‹ Précis de pathologie généraleChapitre 70 sur 112 · HÉRÉDITÉ DES MALADIES NERVEUSES · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ DES MALADIES NERVEUSES

Le rôle de l'hérédité dans la pathologie nerveuse esl des plus importants et a été particulièrement étudié à notre époque. D’après le plan suivi par Dejerine, et que nous adoptons, celte étude peut se diviser en deux parties: la première traitant de l’hérédité dans les maladies du système nerveux sans lésions anatomiques actuellement appréciables, et la seconde spéciale à l'hérédité dans les affections du système nerveux avec lésions anatomiques.

Une idée générale domine l'étude de l’hérédité nerveuse. C’est qu'il est impossible de bien comprendre cette hérédité en l’examinant seulement maladie par maladie; il faut être pénétré de cette notion que l’hérédité nerveuse est avant tout une prédisposition générale à présenter des troubles nerveux. Ces troubles sont parfois d’allure différente, mais ils ont une base commune héréditaire; des parents atteints d’une affection nerveuse engendreront des enfants ayant des accidents nerveux distincts les uns des autres mais pourtant dont l’origine sera la même : l’hérédité.

Ce n’est pas telle maladie nerveuse spéciale qui est transmise, mais l’aptitude générale à présenter des accidents nerveux variés.

Cette notion se vérilie d’un bout à l’autre de l’étude des maladies mentales et l’hérédité apparaît comme la grande cause de ces maladies (Lucas, Morel, Moreau de Tours, Charcot, Féré, etc.).

1° Hérédité dans les maladies du système nerveux sans lésions anatomiques appréciables actuellement.

Les aliénistes en général s’accordent à reconnaître le caractère commun qui sert de base aux psychopathies, c’est V affaiblissement du moi: Le peu de résistance du moi le laisse sous la dépendancë des impulsions, des suggestions, des sollicitations extérieures (Griesinger, .lacoby, etc.).

Les passions des parents, le jeu, l’ivrognerie, le libertinage, de môme que la folie, etc., sont souvent transmisesaux enfants: ceuxci reçoivent un moi affaibli qui sera moins capable de résistance en face des excitations du dehors,

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Le Lut de l’éducation esl de donner aux enfants un moi énergique capable de lutter avec succès.

L éducation et 1 hérédité, voilà les deux grandes forces desquelles dépendent le moi, elles peuvent s'cntr’aider pour le bien comme pour le mal, elles peuvent lutter l’une contre l’autre ; alors parfois l’éducation l’emportera, parfois le dernier mot sera dit par l’hérédité. Les mêmes facteurs interviennent, qu’il s’agisse de vices ou de folie ; les limites d’ailleurs entre la perversité et la maladie mentale confirmée sont difficiles àétahlir et Féré a pu écrire, montrant l’influence

commune de l’hérédité, « le vice, le crime et la folie ne sont séparés que par des préjugés sociaux; ils sont réunis par leur caractère de fatalité. Si on répugne à accepter cette parenté intime, ce n’est pas taute de preuves scientifiques, mais à cause des conséquences pratiques qui se présentent immédiatement à l’esprit ».

Les vices, fort heureusement, n’ont pas toujours ce caractère de fatalité, des influences heureuses peuvent fortifier le moi, lui permettre de résister aux incitations mauvaises, mais la puissance héréditaire n’est pas niable.

Hérédité et Folie. — L’hérédité intervient pour ainsi dire dans toutes les psychopathies, c’est elle qui crée le terrain sur lequel des causes diverses feront apparaître les troubles mentaux. Le terrain et les causes accidentelles (perturbations morales, affectives, ou toxi-infection et intoxications endogènes ou exogènes) sont les éléments qui président à la genèse des maladies mentales. L'importance des terrains, c’est-à-dire de l’hérédité, est parfois minime, parfois colossale.

L’hérédité joue un rôle effacé dans le développement de la manie et de la mélancolie et les causes extrinsèques dominent l’étiologie; ces états auront néanmoins une répercussion sur les enfants issus des parents qui en souffrent.

La folie progressive, psychose systématisée, progressive chronique ou paranoïa chronique des Allemands, esl une affection héréditaire.

