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CHAPITRE XIV

STREPTOCOQUE

ARTICLE PREMIER

STREPTOCOQUE PYOGÈNE

Le Streptocoque pyogène a été vu pour la première fois par j Pasteur et Doléris, dans l’infection puerpérale, en 1879-1880, puis décrit comme le microbe de certaines suppurations par Ogston (1881), par Rosenbach (1884), de l’infection puerpérale par Chauveau (1882), par S.Arloing (1883), par Truchot (1884), | par Widal (1888), et comme celui de l’érysipèle par Fehleisen ’ (1886).

A) — L’espèce : streptocoque pyogène

Il importe d'abord de bien définir ce qu’on appelle Streptocoque pyogène. La disposition en chaînettes, le terme de streptocoque qui lui correspond, n’ont rien qui puisse caractériser une espèce quelconque. Le Staphylocoque peut offrir quelques courtes chaînettes. Les chaînettes n’ont aucune signification pour l’identification de l’espèce microbienne, d’autant plus que le streptocoque n’est pas fatalement en chaînettes. Il faut, donc, accoler un qualificatif ( pyogène ) au terme streptocoque pour qualifier le microbe auquel on a affaire.

La qualification de streptocoque pyogène est trop générale et insuffisante pour comprendre toutes les variétés, qui ont avec le type primitif, quelques caractères communs, mais qui s’en séparent nettement par un plus ou moins grand nombre de

ISOLEMENT, CULTURES

propriétés morphologiques et biologiques. Ces caractères secondaires sont insuffisants cependant pour créer des espèces, mais leur existence met dans la nécessité de les décrire comme des variétés. Cette division est encore discutée, elle correspond plus aux nécessités de la description qu'à des éléments suffisants de différenciation . La notion de la variabilité, chez les bactéries, de la forme et de 1 aptitude pathogène, vient compliquer singulièrement les tentatives de classification.

Nous décrirons comme type de l’espèce le streptocoque pyogène, un des agents ordinaires de la suppuration chez l’homme et les animaux. Nous indiquerons ensuite les propriétés qui caractérisent : 1° le streptocoque de la gourme du cheval ; 2° le streptocoque, de la mammite contagieuse des vaches laitières.

Mais le Streptocoque pyogène lui-même choisi comme type constitue une espèce microbienne, composée d’une série de races et même d’individus, tellement influençables par les conditions extérieures, que tous les caractères peuvent varier facilement dans des proportions considérables.

B) — Isolement, cultures

1° Isolement. — Ensemencer directement, en bouillon, le pus, les sérosités, les produits non contaminés. Pour les autres, inoculer le lapin , et ensemencer le sang du cœur.

2° Caractères généraux des cultures. — Aérobie facultatif. Végète de + 20° à + 46°. T° optima = 37°. Préfère les milieux neutres ou légèrement alcalins. Ne végète pas dans le filtrat de sa culture (même seulement âgée de vingt-quatre heures) ; le streptocoque de la gourme fait exception.

3° Cultures sur milieux solides — A. Sérum, Gélose. — En vingt-quatre heures, semis de très petites colonies blanchâtres (fig. 254). Sur gélose, elles peuvent devenir confluentes, formant une traînée grisâtre, opaque, à bords déchiquetés.

En arrosant la gélose d’un peu de sérum, on la rend plus favorable (Marmorek).

STREPTOCOQUE PYOGÈNE

B. Gélatine, — Culture très grêle. Pas de liquéfaction (certains échantillons digèrent cependant la gélatine à -f- 36° ; Pane). Arrêt vers le cinquième jour, et mort rapide. Le long de la piqûre : petits points blancs, opaques, arrondis (fjg. 255). Certains streptocoques végètent plus abondamment.

Fig. 254.

Streptocoque pyogène Culture sur gélose.

Fig. 255.

Streptocoque pyogène.

Culture sur gélatine par piqûre.

C. Pomme de terre. — En général, pas de culture apparente, pourtant on peut constater le développement, en examinant au microscope le produit du raclage. Certains streptocoques donnent des colonies visibles.

D. Carotte. — Certains streptocoques végètent sur carotte en gouttes de rosée.

4° Cultures en milieux liquides. — A. Bouillon. — Rien n'est variable comme l’aspect d’une culture de streptocoque en bouillon.

