‹ Précis de paléontologie humaineChapitre 5 sur 40 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

LA PALÉONTOi.OGIE HUMAINE, SON POINT DB DÉPART ET SES LIMITES.

Point de d^Yt de }a paléontologie humaîne. — Les conceptions de Serres snr ce sujet. — Limites de cette nouvelle science. — Définition. — Classifications archéologique, géologique, paléontologique. — Périodes, époques, âges et types.

La paléontologie, dans ses généralités, remonte aux temps les plus reculés, mais ce h* est que depuis moins d'un siècle qu'elle s'est vraiment constituée à l'état de science. Appuyée sur une excellente méthode, éclairée par l'anatomie comparée dont Cuvier et ses élèves tiraient de si admirables applications , l'histoire des fossiles progressa avec une étonnante rapidité. Bientôt même, en présence des immenses matériaux qui s'accumulaient autour d'eux, les savants qui s'adonnaient particulièrement à l'étude des types éteints , se virent contraints à se spécialiser encore. Les liens intimes qui rattachent au monde actuel les antiques populations enfouies dans les profondeurs du sol, réglèrent les rapports de la nouvelle science avec les diverses branches de l'histoire naturelle. La paléontologie végétale se sépara de celle des animaux ; et dans lé règne animal lui-même, la division du travail se fit de plus en plus grande. Sowerby et Deshayes renouvelèrent la conchyliologie; Agassizcréa l'ichthyologie fossile, Owen, l'erpétologie ; Alph. Edwards fonda la paléontologie des oiseaux, Blainville, Falconer, Lartet, Pomel, etc., perfectionnèrent celle des mammifères. Dans ce mouvement scientifique dont les flores et les faunes anciennes étaient l'attrayant objet, le groupe humain ne pouvait pas tarder à provoquer, lui aussi, des recherches toutes spéciales.

HAHY. — VALÉUKT. HUM. 1

2 CONCEPTIONS DE SERBES. [Intr .

Serres, le premier, en 1853, prononça devant rAcadémie des sciences, le mot de paléontologie humaine; c'est le nom qu'il donna à cette nouvelle branche des sciences naturelles (1). Faire un nom pour une science qui n'existait pas encore, c'était aller un peu vite sans doute. Mais Serres comprenait la paléontologie humaine d'une tout autre façon que les naturalistes d'aujourd'hui. Pour lui, c'était l'histoire des races anciennes, en général, aussi bien de la race puissante qui avait construit les monuments de Meudon et de la Pierre aux Fées, que de celle, plus humble, qui dormait sous les dalles de la modeste église du xv* ou du xvi® siècle. S'il avait étudié les fossiles humains d'Allemagne, de France ou de Belgique, si plutôt, entraîné par des influences d'école, il n'avait pas méconnu leur authenticité, il leur eût certainement fait une place au premier plan de son vaste tableau. Hais qui songeait alors aux travaux de Schlotheim, de Boue, deSchmerling, de Crahay, etc.? Ce sont pourtant leurs trouvailles, ce sont les belles découvertes des Boucher de Perthes, des Lartet, des Christy, et de tant d'autres savants observateurs qui ont donné une base solide à la science dont nous nous proposons de tracer l'état actuel. Le mot de Serres est resté, mais c'est à Y homme fossile seul qu'il devra désormais s'appliquer. La véritable paléontologie humaine finit aux monuments mégalithiques, précisément où commençait le premier anneau de la chaîne qui, dans la conception de Serres, rattache, les unes aux autres, les vieilles races de la terre française.

DèiliiltioB. — ClaflsifleatioB. — Périodes, époques,

Ages et types.

Un naturaliste estimé a dit du mot fossile qu'il devait seulement s'appliquer < aux corps organisés , à leurs dépouilles D ou à leurs débris enfouis, soit dans les couches vieilles et » solides de la terre, soit dans l'intérieur des eaux, soit enfin

(1) Serres, Note sur la paléontologie humaine. (Compt, Rend, Aead, Se., t. XXXVn, p. 518, I8S3.)

INTR.] DÉFINITIuN ET CLASSIFICATION. 3

9 répandus sur la surface des continents, par des alluvions ou I par toutes autres causes, pourvu toutefois que celles qui B les ont ensevelis, ou transportés, soient antérieures i Texis- » tence des causes actuelles (1). »

Nous dirons de la paléontologie humaine, en modifiant un peu ce texte déjà ancien, qu'elle est l'histoire des races huinainés dont les dépouilles ou les débris appartiennent à des dépôts antérieurs à la période actuelle.

