I. - RÉACTIFS
Les réactifs utilisables sont assez nombreux. Ils doivent satisfaire aux exigences suivantes : 1*^ n'être pas ou presque pas toxiques; 2° ne pas se décomposer dans l'organisme, ne pas se dissoudre (quand il s'agit de recherches concernant la phagocytose)
1. A. Kovalevsky, Beitrag zur Kentniss der Exkretionsorgane. Biol. Centralbl., IX, p. 33, 1889. — Sur les organes excréteurs chez les Arttiropodes terrestres. Coiifir. internat, de zool. Moscou, 'i" session, 1" partie, p. 187, 1892.
'i. L. Cuénot, Études physiologiques sur les Gastéropodes pulmonés. Arch. de biol., XII, p. 683, 1892. — Éludes physiologiques sur les Oligochètes. Arch. de biol., XV, p. 79, 1898. — L'excrétion chez les Mollusques. Arch. de biol., XVT, p. 49, 1900.
3. L. Bruntz, Études physiologiques sur les Orthoptères. Arch. de biol., XIV, p. 293, 1896. — Les globules sanguins et les organes lymphoïdes des Invertébrés. Arch. anut. micr., I, p. 153, 1897. — Contribution à l'étude de l'excrétion chez les Arthropodes. Arch. de biol., XX, p. 217, 1904. — Sur le rôle excréteur des cellules (néphrocytes) qui éliminent les liquides colorés des injections physiologiques. Ann. se. nat. Zool., X, p. 265, 191U.
OU ne pas se précipiter (lorsqu'il s'agit de recherches concernant Texcrétion) ; 3° être très vivement colorés, afin que Texpérimentateur ne soit pas obligé d'en injecter une grande quantité, ce qui, dans ce cas, troublerait Téquilibre des liquides de l'économie.
Dans la pratique, on n'emploie qu'un petit nombre de réactifs, que nous citons dans leur ordre d'importance, en distinguant ceux qui servent à l'étude de la phagocytose, de ceux qui servent à l'étude de l'excrétion.
A. Réactifs colorés pour l'étude de la phagocytose.
Encre de Chine. — Ce réactif se prépare au moment du besoin, à l'aide d'un bâton d'encre solide qu'on triture dans un verre de montre, avec un peu d'eau ou de sérum arlificiel. Les meilleures encres sont celles qui fournissent les particules les plus fines; la comparaison entre diverses encres peut se faire au microscope. Il faut éviter d'employer les encres liquides du commerce, sauf celle qui est destinée à la méthode de Burri (p. 699). L'encre de Chine est le meilleur réactif à employer dans la recherche des organes phagocytaires, c'est celui dont le maniement est le plus facile.
Poudre de carmin. — Dans le commerce, on trouve le carmin en morceaux. On prépare le réactif en pulvérisant le carmin dans un mortier, en tamisant finement le produit et en le mettant en suspension dans de l'eau dislillée. On prépare un réactif plus fui, en faisant dissoudre du carmin dans de l'eau ammoniacale et en évaporant le liquide à l'étuve. Pendant cette dernière opération, le carmin se précipite. Le précipité est recueilli sur un filtre, lavé et mis en suspension dans de l'eau distillée. On peut également obtenir le précipité de carmin en ajoutant, à la solution ammoniacale, de l'acide acétique étendu, en évitant de redissoudre le carmin.
TournesoL — Le tournesol pulvérisé et finement tamisé, mis eu suspension dans de l'eau, conslitue un réactif précieux, parce que la coloration des particules phagocytées indique, par virage, la réaction des cellules phagocytaires. Le tournesol est un produit dont on ne peut injecter que de petites quantités, car il est toxique, comme le tournesol d'orcine de de Luynes, qu'on peut également utiliser et qui présente l'avantage d'être plus sensible.
Noir de Seiche (Encre de Seiche). — Ce réactif s'extrait de la poche de noir du Sepiu offidualis. Les Seiches pècliées sont conservées à sec, pour qirelles ne rejettent pas leur encre. A la suite d'une dissection des animaux morts, on retire les poches, dont on vide le contenu dans un récipient. On laisse dessécher Tencre et, pour Tusage, au moment du besoin, on triture dans de l'eau un peu de la masse pulvérulente.
On peut encore utiliser, comme réactifs, divers produits beaucoup moins recommandables, tels que le bleu de Prusse, le vermillon, un amidon de petite taille (riz), etc., mis en suspension dans de Teau. Ces réactifs, ainsi que ceux que nous avons énumérés plus haut, se retrouvent en place dans les cellules, sur des coupes histologiques. On a employé également les injections de lait, d'émulsions huileuses, de spermatozoïdes et d'hématies. Un meilleur procédé consiste à injecter des bouillons de culture de Bactéries, autant que possible de grande taille. Avant leur destruction, il est facile de retrouver les Bactéries dans les cellules phagocytaires, en utilisant les colorants usités en bactériologie.
