L. Lande
E. Régis
Psychose alcoolique. — Délire hallucinatoire à forme jalouse. — Idées de vengeance pathologique. — Menaces de mort. — Examen médico-légal. — Irresponsabilité. — Internement.
Nous, soussigné, docteur en médecine, chargé du cours des maladies mentales à la Faculté, aliéniste expert près les tribunaux, nommé par jugement en date du 7 mai 4 902. du tribunal de Bordeaux (40 Chambre) à l'effet d'examiner le nommé R... Pierre, inculpé de menaces de mort et de port d'armes prohibées, serment préalablement prêté, avons aussitôt procédé à cet examen dont nous consignons les résultats dans le rapport suivant.
1° Faits
R... est un homme de quarante-sept ans, marié, cordonnier de profession, habitant B... depuis 1887. 11 a deux enfants : une lîlle de vingt-six ans et un fils de vingt-quatre ans qui habitent la Drôme, chez leurs grands-parents. II vit séparé de sa femme depuis 1880 et ne la revue durant ce long intervalle, que trois ou quatre fois. Pendant longtemps R. .. s'est parfaitement accommodé de cette existence sans se préoccuper autrement de ce que faisaient les siens. Mais dans ces dernières années, il a commis de tels excès de boisson que son cerveau s'est troublé et que, à l'occasion d'une simple circonstance de famille, survenue il y a dix-huit mois, il s'est mis à délirer et en est arrivé par degrés à concevoir les actes les plus dangereux, dans l'exécution desquels il a été heureusement arrêté.
Voici, très sommairement relatée, cette histoire pallxologique : Au mois de juillet 1900, R... reçut une lettre d'un jeune homme lui demandant sa hlle en mariage. Sa fille consultée accepta et sa femme lui écrivit également pour donner son consentement. Malheureusement il avait bu ce jour-là plus de dix absinthes. Son esprit égaré par la boisson se fixa sur ce fait que la lettre de sa femme qu'il croyait à Arcachon, venait de la Drôme. Toute la nuit il revint sur ce détail, « calcula là-dessus » et comprit qu' « il y avait quelque chose ». Le lendemain il but encore de l'alcool sans pouvoir manger et se replongea de plus belle dans son idée fixe.
Ayant adressé plusieurs lettres à sa fille et même une dépèche au maire de sa commune sans avoir de réponse, il devint « comme fou » et pris de l'idée que sa fille avait pu s'embarquer à son insu avec le jeune homme en question, il vint à Bordeaux, s'informant auprès de tous les navires en partance et demandant à consulter toutes h'S listes de passagers.
De retour à B... il eut à ce moment, à n'en pas douter, une véritable crise de délire ethylique, durant laquelle il passa vingt jours sans manger ni dormir, ne buvant que des boissons alcooliques.
Il engagea alors suivant son expression une « polémique » épistolaire avec sa fille, mais surtout avec sa femme, qu'il commença d'injurier.
Peu à peu ses troubles cérébraux s'accentuèrent davantage et il en vint à éprouver des hallucinations de l'ouïe, à entendre des voix. Ces voix, qui se produisaient surtout le soir à la tombée de la nuit, après ses libations de la journée et ses nombreux apéritifs (il est allé jusqu'à boire lo litres en 3 heures) lui parlaient grossièrement de sa femme et de sa fille. Elles disaient : « t?a femme fait la vie ; elle a un amant, il n'en sait rien », ou bien : « R... fait voir la photographie de sa fille, c'est une p...: il la croit pucelle, elle a éié violée par l'amant de sa femme ; elle a accouché, elle est à Bordeaux. » Ne comprenant pas qu'il s'agissait là d'hallucinations et croyant à la réalité des faits révélés par ces voix, R... adressait lettres sur lettres à sa femme et à sa fille, leur enjoignant de lui dire si tout cela était vrai. Il alla jusqu'à écrire au curé de sa commune, dans la Drôme, pour lui demander si sa fille était enceinte comme on le prétendait à B... Le curé répondit qu'il ne comprenait pas pareille question.
Il vint alors à Bordeaux pour s'éclairer. Sans avoir encore à ce moment d'idées précises, il s'était déjà muni d'un tranchet. Mais après une démarche suivie d'altercation dans une maison où il supposait sa femme cachée, il s'en retourna.