Cette définition a l'avantage de satisfaire i la fois toutes les sciences auxquelles ressortit principalement notre science, Tarchéologie qui recherche dans le sol les dépouilles variées des anciennes races, l'anthropologie que Fétude des débris humains intéresse avant tout, la géologie enfin que préoccupe surtout la question de gisement.

De ces trois sciences, deux seulement, dans l'état actuel de DOS connaissances, pourraient fournir une base de classifica* tion. L'anatomie comparée des races, sur laquelle repose l'examen des ossements humains exhumés des couches anciennes, est, en effet, de date trop récente, pour qu'il soit possible d'en tirer quoi que ce soit de définitif. Mais l'archéologie, dont les premiers essais , en ce qui concerne les âges préhistoriques, remontent à trois siècles déjà, forte de l'expérience du passé, s'appuyant d'ailleurs sur un nombre de faits considérables, a subdivisé les temps antérieurs à la connaissance des métaux, en deux grandes périodes : l'une, la plus récente et la plus anciennement connue, désignée par le moi néolithique (v^oç, nouveau, XtOoç, pierre), période nouvelle de la pierre, ou période de la pierre polie; l'autre, dont on doit la première révélation à des écrivains de notre siècle , bien plus reculée dans le passé , et que, suivant la nomenclature de sir John Lubbock, on nomme archéolithique (apj(^aiO(;, ancien, etc.) (2). C'est hpà'iode paléolithique de quelques auteurs, la période de la pierre taillée 4es archéologues français.

(i) Marcel de Serres, Observations sur les ossements humains déeoute^ts dans les crevasses de^ terrains secondaires et en particulier sur deux que Von a ohèêrvés dans la caverne 'le Durfort, département du Gard. (Elirait des Aiin. dé la Soe. linn., Paris, 1824, in-S», p. 10.)

(2) Lubbock, V Homme avant V histoire, tr. fr., ch. m, PaHé, 1868, in*8% p. 6i.

3aas n'aimis à nous oompa- que de celle-€Î. dans notre tra- Yiîl; elle se mifenne à peu près exactement dans les limites gécdo^îqaesqiienoiisaTMis tracées plus haut à la paléontologie dn groupe humain, c^est-a-diie qa>lle comprend, an point de Toe stntigiaphîqae , Fensemble des étages qiutemaires et tsIîaiTes où les traces de Fhomme ont été obserrées jusqu'à

A Faide des documents ardiéologiques et géologiques qui conoMdent, ou peu s>n faut, nous sommes donc en possessicm d^une base séiîease de classification. Aux terrains lécents de SirCh. LTell • I • omespondia la période néolithique de 1. LuUiocIl, aux formations post-piliocène. pliocène, miooèse, la période archêolithique. Est-il («ossible d'aUer plus k«n dans cet ordre dldêes ? Demanderons-nous encKHe à ces drax sdences les éléments de subdirisions qui Tcmt nous être nécessaires, dans Timmense série de faits qu'il nous faudra passer en reTue ? Cette question, résolue presque en même temps par la négation et par Taffinnation, ne nous semble pas asseï mûre; d^une pari, en eSeU les relations stratigra- ^liques des stations humaines anciennes soit wvcc les euudies qui les enTÛonnent. soit arec les autres stations de la même époque, sont loin d'être précisées: d'autre part les trpes ardiéologiques peuTent. comaie dans la Tëzère^ Tarier coDsidéiablement dans les mêmes cc«D<iiti:«ns de gisement (2i. Souslaisseroiisdoncde cutêpourle moment, Fix é^ ktciHUs, Yé§e des eavliMttr. etc.: nous renoncerons également à une clarification géolosique. dans laquelle un grand nomlne de stations des plus intéressantes ne pourraient pas prendre place faute de renseisnements suffisants 3 . Et nous demanderons à la palê«4itologie des mammifères les dirisîons de nos fp^nfs en groupe de secL^nd ordre ou j.-f^^ suivant Fadmirable oiélhode créée par M. Edouard Larlet.

r. CL Lar^ H CLiiszj^ Aur. Jl'^nt, ArK. 1>IM.

U. LBfraMs et MmÊÊt tt m tmjwrf 4r 5wv^- •^'**- ^^ Jl^. «* srri«» XT. r. tl«.làil.

Intr] AGES PALÉ0NT0L06IQUES. 5

Envisagée dans ses rapports avec Thistoire des mammifères fossiles, la paléontologie humaine commence (en tant que discussion au moins) à Y acerotherium de Thenay pour finir avec les dernières migrations du renne. Pendant cette incommensurable série de siècles, l'homme s'est trouvé en rapport avec un grand nombre d'animaux.