La culture type, celle des premières générations, se fait en

ISOLEMENT, CULTURES

grumeaux, ne troublant nullement le bouillon (fig. 111). Dès la vingtième heure, on voit des petits flocons se développer le long des parois, ils grossissent et tombent dans le fond, vers le troisième jour, formant un dépôt assez abondant ; si on agite le ballon, le bouillon ne se trouble pas, de gros flocons remontent jusqu'à la surface pour retomber rapidement au fond. Ce type de culture, évidemment assez caractéristique, correspond aux grandes chaînettes pelotonnées.

D’autres fois (chaînettes courtes), les flocons sont très petits et le bouillon légèrement trouble ; ou, même, il n’y a pas de flocons et le bouillon est uniformément trouble, comme s’il s’agissait de staphylocoques.

Cette différence d’aspect n'est pas l’apanage d’un échantillon donné. Le même streptocoque peut varier du tout au tout d’une génération à l’autre; une culture claire à flocons, ensemencée, donne une culture trouble ; la première impression est que la culture a été contaminée ; il n’en était rien ; les formes courtes ont simplement succédé aux formes longues. Le plus souvent, les premières générations sont claires et à flocons, et les suivantes deviennent insensiblement plus troubles.

Plus rarement, une culture, d’abord trouble, se transforme en culture à flocons.

Vincent (1902) a- montré que cette variabilité de la morphologie des cultures tient à la réaction du milieu. Un bouillon neutre se trouble, ne contient que de courtes chaînettes. Un bouillon acide reste clair, la culture étant plus florissante, en longues chaînettes formant des flocons. Il suffit donc d’ajouter un peu d’acide non antiseptique (a. malique, a. tartrique, phosphates acides) pour rendre la culture floconneuse. Si une culture devient floconneuse après avoir été claire, c’est que le streptocoque a sécrété des acides. L’addition d’un peu de sérum antistreptococcique donne des formes courtes.

La vitalité et la virulence des cultures en bouillon ordinaire sont très éphémères : le bouillon devenant rapidement trop acide (acide lactique) . il est très difficile de conserver le streptocoque en bouillon ordinaire ; il faut le réensemencer avant l'apparition de l’acidité : les cultures filles acidifient moins (Achalme).

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B. Bouillon glycérine a 5 p. 100. — Très favorable à l'isolement (Ucke).

C. Bouillons additionnés d’hydrates de carbone. — L’action sur les divers hydrates de carbone permet de grouper les streptocoques. Streptococcus pijogenes , fermente lactose et saccharose, ne fermente pas salicine, sorbite, inuline, raffinose.

Fig. 256.

• Streptocoque pyogène.

Culture de 48 heures, sur gélatine.

D. Sérum. — Roger a montré que le sérum de lapin convenait fort bien au développement du streptocoque. Celui de bœuf, de cheval, le liquide d’ascite sont peu favorables.

D. Bouillons-sérum. — Les milieux de choix pour la conservation de la vitalité et de la virulence du streptocoque sont les bouillons-sérum de Marmorek (voir p. 86). Ils conviennent à tous les Streptocoques pyogènes, qui y conservent plus volontiers le type de culture claire à flocons.

CARACTÈRES BIOLOGIQUES 655

E. Lait. — Coagulation lente en quatre ou cinq jours, ou nulle. C) — Coloration, caractères microscopiques

1° Coloration. — Se colore bien par les couleurs basiques d’aniline. Prend généralement le Gram. Certains échantillons se décolorent assez vite par cette dernière méthode. D’autres prennent le Gram de façon inconstante (Lemoine) . D’autres, enfin, ne le prennent pas (Lingelsheim, Etienne) .

2° Forme. — L’élément fondamental du Streptocoque pyogène est le coccus . Le coccus est en général rond, il peut être plus ou moins ovalaire, carré ou même rectangulaire et se rapprocher ainsi des streptobacilles (fîg. 257, C). Dans les tissus, il est presque toujours rond ; c’est dans les cultures qu’il prend des formes diverses. Ses dimensions sont encore plus variables que ses formes. Dans les tissus, il mesure 0 p, 6 à 1 p. Dans les cultures, il peut être très fin (fig. 257, E), ou très gros (fig. 25 7, F).

L’arrangement en chaînettes n’a pas un aspect plus constant (fig. 257) . La chaînette type s’observe dans le pus, dans les tissus; elleest constituée par 10 à 15 grains. C’est, en général, ce qu’on observe aussi sur les milieux solides (fig. 256). Dans le sang, les diplocoques dominent. Dans les cultures liquides, tous les arrangements possibles existent (fig. 257) ; depuis le coccus, complètement isolé, en passant par les diplocoques, par les chaînettes de 10 à 20 éléments, pour arriver aux immenses chaînettes pelotonnées, dont il est impossible de compter les éléments, et qui forment les gros flocons décrits, et même aux amas informes d’où partent quelques chaînettes (fig. 257, B). On peut obtenir toutes ces formes avec un même échantillon, en faisant varier le milieu et les conditions de culture. Elles n’ont aucune importance spécifique.

