TUMEURS D’ORIGINE ÉPITHÉLIALE
Aspect macroscopique. — Stroma. — Dégénérescences.
L aspect macroscopique ne saurait servir à classer les tumeurs épithéliales; des constatations histologiques seules permettent un tel classement.
Le développement, la consistance de ces tumeurs dépendent en elfet en grande partie de l’importance de la vascularisation et de la charpente conjonctive qui sert de substratum à la néoplasie épithéliale.
Le stroma prend d ailleurs un développement variable suivant les organes dans lesquels siège la tumeur et suivant les différents malades.
Pour ce qui touche aux épithéliomes, il arrive que les cellules néoplasiques infiltrent, dissocient simplement le tissu conjonctif qui ne se défend pas ; dans d’autres cas il réagit et s’hypertrophie.
Si le tissu conjonctif est peu abondant, la tumeur est molle, étalée, tend à s’accroître rapidement, c’est un encéphaloïde : appelé ainsi par comparaison avec la substance cérébrale.
Si le tissu fibreux est au contraire bien développé, on sera en présence d'un squirrhe, tumeur dure, limitée, évoluant moins rapidement
(1) Nous renvoyons pour le détail des descriptions à l'important article de Mknetrikr, dans le Traité de Pathologie générale de Bouchard, lequel nous a été d'un secours précieux dans la rédaction de ce chapitre.
que la précédente. Le stroma subit parfois la transformation myxomateuse; dans d’autres cas plus rares, il se développe du tissu osseux ou cartilagineux.
Les vaisseaux de néoformation, fragiles, se rompent assez facilement, donnant lieu à des hémorragies soit diffuses, soit enkystées, c’est, ce qui se passe dans les cancers hé malodes.
De la vascularisation dépend encore en grande partie les dégénérescences observées si souvent dans les tumeurs. La dégénérescence graisseuse, les nécroses de coagulation, la dégénérescence colloïde se voient fréquemment dans les tumeurs épithéliales. La dernière forme se rencontre surtout dans les cancers cylindriques du tube digestif.
Notons encore les dégénérescences muqueuse , cornée, pigmentaire, la calcification et les infections secondaires des tumeurs qui peuvent modifier profondément l’aspect primitif.
Caractères histologiques.
I. Tumeurs qui proviennent des revêtements cutané et muqueux. — Elles offrent deux variétés, celles qui dérivent de l’épithélium pavimenteux stratifié et celles qui proviennent des épithéliums cylindriques ; elles comprennent des tumeurs d’origine inflammatoire, des fumeurs liées à des troubles de développement et des néoplasies vraies. Remarquons d’autre part que, dans toute étude de néoplasies, il faut distinguer des formes typiques et des formes atypiques.
Les premières sont constituées par du tissu semblable au tissu d'origine, se retrouvant avec ses caractères distinctifs non seulement dans la néoplasie primitive, mais aussi dans les métastases.
Les secondes sont représentées par des cellules qui n’ont plus de ressemblance avec celles d’aucun tissu normal; de plus, ces cellules de morphologie différente sont disposées sans ordre, elles affectent entre elles des rapports anormaux s’infiltant entre les éléments conjonctifs.
Le carcinome, sur lequel on a tant écrit et faut discuté, n'est qu'un épithéliome atypique dont les cellules, après avoir rompu l'harmonie normale, se trouvent réunies, accumulées dans des cavités ou alvéoles formés par le tissu conjonctif de la région atteinte. Entre les néoplasies typiques et les néoplasies atypiques se placent les néoplasies métatypiques dans lesquelles on reconnaît encore la morphologie cellulaire et l’agencement d’un épithélium, mais où l’on ne reconnaît plus le tissu d'origine.
LES TUMEURS
A. Tumeurs à épithélium pavimenteux stratifié. — Parmi les néoplasies de ce groupe qui semblent liées à un processus inflammatoire on trouve des papillomes cutanés, des papillomes des muqueuses, des kystes épidermiques.
Papillomes cutanés. — Ce groupe où prennent place les verrues est constitué par les hyperplasies de l'épiderme et du derme, on y retrouve les couches normales de la peau, mais en état d’hyperplasie. Les cellules de revêtement y subissent la kératinisation habituelle, mais elles peuvent, dans certaines conditions, étant lassées les unes contre les autres, former des blocs cornés, voisins comme aspect de ceux des épithéliomes, mais n’ayant pas pour cela une allure maligne.
Au niveau des muqueuses on trouve des papillomes analogues à ceux de la peau avec la même hyperplasie de la disposition papillaire et un revêtement épithélial épaissi.
On observe d'ailleurs des intermédiaires entre les tumeurs papillomateuses bénignes et les épithéliomes malins.
A la suite de déplacement des zones épidermiques, enfoncement de celles-ci dans la profondeur après un traumatisme par exemple, on rencontre des formations kystiques curieuses (hétérolopies) dues à la prolifération de ces cellules déplacées dans un siège qui n’est pas le leur.
