CHAPITRE X
Quels que soient les progrès accomplis par la microphotographie, le dessin des préparations microscopiques restera toujours la seule méthode qui })ermette de représenter un ohjet d'une façon complète et précise. La microphotographie fournit des documents irréfutahles, complètement indépendants de toute interprétation personnelle. Mais, si parfaites que soient les photographies, elles ne peuvent représenter qu'un seul aspect d'un objet, qu'un seul plan d'une coupe. Les limites de la netteté sont très étroites, tant en profondeur qu'en surface : aussi la confection de bons clichés photographiques exige-t-elle des préparations très minces et parfaitement planes. Plus le grossissement augmente, plus le champ de netteté diminue à la fois en étendue et en profondeur. En outre, en raison des difticultés techniques et du temps nécessité par les manipulations, la microphotographie ne saurait être d'un emploi constant au cours du travail micrographique.
A l'heure actuelle, nous devons donc considérer les microphotographies comme insuffisantes, à elles seules, pour illustrer un travail scientifique. Elles sont indispensables, en tant que documents, pour montrer l'aspect réel de la préparation, la place des détails et la façon dont ils se présentent à l'observateur. Mais ces documents doivent être complétés par un dessin interprété, quoique scrupuleusement fidèle. Ce dessin montrera les objets tels que l'observateur les voit et les comprend : il mettra en lumière les détails de structure tels que les montrent la transparence de la préparation et les variations infiniment délicates de la mise au point. Le dessin fera la somme de la multitude de coupes optiques que l'observateur fait à chaque instant et qui, seules, dans la
vision microscopique, arrivent à donner la sensation du relief et de la profondeur.
Ceci expliquera l'importance que nous attachons au dessin microscopique et le développement que nous donnons à la description des appareils à dessiner. Aucun exercice n'est plus utile que le dessin pour le micrographe débutant : on peut dire qu'on n'a pas bien vu une préparation tant qu'on ne l'a pas dessinée. Une quantité de fins détails, que le dessin oblige à rendre, passent souvent inaperçus, même pendant une observation attentive.
Sans parler du croquis ordinaire, qui, pour èlre exact, exige une éducation de dessinateur, on peut arriver à dessiner rigoureusement les objets microscopiques sans l'aide d'aucun instrument. Il suffit pour cela de regarder d'un œil dans le microscope et de l'autre la surface sur laquelle on dessine. On arrive ainsi à suivre les contours du l'image microscopique avec la pointe du crayon. Malgré sa simplicité, cette méthode est rarement employée, car elle exige beaucoup d'exercice et produit généralement une grande fatigue. Outre une égalité parfaite dans la puissance et l'accoutumance des deux yeux, il faut encore que l'image microscopiijue et le papier à dessin soient éclairés avec la même intensité. L'avantage que pourrait présenter cette méthode consiste en ce que l'œil n'est nullement gêné pour regarder l'image microscopique et qu'il perçoit cette image sans aucun intermédiaire.
Nous ne mentionnons cette méthode que pour mémoire, car on a généralement recours, pour dessiner les objets microscopiques, aux appareils à dessiner, ou chambres claires.
Le but de ces appareils est de faire coïncider sur la rétine les rayons émanés de l'image microscopique et du plan sur lequel on doit dessiner. Ce résultat est obtenu par des combinaisons de prismes et de miroirs, qui agissent par réflexion ou réfraction. L'œil perçoit donc en même temps l'image de la préparation et celle de la feuille de papier. Il est facile de suivre sur cette dernière, avec la pointe d'un crayon, les contours des détails les plus déKcats ; on peut obtenir ainsi un croquis très exact, avec la mise en place de tous les points importants; on peut compléter ensuite ce premier dessin en enlevant la chambre claire et en regardant directement l'image microscopique.
Les appareils à dessiner se divisent en deux groupes, suivant qu'ils utilisent une moitié du faisceau lumineux émergeant du microscope ou ce faisceau tout entier. Les premiers se nomment de préférence chambres claires, les seconds représentent les appareils
à dessiner piopremenl dils. Ce sont ces derniers que nous allons étudier tout d'abord.
Signalons auparavant deux autres catégories un peu différentes d'appareils à dessiner : ce sont d'abord la chambre claire d'Oberhauser dont la construction est exactement inverse de celle des appareils précédents, puis d'autres appareils, destinés uniquement aux très faibles grossissements, et qui projettent, dans le plan de la feuille de papier, une image réelle de l'objet à dessiner. Ces derniers appareils ne sont d'ailleurs pas destinés à être adaptés au microscope composé.
