antiformine à 15-20 p. 100, et déportera l’étuve à 37° jusqu'au lendemain. On colore ensuite, après avoir lavé à l’eau, en suivant les indications habituelles.
Lôffler (1910) recommande la technique suivante qui permet d’obtenir des indications en 15-20 minutes. Le produit suspect est porté à l’ébullition avec son volume d’antiformine à 50 p. 100. AlOcentimètrescubesdela solution on ajoute 1 cc. 5 d’un mélange de chloroforme (12 p.) et d’alcool (9 p.). Le mélange est agité, centrifugé. Au-dessus du chloroforme il se forme une couche riche en bacilles que l’on étale, fixe et colore sur des lames.
Plus simplement on peut se contenter de placer à l’étuve le produit suspect pendant vingt-quatre heures, les microbes associés provoquent une peptonisation qui favorise les manipulations ultérieures.
b. Lait. — Le lait est recueilli après lavage de la mamelle et rejet des premières parties de la traite dans des récipients stérilisés, on peut ajouter sans modifier le résultat des recherches ultérieures (même des inoculations) 0,5 p. 100 d’acide borique en solution ou en poudre, ce qui permet l’envoi dans un laboratoire du lait recueilli, dans des exploitations éloignées.
Lorsque la sécrétion est tarie, on peut avoir recours au harponnage de la mamelle et à l’examen des fragments recueillis.
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE
c. Sang , Sérosités. — 11 importo de concentrer, de « sédimenter », vu la rareté des bacilles. Il faut aussi lutter contre la coagulation.
Bezançon, Griffon et Philibert (1903) ont proposé le moyen suivant d homogénéisation d'un caillot. On mélange un caillot de 5 centimètres cubes à 5 centimètres cubes d’eau distillée et 5 gouttes de lessive de soude. On broie. On ajoute 20 centimètres cubes d’eau. On fait bouillir dix minutes. On centrifuge.
Le procédé Mülhaüser-Czapelwski (homogénéisation par l’ammoniaque, agitation, NaCl à 25 p. 100, centrifugation et recherche des bacilles dans les couches supérieures du liquide) est peut-être le meilleur.
Nebel (1903) propose le mélange à 8 ou 10 volumes d’eau de chaux, centrifugation, abandon du culot et filtration sur Berkefeld ; on examine ce qui est resté sur le filtre.
L ’inoscopie de Jousset (1903) est un procédé de digestion du caillot (sang ou sérosité), à l’aide d’un suc gastrique artificiel. 11 n’est pas recommandable, en raison des déformations subies par les bacilles. Bergeron en a montré tous les défauts.
Lesieur (1901) a remplacé ces procédés par celui de la sangsue. On applique une sangsue au malade ; on l’exprime ; le sang extrait de l’estomac de la sangsue est incoagulable : on centrifuge et on colore. La flore de l’estomac de la sangsue ne gêne pas.
Nattan-Larrier et Bergeron emploient Y hydrohémolyse ; le sang recueilli par ponction est agité dans 20 fois son volume d’eau stérilisée et le tout est centrifugé. On examine le culot. *
Dans tous les cas la coloration se fera, comme il a été dit page 259, en donnant la préférence à la méthode Ziehl-Hauser avec recoloration du fond au bleu de méthylène.
On examinera la préparation avec un objectif à immersion homogène et l’éclairage Abbe (voir p. 229). Les bacilles tuberculeux sont colorés en rouge, isolés ou quelquefois réunis par petits groupes étroitement accolés, légèrement recourbés, avec des espaces clairs dans leur protoplasma (fig. 137, 195 et 196). Tous
Fig. 201.
Préparation de crachats tuberculeux.
Coloration par la méthode de Ziehl.
Les bacilles tuberculeux sont rouges.
pathologique1 impose le diagnostic de la tuberculose. Leur absence ne doit pas les faire rejeter. En cas de résultat négatif, on fera plusieurs préparations à quelques jours d’intervalles. Les bacilles sont souvent très rares dans les produits suspects. La présence de bacilles acido-résistants dans les expectorations,
1 Voir page 550 les erreurs possibles causées par les B. acidorésistants.
508 LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
les autres microbes, les éléments anatomiques sont colorés en bleu. La préparation doit être examinée sur de nombreux champs en faisant varier le point à plusieurs reprises, avant de déclarer qu’elle ne contient pas de bacilles tuberculeux.
La constatation des bacilles tuberculeux dans un produit
DIAGNOSTIC BACTERIOLOGIQUE
le lait, les lésions ouvertes, les matières excrémentitielles, ne permet pas de conclure à la tuberculose. Les bacilles acidorésistants, autres que le bacille de Koch, répandus dans le milieu extérieur, présents à la surface de la peau peuvent contaminer les produits examinés.
Dans les lésions closes, dans le parenchyme mammaire, dans les ganglions, la constatation de bacilles acido-résistants est univoque, elle impose le diagnostic tuberculose.
3° Inoculation. — - Lorsque l’examen microscopique a été négatif, ou lorsque la nature des produits soumis à l'examen ne permet pas d’affirmer la nature des bacilles acido-résistants trouvés à l’examen microscopique on doit tenter l’inoculation des produits pathologiques. Celle-ci pourra déceler une tuberculose dont les bacilles, trop rares, étaient restés jusque-là introuvables.
On s’adressera au cobaye (voir p. 491). En général, on l'inoculera sous la peau de la cuisse, surtout avec les produits souillés (expectorations, pus), moins capables, par cette voie, de créer une septicémie rapidement mortelle. Si les produits sont supposés p.eu virulents et recueillis purement, s’ils sont trop abondants (sérosités) on les introduira dans le péritoine, î Le procédé de la mamelle consiste à inoculer le produit dans une mamelle de cobaye en lactation ; au bout de cinq à dix jours, on peut constater des bacilles dans le lait.
On inoculera toujours de grandes quantités (20 à 50 cc.) de sérosités suspectes, ou (ce qui est préférable) on inoculera le culot produit par la centrifugation aseptique de 50 centimètres cubes environ) .
4° Injection sous-cutanée de tuberculine. — La tuberculine brute est un extrait glycériné de cultures pures du bacille de la tuberculose (voir p. 500) .
A. Principe. — Koch a proposé, en 1890, de faire, a l’homme tuberculeux, des injections de ce liquide pour déceler la présence de la tuberculose. En injectant, sous la peau, 0cc,00i de tuberculine, on n’obtient aucun effet chez l’homme sain, tandis qu’on
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
observe une violente réaction chez le tuberculeux. Quatre ou cinq heures après l'injection, surviennent des frissons, de l’abattement, des vomissements et une élévation de la température rectale à 39°, 40° et même 41°. Cet état dure douze à quinze heures.
B. Caractères de la réaction a la tuberculine chez les bovidés. — Si l'opinion formulée par Koch en 1890 sur l'action curative de la tuberculine est encore discutée actuellement, il n’en est pas moins définitivement acquis, comme Koch l’avait indiqué, que l'injection dans un organisme tuberculeux de l’extrait des cultures du bacille spécifique détermine une réaction fébrile qui fait totalement défaut chez les animaux sains, alors même qu’ils sont soumis à l’action d’une dose plus grande de tuberculine.
C’est ce fait surtout qui dès sa publication a retenu l’attention des vétérinaires, et au lendemain de la nouvelle communication de KocHSwr le traitement de la tuberculose les journaux vétérinaires relatent les expériences réalisées dans le but de vérifier les propriétés diagnostiques de la tuberculine.
Les premières observations sont de Guttmann, bientôt suivies de celles recueillies par Roeckl et Schuetz, Baxg et Salomonsen, Lydtin, Nocard.
En France Nocard s’est fait dès le début l’apôtre de la tuberculine ; après avoir largement expérimenté il entreprit une campagne de conférences et de démonstrations qui aboutit à la généralisation de la méthode.
La réaction caractéristique à la tuberculine se traduit par une élévation thermique qui apparaît de la sixième à la douzième heure après l’injection sous-cutanée, et qui atteint son maximum de la douzième à la vingt-et-unième heure, pour retomber à la normale de la vingt-quatrième à la quarantième heure. La réaction thermique, c’est-à-dire la différence entre la température maxima et la moyenne des températures avant l'injection varie entre un degré et deux degrés et demi. Dans quelques cas très rares, la réaction peut débuter plus tôt ou au contraire seulement de la quatorzième à la dix-huitième heure :
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE
dans ce dernier cas le maximum est atteint beaucoup plus tard
(ïlüTYRA etMAREKy.