Choisir dans leur ordre d-apparition successive les plus caractéristiques de ceâ mammifères et donner leur nom à une période correspondante, telle est la méthode employée par M. Ed. Lartet (1).

Aux âges tertiaires encore problématiques pour quelques lecteurs, signalés par M. Bourgeois, succédera donc celui de Y Éléphant méridional placé sur la limite des temps tertiaires e^ des temps quaternaires. Nous passerons ensuite successivement en revue les âges paléontologiques de M. Ed. Lartet, en nous efforçant de donner leur véritable valeur aux intermédiaires qui établissent entre ces âges, d'aspect si différent, de véritables passages. On n'oubliera pas de faire remarquer que les liens qui rattachent les uns aux autres les âges qu'on vient d'énumérer ne sont pas également étroits. Les âges les plus anciens ont été réunis par quelques auteurs sous le nom commun d'âge des animaux éteints, par opposition à celui d!dge des animaux émigrés qu'ils imposaient à ce que nous appelons avec M. Ed. Lartet Ydge du Renne (2). On formait ainsi, dans quelques ébauches de classification , deux groupes fort naturels , mais dont il faudra, croyons-nous, modifier les dénominations. Quelques lignes sur ce sujet ne seront pas déplacées dans cette introduction. Une donnée semble dominer toutes les autres en ce qui concerne les animaux qui ont. coexisté avec le groupe humain, c'est celle de leur disparition ou de leur permanence à l'époque actuelle. Des espèces trouvées dans les terrains anciens où l'on a signalé les traces de l'homme, les unes en effet n'existent plus au temps présent, les autres ont

(i) Ed. Lartet. (III. Chronologie paléontologique, p. 2i7.)

(2) Ed. Lartet et H. Christy, Reliquiœ Aquiianicœ being eontribtmons to the Archœology and Paleontoîogy of Perigord and ihe adjoining provincet of Southern France, London, 18Ô5, in-4<>, p. 8.

6 AGES PALÊONTOLOGIQUES. [Ihtr.

persisté jasqu à nos jours. Dans ce second groupe, il est facile de distinguer bien vite un certain nombre d'animaux qui ne font plus partie de notre faune, mais qui après avoir habité l'Europe centrale pendant la période quaternaire, Tont quittée pour aller vivre dans des régions éloignées, vers le nord ou vers le midi. On croyait toutes les migrations de ces derniers mammifères postérieures à l'extinction des premiers, et là où l'étude des ossements fossiles ne faisait découvrir ni grand ours, ni mammouth, ni rhinocéros, mais en revanche montrait abondants le renne, le chamois, etc., on écrivait âge des animaux émigrés, émigrés en latitude, comme le premier, en altitude, comme le second. Par malheur pour cette théorie, l'étude de plus en plus attentive des faunes quaternaires fit bientôt découvrir que certains mammifères réputés éteints et par conséquent caractéristiques du plus ancien de ces groupes, avaient quitté l'Europe bien avant l'époque assignée aux animaux émigrés. C'est ainsi que l'hippopotame des alluvions post-pliocènes, longtemps assimilé à Y hippopotamus major, n'est autre que Vamphibitts encore très-abondant dans les fleuves aftieains (Gaudry). D'autre part, avec les éléphants très-anciennement éteints (^. meridionalis, e. aw^t^fMws) coexistait en Sicile l'éléphant d'Afrique actuel. Puis ce sont la hyène tachetée, le porc d'Algérie, d'autres mammifères encore, vivant tous aujourd'hui au sud de la Méditerranée, dont on constate le mélange avec les espèces disparues.

Ces découvertes et d'autres encore qui viendront en leur lieu dans le cours de ce Précis, modifieront certainement les idées des classificateurs. Ils seront plus explicites dans leur nomenclature. Un premier groupe se composera des âges tertiaires dont les mammifères ont spécifiquement disparu. Dans un second groupe se placeront les âges dans lesquels les animaux disparus sont associés à des animaux émigrés ou vivant efteoredans nos contrées; la disparition graduelle des animaux éteints caractérisera le troisième.

Impuissante à déterminer complètement les âges euxmêmes, l'archéologie reprendra ses droits dans l'appréciation des rapports à établir entre les différentes stations rapportées

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