Prenons pour exemple lappareil à dessiner d'Abbe construit par Zeiss ^ (fig. 71) ; il est constitué essentiellement par un miroir fixé à l'extrémité d'un bras horizontal et par un petit appareil placé au-dessus de l'oculaire et nommé cube d'Abbe. Ce cube est formé de deux prismes isocèles à angle droit. La face hypoténuse
Fig. 71. — Principe de l'appareil à dessiner d'Abbe. — A, cube d'Abbe; B, miroir; xy, rayon lumineux provenant du microscope; abcci, rayon lumineux provenant de la surface du dessin et rétiéchi en b et c. — Orif/inal.
du prisme supérieur est argentée, à l'exception d'un petit cercle médian, de 1 ou 2 mm. de diamètre, à travers lequel l'image microscopique est perçue, presque sans subir aucune perle de lumière. Pour cela, cette ouverture doit coïncider avec la pupille d'émergence du microscope, point au niveau duquel les rayons
1. Czapski, Ueber einen neuen Zeichenapparat und die Construction von Zeichenapparaten im allgemeinen. Zcitschrift f. viss. Jlikr., XI, p. '?89-i?98, 18'J4.
issus de roculaire sont condensés dans un très petit espace (p. 102). La position de la pupille d'émergence étant variable avec les oculaires, il est indispensable de régler la hauteur à laquelle se trouve placé le cube d'Abbe, de manière à utiliser tous les rayons lumineux et à avoir un champ aussi vaste et aussi éclairé que possible. Ce réglage se fait en lixant tout Tappareil à une hauteur convenable sur le tube du microscope, au moyen de la bague de serrage K
Les rayons provenant du papier sont réfléchis par le grand miroir sur la face hypoténuse argentée du prisme supérieur, puis réfléchis de nouveau par cette surface dans la direction de Fœil. Ces rayons viennent former sur la rétine une image qui se superpose à celle de Timage microscopique. Comme la face argentée du prisme est inclinée de 45°, il est indispensable que le miroir ait la même inclinaison pour qu'on puisse dessiner sans déformation sur une surface horizontale.
La longueur du bras varie suivant Télendue de Timage à dessiner. Ce bras doit éloigner le miroir à une certaine distance du microscope, car le centre du miroir doit être perpendiculaire au centre du champ du dessin, puisque le rayon axial ou droit qui joint le centre du miroir au centre du dessin est vertical. En effet le plan du dessin doit toujours être })erpendiculaire à cette droite, même après la doubic rêllexion des rayons lumineux. Or la direction de cette droite dépend de Tangle que font entre elles les deux surfaces rétléchissantes; en effet, on démontre géomélriquement que le jdan du dessin doit faire, avecThorizontale, un angle double de celui que ces surfaces font entre elles. Lorsque celles-ci sont parallèles, il doit être horizon lai. ce qui est le cas pour Tappareil à dessiner d'Abbe. La direction du plan du dessin est donc tout à fait indépendante de Fangle que les surfaces rélléchissanles peuvent faire avec la verticale.
Outre ces raisons d'ordre géométrique, la longueur du bras doit être d'autant plus grande que le champ à embrasser est plus vaste, de manière à pouvoir exécuter un dessin sans modifier la position du miroir et par conséquent sans déformer l'image. Dans ce cas, on déplace le miroir le long du bras, au moyen d'une glissière dont il est quelquefois muni, ou bien ou emploie un
1. En principe, l'appareil à dessiner d'Alil)e est établi pour un seul oculaire, généralement l'oculaire n" 2 ou n° 3. Aussi est-il préférable, autant que possible, de ne remployer qu'avec cet oculaire.
appareil spécialement construit pour les oculaires à grand chanip, avec bras de 125 mm. de longueur (Zeiss).
Il est nécessaire que Tinclinaison du miroir soit assurée exactement à 45° par un arrêt automatique ou par un trait de repère gravé sur Taxe de rotation. Cette condition est tout à fait essentielle pour éviter la déformation de Timage. Il faudra donc rejeter ou modifier les appareils dans lesquels on ne peut contrôler Finclinaison du miroir.
Nous figurons, à titre d'exemple, le grand appareil à dessiner de Zeiss (fig. 72). On le fixe sur le tube du microscope, à la hauteur voulue, au moyen d'une bague de serrage. On enlève d'abord l'oculaire, on place la bague, puis on écarte le cube d'Abbe, de
Fig. 12. — Grand appareil à dessiner d'Abbe. — A, miroir destiné à envoyer l'image du papier et du craj^on sur la surface réfléchissante du prisme ; B, disque portant les verres fumés destinés à régler l'éclairage de l'image microscopique ; G, bouton permettant de faire varier l'inclinaison du miroir; II, vis de centrage du cube d'Abbe pour le déplacement antéro-postérieur; K, bague pour la fixation de l'appareil à dessiner sur le tube du microscope; L, vis de centrage du cube d'Abbe pour le déplacement latéral; R, bonnette portant les verres fumés destinés à régler l'éclairage du papier à dessin : S, vis de serrage de la bague ; Z, axe autour duquel tourne l'ensemble du cube d'Abbe, du disque et de la bonnette; P, cube d'Abbe interchangeable.
façon à replacer l'oculaire dans le tube. Le centre de l'ouverture ronde, pratiquée dans l'argenture du prisme, doit coïncider avec Taxe optique du microscope. Dans certains modèles simples, cette coïncidence a lieu automatiquement. Dans le modèle que nous décrivons, le centrage exact est assuré par les deux vis L et H, agissant dans deux directions perpendiculaires. Le miroir se trouve placé à droite du microscope. Le papier est disposé sur une surface horizontale, sous le miroir, à côté du pied du microscope.