Le nombre des pulsations et des respirations suit l’ascension thermique, il n’est pas rare pourtant de ne noter aucune modification. On observe quelquefois de l’abattement, de l’inappétence et des frissons entre la sixième et la huitième heure. Cette réaction organique est en général bien peu marquée.
On ne saurait tirer de 1 intensité de la réaction aucune indication sur l’étendue, la gravité, l’âge des lésions tuberculeuses. Le plus souvent l intensité est en rapport inverse avec la gravité des lésions, les animaux réagissent d’autant moins qu’ils sont plus tuberculeux, la réaction peut même faire défaut chez les animaux amaigris, chez les bêtes phtisiques.
Appréciation de la réaction à la tuberculine. — Malgré le grand nombre de leurs observations, les expérimentateurs les plus autorisés ne se sont pas toujours mis d’accord sur les principes de l’appréciation de la réaction à la tuberculine.
D'après Nocard on devait Considérer comme tuberculeux les animaux dont la température s’élevait de l°o au-dessus de la moyenne des températures avant l’injection ; une hyperthermie de huit dixièmes de degré à un degré quatre dixièmes n’aurait entraîné que la suspicion. Nocard proposait dans ce dernier cas de renouveler la tuberculination un mois plus tard avec une dose plus élevée de tuberculine.
Pour Eber la réaction est positive toutes les fois que la température, — qui doit être inférieure ou au plus égale à 39°5 au moment de l’injection, atteint 40 degrés. On doit classer parmi les réactions positives toute hyperthermie de 1 degré, si la température maxima, sans atteindre 40, oscille entre 39°5, et 40 degrés. Les animaux sont déclarés suspects quand la température, sans atteindre 40 degrés, est supérieure à 39°5, alors que l'hyperthermie est inférieure à 1 degré.
Lorsque l’on applique la tuberculine non plus pour le diagnostic d’un cas de tuberculose, mais dans le but d’éliminer tous les animaux dangereux d'un effectif, c’est-à-dire les tuberculeux et les suspects, on doit appliquer les principes d’Ostertag. On considère comme suspects tous les animaux dont latempé-
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
rature dépasse 39°5 et se montre supérieure de 0°5 au minimum, à la température initiale.
Chez les jeunes animaux (veaux jusqu’à six mois), l’élévation de la température au-dessus de 40 degrés, accompagné d’une différence de 0°5 entre la température maxima etla température initiale, est une réaction positive (Eber).
En général, les congrès et les auteurs se sont rangés à cette nouvelle interprétation.
Le congrès de Budapest (1905) a admis en effet que chez les bovidés dont la température ne dépasse pas 39°5 au moment de la tuberculination, la réaction doit être déclarée positivetoutes les fois que la température atteint 40 degrés ; par contre, le résultat est douteux, quelle que soit la différence entre la température initiale et la température maxima, quand le plus haut relevé thermique est entre 39°5 et 40 degrés.
Hutyra et Marek (1909), ne se sont pas rangés à l’avis exprimé par la majorité et proposent les principes suivants : Les bovidés ayant plus de six mois doivent être considérés comme tuberculeux lorsque 1 hyperthermie est au moins de 1°5 ou lorsque la température maxima dépasse 4») degrés, à condition que dans ce cas la différence des températures soit au moins de 0°5. Le résultat de 1 injection doit encore être considéré comme positif lorsque l'hyperthermie est de 1 degréàl°4, à condition que la température maxima soit supérieure à 39°5 et que la tuberculination s’accompagne d une réaction organique.
Chez les veaux (ayant moins de six mois) seule une élévation de température supérieure à 40°5 permet de déclarer les animaux infectés.
Lorsque la température n’atteint pas 39°5, l’hyperthermie, même de 1°4, en l’absence de réaction organique et de tout signe clinique de suspicion, ne fournit aucune présomption sur l’existence de la maladie. .
Cette méthode d’appréciation a fourni 98 p. 100 d’indications exactes contrôlées à l’autopsie.
Nocard et Rossignol constatent la réaction 32 et 48 jours après l’infection expérimentale par les voies digestives ; 19 et 32 jours après l’inhalation du matériel infectant, 13 jours après
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l’inoculation dans la mamelle. L’aptitude à réagir peut être constatée huit jours après l’inoculation sous-cutanée ou lingestion de produits tuberculeux (Royal Agricultural Society). Elle peut n’apparaître que 51 jours après l’infection.
Technique de la tuberculination. — La tuberculine telle qu’elle est délivrée (tuberculine brute) doit être diluée pour l'usage dans neuf parties d’une solution de phénol à 5 p. 1000. La dose de tuberculine brute à injecter sous la peau pour provoquer la réaction varie suivant l’espèce, la taille et l’âge des animaux. On indique généralement :
Pour les bovidés adultes suivant la taille : 30 à 50 centigrammes.
Pour les jeunes bovidés au cours delà première année : 20 centigrammes.
Pour les veaux jusqu’à six mois : 10 centigrammes.
Pour le cheval, les doses sont les mêmes que pour les bovidés.
Pour le mouton et la chèvre : 2-3 centigrammes.
Pour le porc : 5-10 centigrammes.
Pour le chien : 5 centigrammes.
L’injection est faite dans le tissu conjonctif sous-cutané — et non dans les muscles. Après avoir coupé les poils et nettoyé avec un liquide antiseptique, on injecte le plus souvent sur les faces latérales de l’encolure ou en arrière de l’épaule. Douze heures au moins avant la tuberculination les animaux sont placés dans des étables bien ventilées, à température moyenne, où ils doivent être maintenus pendant la réaction. La tuberculination ne doit jamais être pratiquée sur des animaux au pâturage, les variations de la température du corps sous les influences atmosphériques empêchent toute interprétation des conséquences de la tuberculination. Les animaux sont nourris dans les conditions habituelles, ils doivent toujours être abreuvés une heure au moins avant tout relevé thermique.
L'injection est pratiquée le soir vers neuf heures et les températures relevées le lendemain toutes les deux heures, à partir de six heures du matin, au moins jusqu'à six heures du soir. Pourtant si la réaction n’est pas apparue on doit prolonger
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la prise des températures, pour éviter les erreurs liées à une réaction tardive.
Malm et Kitt ont préconisé l'injection intra-veineuse. En opérant avec la dose indiquée pour l'injection sous-cutanée, on peut observer la réaction cinq à dix heures après 1 intervention.
Conséquences de la tuberculination. — La tuberculine qui peut causer des désordres extrêmement graves chez l'homme tuberculeux est beaucoup mieux supportée par les bovidés tuberculeux, à des doses proportionnellement plus élevées ; onne constate pas, le plus souvent, de troubles qui traduisent une aggravation des signes locaux ni de perturbations graves de l’état général.
Pourtant, dans les formes graves de tuberculose généralisée, l’injection de tuberculine précipite l’évolution, les animaux succombent plus rapidement. La tuberculine provoque dans tous les cas de lhyperémie au voisinage des lésions.
Influence de la tuberculine sur la sécrétion lactée. — L'injection de tuberculine occasionne, dès les premières heures, une faible diminution du lait, diminution qui s’accentue dans les douze heures suivantes, plus marquée encore dans les douze autres heures, puis décroît fortement, si bien qu’au troisième jour la sécrétion lactée est rétablie dans toute son intégrité. La perte moyenne en lait chez les animaux ayant donné une réaction positive est de 1 kgr. 9i0 par vache, tandis que chez ceux qui n’ont pas réagi, elle n’est que de 0 kgr. 926 (Tiraboschi).
Accoutumance à la tuberculine. — L’injection répétée de tuberculine à des bovidés tuberculeux détermine chez la plupart d’entre eux un certain degré d’accoutumance qui se traduit par une réaction faible ou nulle à une nouvelle injection de tuberculine. Cette accoutumance, qui peut être créée par une seule inoculation de tuberculine, disparaît asssz rapidement et, quatre semaines après la première intervention (Nocard) il est possible de soumettre les animaux à une nouvelle épreuve dans les mêmes conditions et avec les mêmes résultats que chez les animaux non encore tuberculinés.
Vallée a constaté qu’une première injection de tuberculine sensibilise l'animal tuberculeux et qu'il réagit plus rapidement et
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d’une façon moins durable à la seconde ou à la troisième tuberculination qu’à la première.