3° Mobilité. — Immobile.

4° Spores. — Pas de spores.

D) — Caractères biologiques

1° Habitat. — En dehors de l’organisme malade, on le ren-

STREPTOCOQUE PYOGÈNE

contre dans les cavités naturelles et sur la peau. Il y vit en saprophyte, comme le Colibacille, attendant une occasion de l’envahir et de devenir pathogène.

Dans l’estomac et l’intestin du cheval différentes variétés de streptocoques sont signalées (Baruchello, Huber). Baruchello décrit une espèce particulière streptocoque intestinal, il retrouve le streptocoque melanogène décrit par Schlegel comme l’agent de la méningite du cheval. Le streptocoque peut exister dans le lait de vache en l’absence de toute inflammation du parenchyme mammaire, dans les ganglions, surtout les mésentériques, des animaux sains.

11 existe aussi dans l’air, dans le sol, dans l’eau, dans les poussières, etc.

2° Vitalité. — Elle est assez considérable dans l’organisme et dans le milieu extérieur. Dans les cultures, elle varie beaucoup suivant les milieux. Il faut des milieux spéciaux pour pouvoir entretenir ces cultures dans les laboratoires (voir p„ 86). Les cultures solides sont spécialement fragiles.

Le Streptocoque , en culture, est très sensible aux antiseptiques (les vapeurs de chloroforme le tuent presque instantanément) , à la chaleur (un chauffage d’une heure à -f- 52°, de une minute à-f- 100°, le tue). Dans les produits organiques, surtout desséchés, il est plus résistant aux antiseptiques et supporte -f- 100° pendant quelques minutes.

3° Virulence. — La virulence initiale des cultures de Streptocoque est excessivement variable. Nombreux sont les streptocoques qui, bien qu’isolés d’une lésion même mortelle, sont presque inoffensifs pour le lapin à 2 et 3 centimètres cubes. 11 faut, en tout cas, inoculer la première culture, à l’âge de quarante-huit heures, pour être fixé sur sa virulence, car elle disparaît très rapidement dans les milieux ordinaires. La virulence peut être conservée assez longtemps dans les milieux additionnés de sérum. On peut encore remédier à l’atténuation rapide des cultures en les conservant à l'abri de l’air ou en les additionnant de carbonate de chaux pour neutraliser l’acidité.

Streptocoque pyogène.

Différents types de. culture liquide.

A, cocci et très courtes chaînettes. — B, arrangement staphylococcique, d'où partent des chaînettes. — C, streptobacilles. — I), chaînes de diplocoques. — E, chaînes très fines. — F, chaînes très grosses.

STREPTOCOQUE PYOGÈNE

Il arrive parfois qu un streptocoque qui n’avait pas paru virulent aux premières générations, le devient si on le cultive dans un autre milieu (bouillon de poulet).

On peut exalter la virulence du Streptocoque pyogène par deux procédés.

Le premier consiste à l’inoculer au lapin, associé à un autre microbe : le Proteus vulgaris (Roger. Monti, Achalme) , le B. d'Eberth (Vincent), ou mélangé à la culture filtrée du B. cVEberth. Le streptocoque de la vaginite contagieuse n’est pas agglutiné par le sérum préparé contre le streptocoque de la gourme (Haroak).

Le second est plus pratique; c’est le passage par l’organisme du lapin (S. Arloing, Marmorek, Gromakowsky) . On inocule dans le sang, on fait avec le sang une culture en bouillon-sérum qu’on inocule à l’âge de quarante-huit heures, ou on inocule directement le sang et ainsi de suite. Marmorek, par cette méthode avait exalté son streptocoque au point que 1/100 000 000 000 de centimètre cube tuait le lapin (c’est-à-dire une dose de culture ne contenant qu’un seul coccus). On ne peut arriver à exalter à un degré aussi élevé le Streptocoque pyogène.

Ou peut obtenir des streptocoques virulents en les ensemençant directement dans du sang humain défibriné ; ils tuent la sourisà i / 1 00 oul/1 000000 de centimètre cube (Meyer et Ruppel).

