‹ Précis de microscopieChapitre 83 sur 381 · V. — INDICATIONS DE L'EMPLOI DU FOND NOIR · texte numérisé non relu

V. — INDICATIONS DE L'EMPLOI DU FOND NOIR

L'éclairage à fond noir est très séduisant par son apparente simpheité, aussi a-t-il donné lieu, particulièrement dans le monde médical, à un véritable emballement. Ce procédé rend évidemment de grand services; mais, en ce qui concerne la pratique courante, il doit rester une méthode de diagnostic et ne peut sup-

planter les autres méthodes de recherche. En effet, ce mode d'éclairage ne produit pas une augmentation du pouvoir résolvant (p. 58), mais seulement une amélioration de la visibilité^ par suite du contraste entre les ohjets fortement éclairés et le fond obscur. En outre, pour interpréter correctement les images données par le fond noir, il faut connaître d^avance la structure de Vobjet étudié : cette méthode, loin de détrôner les anciens procédés optiques, suppose au contraire une connaissance parfaite du microscope et notamment une longue pratique de l'examen à l'état frais, sans coloration, en lumière ordinaire. 11 est hou d'insister sur ce point, car des observateurs un peu superficiels ont une tendance à préconiser l'examen sur fond noir au lieu et place de toute autre méthode. Entre des mains habiles, le fond noir est apjtelé à rendre des services importants et montre des détails que l'éclairage central ordinaire est impuissant à révéler. i\lais le débutant doit être mis en garde contre les sources d'erreur très nombreuses, cachées sous la sim})licité trompeuse de cet artifice d'éclairage. Meyer a publié récemment ', sur ce sujet, une critique sévère, mais juste, dont la lecture est à recommander.

Ces réserves faites, disons que la principale application pratique du fond noir est la recherche, dans les liquides organiques, d'éléments très petits, peu réfringents et très disséminés, qui seraient peu distincts ou même invisibles avec l'éclairage ordinaire et qui deviennent facilement visibles lorsqu'ils sont vivement éclairés sur fond obscur. Le type de cette recherche est représenté par le diagnostic de la syphilis, que nous décrivons en détail p. 513.

Pour tout le reste, il faut user du fond noir avec circonspection, s'exercer d'abord avec des objets parfaitement connus, bien décrits dans les livres et dont on a étudié soigneusement la structure en lumière centrale. C'est alors seulement qu'on pourra se risquer à examiner des objets plus difficiles : on arrive ainsi aux confins d'un domaine accessible seulement à une élite, et dans lequel le fond noir est certainement ap}»elé à résoudre beaucou}) de difficultés et à étendre notablement les hmites de la visibilité.

Un des écueils de cette méthode est la part qui revient forcément à l'interprétation jtersonnelle dans l'étude de préparations

1. Meyer, Aussehen der Bakterien iiu Ullramikroskop. Avchiv f. Prolisten- Uuhde, XXIV, p. 76, 1911.

ÉCLAIRAGE A FOiND NOIR ET ULTRAMICROSCOIME 223

vivantes et mobiles, dont il ne reste rien lorsque Tobservatioa est terminée. Ces conditions rendent le contrôle et la critique des résultats obtenus particulièrement difficiles, puisque rien de permanent ne subsiste, qui puisse servir de document justificatif et de matériel de comparaison.

11 faut donc être très prudent en interprétant les résultats obtenus par ce genre d'examen, et n'accueillir qu'avec beaucoup de réserves les publications qui ne se présentent pas avec la garantie d'une compétence indiscutable.

Pour })rouver combien sont difficiles les recherches qui sortent de la pratique du diagnostic, je mentionnerai, par exemple, outre les travaux de Meyer cités plus haut, ceux de K. Reichert sur les Bactéries ciliées ^ Ils montrent que ce sujet dépasse déjà la technique courante et n'est accessible qu'à des chercheurs bien entraînés. En effet, la visibilité de ces cils ne dépend ni des propriétés optiques, ni des propriétés osmotiques du liquide dans lequel on les examine, mais bien des propriétés chimiques des substances qu'il tient en dissolution. Il faut que le milieu renferme un éleclrolyte et une substance colloïde qui favorise la coalescence des cils et les rende ainsi plus visibles. Les non-électrolytes et les bases rendent les cils invisibles, tandis que les acides et les sels sont les corps les plus favorables. Le meilleur milieu pour l'observation des cils des Bactéries se trouve être Teau de condensation de la gélose ou la gélatine nutritive, diluée avec son volume de bouillon. Les mordants, tels que le liquide de Zeltnow, produisent le curieux effet de rendre les cils très visibles et aussi nets que dans les meilleures préparations colorées. P^n ce qui concerne les Protozoaires, Duboscq estime que l'éclairage à fond noir peut rendre des services considérables, par exemple pour la systématique des Spirochètes, chez lesquels la nature des mouvements fournit de bons caractères dislinctifs. Certains détails des membranes, myonèmes, flagelles, cils, pseudopodes, etc., ne peuvent être révélés par le fond noir. Mais, ici encore, nous touchons à des questions très délicates, accessibles seulement aux chercheurs très spécialisés.

1. K. Reichert, Ueber die Sichtbarmachung der Geisseln und die Geisselbewcgung dor Baktericn. Centralblatt fur Bakteriologie, Orig., LU, p. 14-94, 1909.

Page 1