Dans les cas où le vétérinaire soupçonnera qu’une injection de tuberculine a été antérieurement pratiquée, l’injection sera faite, le matin vers cinq ou six heures, avec une dose de tuberculine double de celle que l’on utilise ordinairement (8 centimètres cubes de tubertuline diluée au dixième, pour les grands animaux, 4 centimètres cubes pour ceux de petite taille) ; les températures seront relevées toutes les deux heures à partir du moment de l’injection jusque vers la quatorzième ou quinzième heure. La réaction est mesurée par l'écart entre la température au moment de l'injection et la plus haute température relevée durant les heures qui suivent. Tout animal qui fournira une réaction de 1°5 devra être considéré comme tuberculeux ; une réaction entre 0°8 et 1°5 entraînera la suspicion.
Des expériences analogues ont été rapportées depuis et pratiquées avec le même succès par Malm, Lignièrfs et Mettaru, Reeser. La dose simple de tuberculine peut produire comme la dose double une réaction précoce lors d’une première intervention (S. Arloing, Zabala).
L’administration préalable de 30 grammes d’acétanilide serait capable d'empêcher la réaction fébrile (Storch).
Les défaillances de la tuberculine . — On est obligé de reconnaître que, pour parfaite qu elle soit, la tuberculine n’en expose pas moins à des erreurs et que dans quelques cas les indications recueillies du vivant de l’animal ne sont pas confirmées à l’autopsie.
Avant de proclamer la défaillance de la tuberculine, il faut pouvoir affirmer que l’autopsie a été pratiquée complètement. Le plus petit foyer tuberculeux inclus dans un parenchyme ou dans un ganglion suffit à déterminer une réaction à la tuberculine.
Ces cas sont d’autant plus troublants que la réaction est généralement d’autant plus marquée que les lésions sont moins accusées.
Quelquefois, toute lésion tuberculeuse macroscopiquement constituée peut faire défaut chez un bovidé qui avait réagi
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nettement à une ou plusieurs injections de tuberculine. Les bacilles tuberculeux introduits dans l’organisme des bovidés sont capables d’y séjourner un temps plus ou moins long sans provoquer de lésions. Orth, (1876), avait mis en évidence la virulence de ganglions en apparence sains chez des lapins tuberculisés expérimentalement. Le même fait constaté chez l’homme se vérifie chez les bovidés. De nombreux expérimentateurs ont démontré pour les animaux de l’espèce bovine l’existence du stade lymphoïde (Bartel et Spieler) : les ganglions sonthypertrophiés, succulents, quelquefois marqués d’un piqueté hémorragique Hottinger. Orth, Arloing, Lignières, Vallée.... ont apporté quelque lumière sur les caractères et sur la virulence des ganglions sans lésion macroscopique. 11 serait possible de diminuer le nombre des tuberculoses occultes en complétant l’autopsie par l’analyse histologique (Arloing) ou parla recherche des plus petits tubercules à l’aide de la loupe, ou grâce aux modifications que font subir la congélation ou la déshydratation par le chlorure de sodium, suivant que ces agents physiques exercent leur action sur les tissus sains ou sur les tissus déjà lésés (Vallée).
Ces constatations expliquent certaines prétendues défaillances de la tuberculine, elles sont peut-être aussi la cause des réactions spécifiques observées che'z des animaux reconnus non tuberculeux mais qui présentaient des lésions de distomatose (fréquentes dans le foie des bovidés) ou d’échinococcose. On peut supposer que dans bien des cas les animaux recélaient quelque lésion minime qui a pu échapper à l’observateur ou encore que les lésions étaient au stade lymphoïde, c’est-à-dire impossibles à déceler sans l’intervention des moyens du diagnostic microscopique.
Lq réaction peut faire défaut chez les animaux tuberculeux amaigris, phtisiques. Chez quelques-uns de ces animaux, l’autopsie montre des lésions calcifiées ne renfermant plus de bacilles vivants (Hutyra et Marek), le plus souvent il s'agit de lésions massives, calcifiées ou non ; d’autre part, on sait que, très généralement même, les lésions calcifiées renferment encore des bacilles vivants (Rabinowitsch) .
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La tuberculine chez les bovidés vaccinés. — Au cours des nombreux essais de vaccination qui ont été entrepris depuis von Behring, les expérimentateurs ont reconnu que la tuberculine ne pouvait pas être utilisée pour suivre les phases de l’immunisation. Les jeunes bovidés neufs qui reçoivent des bacilles tuberculeux virulents ou modifiés réagissent après quelque temps à l’injection de tuberculine. L’aptitude à réagir persiste longtemps et on ne saurait attendre la non-réaction pour introduire les animaux dans le milieu infecté ouïes soumettre à une tuberculination expérimentale. (Vallée. Eber, Arloing).
S. Arloing, Rodet et J. Courmont ont constaté, que le lapin et le chien tuberculeux ne réagissent peu ou pas, tandis que le cobaye tuberculeux présente de la fièvre, mais au même titre que le cobaye sain.
Marmorek (1905) a montré que l'injection d’une faible émulsion du B. de Koch , suivie, vingt minutes après, d’une injection de tuberculine, donne, en deux à quatre heures, une ascension de 2°, même si le porteur n’a que des traces de tuberculose (i tuberculine-réaction précoce) .
Si on extirpe le foyer tuberculeux (tuberculose expérimentale de la cornée chez le lapin) . la sensibilité de l’animal à la tuberculine disparaît (Trudeau, Baldwin et Kinghorn).
Chez le cobaye, la réaction n’apparaît que le quatorzième jour de l’infection.
Le cobaye tuberculeux de trente à quarante jours est tué par une injection sous-cutanée de 1/4 de centimètre cube de tuberculine ; un millième de milligramme injecté dans le cerveau a le même effet (Lingelsheim, Borrel) .
Réinoculations. — * S. Arloing (1903) a rapproché, des phénomènes généraux produits par la tuberculine chez les tuberculeux, ceux qu’engendre une réinoculation bacillaire intraveineuse chez un sujet déjà tuberculeux. La mort peut survenir dans les vingt-quatre heures avec congestion œdémateuse du poumon. La gravité des troubles causés par cette réinoculation permet de les rattacher sans doute à l’anaphylaxie. La substance nocive est surtout adhérente aux bacilles. Les troubles sont plus considérables que ceux provoqués par la tuberculine (troubles
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surtout respiratoires). L’accoutumance aces injections s’établit encore plus vite que l’accoutumance à la tuberculine. En somme, chez un animal déjà tuberculisé, l'injection intraveineuse d’une nouvelle dose de bacilles s’accompagne de troubles immédiats plus graves qu'une injection de tuberculine.
Calmette et Breton (1906) ont montré que l’ingestion de produits tuberculeux, même tués par la chaleur, est dangereuse (comme la tuberculine) pour les animaux tuberculeux. Le lait tuberculeux même cuit peut être dangereux pour les tuberculeux.
C. Réactions locales. — Von Pirquet ayant signalé que le dépôt de tuberculine sur une scarification chez un individu tuberculeux provoque des phénomènes dont la manifestation peut être utilisée pour le diagnostic, cette assertion fut immédiatement appliquée par Vallée à la recherche de la tuberculose des bovidés. Les premiers résultats furent encourageants.
Des scarifications provoquant un léger suintement de sang et imprégnés de tuberculine diluée dans son volume d’eau bouillie deviennent le siège de phénomènes inflammatoires chez les bovidés tuberculeux. La réaction apparaît généralement à la trente-sixième heure ; elle persiste huit à quinze jours. La cutiréaction est nette chez les bovidés et aussi chez les chevaux atteints de la maladie naturelle ou infectés expérimentalement par les voies digestives avec un bacille virulent. Elle fait défaut chez les animaux infectés expérimentalement par d’autres voies et surtout par un bacille dont les caractères pathogènes sont plus ou moins modifiés (F. Arloing). De nombreuses expériences de contrôle entreprises de tous côtés ont rapidement montré la valeur toute relative de la cuti-réaction pour le diagnostic de la tuberculose des animaux. Si la réaction positive est un signe certain de tuberculose, par contre des animaux tuberculeux ne fournissentaucune réaction. Les bovidés atteints d’actinomycosé, comme avec l’injection sous-cutanée de tuberculine, donnent une cuti-réaction ébauchée ; les bovidés sains ç>u atteints d’affections diverses (distomatose, diarrhée chronique, ne donnent pas de réaction (Moussu). La cuti-réaction n'est pas obtenue chez le chien tuberculeux.
