CHAPITRE Y
ACTINOMYCOSE
ARTICLE PREMIER
A) N OC A RDI A BOVIS. — B) COHNI S T REP T O T H B I X ISRAELI
Harz et Bollinger (1877), Rivolta (1878), virent les premiers que les grains caractéristiques de l’actinomycose étaient formés d’un mycélium dont les filaments se terminaient par des mas^ sues. Filaments et massues furent considérés comme des éléments spécifiques auxquels furent donnés successivement les noms d ' Actinomyces bovis, puis de Discomyces bovis. Les essais de culture montrèrent plus tard qu’en réalité l’actinomycose était fonction d'organismes différents : Nocardia bovis (Bostroem) , [Actinomyces bovis, Streptothrix actin., Oospora]. Cohni slreptothrix Israeli (Wolf et Israël), Actinobacille , (Lignières et Spitz) l,
Nocard (1884) a décrit la première observation française d'actinomycose du bœuf, et, avec Lucet (1888), la première observation d’actinomycose humaine.
A) — Action pathogène
1° Action naturelle. — L’actinomycose est une maladie
1 Dans 19 cas d’actinomycose du bœuf, Pinoy (1913) a trouvé 13 fois le microbe de Wolf et Israël, 3 fois Y Actinobacille, 2 fois le microbe de Bostroem et un cas mixte où existaient le parasite de Bostroem et celui d’IsRAEL.
ACTINOMYCOSE
surtout fréquente chez le bœuf. L’actinomycose est plus rare chez les autres animaux domestiques (cheval, porc, mouton et chèvre), elle est observée chez l’homme. Elle est caractérisée par des malformations inflammatoires et des suppurations.
Chez le bœuf les altérations les plus fréquentes siègent sur les maxillaires , la langue , le 'pharynx. L ’act. des mâchoires (ostéosarcome) est la plus commune en France, elle se traduit par une tuméfaction dure, sensible, pouvant acquérir un volume considérable, il se forme des abcès qui donnent issue à un pus liquide sanieux, mêlé de petits grains jaunes. L’évolution est lente. L ’act. de la langue, plus rare en France, commune en Allemagne et en Angleterre, est caractérisée par la rigidité de l’organe, la présence de petites nodosités tuberculiformes qui s’ulcèrent. En outre de la localisation sur le pharynx, les autres manifestations (poumons, mamelles, ganglions) sont exceptionnelles.
Les associations microbiennes sont fréquentes dans le pus des tumeurs ulcérées1.
L ’ actinomycose humaine, de moins en moins rare, se manifeste non seulement par des tumeurs ulcérées de la mâchoire et de la langue, mais aussi par des ulcérations de toute la surface cutanée et des lésions tuberculiformes de tous les organes internes.
L’actinomycose est justiciable d’un traitement spécifique par l'iodure de potassium (Thomassen, Nocard).
2° Action expérimentale. — A) L’inoculation du pus actinomycosique est très difficilement positive, même sur le bœuf.
1 11 arrive très souvent que les essais de culture tentés avec le pus ne mettent en évidence que des germes différents de ceux qui sont considérés comme spécifiques. La fréquence de ces insuccès, l’échec des tentatives d’inoculation avec les cultures ont conduit à penser que les microbes rapportés à des associations microbiennes pouvaient jouer un rôle essentiel dans l’étiologie de l’affection. L’actinomycose serait une maladie polymicrobienne ; déjà démembrée par la découverte de Nocardia bovis, Cohni streptothrix israeli et de l’ Actinobacille ; elle reconnaitrait encore d’autres causes (diplocoque de Bongert, de Scheel) .
CARACTÈRES MICROSCOPIQUES
Johne (4880) réussit le premier sur le bœuf. Ponfick (4882), Israël (1883) inoculent, avec succès, des produits humains au lapin et au veau. Masselin et Liénaux, Dor, Doyen ont quelques résultats positifs sur le lapin.
B) L’inoculation des cultures a rarement reproduit l’actinomycose. Mandereau (1887) infecte des rats et des iapins ; Berard et Dor (1893), infectant le lapin par le corps vitré, ont une mort au 40e j our, avec actinomycose généralisée ; Déléarde (1895) infecte des lapins, par voie péritonéale, surtout avec des cultures sur pomme de terre; le même auteur obtient la tumeur de la mâchoire, chez une brebis et une ânesse, par inoculation sous-périostée. L’inoculation au cobaye a toujours échoué.
Dans les cas où la nature du parasite est bien déterminée les résultats sont variables selon le parasite. Wolff et Israël
-( Cohni strept. israeli ) repoduisent des lésions actinomycotiques chez le lapin et le cobaye par inoculation péritonéale, Bostroem avec Nocardia bovis n’obtient aucun résultat positif.
