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des Psychoses. Il faut se borner à indiquer qu'elle atteint de préférence les sujets à tempérament expansif et excitable, les jeunes gens, le sexe féminin et qu'elle se manifeste surtout pendant le printemps et l'été.
Pour Lewis G. Bruce (1908), la manie serait Feffet et la conséquence d'une toxémie bactérienne d'origine intestinale.
B) — SYMPTOMATOLOGIE
On peut reconnaître à la manie aiguë une période de début d'invasion, une période d'état, une période de terminaison.
ou
l'^ Période d'invasioa. — Le début de la manie aiguë est caractérisé ordinairement par une phase de tristesse, de fatigue, de souffrance vague, de morosité, accompagnée de quelques troubles nerveux et organiques, tels que céphalalgie, insomnie, inappétence, constipation, etc. Ce stade prémonitoire dure plus ou moins longtemps, de quelques heures à quelques jours ; puis les malaises généraux se dissipent, et, au fur et à mesure qu'ils disparaissent, les troubles psychiques surviennent, si bien qu'au moment où ils entrent dans la folie, les malades éprouvent souvent un sentiment de bien-être réellement surprenant. Petit à petit, l'excitation apparaît, s'accroît; un besoin impérieux d'activité et de mouvement se fait sentir ; toutes les facultés et toutes les fonctions s'exaltent par degrés. Il en résulte une mobilité extrême dans les idées et dans les actes, des déplacements continuels, des conceptions et des projets multiples, de l'irritabilité de caractère, des emportements sans motif et souvent aussi une tendance plus ou moins marquée aux excès alcooliques et vénériens qu'il faut bien se garder, dans ce cas, de prendre pour une des causes de la maladie, car ils n'en sont qu'un des premiers effets.
Chez certains sujets, à la suite, par exemple, d'une suppression brusque des menstrues, d'un shock violent, le stade d'invasion peut être très court, au point que l'accès semble d'emblée se constituer ; le plus souvent , l'excitation s'accroît d'une
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façon progressive ; quelquefois enfin, il se produit une série d'oscillations très caractéristiques entre l'excitation et l'état normal, avant que le trouble psychique ait pris le caractère continu.
C'est ainsi que, rapidement ou lentement, survient la période d'état.
2'' Période d'état. — L'accès de manie aiguë ne se prête pas à une description unique, invariable, et le tableau des symptômes, quoique essentiellement le même, au fond, varie plus ou moins suivant les sujets. Nous étudierons successivement 1° les troubles psychiques ; 2° les troubles somatiques.
A. Troubles psychiques. — Ils comprennent : 1° les troubles de la sphère intellectuelle ; 2° ceux de la sphère affective ; S^ ceux de la sphère psycho- motrice.
a. Sphère intellectuelle. — Le trait caractéristique de l'état de l'intelligence, dans la manie aiguë, est Vexcitation désordonnée des facultés, dont le fonctionnement, soustrait au contrôle de la volonté, s'opère au hasard et sans frein. Il en résulte :
a) Un défaut d'enchaînement dans les idées qui, surgissant en foule et sans trêve, se pressent, s'accumulent, se confondent, chevauchent les unes sur les autres, sans que le lien qui les unit paraisse exister (fuite des idées) ;
^) Une suractivité de V association automatique des représenta' tions mentales qui détermine, chez les malades, des rapprochements extraordinaires. Un mot prononcé devant eux réveilh toute une scène à laquelle ce mot se rattache ; la terminaisoi d'un autre mot les amène à prononcer immédiatement m autre mot d'une terminaison analogue, et ils construisent ainsi des phrases entières par assonances ou par rimes. De même, le nom ou le visage des personnes étrangères qui les entourent leur rappellent des individus qu'ils ont autrefois connus q\ éveillent en eux tout un monde de souvenirs du passé, qu'il adaptent à leur vie présente. C'est ce qui explique pourquoi ilî désignent ces individus sous des noms particuliei^ et les traitent' en personnes de connaissance. Le moindre objet, la configuration d'une chambre, d'une fenêtre, la lecture d'un mot ou
MANIK
d'une seule lettre deviennent chez eux le point de départ des conceptions les plus fantastiques, et ils se croient tour à tour et dans l'espace de quelques instants : papes, rois, médecins, cultivateurs, orateurs, femmes, dans un palais, dans une prison, un hôpital, un théâtre, etc., etc. Ils assistent en imagination aux scènes les plus étranges. En raison de cette mobilité extrême des idées, il n'y a pas à proprement parler de délire chez les maniaques et, si les conceptions ambitieuses ou de persécution peuvent se manifester chez eux, par exemple, ce n'est presque jamais d'une façon suivie et systématique.