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Quelques semaines après vonPirquet, Wolff-Eisner signalait qu'il avait obtenu une réaction en déposant de la polline sur la conjonctive des animaux atteints de rhume des foins, il eut l’idée d’appliquer cette méthode au diagnostic de la tuberculose.
Vallée propose l’empioi de cette réaction chez les animaux tuberculeux et ses premières observations sont rapidement confirmées. L’instillation de tuberculine sur la muqueuse oculaire des bovidés tuberculeux provoque suivant l’intensité de la réaction la série des phénomènes suivants : larmoiement, ptosis, congestion de la conjonctive, œdème de la paupière et du corps clignotant, écoulement de muco-pus. Tous les expérimentateurs se sont mis d’accord pour reconnaître la valeur de la méthode. (Irr et Claude, von Pirquet et Schnürer, Guérin et Delattre, Pieroni, . . .) et les plus nombreux la trouvent de beaucoup préférable à la cuti-réaction.
La réaction oculaire, comme la réaction cutanée, lorsqu’elle existe, est un signe certain de tuberculose; mais elle peut faire défaut chez des animaux tuberculeux. Son appréciation est difficile et les réactions ébauchées, ne se traduisant que par de la rougeur dans les six ou huit heures qui suivent l'instillation, sont d’une interprétation embarrassante (Wôlffel, Jugeât). Le réactif proposé pour la recherche de l’oculo-réaction est extrêmement variable. Vallée préconise tout d’abord la tuberculine brute diluée au dixième ; Guérin et Delattre utilisent la même tuberculine. diluée à parties égales dans l’eau distillée: Jugeât des dilutions à 1 p. 10, 1 p. 20, 1 p. 30.
L’ophtalmo-réaction n'est pas plus certaine dans ses indications que la cuti-réaction, mais elle est d’une technique plus commode. Elle offre en outre l'avantage de pouvoir être obtenue chez un grand nombre des animaux hyperimmunisés contre la tuberculine (Foth).
Lignières a constaté que la simple friction de tuberculine sur une région sous le feu du rasoir permet d’observer une succession de phénomènes réactionnels chez les animaux tuberculeux. C’est pour cette réaction que Lignières voulait faire admettre la dénomination de cuti-réaction, le terme de dermoréaction devant désigner la cuti-réaction. L’usage a prévalu la
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méthode préconisée par Lignières est la dermo-réaction, la méthode primitive avec scarification ayant conservé le nom de cuti-réaction. La dermo-réaction donne les mêmes résultats que les autres modes de réaction locale, elle peut faire défaut chez les animaux tuberculeux (Vallée).
Lignières a montré tout le parti qu'il serait possible de retirer de l’association des diverses réactions locales à la tuberculine. Il a proposé sous la désignation abrégée O. G. D. R. un procédé qui consiste à pratiquer simultanément sur un animal l ophtalmo-, la cuti- et la dermo-réaction. Associées de cette façon, les diverses méthodes se complètent mutuellement et les renseignements fournis par chacune d’elles s’ajoutent pour transformer des indications douteuses en une suspicion très nette. Les résultats apportés par Lignières, ont été confirmés parPANizzA, L affranchi, Lignières et Bossu
MM. Moussu et Ch. Mantoux ont proposé d’appliquer "aux animaux lintra-dermo-réaction qui avait donné à l’un d’eux (Ch. Mantoux) des résultats absolument démonstratifs pour le diagnostic de la tuberculose chez l’homme. On injecte dans l’épaisseur du derme un dixième à un cinquième de centimètre cube de tuberculine brute diluée au dixième; on choisit de préférence, chez les bovidés, l’un des plis cutanés qui vont de la base de la queue à la marge de l'anus. Chez tous les animaux tuberculeux il se fait dans les vingt-quatre heures une réaction locale très vive qui se traduit par de l hyperesthésie, de l’épaississement du derme et une plaque d’œdème sous-cutané. L'intra- dermo-réaction est d’application facile chez le porc, l’inoculation diagnostique est pratiquée de préférence à la base de l’oreille. Chez les sujets à peau non pigmentée le seul examen objectif suffit pour constater le résultat, chez les autres il serait nécessaire de recourir à la palpation pour apprécier les modalités de la réaction ; les résultats obtenus chez des chèvres et des moutons montrent que l’inoculation intra-dermique pourrait être utilisée.
Plus récemment, Vallée et Fernandez ont proposé, sous le nom de sous-cuti-réaction, l'injection sous-cutanée d'une quantité déterminée de bacilles tuberculeux dégraissés à froid ; l'injec-
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tion se pratique à la base de l’oreille. La réaction apparaît vingt-quatre heures après l'intervention et elle est encore appréciable pendant plusieurs jours. Les résultats obtenus -sont très encourageants, la méthode serait applicable aux animaux préalablement tuberculinés.
On peut également imprégner la muqueuse vaginale de tuberculine (J. Richter). Ce procédé pourrait être associé à l’une ou l'autre des réactions locales. On pourrait de la même façon recourir à la rhino-ré action ou à la recto-réaction qui ont été observées chez l'homme, mais qui, chez les animaux, n'ont aucun intérêt pratique.
Ces différents modes de réaction locale à la tuberculine, dont la pratique vétérinaire, avant tout simple et économique, devait largement bénéficier, se présentent actuellement comme des procédés de diagnostic d’une valeur inégale. La cuti réaction, est d’une technique difficile et les résultats sont trop incertains pour que cette méthode soit recommandée. La dermo réaction présente les mêmes inconvénients. Il ne convient pas de partager le pessimisme de quelques expérimentateurs (Vander Heyden) qui dénient toute valeur à l’oculo-réaction et, malgré la sensibilité de la muqueuse à laquelle on s’adresse, la méthode reste Fune des meilleures. Pour éviter l’action irritante des produits de culture du bacille de Koch, il est préférable de n utiliser pour Foplïtalmo-réaction que de la tuberculine purifiée par précipitation alcoolique (Léon Petit]'.
Lorsque les indications d’une première oculo-réaction sont insuffisantes, la muqueuse oculaire ne s’en trouve pas moins sensibilisée, chez les animaux tuberculeux, vis-à-vis d'une nouvelle instillation de tuberculine. La seconde réaction est plus intense que la première. La sensibilisation existe même vis-à-vis d'une injection sous-cutanée : il se fait un réveil de Foculo-réaction primitive, (Guérin et delattre, Slatineanu, Lemaire, Vallée, Calmette, Breton et Petit, Jugeât, Morel, )
L’intra-dermo-réaction semble avoir conquis parmi les réactions locales la préférence des praticiens. Elle réduitau minimum la technique de l'opération, puisqu’il n’est pas nécessaire de
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raser, de scarifier ou de relever des températures. Elle met à l'abri des fraudes auxquelles exposent la cuti et l’oculo-réaction, puisqu’elle se présente comme une véritable inoculation. Malgré les critiques expérimentales dont elle a été l’objet (Vallée; Deglaire et Herbet ; Foth) P intra-dermo- réaction paraît être d’une sensibilité beaucoup plus grande que les autres modes de réaction locale. Pour pallier aux imperfections toujours possibles, on pourrait associer (Vallée), pour la recherche delà tuberculose, l’intra-dermo-réaction et l’oculo- réaction. On obtiendrait dans ces conditions des résultats à peu près certains ; néanmoins l'expérimentation, déjà largement pratiquée, démontre que l'inoculation sous-cutanée de tuberculine reste le procédé de choix du diagnostic.
D. La tuberculine chez les animaux autres que ceux de l’espèce bovine. — La tuberculine peut être utilisée pour le diagnostic de la tuberculose chez les animaux autres que ceux de l’espèce bovine, mais elle ne donne pas toujours des indications aussi exactes, aussi faciles à interpréter.
Banc a montré que les résultats de la tuberculination sont certains chez le cheval, Eichhorn est arrivé aux mêmes résultats chez la chèvre, Mayer pour la chèvre et le mouton.
Pour le porc, Schrôder et Mohler ont montré qu’il était facile d’éviter les indications incertaines recueillies jusqu’alors, en immobilisant les animaux. On doit apprécier les différences thermiques entre les relevés faits à la même heure avant et après l'injection. En ne sacrifiant que les animaux ayant présenté une hyperthermie durable d’au moins 0°5 (1° Fahr.).. Schrôder et Mohler n’ont observé que deux défaillances sur 68 porcs éprouvés. Luckey, a obtenu d’excellents résultats en suivant les mêmes indications.
