‹ Précis de psychiatrieChapitre 168 sur 278 · III. — Assistance psychiatrique · texte numérisé non relu

III. — Assistance psychiatrique

A. Mkoicale :

1° Colonies étrangères; 2» Colonies françaises.

B. Médico-légale :

l» Civile;

^o Militaire (conseil de guerre, internement, réforme, etc.).

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Je ne puis, dans cet ouvrage, traiter à fond et en détail le programmme tracé dans ce plan. On le trouvera sans doute bientôt développé dans la monographie que mon élève le médecin-major des troupes coloniales Cazanove écrit sur ce sujet pour le beau Traité des maladies des pays chauds de MM. Grall et Clarac.

Je me bornerai ici, après avoir rappelé la multiplicité et l'influence des conditions étiologiques en jeu et dit un mot des psychoses communes aux colonies, à résumer les caractères essentiels des principales psychoses exotiques, renvoyant aux chapitres de la Médecine légale et de l'Assistance pour ce qui a trait à la Médecine légale et à l'Assistance des ahénés aux colonies.

Population. — Il est nécessaire de connaître les dispositions psychiques de la population européenne pour bien comprendre les réactions habituelles du blanc, anormal ou malade, dans le milieu colonial. Ces dispositions se ressentent beaucoup, ainsi que l'ont montré Dautheville et Granjux (A. A. C, 1911), du contact permanent avec l'indigène, dont l'Européen, par une sorte d'imitation réciproque ou d'action intermentale, tend à adopter les idées et le genre de vie, en même temps qu'il lui cède, à son tour, partie de ses vices de civilisé. De plus, il rencontre dans l'existence coloniale, large et facile, et dépourvue des freins de tout ordre qui garantissent dans la vie métropolitaine la morahté de l'individu, un champ d'expansion pour ses instincts, souvent mal contenus. Enfin ce milieu, si fertile en causes morbigènes, est bien fait pour exagérer, sur un organisme non accHmaté, l'effet des tares constitutionnelles, soit physiques (alcoolisme, syphilis), soit morales (toxicomanie, désharmonie psychique, cruauté, égotisme, impulsivité, perversions sexuelles). Les colonies constituent donc un champ d'épreuve redoutable pour les cerveaux mal pondérés, fragiles et délicats et elles réclament, comme nous le demandons, des fonctionnaires sélectionnés, tant au point de vue mental qu'au point de vue physique.

La population militaire (troupes coloniales, corps d'Afrique, marine) est particulièrement riche en anormaux et malades mentaux, ainsi que l'ont montré les travaux et statistiques

de JuDE, Rebierre, Haury, Hesnard, Reboul et Régis, Gustave Martin, etc. Quant à la population pénale, judiciairement expatriée (condamnés, forçats et relégués), elle est, on le sait, viciée et tarée au dernier point.

La population indigène offre une mentalité difTicile, mais intéressante à apprécier. Son étude psychiatrique conduit à une psychologie morbide ethnique, dont A. Marie {Traité internat. III, 1912), Létourneau (vol., 1910) ont exposé les grandes lignes et dont Cazanove a récemment développé un intéressant chapitre à propos des populations africaines (G. Tunis, 1912). Chaque race a son psychisme, ses causes d'altération cérébrale, par suite, dans une certaine mesure, ses formes d'aliénation mentale.

Les particularités dues aux rehgions et superstitions, aux façons collectives de juger propres aux peuples primitifs, à l'état rudimentaire du développement intellectuel des indigènes (suggestibilité, tendances mythiques, etc.) sont également précieuses à connaître pour l'étude des psychoses mystiques ou contagieuses, à teinte névropathique, de certaines peuplades (nègres de l'Afrique occidentale. Orientaux, Malgaches, Malais, Sibériens, etc.). Ces psychoses, telles que le fakirisme, le dervichisme, les psycho-névroses échopraxiques (mali-mali, latah, jumping, myriachit, baktachis, amok), les crises d'exaltation religieuse saltatoires ou mutilatrices (Vaudou, Bakali, Manabé, Aïssaouas, etc.), ont été signalées en France par Meige, Le Dantec, A. Marie, etc., etc.

Facteurs spéciaux. — Parmi les facteurs spéciaux au milieu exotique susceptibles d'agir défavorablement sur les Européens, dépourvus d'immunisation héréditaire, citons : le climat (froid, soleil et chaleur surtout) qui peut retentir gravement sur le système nerveux du blanc (DAENBLER,LEDANTEC,etc.);la navigation en mer et les shocks de tout ordre qui en dérivent, jusqu'à ceux résultant des tempêtes et des naufrages ; l'expatriation (ennui et nostalgie des marins ou des coloniaux isolés dans les avant-postes) ; les toxi- infections propagées par les moustiques, les parasites, les reptiles ou produites directement

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par Falimentation et les boissons, et dont certaines sont plus spéciales à telle ou telle contrée (en Asie, le haschich, l'opium, le beri-beri ; en Afrique, la trypanosomiase, la malaria, les infections pestilentielles et parasitaires, la pellagre, la syphilis chez les Arabes ; en Océanie, la lèpre, etc.) ; les cataclysmes (guerres, bataûles, expéditions coloniales), dont nous étudions ailleurs l'action sur le cerveau des prédisposés.

Psychoses communes. — En ce qui concerne les psychoses communes, les opinions sont encore contradictoires. Pour les uns, comme Alvarenha (A. M. P., 1906) l'aliénation mentale et la paralysie générale seraient cinq fois plus fréquentes chez les Européens aux colonies. Moreira et Peixoto, par contre, soutiennent que les psychoses ne sont ni plus fréquentes, ni plus spéciales dans les pays chauds.

Nous croyons personnellement que les psychoses communes présentent toutes, dans les pays chauds, des particularités de fréquence et de caractères variables avec le pays et la population. C'est ainsi, pour n'en citer qu'un seul exemple, que non seulement l'échelle de proportion de la paralysie générale diffère suivant les races et, dans la même race, suivant la marche de la civilisation, mais encore que la paralysie générale née de syphilis de couleur chez le blanc, ne se comporte pas exactement, au moins dans certains cas, comme celle qui lui vient de la syphilis européenne. Nous n'insistons pas. Il y a là tout un chapitre intéressant, mais encore mal connu, de psychiatrie exotique, qu'il appartient à nos médecins spécialisés de la Marine et des Colonies d'élucider et d'écrire.

Abordons maintenant la description succincte des psychoses des principales maladies exotiques, que nous diviserons, pour la commodité de l'étude, en intoxications et en infections et parasitoses.

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