4° Agglutination. — Le sérum de Marmorek agglutine le Streptocoque de Marmorek; il faut ajouter à la culture un tiers du sérum (Bordet). Il n’y a pas d’agglutination parle sérum de malades.

E) — Action pathogène

1° Action naturelle. — Le Streptocoque pyogène engendre de nombreuses suppurations (Ogston, Passet, Rosenbagh). 11 est avec le Staphylocoque pyogène, un des éléments les plus fréquents des suppurations polymicrobiennes. C’est ainsi qu’on le trouve daus les complications pulmonaires des plaies anciennes du cheval dont l’agent habituel est le bacille de la nécrose. 11 cause l’in

ACTION PATHOGÈNE

fection purulente chirurgicale de l’homme ; il est l’agent le plus fréquent de l'infection purulente des animaux, chez le cheval notamment (S. Arloing et Chantre, 1893). On le rencontre, en outre, dans une foule d’affections : lymphangites, ostéomyélites, arthrites suppurées, endocardites, péricardites, myocardites, pleurésies purulentes, bronchites, entérites, péritonites, néphrites, métrites, conjonctivites, kératites, otites, etc...

Le streptocoque est incriminé dans la paralysie infectieuse des poulains (Ostertag), l’avortement contagieux (Ostertag), la maladie du sommeil des poules (Dammann), la méningite cérébro-spinale du cheval (Ostertag), la vaginite granuleuse infectieuse des bovidés (Ostertag).

2° Action expérimentale. — A. Homme. — Fehleisen, Janicke et NeiS'Er, Koch et Petruchsky, etc., ont inoculé directement à l’homme des cultures de Streptocoque pour tenter la guérison de tumeurs cancéreuses (certaines tumeurs auraient guéri à la suite d'un érysipèle spontané). L'inoculation échoue souvent, si on emploie des cultures depuis longtemps conservées dans les laboratoires, même très exaltées par le lapin. Par contre, on a observé un cas mortel en quatre jours. Koch, Petruchsky ont montré que le Streptocoque de Marmorek n’est pas pathogène pour l’homme auquel on l inocule.

B. Lapin. — Réactif de choix.

a. Inoculation sous-cutanée. — L’inoculation type est l’introduction de quelques gouttes à 2 centimètres cubes (suivant la virulence) de culture sous la peau de la base de l'oreille (la scarification suffit quelquefois).

Si la culture est très virulente, on peut voir survenir une septicémie généralisée, rapidement mortelle. Si la culture est peu virulente, ou la dose faible, on observe l 'érysipèle de l'oreille qui est une lésion caractéristique. Dès le lendemain, l’oreille inoculée est rouge, épaissie, tombante (contraste frappant avec l’autre oreille) présentant un érysipèle type avec bourrelet saillant. Au bout de quarante-huit heures, l’oreille est chaude, sensible, énorme ; elle traîne jusqu’à terre ; l’animal est triste, fébrile, se nourrit mal. Le plus souvent, la terminaison est la

STREPTOCOQUE PYOGÈNE

guérison ; l’érysipèle devient phlegmoneux ; une couche de pus crémeux s’étend sous la peau qui s’ulcère ; l’oreille, après guérison, est cicatricielle, ratatinée. La guérison peut survenir sans phlegmon. Si la dose est encore plus faible, on ne voit qu’un peu de rougeur érysipélateuse fugace, rarement suivie d’un petit abcès. Quand le lapin meurt de son érysipèle, il ne présente aucune autre lésion, ou est atteint d’arthrites suppurées.

La production de l’érysipèle avec un Streptocoque est caractéristique, mais ce n’est pas une lésion spécifique. On a produit des lésions analogues avec le Colibacille, le Staphylocoque, le Pneumocoque.

L'inoculation dans un autre point de la surface cutanée engendre un abcès curable ou suivi de septicémie, mais pas d’érysipèle.

La production de l'érysipèle sur le lapin a servi à élucider une série de problèmes de la pathologie générale (influence des vaso-moteurs, desnerfs sensitifs sur l’inflammation ; Rouer, etc.) .

b. Inoculation péritonéale. — Elle tue aussi rapidement que l’inoculation intraveineuse si le S. est très virulent. Si non : péritonite pseudo-membraneuse et suppurée. Jamais d’ascite sanguinolente. Une inoculation peu virulente tue en un mois avec pyohémie musculaire (S. Arloing).

c. Inoculation veineuse. — Si le S. est actif et si la dose est suffisante, on peut obtenir une mort excessivement rapide (six heures). La moyenne de la survie, avec 1 centimètre cube d’une culture active mais non exaltée, est de trente-six à quarantehuit heures. Il se produit de la diarrhée, de la dyspnée, du coma. A l’autopsie, on n’observe aucune lésion, si ce n’est de l’hypertrophie de la rate et de la congestion généralisée. Jamais d’épanchement sanguinolent dans les séreuses. Le sang très fluide, dissous, fournit des streptocoques virulents. Les reins sont spécialement envahis par des streptocoques.