C’est surtout chez le chien que la tuberculine laisse le praticien dans l’embarras. 11 se produit une élévation de température de 0°7 à 1°5 chez quelques animaux tuberculeux, mais de nombreux chiens infectés ne donnent aucune réaction. La réaction à la tuberculine, lorsqu'elle se produit, est précoce, elle apparaît cinq ou six heures après l'injection.
SERO- DIAGNOSTIC
5° Sérodiagnostic par l’agglutination. — L’agglutination du B. de Koch par les humeurs des tuberculeux n'était pas possible, au moment de la découverte du séro-diagnostic typhique, parce qu'on ne savait pas obtenir des cultures agglutinables.
1. Historique. — En 1898, S. Arloing ‘fit connaître un procédé pour obtenir des cultures liquides homogènes de Bacille de Koch \ et montra que ces cultures pouvaient être agglutinées par le sérum des hommes tuberculeux ou des animaux tuberculisés, créant ainsi le séro-diagnostic de la tuberculose1 2.
Certains perfectionnements dans l'obtention et le choix des ' cultures homogènes3, et surtout les applications au diagnostic de la tuberculose humaine, et la signification générale de la séro-réaction tuberculeuse furent étudiées par S. Arloing et Paul Courmont dans de nombreuses publications.
Dans les cas de tuberculose dite médicale la séro-réaction est positive chez 88 p. 100 des malades évidemment tuberculeux, elle décèle encore 34 p. 100 de tuberculeux latents chez les malades non tuberculeux en apparence et 26 p. 100 chez les sujets sains en apparence. En général ce sont les tuberculoses les moins graves qui donnent des agglutinations les plusaccusées et réciproquement, ces constatations prouvent la valeur de la méthode pour le diagnostic précoce de la maladie.
Le séro-diagnostic peut servir également chez l’homme (P. Courmont) à déterminer la nature des épanchements. On peut ainsi faire un séro-diagnostic de la localisation de l'infection. Les résultats les plus démonstratifs concernent les pleurésies, les indications du séro-diagnostic concordent toujours avec celles
1 S. Arloing. Sur l'obtention de cultures et d'émulsions homogènes du Bacille de la tuberculose humaine en milieu liquide, C. R. do l'Acad. des Sc., 9 mai. 1898.
2 S. Arloing. Agglutination du Bacille de la tuberculose. C. R. de l'Acad. des Sc., 16 mai 1898.
3 S. Arloing et Paul Courmont. De l'obtention des cultures du Bacille de Koch les plus propices à V élude du phénomène de l'agglutination par le sérum sanguin des tuberculeux. C. R. de l'Acad. des Sc., 8 août 1898.
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
qui sont fournies par le cyto-diagnostic et l’inoculation au cobaye i.
Le séro-diagnostic de la tuberculose chez les bovidés a été ultérieurement étudié par S. Arloing2.
Le sérum des bovidés agglutine à 1 p. 5; la réaction agglutinante spécifique ne doit être considérée comme caractéristique qu’à partir de 1 p. 10. Les résultats annoncés par Arloing ont été discutés (Beck et Mme Kempner-Rabinowitsch) . En expérimentant avec un bacille de Koch virulent, non modifié, obtenu en émulsion homogène, il ne paraît pas possible de mettre en évidence une propriété agglutinante spécifique du sérum des bovidés tuberculeux (Koch, L. Panisset).
Les résultats négatifs publiés ne sont pas assez nombreux pour infirmer les résultats positifs obtenus par Arloing ; mais de nouvelles recherches s’imposent pour établir définitivement la valeur du procédé Le séro-diagnostic est d’autant plus intéressant qu’il permet d’obtenir des indications chez les animaux fébricitants ou chez ceux qui ont été soumis à des injections préalables de tuberculine, la tuberculination antérieure exagère même le pouvoir agglutinant.
6° Réaction de fixation. — La réaction de Bordet-Gengou (ou par déviation du complément) a été appliquée par Widal et Le £ourd au diagnostic de la tuberculose qui, avec Camus et Pagniez, A. Delille la rencontrent fréquemment chez les tuberculeux; tandis que Wassermann et Brucke. Cohn, Hans, la rencontrent très rarement.
Des recherches systématiques ont montré que la méthode n’est pas utilisable pour le diagnostic de la tuberculose des bovidés (Bach, 1909).
Marmorek a proposé une réaction analogue en employant
1 Le séro-diagnostic de la tuberculose chez l’homme est traité avec beaucoup plus de détails dans le Précis de Bactériologie de J. Courmont, 1941, 4e éd. Collection Testut:. O. Doin éd.
2 S. Arloing. Séro-diagnostic de la tuberculose sur les animaux d’espèce bovine. Journ. de Méd. Vétérinaire et de Zootechnie de l’Ecole vétérinaire de Lyon, septembre 1900, p. 449.
SÉRO-DIAGNOSTIC
le sérum ou l'urine du malade comme antigène et un sérum antituberculeux comme anticorps.
7° Réaction de précipitation. — Bonome (1907) le premier eut l’idée d’appliquer le principe de la précipitation au diagnostic de la tuberculose. De nombreux essais ont été faits chez l’homme en utilisant comme antigène les diverses tuberculines. Vallée et Flnzi pour le diagnostic des tuberculoses animales préconisent les deux méthodes suivantes :
a. Mettre en contact le filtrat sur papier des cultures du bacille de Koch d’origine bovine et le sérum des animaux suspects (4 p. de sérum et 1 p. de bouillon filtré), séjour à l’étuve, 1 à 2 heures et à la température du laboratoire pendant le même temps. Le sérum des animaux infectés provoque un trouble qui se rassemble en un précipité blanc, floconneux.
b. Le second procédé, repose sur un principe tout à fait différent. Le sérum du cheval hypervacciné contre la tuberculose (suivant les indications de Vallée) mis en contact avec le sérum des animaux infectés provoque la formation d’un précipité . On met en contact 1 partie du sérum suspect, 2 parties du sérum byperimmun, 2 heures à l’étuve à 38 degrés. Les deux procédés fournissent des indications parallèles et toujours très nettes, ils ontété expérimentés avec le sérum du bœuf, du chien, et du cheval. Le précipito-diagnostic est spécifique. Les bovidés attteints d’entérite chronique hytpertrophiante, qui réagissent à la tuberculine aviaire, ne donnent pas le précipito-diagnostic.
8° Propriétés lécithinophiles du bacille tuberculeux. Réactivation du venin de cobra. — Le venin de cobra est hémolysant [actif] pour les globules rouges de certaines espèces animales mais non pour ceux d’autres espèces [bœuf, chèvre) ; il le dévient [réactivation] si on lui ajoute soit du sérum sanguin, soit de la lécithine.
La lécithine, même chauffée, conserve cette propriété de réactivation du venin de cobra; par contre, le chauffage enlève à certains sérums cette propriété de réactivation et la laisse intacte chez d’autres ; ces derniers sérums gardent cette pro-
LE BACILLE TUBERCULEUX DE KOCH
priété parce que précisément ils renferment de la lécithine sur laquelle la chaleur n’agit pas. Par conséquent, la propriété de réactiver le venin de cobra, malgré le chauffage, indiquera que ces sérums contiennent de la lécithine. Précisément, le sérum de l’homme ne renferme pas de lécithine s’il est sain, et en contient s’il est tuberculeux ; donc la réactivation du venin de cobra par un sérum humain chauffé indiquera que cet homme est tuberculeux (Calmette, Massol, Breton).
Un autre procédé est indiqué par les mêmes auteurs (1908). La tuberculine et le bacille de Koch présentent une grosse affinité pour la lécithine et la fixent (5 milligrammes de bacilles secs fixent 1 milligramme de lécithine). Si, donc, on mélange des bacilles de Koch à des sérums de tuberculeux chauffés, la lécithine de ces derniers est fixée, neutralisée et les sérums ainsi traités ne réactivent plus le venin de cobra.
9° Opsonines. — Wright appelle opsonines les substances du sérum qui, ajoutées in vitro aux phagocytes, favorisent la phagocytose vis-à-vis du microbe pathogène d’une infection donnée (page 338).