De retour à B... ses voix lui parlèrent de plus belle. « On se foutait de lui ; on répétait sans cesse que sa femme et sa fille avaient des enfants ». Gela le troublait, il ne pouvait penser à autre chose, travaillait peu, dormait mal, mangeait à peine, ne faisait que boire,
Au mois d'octobre 1901, ayant entendu dire par les voix que sa fiîle s"éta't tait enlever et était devenue la maîtresse du cuisinier de rhôtelS..., il écrivit au patron de l'hôtel. N'en reces^ant pas de réponse, il se rendit de nouveau à Bordeaux où il trouva non sa fille, mais sa femme qu'il accabla de sottises et d'injares et qui eut toutes les peines du monde à le calmer en affirmant qu'ellt; se conduisait bien et que sa fille, toujours très sage, n'avait pas quitté le pays. Mais à peine fut-il revenu à B... que ses hallucinations reparurent et redoublèrent, il entendait toutes sortes de choses. On disait par exemple que l'amant de sa femme « avait voulu voir si les jambe.de la fille étaient faites eomme celles de la mère ». Plus il pensait à cela, plus il buvait, et plus il buvait, plus il s'enfonçait dans son délire.
Un jour, le 8 décembre 1901, en plein marché, il fut le jouet d'une v<^ritable scène hallucinatoire. Il aperr-ut tout à coup devant lui un individu de grande taille et de force herculéenne qui lui dit : « Manan, je b... ta femme depuis dix-huit ans ; j'ai violé ta fille ; elles sont pleines toutes les deux. Tiens les voilà qui vendent des marrons de ton côté. » Cela dit, il s'éclipsa et R..., tournant la tête, aperçut en effet une jeune fille qui vendait des marrons et qui ressemblait à sa fille.
11 est resté convaincu que l'individu, sa femme et sa filie sont venus à B.;, à ce moment, et croit qu'on trouverait facilement trace de leur passage <lans les hôtels si on faisait une enquête.
C'est à dater de ce moment que l'idée de se venger est venue à R... 11 s'est mis à rununer son plan et a arrêté qu'il « détruirait » d'abord l'homme, puis sa femme : il se contenterait de soullleter violemment sa fille.
Pour accomplir la première partie de ce prosrramme délirant R... demanda partout des renseignements sur l'ennemi de son honneur. Personne ne put évidemment lui en fournir puis^ju'il s'agissait d'un mythe n'existant que dans son imagination malade. Mais cela ne le satisfit point, et il déclara que pour avoir son adresse, il « enverrait du plomb dans les côtes de quelqu'un u.
Toutefois, ne pouvant aboutir de ce côté, il songea à commencer ses opérations de vengeance par sa femme. Avant do passer à l'exéeulion, il résolut de voir son fils et de le mettre au courant de ses projets. 11 lui écrivit donc pour lui demander de venir au Carnaval. Son fils répondit qu'il ne pourrait venir à B... qu'à la Penleoîte.
11 décida alors d'attendre jusque-là. Mais torturé de plus en plus par son idée fixe, « la patience lui échappa ». Il craignit d'ailleurs que sa femme ne dispaiùt avant d'être frappée.
C'est ainsi que le dimanche 1*^ avril, au sortir d'une crise d'ivresse tellement forte qu'il fit une chute sur la tête et que les agents durent le ramener chez lui, il prit le parti d'en finir tout de suite.
Après avoir vainement marchandé un revolver à B..., et mmi»
d'un tranchef, il prit le train et arriva à Bordeaux dans la nuit. Son premier soin fut d'aller à l'hôtel pour demander si sa femme y était toujours. Rassuré sur ce point, il se rendit dans un débit où le patron, s'apercevant qu'il portait un tranchet dans sa poche, le lui fit enlever à son insu, puis il erra de-ci, de-là. Au matin il achète aux abords du Pont, au marc'né de la ferraille, un revolver de 6 francs, le fait charger par un armurier de la place Richelieu, va boire une absinthe, marche v^endant deux heures pour bien arrêter son plan de conduite et se rend à l'hôtel où, grâce à la précaution prise par sa femme de faire répondre qu'elle était absente au cas où il la demanderait, il ne put mettre son projet à exécution et se fit désarmer, non sans peine, après avoir déclaré, en montrant son revolver, qu'il ne sortirait qu'après lui avoir brûlé la cervelle.