Les maniaques guéris qui, chose curieuse, se rappellent jour par jour et minute par minute ce qu'ils ont dit et fait dans le cours de leurs accès, exphquent très bien cette genèse, par choc associatif, de leurs idées si mobiles et si extraordinaires. On peut dire que le maniaque,
dans sa période aiguë, vit dans un état d'illusion perpétuelle. y) Un autre symptôme très important consiste dans l'existence à peu près constante d'illusions nombreuses et très variées. Par contre, les hallucinations sont rares, si elles existent véritablement. Les illusions, dans la manie, sont sensorielles
Fig. 21.
Manie aiguë (d'après Esqiirol).
l'SïCHOSES GENERALISEE.-!
OU mentales. Les illusions sensorielles, liées à l'hyperesthé-si.des organes des sens et à la précipitation avec laquBlle le^ malades répondent à leurs sensations sans les analyser, portent surtout sur le sens de la vue et consistent dans des erreurs de forme, de volume, de position d'objets ou de personnes, etc. Les illusions mentales, très caractéristiques, sont également fréquentes. Conséquence aussi de l'activité automatique de l'esprit, elles ont pour origine la rapidité des impressions et surtout la suractivité de l'association des idées dont nous venons de parler.
b. Sphère affective. — Dans la sphère affective, le tableau est le même et se résume également dans une activité désordonnée. De là, et sur un fond généralement gai, une mobilité, une incohérence, un changement incessant d'émotions, d'affections, de passions. Les malades pleurent et rient ; ils sont doux et tendres ; un instant après ils s'emportent violemment et parfois se mettent en fureur (fureur maniaque). Au fond, les maniaques ne sont pas foncièrement méchants, car ils sont incapables de calculer le mal, en raison de la variabihté incessant, de leurs impressions. Ils n'ont pas, à proprement parler, d< caractère. Quant aux instincts, ils sont également exaltés d'une façon maladive, surtout l'instinct génital, et il n'arrive qu»trop fréquemment d^ voir ces malades se livrer avec fureur
Fig. 2^2.
La niênie malade après guéiison
(d'après Esquirol).
MANIE 2b3
à la masturbation, ou, lorsqu'ils sont libres, accomplir jusqu'à épuisement complet l'acte du coït.
c. Sphère psycho- motrice. — Ici encore, nous retrouvons cette excitation désordonnée qui domine tout l'organisme dans la manie aiguë.
Elle se révèle, au premier chef, dans l'activité générale et dans la mimique, par ce trouble spécial dont nous avons indiqué les caractères à la Symptomatologie générale et qui porte précisément le nom typique d'excitation (p. 1.34).
Les malades sont dans un état perpétuel de mouvement et d'agitation et aucune partie de leur corps ne reste au repos. C'est un dévergondage incessant d'actes, de gestes, de chants, de cris, de rires, de contorsions ; la voix présente une raucitc particulière ; le visage est animé, vultueux, les yeux sont brillants, le corps et la tenue désordonnés, les vêtements déchirés ; les femmes surtout, échevelées, demi-nues, prennent des poses et des attitudes lubriques et ressemblent, dans certains moments, à de véritables furies.