Elle apparaît chez des sujets descendant d’aliénés ou de névropathes, et possédant dès l’origine ce qu’on a appelé la constitution paranoïaque. Son caractère primordial consiste dans le développement progressif, logique pour ainsi dire, d’interprétations primitives erronées. Elle débute en elfel par une période d'inquiétude , de malaise intellectuel (Lasègue) pendant laquelle le sujet analyse ses perceptions et les interprète faussement, c’est là le fait fondamental.

Puis la maladie évoluant, les hallucinations psychomotrices (Séglas) et le délire hypocondriaque deviennent de plus en plus manifestes. Faisant retour sur lui-même, le sujet qui a conservé des facultés

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d'analyse très développées, cherche à expliquer son état. 11 entre dans la phase d'explication délirante (Régis), qui se traduit, suivant les dispositions antérieures de la personnalité, par le délire de persécution, le délire religieux, érotique, politique ou jaloux. Enfin de l’opposition qui se produit à chaque instant entre des préoccupations délirantes et le contact avec le inonde extérieur naît un délire mégalomaniaque plus ou moins apparent au milieu des idées délirantes antérieures. La terminaison est parfois la démence, mais elle peut être très tardive et favorisée plutôt par l’involution sénile ou des causes d’intoxication accidentelles. Il s'agit en somme ici d’une maladie psychique, d’une psychose dont l’évolution a, sous ses formes typiques, la régularité qu’on trouvera dans la marche de certaines maladies organiques.

11 existe d’autres maladies mentales où l’hérédité est encore plus manifeste, mais qui sont incomplètes dans leur développement, étant souvent frustes et n’ayant pas la systématisation de la psychose progressive chronique, ce son I les psychoses héréditaires ou des dégénérés.

Des stigmates particuliers les accompagnent et même les précèdent. Ces stigmates apparaissent à la naissance ou se montrent dans la première enfance; les uns sont d’ordre physique, les autres d 'ordre psychique (L. Morel, Legrand du Saulle).

Les premiers consistent en des déformations crâniennes, microcéphalie, hydrocéphalie, etc., en des anomalies dans le développement des os; de l’asymétrie faciale, des déformations des membres, du voile du palais, des maxillaires, des becs-de-lièvre, des malformations des organes génito-urinaires, des modifications de la peau et des poils, du myxœdème, des lésions congénitales des yeux, des oreilles (strabisme, cécité, surdi-mutité).

Signalons encore parmi ces stigmates physiques des vices de fonctionnement des différents appareils, de la boulimie, du mérycisme, de la perversion du goût, des troubles circulatoires par persistance du trou de Botal ou actions vaso-motrices, de l’incontinence d’urine, plus tard des troubles menstruels, des perversions sexuelles; du daltonisme, des migraines, des vertiges, des troubles de la sensibilité, etc.

Les sticmates psychiques sont ceux de la dégénérescence mentale avec ses différentes formes.

L ’ idiot complet réalise le type le plus inférieur parmi ces dégénérés; la vie psychique n’existe pour ainsi dire pas chez lui, il n’a que les manifestations de la vie organique; il vit plus par sa moelle que par son cerveau. Certains idiots sont toutefois capables d’actes assez complexes où l'intelligence paraît intervenir, mais où l'automatisme

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prédomine, quelques-uns ont une habileté manuelle assez grande, d’autres sont musiciens, calculateurs, etc.

L 'imbécile est un peu plus élevé dans la hiérarchie intellectuelle et le débile est encore supérieur à ce dernier; l'imbécile est susceptible d’être éduqué dans une faible mesure ; le débile est capable de s’instruire, mais ses opérations intellectuelles sont mal coordonnées, il est sujet à des impulsions; il lui manque le sens critique,

L e dégénéré supérieur appartient à la même série héréditaire; il est capable d’opérations psychiques très complexes; il étonne par l’originalité de ses conceptions, il touche parfois au génie, mais ce qui le caractérise surtout, c’est l’irrégularité de ses fonctions psychiques, son manque d’équilibre cérébral et par-dessus tout la faiblesse de sa volonté. 11 souffre souvent d’obsessions pénibles, de doutes, d’hésitations, d’émotivité excessive, de timidité exagérée; le dévouement et la générosité excessive dont il est capable sont souvent des manifestations de déséquilibration et s’expliquent parfois, quand on va au fond des choses, par de l’égoïsme pur. Ce sont des dégénérés que le monde appelle le plus souvent des originaux.