Kystes dermoïdes et kystes mucoïdes. — Ils sont dus à <les troubles de développement de la peau pour les premiers et à des troubles de développement des muqueuses pour les seconds. Les kystes dermoïdes sont formés du derme avec scs papilles et d’une couche interne d’épiderme, la peau conserve là ses attributs et dans l'intérieur du kyste on peut voir des poils et des produits des sécrétions sudorales et sébacées.
Dans les nævi, il existe de l’hyperplasie des papilles et de la couche de revêtement, mais en même temps on note une participation d’autres éléments, conjonctifs, vasculaires, etc.
Néoplasies vraies ou épithéliomes. — Développés aux dépens de l’épithélium pavimenteux stratifié, ils sont au nombre de deux : l’épithéliome pavimenteux lobulé et l’épithéliome pavimenteux tubulé.
1° L 'èpithéliome lobule est constitué par les différentes couches de l’épiderme, poussant dans la profondeur sous forme de masses cellulaires bourgeonnantes; les cellules y subissent la transformation cornée habituelle. Les cellules malpighiennes y conservent leurs caractères, d’où le nom d 'èpithéliome malpighien donné à la plus caractéristique de ces tumeurs.
L’épithéliome lobulé peut naître aux dépens de tous lee épilhé-
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liums pavimenteux; il arrive que son centre dégénère; il se généralise rarement, mais dans ce cas les métastases apparaissent, constituées par des nodules épidermiques. On désigne parfois cette variété de tumeur sous le nom de cancro’ide.
2° L 'épithéliome pavimenteux tubulé s’observe plus souvent au niveau des muqueuses que de la peau, il est formé de cellules réunies en cylindres pleins; ces cellules dégénèrent souvent, mais deviennent rarement cornées.
L'épithéliome développé aux dépens de l’épithélium pavimenteux peut encore affecter une forme atypique, \ariété de cancer, dans laquelle ue se retrouvent plus les caractères du t issu normal.
B. Tumeurs dérivant d’épithéliums cylindriques. — Passant sous silence les hyperplasies bénignes, nées des épithéliums cylindriques, telles que les papillomes du gros intestin, nous ne nous arrêterons qu’aux èpithéliomes.
Les èpithéliomes cylindriques se développent soit aux dépens d’une muqueuse tapissée de cellules cylindriques, soit aux dépens de culsde-sac glandulaires ou de canaux excréteurs et aussi de parenchymes épithéliaux; il en existe ainsi plusieurs types. La forme la plus habituelle est représentée par des tubes creux ou des cavités arrondies, tapissées de cellules cylindriques. Ou rencontre des formes métaty piques et des formes atypiques, ces dernières étant caractérisées par les aspects variables que prennent les cellules, par leur dissémination dans le tissu conjonctif.
Nous ne parlerons pas des tumeurs nées de revêtements épithéliaux, de type pavimenteux simple ou endothélial, qui se confondent souvent avec les néoplasies endothéliales d’origine conjonctivovasculaire.
IL Tumeurs développées aux dépens des épithéliums glandulaires et des parenchymes épithéliaux. — Ce groupe de tumeurs est très important, les variétés qui le composent diffèrent suivant l’organe qui sert de lieu d’origine. On a distingué parmi les tumeurs glandulaires celles qui proviennent des culs-de-sac glandulaires et celles qui naissent des canaux excréteurs, ces dernières se rapprochant des tumeurs nées des épithéliums de revêtement. Cette différenciation se trouve justifiée, dans un certain nombre de cas, par le fait que les cellules des premières tumeurs conservent quelques-uns des caractères glandulaires qui les out engendrées, mais, comme le fait remarquer Menetrier, les processus inflammatoires qui précèdent les tumeurs tendent à uniformiser les cellules
LES TUMEURS
des culs-de-sac glandulaires et les cellules des canaux excréteurs (estomac, foie, etc.). Les cellules des trabécules hépatiques se transforment ainsi en néo-canalicules biliaires; le fait est bien connu dans les cirrhoses.
Tumeurs des glandes sébacées et des glandes sudoripares.
— Elles sont le siège cI’adénomes, hyperplasies glandulaires bénignes
Fig. 60. — Adénome du rectum (Alquier et Lefas).
et d’ÉHTHÉLioMES. Il est parfois bien difficile, en présence d’un épi 1 béliome cutané, de déterminer son origine, soit glandulaire, soit aux dépens du revêtement épidermique.
Tumeurs de la mamelle. — La mamelle est le siège d adénomes et d’épilhélioraes, typiques ou atypiques.
L’adénome pur, ou simple hyperplasie glandulaire, est rare, plus souvent on a affaire à un fibro-adénome, dans lequel il y a participation du tissu conjonctif. Cette tumeur bénigne peut d ailleurs évoluer dans le sens de la prolifération conjonctive, aboutissant, par exemple, à un sarcome, soit plus fréquemment dans le sens de la prolifération épithéliale donnant lieu à un épithéliome.
L’épithéliome naît des culs-de-sac glandulaires ou des canaux galactophores ; il subit souvent la dégénérescence graisseuse.
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La forme atypique est fréquente, c’est le carcinome avec l’anarchie qui le caractérise dans la morphologie et l’agencement des cellules.