L'indice opsonique est le rapport entre le pouvoir opsonique d’un sujet (infecté par le bacille tuberculeux, par exemple) et celui d’un individu sain de même espèce. Lorsque celui-ci est voisin de la normale, le sujet est probablement sain; lorsqu’il est très bas, il indiquerait une tuberculose circonscrite, et très haut une tuberculose guérie. Les observations de très nombreux auteurs n'ont pas confirmé la valeur de la méthode de Wright au point de vue diagnostique ; mais elle aurait une certaine importance au point de vue du pronostic et de la direction d’une cure parla tuberculine. Les moyens expérimentés sur les petits animaux de laboratoire, n’ont été utilisés que pour le traitement de la tuberculose humaine.
I) Thérapeutique bactériologique
On a tenté, de plusieurs façons, la guérison de la tuberculose par des moyens bactériologiques.
THÉRAPEUTIQUE BACTÉRIOLOGIQUE
1° Hémothérapie. — En 1888, Richet et Héricourt, injectent du sang de chien normal ou tuberculisé. Ils voient une augmentation de la survie des animaux ainsi traités. Bertin etPicQ (1890), Lépine (t891) utilisent le sang de chèvre, Viquerat (1894), Redon et Chenot injectent du sang d’âne sain ou tuberculisé. Cadiot, Behring injectent le sang du poulet et du dindon. Aucun résultat notable.
2Ù Toxinothérapie. — Elle a été proposée par Koch et tentée à l’aide de la tuberculine brute , puis de la tuberculine R. Les applications qui en ont été faites, avant la fixation de la technique actuelle, furent cliniquement et expérimentalement déplorables.
Le traitement par la tuberculine cle Koch, dans des cas cliniques bien choisis, conduits avec une grande prudence pour éviter les réactions possibles, a paru, ces dernières années, seconder heureusement les moyens habituels dirigés contre la tuberculose.
3Ü Bactériothérapie. — Préconisée par Koch, puis par Behring l'inoculation des bacilles desséchés à des phtisiques ne s’est- pas toujours montrée inoffensive, elle n’a jamais donné de résultats appréciables.
4° Sérothérapie. — Actuellement tous les efforts tendent à obtenir un sérum antitoxique et bactérioly tique.
A. Behring et Knorr (1895), Maragliano, Niemann (1896), Maffucci et Di Yestea,... ayant imprégné divers animaux avec des bacilles ou de la tuberculine, démontrèrent la présence d’une antitoxine dans le sérum de ces animaux. De tels sérums n’exercent pas une action curative chez le cobaye tuberculeux, cependant ils augmentent sensiblement sa survie.
Le sérum de Marmorek a été très employé depuis quelque temps.
Carl Spengler (1908) estime que les anticorps les plus actifs du sang, chez un sujet immunisé,- sont contenus dans les globules rouges ; aussi emploie-t-il des hématies dissoutes dans une solution hémoly santé de formol.
LE BACILLE TUBERCULEUX AVIAIRE
Calmette et Massol (1909) ont montré que le sérum d’un bovidé, traité par des inoculations intraveineuses de bacilles bovins, cultivés sur bile de bœuf glycérinée, a un pouvoir précipitant sur les diverses tuherculines.
Le sérum d’un cheval hyperimmunisé par Vallée (pouvant recevoir sans dommage des inoculations intraveineuses de doses élevées de bacilles humains virulents) précipite énergiquement la solution à 1,10 de tuberculine brute dans l’eau physiologique, surtout à la température de l'étuve. Ce sérum est en même temps antiinfectieux, agglutinant, fixateur du bacille et des extraits bacillaires.
article II
BACILLE TUBERCULEUX AVIAIRE
Il a été décrit par Koch en même temps que celui des mammifères (1884). Ribert l’avait signalé dès 1883.
A) — Discussion sur l’unité
L’unité de la tuberculose des mammifères et de celle des oiseaux était admise, lorsqwen 1888, Straus et Würtz annoncèrent qu’ils avaient échoué en faisant ingérer à des poules une grande quantité de crachats de phtisiques. Rivolta (1889), Maffucci, Straus et Gamaleïa (1891), Koch soutiennent alors la théorie de la dualité. J. Courmont et Dor (1891), Cadïot, Gilbert et Roger (1891), défendent celle de l'unité.
La théorie de la dualité repose sur les différences morphologiques ou biologiques minimes que nous allons décrire entre les deux microbes, mais surtout sur la non production de la tuberculose type Villemin chez les mammifères par inoculation de la tuberculose aviaire et sur la non-inoculabilité de la tuberculose des mammifères à l’Oiseau.
Il est jpossihle d’infecter les poules Rvec les bacilles humains ou bovins et, réciproquement, la tuberculose des poules.
DISCUSSION SUR l’üNITÉ
inoculée au cobaye et au lapin, reproduit parfaitement le type Villemin (J. Courmont et Dor). Càdiot, Gilbert et Roger obtiennent les mêmes résultats. Ces faits ont été confirmés depuis par Rabinowitsch, Mohler et Washburn, Oluf Bang, niés par Weber et Bofinger, ces derniers ont constaté pourtant que d’autres mammifères sont sensibles au bacille aviaire notamment le porc ; Rômer avait signalé la réceptivité des bovidés. Shattock, Seligmann, Dudgeon et Panton (1907) notent une réceptivité très faible du cobaye pour le baeille aviaire et soutiennent la dualité du bacille humain et du bacille aviaire. Il y a une adaptation certaine des bacilles aux mammifères d’une part et à la poule de l’autre. Au bout d’un certain nombre de passages, le bacille est adapté plus spécialement au mammifère ou à V oiseau, si bien que l’inoculation d’une lésion de mammifère à un oiseau rencontre de grandes difficultés à être positive, et réciproquement. Mais, si, au lieu d’inoculer la lésion, on fait des cultures et qu’on les propage pendant un certain nombre de générations sur milieux artificiels, l’adaptation disparaît en partie ; l’inoculation de la culture du bacille aviaire peut alors produire, chez le cobaye, une granulie type Ville-min.
Cela est si vrai que ces mêmes cultures, si on les fait repasser une fois sur la poule, se réadaptent rapidement, et, la lésion aviaire, ou la culture qui en provient, ont beaucoup de peine à infecter le mammifère.
Ces faits sont encore controversés. L. Rabinowitsch note que l’inoculation des lésions aviaires au cobaye est plus sévère que l’inoculation des cultures. On ne peut pas formuler de conclusions générales ; il faut enregistrer les faits qui démontrent la grande variabilité du bacille aviaire.
Straus et Gamaleïa avaient avancé que le chien est réfractaire à la tuberculose aviaire. Richet et Héricourt ont montré le contraire.
Nocard (1898) a apporté un nouvel argument à la théorie uniciste en transformant du bacille humain en bacille ayant toutes les propriétés du bacille aviaire, par une série successive de cultures en sac de collodion (voir page 137) dans le péri-
ilICHOB. DES MAL. INFECT. DES ANIM.
LE BACILLE TUBERCULEUX AVIAIRE
toine de la poule, Fischel avait déjà (1893) opéré cette transformation en cultivant le B. humain sur l’œuf de poule. Nicolas (1899), S. Arloing et P. Courmont (1900) ont montré que les cultures humaines homogènes, reportées sur* milieux solides, ont acquis les caractères des cultures aviaires, etc.
Bref, la question est jugée. 11 n’y a pas de dualité; il n’y a qu’une adaptation passagère, intéressante pour l’hygiéniste, mais insuffisante à créer une espèce bactérienne.
L. Rabinowitsch (1906) conclut aussi à l’unité, avec adaptation constituant deux variétés. Sur 459 autopsies d’oiseaux Max Koch et L. Rabinowitsch ont trouvé 118 cas de tuberculose et ont isolé 95 races de bacilles. Sur 95 races : 3 présentaient franchement dès la première génération, les caractères des bacilles de mammifères.
La tuberculose aviaire se propage aux rongeurs capturés dans les poulaillers (rats gris, souris grises). Les oiseaux de proie, comme les perroquets, sont très sensibles à la tuberculose dès mammifères.
S. Arloing (1909) a montré : 1° que le bac. des mammifères peut être amené à végéter dans la profondeur du bouillon et à une température élevée (44°-45°) ; 2° que le bac. des mammifères, modifié par ce mode de végétation, produit, sur le lapin, une tuberculose du type Yersin comme le bac. aviaire; 3° que la poule est moins réfractaire qu’on ne le croit généralement aux effets de la tuberculose humaine et bovine introduite par le tube digestif, comme il est permis de s’en convaincre
Fig. 202.