Cet insuccès fréquent des inoculations fait penser qu’il faut un milieu végétal pour que le microbe récupère sa virulence.
Fig. 218 et 219.
Nocardia bovis. Schéma de massues (218 M) et des spores intramycéliennes (219, S) (d’après Bostrôm).
Coloration, caractères microscopiques
1° Examen du pus actinomy cotique . — Le pus actinomycotique est caractérisé par la présence de grains jaunes , petites
ACTINOMYCOSE
masses, onctueuses au toucher, visibles à l’œil nu, de 0,15 à 0,75 millimètres de diamètre, opaques, de couleur jaune soufre, parfois blancs, verts pu même noirs. 11 faut examiner ces grains à l’état frais, car ils se déforment rapidement. .
L’examen direct, sans coloration, doit se faire dans la glycérine. On voit alors que chaque grain est composé de grains plus petits ; chacun des grains élémentaires est une cellule de
Fig. 220.
Nocardia bovis. Grain d’actinomycose, sans coloration.
streptothrix. Il est bon de dissocier le pus, en le soumettant à la potasse à 3 p. 100 ou à l’acide acétique dilué, car les grains sont souvent entourés de productions dures, calcifiées.
Le microscope montre des cellules épithélioïdes à gros noyau, entourant le parasite, parfois sous forme de cellules géantes, des leucocytes. Le microbe se présente en une masse composée de deux zones bien distinctes : 1° au centre, un enchevêtrement, un feutrage de mycélium ; 2° à la périphérie, des filaments renflés en crosses ou en massues volumineuses (20 à 30 p sur 10 p), ces dernières étant arrangées en couronne, en rayons, en étoiles (d’où le nom d ’actinomyces : cocus : étoile).
L’élément essentiel est le mycélium ; il est seul dans les
CARACTÈRES MICROSCOPIQUES 571
lésions jeunes. Le mycélium est formé par l’enchevêtrement
Fig. 221.
Grain jaune coloré au violet phéniqué et à l’éosine.
Les filaments mycéliens, les spores (s), les leucocytes (Z) sont violets. Les crosses sont roses.
de fins filaments dichotomiques. Les massues ne se développent que plus tard. Pour la majorité des auteurs (Domec, Pinov), les massues résulteraient de la gélification de la membrane du parasite et de son incrustation par des sels minéraux, sous l’influence de l’action digestive exercée par l’organisme. En tout cas, ces massues ne sont pas des spores; les spores sont petites et existent en semis dans le mycélium (fig. 219, S) et même autour des massues, sous forme de petits
grains qu’on prend d’abord pour des cocci. Les massues sont
Nocardia bovis. Culture jeune en bouillon.
ACTINOMYCOSE
une production protoplasmique qui entoure l’extrémité des filaments, ceux-ci les embrochant (fis. 218, M).
La coloration repose sur ces deux principes : 1° le mycélium se colore facilement et prend le Gram ; 2° les massues se colorent difficilement avec les couleurs basiques, mais sont teintées par
Fig. 223.
Nocardia bovis.
Culture en bouillon, âgée de 7 mois (d’après Bérard et Nicolas).
Filaments en massues dont quelques-unes en voie de désintégration. — Filaments
sporifères.
les couleurs acides (éosine, safranine, picro-carmin). On peut donc se contenter de colorer au picro-carmin ; les crosses sont jaunes sur fond rose.
11 est préférable de colorer par la méthode de Gram modifiée de la façon suivante (P. Chaussé) : coloration du fond par le carmin aluné acétique (dix minutes) , laver à l’eau ; coloration par le violet de méthyle 6 B en solution formolée :
ISOLEMENT, CULTURES 573
Eau formolée à 2 p. .100 50 cent, cubes.
Solution alcoolique saturée de violet méthyle 6 B. 4 —
Laisser agir deux à quatre heures, différenciation rapide par la solution iodo-iodurée, décoloration par l’alcool-acétone ââ. Les filaments sont colorés en violet, les crosses en rose, quelques-unes conservent la coloration violette.
On obtient de bons résultats par la coloration avec la phénosafranine à 2 p. 100, différenciation par l’indigo-carmin, différenciation par l’alcool chlorhydrique (P. Chaussé, 1909).
2° Examen des cultures. — Les filaments de Nocardia bovis (culture aérobie) se fragmentent à leur extrémité en éléments arrondis de coloration jaune, véritables arthrospores qui résistent à l’action de la chaleur (70^80°).