Telle est l'histoire pathologique de R... Elle est, de la fa.;ou la plus nette et la plus évidente, celle d'un alcoolique qui, jouet de ses suggestions hallucinatoires, en arrive à être dominé par des idées délirantes de jalousie et à concevoir et à exécuter les actes les plus dangereux.
2" Examen et conclusions
L'examen direct de l'inculpé confirme ce diagnostic, établi sur l'évolution des troubles psychiques. R... a présenté et présente en effet les symptômes caractéristiques de l'intoxication alcoolique, en particulier : la dyspepsie avec pituite matutinale, le tremblement, le visage vultueux, les yeux brillants et dilatés, enfin et surtout le mauvais sommeil avec cauchemars, visions d'animaux, rêves fréquents de sa femme et de sa fille dans des situations et des postures indécentes.
Il reste toujours convaincu de la réalité des faits que lui ont révélé les hallucinations et, par suite, il reste prêt à réaliser son programme de vengeance pathologique.
Il ne peut donc y avuir aucun doute dans le cas de R...
C'est un aliéné atteint de folie alcoolique qui n'a agi, dans les faits qui lui sont reprochés, que sous l'influence de son délire et de ses hallucinations.
Il est. par conséquent, irresponsable et doit être interné dans un asile d'aliénés, où il devrait par prudence être maintenu jusqu'au moment où toute trace de conceptions maladives aurait disparu chez lui, et où il y aura quelque chance de ne pas les voir réapparaître, avec leurs conséquences dangereuses, au moindre excès de boisson.
E. Ré(J15.
Bordeaux, le 10 mai 1902.
Délire raisonnant de persécution sous forme de délire de dépossesgion. — Refus de reconnaître la validité de jugements et de quitter sa propriété, vendue sur saisie. — Défense à main armée et menaces de mort. — Examen médico-légal. — h responsabilité. — hiternement.
Nous, soussignés, D" Lande, Pitres et Régis, docteurs-médecins, médecins-experts du tribunal de Bordeaux, commis par jugement du tribunal de L..., en date du 15 mars 1894, à lefifet d'examiner Tétat mental du sieur V... (Julien), jardinier, actuellement détenu à la maison d'arrêt de L..,, inculpé d'arrachage d"arbres fruitiers et de menaces de mort sous conditions, après avoir prêté serment, pris connaissance des diverses pièces du dossier, et procédé à l'interrogatoire dudit V..., avons résumé, dans le rapport ci-dessous, le résultat de nos constatations.
1° Faits
L'histoire de Y..., réduite aux faits essentiels de la cause, est la suivante :
Agé aujourd'hui de quarante-cinq ans, il s'est marié en 1876, sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, avec une femme qui, tant en argent qu'en mobilier, lui a fait un apport global de 1.500 francs. Tout d'abord le ménage a marché couvenablement, mais bientôt le désaccord est survenu, et en 1886, V... est condamné par le tribunal correctionnel de L... à 5 francs d'amende pour voies de faits envers sa femme et son enfant.
De nouvelles querelles surviennent par la suite, et, à plusieurs reprises, sa femme introduit contre lui une instance en séparation de corps pour sévices. Mais les choses s'arrangent tant bien que mal, et elle reprend la vie commune.
En 1802 enfin, n'y tenant plus, et après une discussion très vive dans laquelle son mari s'était montré plus violent et plus brutal que d'habitude, la femme Y... quiitc le domicile conjugal et se retire avec ses enfants chez ses parents, où elle est restée depuis cette époque.
L'affaire vient devant le tribunal de L..., qui, le 3 juillet 1893, prononce le divorce en faveur de la demanderesse et condamne V..., à restituer les biens revenant à sa femme et à lui servir une pension mensuelle de 30 francs.
y... fait appel et la cause vient à nouveau devant la Cour de
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Bordeaux qui, le 20 février 1894, confirme puremeDt et simplement l'arrêt du tribunal de L...
Sur refus persistant de Y... d'exécuter les clauses du jugement, on procède à la liquidation, puis à la saisie de ses biens, et on vend ses meubles le 1" septembre et son enclos le 10 décembre 1894.
Lors de ces ventes, V... laisse faire et ne dit rien. Mais il n'en reste pas moins dans sa propriété, et lorsque l'acheteur veut en prendre possession, il refuse de la quitter, se déclarant toujours chez lui. En même temps, et comme pour bien affirmer ses droits, il continue de faire acte de propriétaire en arrachant des arbres fruitiers et en cultivant le terrain.
