CHAPITRE X
INOCULATION
L’inoculation des produits pathologiques ou des cultures est indispensable. Elle servira, dans certains cas, à faire isoler par l’animal le microbe pathogène recherché (p. 151 et 188); elle servira, plus souvent à déterminer les propriétés pathogènes d’une culture pure ou à produire l'infection avec un produit pathologique. Toutes les notions acquises dans les chapitres précédents convergent vers la pratique de l'inoculation. Il ne faut pas oublier que la relation de cause à effet entre un microbe isolé d’un organisme infecté et l’infection de celui-ci ne peut s’établir qu’en produisant la maladie par inoculation de la culture pure. Nous avons même fait quelques réserves (p. 14) pour certains cas spéciaux.
1° Préparation du virus à inoculer. — Lorsqu’il s’agit d’un liquide (culture ou produit pathologique), l’inoculation se fait, en général, avec une seringue stérilisée (seringue à piston d’amiante, ou tout en verre, p. 32), quelquefois avec une pipette en verre, ou même simplement avec l’aiguille de platine trempée dans le liquide.
Lorsqu’il s’agit d'une culture solide ou d’un produit peu consistant, on délaie dans la solution physiologique ou le bouillon stérilisé et on aspire dans la seringue munie de son aiguille pour être sûr que celle-ci ne sera pas obstruée par des particules trop grosses pendant l’injection.
S’il s’agit de produits très résistants, comme un tubercule par exemple, on les divise en fines particules qui seront introduites avec une pince dans un tunnel sous-cutané
INOCULATION
Le broyeur Latapie peut pulper les organes les plus durs L
La dose de virus à inoculer est naturellement très variable. Elle pourra le plus souvent être infinitésimale, surtout lorsqu’il s’agit de cultures : elle sera différente suivant les effets cherchés. Une goutte de culture de Staphylocoque pyogène , introduite dans le système veineux du jeune lapin, le tuera en huit jours avec tous les symptômes de l’ostéomyélite; un demicentimètre cube de la même culture le tuera en vingt-quatre heures, sans suppuration.
On peut essayer d’apporter quelque précision dans le dosage des microbes à inoculer en récoltant aseptiquement les corps microbiens développés sur de la gélose sans eau de condensation. On pèse 1 centigramme de microbes par exemple que l’on dilue dans 10 centimètres cubes d’eau physiologique. On porte 1 centimètre cube de cette émulsion dans 9 centimètres cubes d’eau physiologique, puis 1 centimètre cube de cette nouvelle dilution est ajoutée à 9 centimètres cubes et ainsi de suite. On obtient ainsi des dilutions de moins en moins concentrées, 1 centimètre cube de chacune d’elles représente successivement 1/10 de centigramme, 1/100 de centigramme, 1/1000 (Nicolle);
La quantité des produits pathologiques à inoculer devra toujours être assez forte, car les microbes peuvent être peu abondants. 11 sera bon, dans ces cas, de centrifuger les liquides pour ne pas introduire d’aussi gros volumes ; on se contentera alors d’inoculer le dépôt.
2° Choix du sujet à inoculer. — Suivant le microbe employé, ou supposé dans un produit pathologique, on choisira tel ou tel sujet. 11 faut que le sujet soit réceptif. Chaque microbe est pathogène pour certaines espèces animales et inoffensif pour d’autres.
Pour apprécier et pour mesurer la virulence on choisira l’espèce la plus sensible. Il ne faut pas oublier qu'il ne convient pas seulement d’inoculer les animaux de laboratoire comme on se contente de le faire trop souvent, mais aussi, et surtout, les
1 Voir Annales Pasteur , 1902, p. 947.