En diminuant les doses, on obtient une mort de plus en plus tardive, et même une maladie bien caractérisée, mais curable. Si la mort survient après huit jours, le plus souvent le sang ne contient plus de streptocoques ou n’en contient que très peu. Si la mort tarde plus de dix jours, à plus forte raison vingt ou

ACTION PATHOGÈNE

trente jours, l’animal est porteur d’une, quatre ou cinq arthrites volumineuses, suppurées, avec luxation de l’articulation. Parfois, les reins sont le siège de petits abcès (J. Courmont et Jaboulay).

L’inoculation veineuse au jeune lapin (six à dix semaines) permet de reproduire l'ostéomyelite. On injecte une dose de culture permettant une survie minima de huit jours, on ne fait aucun traumatisme. Le gonflement articulaire pendant la vie est rare. A l’autopsie, on constate une ostéomyélite caractérisée sur tout par une abondante suppuration médullaire, ce qui la différencie de l’ostéomyélite à staphylocoques (voir p. 680) qui est surtout nécrotique (J. Courmont et Jaboulay, Lannelongue et Achard).

Roger a observé sur les lapins qui avaient survécu à l’inoculation intra-veineuse, une atrophie musculaire progressive avec atrophie des grandes cellules des cornes antérieures de la moelle (type Aran-Duchesne) . Widal et Bezançon ont observé, de même, des myélites diffuses.

C. Souris. — Presque aussi sensible que le lapin à certains échantillons (sensibilité variable). Elle succombe rapidement de septicémie ou plus lentement de pyohémie. Le rat blanc est, au contraire, très résistant.

D. Cobaye. — Très pjsu sensible. Un Streptocoque très actif, inoculé sous la peau, fait un abcès curable ; inoculé dans le péritoine, il tue parfois avec péritonite purulente. Le Sir. exalté de Marmorek fait de la péritonite purulente mortelle à 1/4 de centimètre cube. La résistance peut être vaincue par le refroidissement (Ciuca).

E. Equidés. — Le poulain supporte bien les injections souscutanées tandis qu'il se montre beaucoup plus sensible au streptocoque de la gourme (Lignières). Des streptocoques du type gourmeux peuvent être isolés des accidents les plus divers chez les animaux et chez l’homme, on peut expliquer ainsi la réceptivité de l’âne et du cheval à l’inoculation d’un streptocoque dont les caractéristiques sont insuffisamment définies.

STREPTOCOQUE PYOGÈNE

F. Mouton. — Moins sensible.

G. Chien. — Comme le mouton.

H. Oiseaux:. — Presque réfractaires.

F) — Toxines

A. — Le Streptocoque fabrique peu de toxines extraprotoplasmiques ; les cultures filtrées sont faiblement actives (Manfredi et Traversa, etc.).

Roger (1890) tue le lapin en deux jours avec diarrhée, en lui injectant 15 à 20 centimètres cubes par kilogramme d’une culture en bouillon de viande, anaérobie, filtrée sur bougie le cinquième jour.

Marmorek (1895) filtre les cultures en bouillon-sérum, à l’âge de trois mois : le liquide est mortel à 0CC,5 par kilogramme. Un chauffage à -f- 58° atténue.

11 faut ajouter de temps en temps de l’extrait de viande à la culture pour prolonger le développement microbien.

Marmier recommande le milieu qu'il a préconisé pour cultiver le B. anthracis (voir p. 728).

En 1902, Marmorek a publié un nouveau moyen d’obtenir la toxine streptococcique. On prépare deux solutions.

1° Ajouter à 150 grammes de bouillon de viande peptoné, 0 gr. 40 de leucine : chauffer à + 60° et filtrer sur bougie.

2° Ajouter à 100 grammes de bouillon de viande peptoné, 0 gr. 50 de glycocolle ; chauffer et filtrer.