C'est en vain que les autorités interviennent et cherchent à l'expulser. V... prend une attitude dangereuse et, armé tantôt d'une bêche, tantôt d'un fusil, menace de mort le commissaire de police, les gendarmes et l'huissier qui se présentent tour à tour.
On se s.aisit enfin de lui par surprise, et il est écroué à la maison d'arrêt, où il est l'objet de la part des docteurs Z... et Y... d'un examen médico-légal qui conclut qu'il jouit de ses fonctions cérébrales et qu'il est responsable de ses actes. Mais, le jour de l'audience venu, il refuse de s'y rendre.
C'est dans ces conditions, et en présence de l'attitude étrange de l'inculpé, que le tribunal a jugé nécessaire de le soumettre à un nouvel examen pour lequel nous avons été commis.
Examen
Bien qu'un peu défiant tout d'abord, V... nous a bien accueillis et, très calme, très maître de lui, il a répondu convenablement à toutes nos questions. Ses explications, quoique un peu confuses et dénotant une intelligence médiocre, constituent cependant dans leur ensemble une sorte de thème suivi qui peut être résunn.- ainsi :
Les difficultés survenues dans le ménage auraient eu pour origine, d'après lui, la conduite imprudente de sa femme qui, malgré ses avis, fréquentait une femme de mauvaises mœurs. Ses beauxparents, au lieu de le soutenir, la montaient contre lui, et il n'est pas éloigné de penser qu'ils auraient voulu entraîner leur fille au mal. Du reste, s'étant rendu à B..., chez son beau-frère et sa bellesœur, « il y vit ce qu'il ne devait pas y voir », et refusa dès lors d'y retourner, ce qui augmenta l'animosité de la famille à son égard.
A partir de ce moment. Y... semble croire qu'il y a un véritable coup monté contre lui, et dans tout ce qui arrive, il voit la main de la famille de sa femme et de celle-ci elle-même, agissant sous son inspiration.
Il ne nie pas les injures et les violences auxquelles il s'est livré à
différentes reprises dans son ménage, mais il était poussé à bout. Tantôt, c'est parce que sa femme refusait de rompre avec des voisins et voisines qui lui étaient hostiles et se conduisaient mal ; tantôt c'était parce qu'elle ne voulait pas renvoyer une domestiqua « qui était de connivence avec ses beaux-parents m, battait scenfants et remprehait d'occuper le lit conjugal ; tantôt c'est parce qu'elle refusait absolument de quitter le pays pour aller vivre loin de ceux qui lui en voulaient.
Si les dires de V... sont vrais, il semble que, depuis longtemps, il était en proie à des idées, sinon à du délire de persécution, et que dans ses actes de violences, il ait agi sous l'influence de ces conceptions.
Ce qui tendrait à prouver la réalité des idées morbides de pers' cution chez V..., c'est qu'il n'en fait pas étalage, et qu'il faut, au contraire, pour les saisir, lui en arracher en quelque sorte l'aveu. Voici, du reste, à cet égard, deux faits très significatifs et qu'il ne nous a révélés qu'à grand'peine.
En 1892, il ressentit des malaises subits et constata qu'il lui venait « des boutons sur toute la tète ». L'année suivante, lés mêmes phénomènes se produisirent. Alors, il eut l'idée que cela provenait de son tabac à priser, acheté par sa femme. Ayant jeté le tabac qui lui restait, il acheta lui-même sa provision, et, à dater de ce moment, tout disparut comme par enchantement. Il refuse d'en dire plus long là- dessus, mais à travers ses réticences, on devine qu'il croit que sa femme a voulu l'empoisonner.
Autre fait : à quarante-deux ans, il n'avait encore, suivant son expression, que « quatre dents à dire ». Or, ayant pris de la tisane de salsepareille, dès la deuxième fois il éprouva un violent dégoût et ses dents se mirent à tomber toutes seules, sans lui faire de mal. Ce n'était pas du poison cette fois, croit-il, ce devait êtie de l'encens.
C'est dans ces conditions, et alors que V... se trouvait dans la situation d'esprit que nous venons d'indiquer, que sa femme s'est séparée de lui et qu'est survenu le procès en divorce. 11 est à prisumer que V... n'a vu là qu'une nouvelle machination conçue par 1 famille de sa femme. En tout cas, la solution de ce procès et h coiuplications d'intértt qu'il a entraînées pour lui ont déplacé sr inquiétudes, ouvert un nouveau courant à ses idées délirantes, et. à dater de ce moment, ce n'est plus tant au point de vue de sa situation morale qu'au point de vue de ses intérêts matériels, qu'il s'est cru persécuté.