Cohni streptothrix israeli (culture anaérobie) présente les mêmes filaments ramifiés, mais il n’y a pas production d’arthrospores, le chauffage à 55° pendant vingt minutes détruit la vitalité de la culture.
C) — Isolement, cultures
1°. Isolement. — 11 est difficile à réaliser en raison de la résistance des grains actinomycotiques qu’il faut écraser et aussi de la présence des agents banaux de la suppuration qui peuvent souiller le produit recueilli dans les lésions.
, On peut utiliser la méthode suivante recommandée par Wright : Le grain est écrasé entre deux lames porte-objets préalablement stérilisées, l’une des deux lames sert à l’examen, l’autre est conservée dans une boîte de Pétri stérilisée. L’examen permet de décider après coloration par le Gram si l’ensemencement doit être effectué en milieu aérobie ou en milieu anaérobie (gélose de Veillon) .
2° Caractères des cultures. — a) Nocardia bovis ne se développe bien qu’en aérobie. Végète à la température de 20° mais se développe surtout bien à 37°.
A. Bouillon. — Formation d’une membrane superficielle sèche, le liquide reste clair.
ACTINOMYCOSE
B. Gélatine. — Culture peu abondante.
C. Pomme de terre. — Développement de masses mamelonnées, confluentes, d’abord blanches, jaune verdâtre, puis jaune
Fig. 224.
Nocardia bovis. Culture sur gélose glycérinée âgée de 12 jours.
Nocardia bovis. Culture sur gélose âgée de 2o jours.
Fig. 226.
Nocardia bovis. Culture sur grains d’avoine, âgée de 4 ans (d’après Bérard et Dor).
rougeâtre de consistance cartilagineuse adhérant très fortement au substratum.
D. Sérum. — Grains blanchâtres ou jaunâtres, secs, apparaissent le 5e jour et deviennent rapidement confluents.
TOXINES
E. Gélose glycérinée. — Vers le 2° jour : petites colonies jaunâtres, sèches, rugueuses, adhérentes. Vers le 8e jour : large croûte confluente jaunâtre, crevassée, couverte d’aspérités (fig. 224), ressemblant à un amas de lichens. Elle se recouvre peu à peu d une poussière jaune de spores. La coloration peut être grise, jaune, verte, même noire.
F. Grains. — Bérard et Uor (1894) ont obtenu de belles cultures sur des grains d’orge et d’avoine légèrement humides. Vers le 3e jour, les grains se recouvrent d’un enduit pulvérulent jaunâtre, comme saupoudré, qui entoure la graine et la pénètre {fig. 226).
b) Cohni streptothrix israeli. — Anaérobie, ne se développe pas à la température ordinaire.
Bouillon. — Petites granulations ou écailles blanches se déposant dans le fond du tube.
Le développement a été obtenu dans la gélose et les milieux à l’œuf.
D) — Caractères biologiques
Résistance variable suivant qu’il s’agit de l’un ou de l’autre des parasites. Les spores de Nocardia bovis sont bien moins résistantes que celles des autres microbes ; elles sont tuées en dix minutes par un chauffage à *+ 75° (Domec), en cinq minutes par le sublimé à 1 p. 1000. Une goutte de solution de bleu de méthylène à 1 p. 100 stériliserait 10 centimètres cubes de culture en bouillon.
Bérard et Nicolas ont vu que les spores sont tuées en quinze minutes par une chaleur sèche ou humide à -f- 80° et qu’elles résistent (à l’état sec) à 238 heures d’ensoleillement.
Certaines cultures restent très longtemps virulentes. Bérard et Nicolas ont constaté la vitalité et la virulence (lapin) des cultures sur grains, au bout de six ans.
E) — Toxines
Les cultures filtrées sont peu ou pas toxiques (Déléarde,
ACTINOB ACILLE
Poncet, Lacomme et Thévenot). Biagi aurait isolé une endotoxine.
F) — Diagnostic bactériologique
Le diagnostic d’actinomycose peut être fait par l’examen microscopique ; les cultures permettent seules d'identifier l’agent de l’infection.
L'examen porte, en général, sur du pus, des fongosités. Les grains jaunes sont presque toujours visibles à l’œil nu; ils peuvent cependant être restés englobés dans le tissu.
Etendre les liquides ou tissus sur une lame de verre et les dissocier sans les écraser. Recueillir les grains et les transporter sur une autre laine. Si la dissociation est imparfaite, immerger dans la solution de potasse (voir plus haut) et laver à l’eau.
Faire tomber une goutte de picro-carmin vieilli, et laisser cinq à dix minutes. Recouvrir d’une lamelle dont le poids suffit à écraser le grain. Examiner d’abord à un faible grossissement. Voir plus haut, page 570, l’image du parasite.