B. Réactifs colorés pour l'étude de l'excrétion.
Carmin ammoniacal (Carminate d'ammoniaque). — Ce réactif se prépare en pulvéïMsant le carmin dans un mortier. On y ajoute assez d'eau pour former une pâte fluide et ensuite quelques gouttes de la solution ammoniacale du commerce, en quantité suffisante })Our dissoudre le carmin ; puis on étend la liqueur avec de l'eau, de façon à obtenir un réactif très liquide et très coloré. La solution se conserve ainsi. Au motnent du besoin, on en prélève une partie, qu'on évapore lentement à l'étuve jusqu'à la "disparition totale de l'odeur ammoniacale. On laisse refroidir, on filtre et on utihse de suite.
Le carmin ammoniacal a été très em}doyé par tous les auteurs ayant étudié l'excrétion. Ce réactif est très précieux car, après fixation, il demeure en place dans les cellules excrétrices et se retrouve sur des prépai^alions bistologiques, si on a eu soin d'utiliser des fixateurs peu ou pas acides (le meilleur à employer est la solution aqueuse saturée de sublimé). Les coupes peuvent être colorées par une solution aqueuse étendue d'hémaloxyline; la coloration devra être surveillée, car il faut éviter les décolorations à l'alcool acide. Les coupes peuvent être colorées aussi à l'hématoxvline et au vert lumière ou au brun de Bismarck.
Carmin d'indigo. — La solution aqueuse assez concentrée de carmin d'indigo donne de bons résultats dans Tétude de Texcrélion. Ce colorant ne se dissout pas dans Teau salée et, comme le carmin ammoniacal, il se précipite quelquefois après l'injeclion. Le carmin d'indigo n'est généralement pas visible en place dans les cellules excrétrices, car il s'élimine souvent à Tétat de leucodérivé, mais il se retrouve dans la lumière des organes éliminateurs, sur le frais et sur les coupes histologiques. Dans ce dernier cas, la- fixation doit être faite à Falcool absolu.
Le collage des coupes sur les lames s'eiïectue par le collodion de Schœllibaum (p. 350). Pour colorer, user d'une solution d'éosine dans Talcool absolu.
Tournesol soluble. — Ce réaclif se trouve dans le commerce; il donne avec l'eau une solution limpide, qui n'est pas toujours très bien supportée par les animaux auxquels on Tinjecte, mais qui présente l'avantage d'indicfuer, par virage, la nature de la réaction chimique des cellules excrétrices.
Colorants artificiels. — Parmi les nombreux colorants artificiels qu'on emploie en solution dans la solution physiologique, l'eau de mer, le sang de l'animal à injecter, ou beaucoup j)lus simplement dans l'eau, les plus usités sont . le bleu de méthylène, la fuchsine acide, la safranine, la vcsuvine, le vert lumière, le vert d'iode, le rouge Congo, VEchtroth, Valicarine, etc.
Le bleu de méthylène, éliminé par certaines cellules, peut se retrouver sur des préparations fixées et sur des coupes histologiques. Fixer les pièces au molyhdate d'ammoniaque (solution aqueuse à 5-8 p. iOO) ou au chlorure de platine (solution aqueuse à 1 p. 100) ou à l'aide de réactifs plus lins, employés pour l'étude hislologique du système nerveux par la méthode d'Ehrlich. Colorer les coupes au carmin boracique.
La fuchsine acide, l'alizarine et le rouge Congo éliminés, indiquent la réaction des cellules excrétrices. En milieu alcalin, la fuchsine acide se décolore complètement (p. 398) et se recolore en rouge vif par addition d'acide acétique. Dans le même milieu, l'alizarine présente une teinte violacée, le rouge Congo une coloration rougeâtre. En milieu acide, l'alizarine passe au jaune ou au rouge orangé et le rouge Congo prend une coloration bleuâtre (p. 252).
Indépendamment des réactifs colorés cités, on peut employer aussi, dans les recherches concernant l'excrétion, des injections de solutions aqueuses de sels organiques de fer (laclate, tartrate, saccharate, etc.). Ces sels sont fixés par les cellules excrétrices; celles-ci sont facilement mises en évidence, lorsqu'on les traite de façon à obtenir la réaction du bleu de Prusse. La technique est la suivante : injecter une petite quantité d'une solution concentrée d'un sel de fer; sacrifier l'animal douze à quinze heures après, disséquer et arroser les tissus avec une solution aqueuse de ferrocyanure de potassium à 1,50 p. 100. Laisser agir pendant un quart d'heure, puis verser sur la préparation de l'acide chlorhydri([ue étendu (0,5 p. 100); laisser agir pendant un
quart d'heure, laver à l'eau salée et fixer au sublimé. Coloration des coupes au carmin boracique.
Dans Tétude expérimentale des organes excréteurs, on utilise quelquefois, en injections, des mélanges de deux solutions colorées (par exemple, carmin ammoniacal et carmin d'indigo). Ces mélanges ne doivent naturellement pas donner de précipités.
Enfin, les mélanges de poudres et de liquides colorés (par exemple, encre de Chine et carmin ammoniacal) sont aussi très employés, ils sont indispensables à la recherche des cellules à la fois excrétrices et phagocytaires (néphro-phagocytes de Bruntz).