" A force de travail et de privations, dit-il, j'ai amassé une dizaine de raille francs. Si j'étais obligé de rembourser ce qu'on me réclame, avec les 30 francs par mois de pension à payer pendant vingt et un ans, «;a ferait 6.000 francs, et j'en aurais jusqu'à l'âge de soi.vante et un ans. Ils me mettent dans cette position que, quoi que jetasse, cà lue ruine. » Et il ajoute : « Je n'ai pas chassé ma femme; si mes
beaux-parents veulent garder les enfants, qu'ils les élèvent à leurs trais. »
Ne voyant daus sa condamnation par les tribunaux qu'une manifestation dhoslilité ayant pour but de provoquer sa ruine, on comprend que Y... ait cherché à s'y opposer de toutes ses forces.
Pour cela il a interprété les choses à sa façon, et s'est créé une sorte de droit et de procédure à lui, essentiellement basés sur ce principe que, tant qu'il ne donnait pas son acquiescement par sa signature ou par sa présence, les jugements prononcés et les actes faits étaient entachés de nullité. Ainsi, le jugement de la Cour d'appel de Bordeaux a été. suivant lui, prononcé, mais non rendu, parce qu'il n'y a pas eu de plaidoiries et qu'il n'a pas signé. De même, la vente de ses meubles est nulle, parce qu'on a procédé comme pour une vente volontaire et non comme pour une vente sur saisie, et qu'on a fait payer au vendeur et non à l'acheteur le sou du franc. De même encore, la vente de son enclos n'existe pas, parce ([ue l'administration ne peut pas l'enregistrer s'il ne donne pas sa signature, et qu il ne l'a pas donnée. Enfin, s'il ne s'est pas présenté à l'audience, c'est parce que « en y allant, on aurait pu rendre un jugement : n'y allant pas, on ne le pouvait pas ».
Partant de là, V... considère qu'il est toujours chez lui dans son enclos, et c'est pourquoi il n'a rien voulu écouter des somjnations qui lui étaient faites, répétant toujours : « Si vous avez des droits, faites-ks valoir » ; ou bien : « Je n'ai rien à faire avec M. le procureur; s'il veut me voir, qu'il vienne. »
Il est diflicile de savoir si, le cas échéant, V... aurait mis ses menaces à exécution et fait usage de ses armes. Cela est possible, car, bien que nous ayant dit à un moment que son fusil n'était pas chargé, et qu'il savait qu'il ne serait pas nécessaire d'en faire usage il a ajouté, quand nous lui avons représenté que s'il avait tué quelqu'un, il aurait été sévèrement condamné : « Que voulez-vous que (;a me fasse, un honuète homme ne doit rien craindre. »
En tout cas, ce qui est certain, et c'est là pour nous un point très important, c'est qu'aussitôt sorti de prison. V.., rentrera dans son enclos, ce qui peut donner lieu à de nouvelles difiîcultés, et peut-être à de nouveaux actes de violence de sa part. Nous avons tenu à 1 interroger sur ce point, et il a répondu : « Si on me lâche, j irai chez ;moi. Si l'acquéreur est là, j'irai chez le procureur; si le procureur n'agit pas, j'agirai avec la loi; sinon, il y aura le procureur général, après il y aura le ministre. Si ces Messieurs me donnent tort, je garderai le tort. »
Faut-il se fier à cette déclaration, et faut-il croire qu'en dernière analyse, V..., après avoir épuisé toutes les juridictions, finira par passer condamnation et se tenir coi ? Il est pour le moins permis d'en douter : car d'habitude, les individus de ce genre, dominés par
leur idée fixe, ne cessent, quelquefois pendant de longues anni-es, de poursuivie leurs x^evendications maladives.
Ceci nous amène à dire que les sujets du type de V... existent, qu'ils ont déjà donné lieu à des difficultés judiciaires analogues, et qu'ils ont été récemment étudiés, au point de vue médico-légal, dans un intér* ssant travail, par le D^ Pailhas et que nous joignons à titre de document à ce rappoi t. ISous pensons que ce travail a ici son intérêt, et qu'on saisira mieux, par un rapprochement qui s'impose, la véritable nature du sujet.