La tuberculine peut provoquer des réactions ébauchées chez des bovidés atteints d’actinomycose.
article ii
ACTINOBACILLE
L’actinobacille a été découvert par Lignières et Spitz (1902) dans une maladie du bœuf, confondue avec l’actinomycose. La maladie est épizootique en Argentine, elle est observée en France.
A) — Isolement, cultures
1° Isolement. — L’actinobacille peut être isolé par la culture du pus après broxjage; le pus recueilli et ensemencé directement ne donne pas de culture.
2° Caractères généraux des cultures — Aéro-anaérobie. Optima 37 degrés.
CARACTÈRES MICROSCOPIQUES
3° Caractères généraux des cultures sur milieux solides. — A. Gélose. — Petites colonies translucides et bleuâtres ou plus grandes et opaques. Enduit filant et visqueux, odeur spermatique. Le développement n’est actif qu’après quelques passages.
B. Gélatine. — Légère traînée blanchâtre ou bleuâtre. Pas de liquéfaction.
C. Pomme de terre. — Développement faible, culture luisante, gris jaunâtre.
Fig. 227.
Actino bacille.
Deux fragments actinobacillaires fortement grossis (obj. immersion 1/15®, oc. 1). Coloration au Gram, carmin aluné acétique) (Chaussé).
D. Sérum. — Milieu médiocre.
4° Caractères généraux des cultures sur milieux liquides. — A. Bouillon ( peptoné ). — Trouble général, pas d’odeur spéciale.
L’addition de sérum favorise le développement, la surface du milieu se couvre d’un voile.
B. Sérum. — Dépôt floconneux, le milieu reste clair.
B) — Coloration, caractères microscopiques
1° Forme. — Le pus renferme des grumeaux constitués par des touffes de massues identiques à celles |de l’actinomycose.
ACTINOBACILLE
Dans les cultures, ractinobacille revêt la forme de bacille, de cocco-bacille ou de diplocoque. Les bâtonnets ont 1 p de long et 0 p 4 d’épaisseur.
2° Spores. — Pas de spores.
3° Mobilité. — Immobile,
Fig. 228.
Actinobacille. Culture. Grossissement 1 000.
4° Coloration. — Se colore bien par toutes les couleurs d’aniline, en particulier par la fuchsine phéniquée. Ne prend pas le Gram.
C) — Caractères biologiques
1° Habitat. — Il est probable que l’actinobacille végète sur les fourrages.
2° Vitalité, virulence. — L’actinobacille est peu résistant Il est tué rapidement par la dessiccation, le chauffage, les antiseptiques.
Les cultures doivent être réensemencées tous les jours ou tous les deux jours pour conserver leur virulence. La virulence des germes s’affaiblit au déclin de la maladie spontanée. Les inoculations en série diminuent la virulence.
3° Caractères biochimiques. — Fermente le lactose et le glucose. La gélose de Würtz est virée dans les premières cultures, après quelques passages sur gélose ordinaire elle n’est plus modifiée.
Produit de l’indol en bouillon pancréatique.
4° Agglutination. — Les cultures liquides sont agglutinées par le sérum des malades, la réaction est irrégulière. L’agglutination est très marquée avec le sérum du cheval hyperimmunisé.
D) — Action pathogène
1° Action naturelle. — Les symptômes sont analogues à ceux de l’actinomycose. Collections purulentes ou indurations
ACTION PATHOGÈNE
diffuses de la peau ; adénites; hypertrophie, nodules et petites ulcérations de la langue ; tuméfactions des maxillaires (du maxillaire inférieur de préférence) creusées de fistules.
Toutes les lésions donnent écoulement à un pus épais, crémeux, blanc, parsemé de grains calcaires.
L’infection atteint à peu près exclusivement le bœuf, le mouton est rarement affecté. La maladie n’est pas signalée chez les autres espèces.
2° Action expérimentale. — A. Boeuf. — a) Inoculation sous-cutanée. — Détermine un abcès qui s'ouvre en donnant un pus identique à celui des abcès spontanés, la guérison est, très lente, l'extension dés lésions est exceptionnelle.
b) Inoculation veineuse . — Avec la culture on obtient exceptionnellement des localisations erratiques (arthrite purulente), l’inoculation du pus reste sans effet.
B. Mouton. Cheval. Ane. Porc. — a) Inoculation sous-cutanée. — Détermine des abcès.
b) Inoculation veineuse. — S’accompagne de phénomènes d'intoxication, surtout marqués chez le porc.