De très nombreuses manifestations mentales apparaissent sur les terrains héréditairement préparés ; le grand nombre d’appellations qui leur ont été données établit une certaine confusion, des auteurs ayant eu en vue l'essence, le caractère général des troubles, d’autres ne s’étant occupésdans leur désignation que des symptômes dominants. C’est ainsi que nous trouvons les termes de Délire des actes , folie d'action (de Boismont), Manie de caractère (Pinel), Folie lucide (Trélat), Folie héréditaire instinctive (Morel), Folie raisonnante ou morale (Falret), etc.

Les symptômes dominants décrits sous le nom de Monomanies sont la Kleptomanie et la lileplophobic (vol avec impulsion consciente et crainte de voler), la Pyromanie et la Pyrophobie , la Dipsomanie, la Manie du jeu, YOniomanie (impulsion à acheter beaucoup d’objets), Y Agoraphobie, Y Onomatomanie (recherche angoissante d’un mot, impulsion irrésistible à le répéter, croyance à l’action mauvaise ou préservatrice des mots; mot devenu corps solide, capable d’être avalé ou rejeté ; les mêmes phénomènes se reproduisent pour les chiffres), les impulsions homicides , le suicide et la phobie de ces actes.

C’est encore sur des terrains héréditairement préparés qu'évoluent des syndromes voisins des précédents, la coprolalie, l'écholalie, la maladie des tics convulsifs, la folie du doute unie souvent au délire du toucher ; la manie raisonnante (mobilité des idées, associations étranges d’idées, loquacité, actions extravagantes).

Toutes ces manifestations qu’on peut retrouver à des degrés divers

excentrique , mariée à une femme 1 ien portante.

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chez un grand nombre de sujets vivant d’une vie normale et dont le groupement répond à la psychonévrose isolée par Janet, la psychasthénie, ont des caractères communs qui sont : l'obsession, V impulsion, l'irrésistibilité (ce dernier caractère n’est pas absolu dans tous les cas). La conscience est conservée la plupart du temps; beaucoup de ces malades s’analysent, se jugent; il existe toutefois des cas où la conscience est obnubilée et où le malade ne se rend pas compte de son état palhologique .

Sous le nom de folie sympathique, acceptant la définition de Régis, on désigne « toute folie développée sous l’influence d’un processus physiologique ou pathologique de l’organisme réagissant à distance et indirectement sur le cerveau ». Dans ce cadre doivent entrer maintes manifestations dont nous avons souvent parlé au cours des affections des différents appareils : la folie cardiaque, la folie brightique, la folie hépatique, etc... mais les lésions du cœur, du foie, du rein créent-elles de toutes pièces les troubles mentaux ? Le fait est possible, mais souvent le cerveau se trouve préparé antérieurement, car tous les cardiaques, tous les brightiques ne sont pas atteints indifféremment de ces accidents et là encore l’hérédité joue son rôle. La dénomination de folies toxiques conviendrait mieux à ces cas, car, dans tous ces processus d’insuffisance fonctionnelle viscérale, c’est surtout l’auto-intoxication créée par la maladie plus que le trouble fonctionnel lui-même qui retentit sur les cellules cérébrales pour provoquer le délire.

Épilepsie. — On est surpris en examinant les statistiques et les opinions des auteurs sur l’hérédité de l'épilepsie, de la divergence des conclusions touchant cette question. Voici par exemple Un tableau dressé par Echeverria (cité par Dejerine).

Une série de 136 épileptiques mariés, 62 hommes et 74 femmes, ont eu 553 enfants :

Sexe

masculin.

Sexe

féminin.

Total

Morts dans l’enfance de convulsions.

Morts très jeunes d’autres affections.

Mort-nés

Epileptiques

Idiots

Aliénés

Paralytiques

Hystériques

Choréiques

Strabiques

Bien portants

Mère.

Hystérique.

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