B. tub. aviaire. Culture sur gélose glycérinée , âgée de 15 jours.
ISOLEMENT, CULTURES
en cherchant des lésions microscopiques dans le foie et la rate.
B) — Isolement,' cultures
1° Isolement. — Il est beaucoup plus facile que pour le B. clés mammifères. L’ensemencement direct d’une lésion aviaire donne rapidement des cultures.
2° Caractères généraux des cultures. — Aérobie. Végète de + 30° à + 44° et même + 45° (différence avec le B. des mammifères) . T° optima = 37°.
3Ù Cultures sur milieux solides. — Le B. aviaire pousse sur tous les milieux décrits pour le B. des mammifères. Il végète même sur gélose non glycérinée. Les cultures diffèrent par trois caractères : 1° la facilité avec laquelle on les obtient en première génération; 2° leur végétation plus rapide et plus abondante : 3° leur aspect gras et humide, plissé, mou (fig. 202). Ce sont des caractères secondaires. Il existe des cultures de B. des mammifères grasses et humides et des cultures aviaires écailleuses. Les cultures provenant des perroquets, des pigeons, sont presque toujours écailleuses. Les cultures sur pomme de terre prennent fréquemment les teintes décrites par Nicolas (voir page 475). Des cultures homogènes peuvent être obtenues (Nicolas etP. Courmont) .
4° Cultures en milieux liquides. — On les obtient très facilement, en bouillon ordinaire, même simplement en eau glycérinée (J. Coitrmont et Dor). Le plus souvent, il se forme à la surface un voile humide, gras, avec des grumeaux au fond du bouillon qui est légèrement troublé (fig. 203). D’autres fois, il n’y a pas de voile appréciable, et le trouble est uniforme. Le développement est beaucoup plus rapide que celui des B. des mammifères (cinq jours ou moins).
Paul Courmont et J. Nicolas ont obtenu des cultures homo-
532 LE BACILLE TUBERCULEUX AVIAIRE
gènes avec deux échantillons différents. Les caractères sont lés mêmes que pour les cultures homogènes humaines. Elles ne se
B. tub. aviaire. Culture en bouillon, âgée de 15 jours.
sont pas montrées agglutinables, même par les sérums homologues.
G) — Coloration, caractères microscopiques
Il n’y a aucune différence essentielle avec .ceux du B. des mammifères. Les B. aviaires sont peut-être un peu plus longs et
ACTION PATHOGÈNE
prennent plus facilement les colorants. Les formes longues sont la règle dans les vieilles cultures.
D) — Caractères biochimiques
Bouveault (1892) a vu que le B. aviaire détruit la moitié des matériaux fixes du bouillon. Comme élément non azoté, il ne consomme presque exclusivement que de la glycérine. Les aliments azotés sont d’autant plus facilement assimilés qu’ils sont plus simples; l’ammoniaque du bouillon a disparu après la culture ; ceux dans lesquels l’azote est assez solidement lié (sarcosine, gélatine, peptone) sont attaqués lentement.
E) — Action pathogène
1° Action naturelle. — La tuberculose aviaire est fréquente ; elle revêt souvent le caractère épidémique, ravageant les poulaillers. Elle s’observe chez la poule, chez le faisan, parfois chez 1 epigeon. Les lésions sont abdominales ; le foie est volumineux, gras, avec de gros tubercules ; la rate hypertrophiée présente des nodosités tuberculeuses ; les granulations existent sur le péritoine et l’intestin. Ces productions abdominales jaunissent, se calcifient, deviennent parfois très dures ; une seule peut peser jusqu’à 7 et 800 grammes. Les poumons sont en général indemnes. Les lésions, le foie surtout, fourmillent de bacilles très faciles à colorfer. Parfois, il n’y a pas de tubercules apparents, mais seulement un énorme foie gras gorgé de bacilles.
Le perroquet est fréquemment tuberculeux avec une forme spéciale. Il présente des tumeurs grisâtres, cornées, occupant les paupières, la conjonctive, les orifices des cavités nasales, les commissures du bec, la langue, la peau de l’aile, les articulations, la crête, la peau de la tête. Si les organes internes sont envahis, les poumons le sont de préférence. Ces lésions contiennent des bacilles du type humain.
L. Rarinowitch a montré qu’il existe cependant des tuberculoses du perroquet à bacilles aviaires (dans les jardins zoologiques).
LE BACILLE TUBERCULEUX AVIAIRE
Le perroquet serait donc apte à contracter, suivant les milieux, la tuberculose humaine ou aviaire.
Le canari présente de la tuberculose spontanée, tantôt à bacilles humains, tantôt à bacilles aviaires (L. Rabinowitch).
2° Action expérimentale. — S. Arloing et Léon Tripier ont réalisé les premiers (1872) la transmission de la tubercu-
Fig. 204.
Coupe du foie cl'une poule morte 3 mois après l’inoculation souscutanée d’une culture aviaire (J. Cocrmont et Dor).
Bacilles (en rouge) dans les cellules géantes des tubercules.
lose aviaire à la poule , au moineau et au serin, par ingestion des lésions.
A. Poule : a. Les poules, inoculées par une voie quelconque (sous-cutanée, veineuse ou digestive), avec des cultures aviaires ondes lésions d'origine aviaire, deviennent fatalement tuberculeuses. Elles maigrissent et meurent en quatre ou six mois. A l’autopsie on trouve la tuberculose abdominale (surtout hépatique) (fig. 205).
Inoculées dans la veine axillaire, avec une culture bien virulente, elles peuvent mourir, en quinze ou vingt jours dans un
Fig. IV
Poule sacrifiée 3 mois après linoculation sous-cutanée de tuberculose humaine (J. Courmont et Dor).
Fig. 205 (I) foie. — Fig. 206 (11) rate. — Fig. 207 (III) intestin. — Fig. 208 (IV) «oupe d un tubercule hépatique : (1, tissu normal du foie ; 2. centre vitreux du tubercule ; 3, couche de cellules épithélioïdes ; 4, couche limitante de cellules embryonnaires ; C.G.; cellule géante.) — Fig. 209 (V) cellule géante, fortement grossie, du tubercule hépatique précédent (C. G.).
LE BACILLE TUBERCULEUX AVIAIRE
état d’amaigrissement extraordinaire, sans tubercules, mais avec un foie et une rate énormes, où l’on trouve des bacilles en abondance, ainsi que dans la moelle des os.
b) Inoculées avec des B. humains ou bovins , elles résistent souvent, mais peuvent aussi présenter de la tuberculose chronique (J. Courmont et Dor, Cadiot, Gilbert et Roger).
Fig. 210.
Lapin inoculé, six mois avant, avec des bacilles atténués.
Ostéo- arthrite, du grasset (J. Courmont et Dor).
Lapin inoculé, six mois avant, avec des bacilles atténués. Cavités tuberculeuses intra-osseuses (fémur et tibia) (J. Courmont et Dor).
Les figures 205, 206, 207, 208 et 209 montrent ces lésions.
B. Cobaye. — Le cobaye est plus résistant que le lapin à la tuberculose aviaire.
a) Inoculé, sous la peau de la cuisse, avec des lésions aviaires, il meurt, en un mois environ, présentant un abcès caséeux local souvent non ulcéré, de la tuméfaction des ganglions correspon-
ACTION PATHOGÈNE
dants, de la rate ; les bacilles sont abondants dans la rate et dans le foie. Le plus souvent, il n’y a pas de tubercules apparents. Il en est de même, avec l’inoculation intrapéritonéale, pulmonaire ou intraveineuse .
b) Inoculé avec des cultures aviaires, simplement entretenues artificiellement depuis un certain temps, ou ayant passé par le lapin, il présente sept fois sur huit (J. Courmont et Dor) la tuberculose classique type Villemin.
Fig. 212.
Même lapin que celui de la figure 210. Coupe de fongosité péri-articulaire. 2 tubercules. Nombreux bacilles en rouge (J. Courmont et Dor).