On obtient un milieu de culture favorable en additionnant 250 grammes de bouillon peptoné avec 10 grammes de chacune des solutions. On lui ajoute encore des leucocytes de cobaye, qu’on obtient en injectant 10 centimètres cubes de bouillon dans le péritoine d’un cobaye immunisé et en lavant l’exsudât péritonéal .

Le streptocoque végète bien dans ce milieu. On filtre, sur bougie, la culture âgée de huit jours.

D’après Marmorek, tous les streptocoques feraient la même toxine. Elle tue le lapin à 0,25 centimètre cube. Son principe

IMMUNISATION

est une diastase, détruite à -f- ~0°. Le sérum préparé aveœcette toxine (voir p. 385) est neutralisant vis-à-vis des toxines de tous les streptocoques.

B. — Rodet et J. Courmont (1891) ont étudié, par la méthode graphique, les effets immédiats, sur le chien, des injections massives, dans le sang, de cultures vivantes de Streptocoque pyogène. Les toxines agissent surtout sur Y appareil circulatoire et principalement sur le cœur.

C. — Besredka a étudié Y hémolysine sécrétée par le Streptocoque de Marmorek. On ensemence du sérum de lapin avec 2 ou 3 gouttes de sang du cœur d’un lapin mort de streptococcie aiguë. On met vingt quatre heures à l’étuve. On étend d’un volume d’eau physiologique et on filtre sur bougie. Cette hémolysine dissout les hématies de la plupart des animaux de laboratoire à -f- 37°. 11 faut un chauffage de deux heures à -f- 70° pour la détruire. Elle s’altère spontanément à -f- 15°; en quinze jours, elle est détruite. Elle n’est pas toxique. Son injection ne produit pas d’antihémolysine. Breton (1903) aurait obtenu une antihémolysine streptococcique.

D. — Bonome et Bombicci ont isolé une toxine inframicrobienne. Ils traitent les streptocoques par dix volumes d'une solution de potasse à 0sr,75 p. 100, filtrent, précipitent par une solution d'acide acétique à 1 p. 100. Ce précipité est toxique et vaccinant (contre le streptocoque utilisé) pour le lapin.

G) — Immunisation

1° Injection de toxine. — Roger (1891) a, le premier, vacciné le lapin contre le Streptocoque en lui injectant des cultures stérilisées à -f- 104° — 120°.

Marmorek (1895) avait essayé d’immuniser le cheval avec sa première toxine; les résultats avaient été médiocres. Avec sa nouvelle toxine (1902), il a obtenu une immunisation solide des chevaux; leur sérum est antitoxique, contre les toxines de tous les streptocoques, sauf celui de la gourme (voir p. 385).

STREPTOCOQUE PYOGÈNE

2° Inoculation de cultures vivantes. — De Paolis (1889), Roger (1890) ont vacciné des lapins par cette méthode. C’est également le procédé qui a été employé par Marmorek pour immuniser (1895) le cheval contre son streptocoque. Le sérum obtenu n’était pas antitoxique, mais seulement antibactérien et seulement contre le streptocoque employé.

A. Lapin. — Marmorek inoculait des cultures anciennes, puis, progressivement, des cultures plus virulentes. L'immunisation était faible. Mironoff (1893) commençait par injecter des cultures stériles, avant l’inoculation virulente. Ghomakowski inoculait successivement dans le péritoine : 1° des cultures anciennes chauffées à -f- 100°; 2° des cultures anciennes non chauffées ; 3° des cultures virulentes (jusqu’à 10 et 30 centimètres cubes). Il fallait une quinzaine d’injections espacées de quinze jours environ.

B. Équidés. — Voir, page 385, l’immunisation du Cheval avec des doses croissantes de Sir. de Marmorek virulent. Les réactions sont violentes, les abcès fréquents.

L’âne est encore plus sensible ; l’immunisation est beaucoup plus dangereuse et plus lente (J. Courmont).

Les animaux ainsi immunisés ne le sont pas contre tous les échantillons de streptocoques pyogènes.

C. Mouton; — Plus difficile à immuniser que le cheval ; il maigrit et la marche de l’immunisation est lente.

H) — Diagnostic bactériologique

1° Examen microscopique. — Colorer les frottis avec le Gram. Les chaînettes sont très nettes et souvent très nombreuses.

2° Cultures. — Pour le pus, les sérosités purulentes, faire des stries sur gélose en prévision d’associations.

3° Inoculation. — On inocule rarement le produit virulent. On préfère d’abord faire une culture, mais il est indispensable d’inoculer celle-ci à l’âge de quarante-huit heures (ino

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