Tumeurs de l'estomac. — Parmi les néoplasies développées par la prolifération des glandes muqueuses et des glandes annexes des revêtements muqueux, celles de l’estomac méritent d’occuper le premier rang.
Les adénomes gastriques apparaissent d’ordinaire à la suite d'irritations chroniques, ils sont microscopiques ou assez volumineux;
ils affectent la forme de polyadénomes polypeux (se développant aux dépens de plusieurs cellules à la fois) ou de polyadènomes en nappe. Histologiquement, il s’agit de tubes glandulaires qui ont conservé leur membrane propre intacte et leur revêtement épithélial normal, il y a simplement hyperplasie. Ils sont d'ailleurs susceptibles de se transformer en tumeurs malignes.
Les épitiiéliomes de l’estomac sont typiques ou atypiques.
Typiques, ils sont formés de cavités tubulées ou arrondies, revêtus d’un épithélium cylindrique, mais dépourvus de membrane propre, envahissant les différentes tuniques de l’estomac.
LES TÜMEÜRS.
Atypique , c’est le carcinome avec ses cellules irrégulières, dissociées, réunies en amas dans des alvéoles et fusant dans les interstices conjonctifs.
Le stroma conjonctif des épithéliomes gastriques leur donne, suivant son développement, un aspect macroscopique différent (squirrhe, encéphaloïde).
Tumeurs de l’intestin. - Les mêmes variétés de tumeurs décrites dans l’estomac se rencontrent dans l’intestin.
Fig. 02. — Kpilliélioma diffus à cellules polymorphes. — Infiltration cancéreuse de la muqueuse. 11 ne reste plus trace de glandes. — Tissu cellulaire très lâche et cellules néoplasiques. Grossissement : 230 diamètres (Hayem et Lion).
Tumeurs de l’utérus. — Parmi les tumeurs utérines, on voit des polypes muqueux, des adénomes de nature bénigne et des épithéliomes dans lesquels il faut distinguer ceux du corps qui naissent des glandes et ceux du col, affectant la forme lobulée ou tubulée, car ils proviennent d'un épithélium pavimenteux stratifié.
Les glandes viscérales et les parenchymes épithéliaux donnent naissance à des tumeurs sur la genèse desquelles on a beaucoup discuté.
Tumeurs du foie. — Le foie se prête particulièrement à cette élude, on y trouve à la suite d’inflammations chroniques, des adé-
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nomes, puis des épilhéliomes, et Sabourin a bien montré les stades différents de ces lésions; ajoutons qu’on peut également y rencontrer des formes d'épithéliomes atypiques.
Les adénomes du foie sont des hyperplasies simples, limitées, non infectantes; pour les former, les cellules peuvent suivre deux évolutions. La première est Vëvolulion nodulaire et aboutit au polyadénomc hépatique (Kelsch et Kiener) ; les cellules hépatiques sont
Fig. 63. — Épithéiiome lobule, un lobule entier. — Portions de trois lobules voisins. En bas et Adroite (a) restant de glandes anciennes. Région pylorique. — Grossissement : 70 diamètres (Hayem et Lion).
augmentées de nombre et disposées, non plus d’une façon radiée, mais en rangées concentriques, en forme de nodules. De ce polyadénome hépatique peut naître un épithéiiome trabéculaire, comme cela s’observe dans l’adéno-cancer avec cirrhose de Hanotet Gilbert. Les différences dans les réactions colorantes, les caractères des cellules néoplasiques avec leurs gros noyaux, leur volume plus grand et leur forme polyédrique permettent d’établir la différence entre ces dernières et les cellules hépatiques.
La deuxième évolution, étudiée par Charcot et Gombaull, par
LES TUMEURS
Kelsch et Kiener, se fait dans un sens très différent; elle se voit comme la première au cours d’inflammations chroniques, de cirrhoses du foie. Mais les cellules hépatiques de certains lobules deviennent petites, cubiques comme celles des premières voies biliaires et forment bientôt des néo-eanalicules biliaires qui peuvent,
Fig. 64. — Èpithélioine alvéolaire à cellules cylindriques modifiées. Deux alvéoles de peliles dimensions. — Portion de deux alvéoles plus volumineux. — En différents points, parti culièrement dans un noyau en haut et à droite, on reconnaît la nature cylindrique de l’épithélium. Les parties ombrées au centre des alvéoles représentent des produits de dégénérescence. Grossissement : 114 diamètres (Havem et Lion).
par hyperplasie, aboutir à des poltjadénomes biliaires. Ces derniers, à leur tour, seront susceptibles de donner naissance à une forme correspondante d'ÉPITIl KLIOME A CELLULES CUBIQUES.
Tumeurs du rein. — Elles présentent des types assez voisins, dans leur évolution, de ceux des néoplasies hépatiques; on y voit des adénomes (à origine inflammatoire, cirrhoses rénales, suivant Sabourin), des épithéliomes typiques et atypiques.
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Nous no nous arrêterons pas davantage à l’étude des tumeurs des capsules surrénales, de l’ovaire, du pancréas, etc., dont on trouvera la description dans les ouvrages spéciaux.