C. Lapin. — C’est le réactif mammifère le plus sensible de la tuberculose aviaire. L'inoculation la plus intéressante est l inoculation intraveineuse. Si le lapin en meurt rapidement (sept à quinze jours), ce qui arrive le plus souvent (surtout après l'inoculation intraveineuse), il présente de la tuméfaction de la rate et du foie où les bacilles sont abondants, mais sans tubercules macroscopiques ( type Yersin); s’il survit un mois ou plus, il présente une granulie pulmonaire ( type Villemin). L 'inoculation sous-cutanée engendre un abcès local et les types Yersin ou Villemin. L'inoculation intrapéritonéale fait de la péritonite tuberculeuse. L' inoculation dans la chambre antérieure détermine la fonte de l’œil et la tuberculose généralisée.
J. Courmont et Dor (1891) ont reproduit, chez le lapin, des
LE BACLILE TUBERCULEUX AVIAIRE
tumeurs blanches typiques (fig. 210, 211 et 212) en leur inoculant, dans le sang, une grande quantité de bacilles très atténués. Pendant cinq mois les lapins sont restés indemnes ; puis, ont apparu les tumeurs blanches, mais aucune lésion viscérale apparente. Le même résultat est obtenu avec des bac. humains ou bovins en culture homogène (Arloing et L. Thévenot).
D. Chien. — Il est bien moins sensible qu’à la tuberculose des mammifères, mais peut mourir d une inoculation intraveineuse avec de la granulie des poumons (Richet et Héricourt).
E. Bovins. — Les bovidés présentent de la fièvre et une suppuration locale qui rétrocède ; pas de généralisation.
F. Porc. — Le porc peut être infecté par ingestion avec le bac. aviaire (de Jong, Titze, O. BANG)..La tub. spontanée du porc est déterminée quelquefois par un bacille aviaire.
G. Animaux a sang froid. — Comme le B. des mammifères (Auché et Hobbs, Ramond et Ravaut). On observe quelquefois des granulations sur le foie et le mésentère. Plus pathogène pour la grenouille que les B. des mammifères.
Le lézard , à l’étuve, est réfractaire à la tuberculose humaine et sensible à la tuberculose aviaire.
F) — Toxines
La tuberculine fabriquée avec des B. aviaires est identique à celle préparée avec des B. des mammifères (Roux). Elle serait beaucoup moins active que la tuberculine humaine ou bovine (Borrel). Elle provoquerait une réaction chez les bovidés atteints d’entérite chronique hypertrophiante (O. Bang), la recherche de cette réaction a été préconisée comme un moyen de diagnostic.
G) — Immunisation
J. Courmont et Dor (1890), avec des cultures atténuées filtrées, Richet et Héricourt (1890), avec des cultures tuées par la clia-
BACILLE PISCIAIRE
leur , ont conféré au lapin un certain degré d’immunité contre le B. aviaire, même parfois contre le B. des mammifères.
H) — Diagnostic bactériologique
1° Recherche du bacille. — 11 est facile. Les bacilles sont nombreux et se colorent bien ; ils se cultivent aisément. On ferait, s’il le fallait, Y inoculation sous la peau de la cuisse de la poule (attendre quatre mois).
2° Injection de tuberculine. — Les essais tentés par inoculation sous-cutanée, dépôt sur la conjonctixe ou à la surface de la peau scarifiée de tuberculine humaine, bovine ou aviaire n’ont donné que des résultats négatifs (Thèse de Baalbeck, 1909). L’intra-dermo-réaction par inoculation dans l’épaisseur de la f crête ou dés barbillons peut être utilisée avec succès (van Es).
article ni
BACILLES DE LA TUBERCULOSE PISCIAIRE ET DE LA TUBERCULOSE DES AUTRES ANIMAUX A TEMPÉRATURE VARIABLE
A. Le bacille de la tuberculose pisciaire a été découvert et I étudié par Bataillon, Dubard et Terre, en 1897, dans des
tumeurs de carpes. Ses caractères de forme (formes filamenteuses et parfois ramifiées dans les vieilles cultures) et de F coloration sont les mêmes que ceux du B. de Koch (fig. 213). 11 est strictement aérobie, immobile.
B. Les cultures sont faciles à obtenir dans les milieux ordinaires ; elles végètent rapidement (4 jours) à basse température
I (depuis 10° ; optimum = 25° ; cultures très pauvres à + 35°). En bouillon : voile à la surface et flocons au fond. Cultures homogènes, difficiles à obtenir par l'agitation. Sur gélose : couche crémeuse ou verruqueuse en trois jours. Sur pomme de terre glycërinée t (milieu de choix) grains savonneux en trois jours. La gélatine
BACILLE TUBERCULEUX PISCIA1RE
n'est pas liquéfiée. Le lait n’est pas coagulé, mais devient violacé. Les milieux sucrés deviennent bruns. Les cultures solides tournent souvent au rose.
Sa vitalité est considérable ; des cultures, âgées de 5 ans, peuvent être rajeunies.
Les cultures ont une odeur d’amande amère et une saveur de noisette.
Fig. 213.
B. tuberculeux pisciaire . Culture jeune.
C. Le B. pisciaire est pathogène pour la grenouille, le crapaud, le lézard, la tortue, la couleuvre, le cyprin, la carpe, etc., engendrant de véritables tubercules ou formant des colonies gigantesques avec nécrose des tissus. Il n’est pas pathogène pour les poissons de mer (V. Betegh). Il est primitivement inactif pour le cobaye et les oiseaux ; il peut devenir virulent pour le cobaye. Après avoir accoutumé les bac. pisciaires à cultiver à + 37°, Aujeszky a réussi à infecter le cobaye et même le lapin.
D. Pour Ramond et Ravaud la tuberculine pisciaire serait analogue aux autres. Elle serait inactive, pour Krompecher, Pinoy et Burnet.
E. Le B. pisciaire est-il une race du B. de Koch adaptée aux animaux à sang froid, ou un bacille acido-résistant sans parenté avec le bacille de Koch. La question n’est pas définitivement résolue. On n’est pas parvenu à transformer du B. de Koch en
BACILLE PISCIAIRE
B. pisciaire. J. Nicolas et Lesieur ont échoué en faisant ingérer des crachats tuberculeux a des carpes, pendant huit mois. Sacrifiés, ces poissons étaient indemnes mais contenaient des bacilles. C’est le résultat habituel de ces inoculations sur les animaux à sang froid (voir p. 499). Auché et Hobbs n’ont pu, non plus, transformer du B. humain ou aviaire en B. pisciairer par passage sur la grenouille.
Un travail de Bataillon. Moeller et Terre (1902) tendrait à. démontrer l'identité du B. pisciaire et du B. de Koch. Moeller a obtenu, en inoculant des crachats tuberculeux à Y orvet, un bacille idehtique à celui de la carpe.
Terre (1902) est très affirmatif sur la nature du B. pisciaire. Ce serait un B. de Koch adapté aux poissons. 11 en a étudié trèssoigneusement la morphologie, les caractères de culture, la virulence, les toxines.
Tuberculose des autres animaux à température variable. — F. Friedmann (1903) a trouvé, dans des lésions tuberculeusespulmonaires delà tortue marine, un bacille ayant tous les caractères du B. tuberculeux humain , mais poussant à -f- 43° comme le bacille bovin, n’ayant rien de commun, avec les bacilles trouvés chez les autres animaux à sang froid. Les lésionsavaient des cellules géantes typiques. L'inoculation aux animaux à sang chaud reste négative sauf chez le cobaye ; la tuberculose du cobaye ainsi obtenue est curable.
Les cobayes ainsi guéris sont immunisés contre des cultures virulentes de tuberculose humaine, inversement, la tortue vaccinée avec le bacille chélonien résiste au bacille humain.
Une seule injection de B. de la tortue suffirait à immuniser le cobaye contre l’inoculation intrapéritoénale de B. humains virulents.
L injection dans les veines des bovidés d’une émulsion de bacilles tuberculeux de la tortue, confère une immunité solide contre la tuberculose bovine. Le sérum de l’animal serait curateur. Les injections intraveineuses du B. de la tortue au bœuf tuberculeux auraient môme une action curatrice (1905).
Libbertz et Buppel (1905) prétendent, au contraire, que le B.
BACILLE TUBERCULEUX PISCIAIRE
tuberculeux de la tortue n'est pas sans danger pour le bœuf et ne le vaccine pas.
Moeller (1904) s'est vacciné lui-même (une injection souscutanée et 3 injections intraveineuses des bacilles de l’orvet) et s’est ensuite inoculé des bacilles humains virulents dans le sang sans inconvénient.