Plusieurs conditions doivent être réalisées pour assurer la netteté et la visibilité des deux images. Nous avons déjà vu que la direction du plan du dessin avait une grande influence sur la déformation de Timage. La distance de ce plan à l'œil de l'observateur et YégaUté d^éclairage des deux images n'ont pas moins d'importance pour leur visibilité.
Pour être perçus nettement, l'image microscopique et le plan du dessin doivent se trouver à la distance normale de la vision distincte, c'est-à-dire environ à 250 mm. de l'œil. Bien qu'on puisse dessiner sur la table qiii supporte le microscope, il est préférable d'élever le papier à dessin au niveau de la platine ou même un peu au-dessus, à la distance de 25 cm. environ de l'ouverture de la chambre claire, de façon à éviter que l'œil soit obligé de faire des efforts d'accommodation. Il existe pour cela de nombreux dispositifs, depuis la pile de livres jusqu'aux tables à dessiner que nous décrirons plus loin (fig. 84 et 85). Les myopes ^ devront dessiner avec des lunettes ou intercaler un verre correcteur sur le trajet des rayons lumineux, de façon à n'être pas obligés d'approcher le plan du dessin trop près de l'teil.
L'égahté d éclairage de l'image microscopique et du plan du dessin a aussi une importance capitale. C'est là un des écueils sur lesquels les débutants échouent le plus fréquemment, car les conditions à réaliser sont très variables, suivant la puissance des objectifs et la nature de la préparation. L'image microscopique est d'autant plus lumineuse que le grossissement est plus faible. Il faudra donc, avec les objectifs faibles, diminuer l'éclat de l'image •microscopique par le jeu du diaphragme-iris ou l'emploi de verres fumés; au contraire, avec les objectifs forts, on donnera au microscope le maximum d'intensité lumineuse compatible avec la délinition, et on réduira la luminosité du plan du dessin par des verres fumés ou des écrans convenablement disposés.
Les appareils à dessiner d'Abbe sont toujours munis de verres fumés, au moins sur le trajet des rayons réfléchis parle miroir. Dans le modèle très complet de la figure 72, il y a deux séries de ces verres fumés. La série supérieure, destinée à régler l'intensité lumineuse de l'image du papier, est disposée autour d'une bonnette R, placée sur le cube d'Abbe. Cette bonnette porte six ouvertures circulaires, dont cinq sont garnies de verres fumés
1. Les myopes doivent travailler au microscope sans lorgnon, sauf lorsqu'ils dessinent à la chambre claire.
LE MICKOSGUPË ET SES AGCESSOIUES
plus OU moins opaques. On place Tune ou l'autre de ces ouvertures sur le trajet des rayons rélléchis par le miroir; elle y est maintenue par un cran qui pénètre dans une encoche correspondant à chaque ouverture. L'éclat de Timage microscopique peut être modifié au moyen du disque tournant B, qui porte six ouvertures semblables à celles de la bonnette.
Ce modèle possède aussi deux cubes d'Abbe interchangeables, dont les ouvertures sont respectivement de 1 et 2 mm. Le cube de 2 mm. est destiné aux faibles grossissements; il permet (l'iilihser
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Fig. 7o. — Grand appareil à dessiner d'Abbe. — Figure montrant la manière d'écarter du champ optique l'ensemble formé par lo cube d'Abbe et les deux systèmes do verre fumés. Mêmes lettres que pour la figure 73.
toute rétendue du faisceau émergent. Le changement des cubes se fait très facilement, en enlevant la bonnette i)ortant les verres fumés et en faisant glisser la monture du cube dans ses rainures (fig. 72). Le centrage exact du cube est efteclué ensuite au moyen des deux vis H et L dont nous avons ])arié : pour qu'il soit parfait, il faut que le petit cercle lumineux, correspondant à Timage de l'ouverture de l'objectif donnée par Toculaire (pupille d'émergence), coïncide avec l'ouverture circulaire du prisme.
Pour écarter du champ le cube d'Abbe et rendre libre l'oculaire, il sufhl de faire tourner la partie supérieure de l'appareil autour de l'axe Z. L'image en pointillé (fig. 73) représente la nouvelle position que l'on obtient ])ar ce mouvement.
L'appareil à dessiner de lieichert (fig. 74) tient le iniliou entre celui d'Alîbe et les ctiambres claires ordinaire-^. Il possède le grand miroir du premier et a un pelit prisme triangulaire à la place du cube d'Abbe.
Goinine la face rétléchissante dp ce petit prisme est inclinée de 45", le
Fig. 71. — Principe de Tapparcil à dessiner de Reichcrt. — P, prisme à réflexion totale; M, miroir; xy. rayon lumineux provenant du microscope; abcd, rayon lumineux provenant de la surface du dessin et réfléchi en 6 et f . — Original.
miroir devra avoir la rnème direction elle dessin sera exécuté sur une surface horizontale.