A ces troubles de l'activité générale correspondent des troubles analogues des actes qui se traduisent par des mouvements continuels, des courses, des sauts, des danses, des gesticulations bizarres, des vociférations et des cris incessants. Par suite du tumulte des idées et des sentiments, les maniaques, obéissant en aveugles à leurs sensations, sont sujets à des impulsions continuelles et instantanées. Ils sont ainsi dangereux inconsciemment, sans le vouloir, mais ils sont plutôt portés à briser, à déchirer, à renverser par une sorte de besoin automatique ce qui leur tombe sous la main, qu'à combiner et à exécuter des actes d'homicide ou de suicide, qui nécessitent une réflexion dont ils sont incapables.
Il faut noter encore une incohérence très grande de langage (logorrhée) qui révèle la confusion et le désordre des idées et se traduit par un flux de mots sans suite, par les phrases les plus décousues, surtout par des propos obscènes qu'on rencontre jusque dans la bouche des jeunes fiUes dont l'éducation a été irréprochable. Quant aux écrits, iLs sont absolument analogues au langage, c'est-à-dire incohérents, sans suite, char-
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gés de dessins et d'arabesques, de citations et de mots baroques, et tracés dans tous les sens.
B. Troubles physiques. — Le sommeil est nul ou presque nul et les nuits sont souvent plus agitées encore que les journées. L'insomnie résiste à tous les calmants et persiste quelquefois pendant plusieurs mois. La sensibilité générale est ordinairement très émoussée, et les malades, malgré le désordre de leur tenue, paraissent insensibles aux plus grandes modifications de température. Les organes des sens, au contraire, sont presque toujours le siège d'une hyperesthésie plus ou moins vive. La force musculaire paraît accrue ; en tout cas, on voit des sujets, même de frêles jeunes filles, déployer une vigueur dont on ne les aurait pas crus capables ; de plus, en dépit de la persistance de l'agitation et de l'effroyable dépense de forces à laquelle ils se livrent, les malades ne paraissent jamais lassés.
Quant aux jonctions organiques, elles subissent presque toujours le contre-coup de cette excitation. Le pouls est plus fréquent, la température souvent élevée, le rythme respiratoire accéléré, les sécrétions augmentées, surtout celle de la salive qui est rejetée par une sputation parfois incessante, et celle de la sueur, qui dégage, dit-on, comme une « odeur de souris ». Uappétit est exagéré et va, dans certains cas, jusqu'à la voracité et à la gloutonnerie les plus révoltantes ; la constipation peut être opiniâtre. Quant au poids du corps, il est de beaucoup diminué et le malade maigrit de plus en plus ; ce n'est qu'au moment de la convalescence ou, au contraire, du passage à l'état chronique, que l'embonpoint commence à revenir. Chez les femmes, la menstruation est habituellement supprimée ; lorsqu'elle persiste, son retour est presque toujours l'occasion d'une recrudescence dans l'état d'excitation.
Parhon et Urechie (G. 1910) ont trouvé dans certains cas de manie, comme du reste de mélancolie et de psychose périodique, l'augmentation numérique des mononucléaires. Ce fait serait à rapprocher, pour les auteurs, de ce qu'on observe dans Je syndrome de Basedovv et apporterait un nouvel appui à la thèse de Parhon et Morlé sur la nature hyperthyroïdienne
OU par perversion de la fonction thyroïdienne des psychoses en question.
3'^ Période de terminaison. — La manie aiguë peut se terminer : r^ par la guérison ; 2'^ par la mort ; 3*^ par le passage à Vétat chronique.
a. Guérison. — Lh guérison, dans la manie aiguë, a lieu de plusieurs façons différentes.
L'excitation peut tomber tout à coup, d'un jour à l'autre, et le malade, qu'on a laissé la veille en état de manie aiguë, se réveille le lendemain dans un état de calme parfait et dans la plénitude de sa raison. Souvent même il n'est jamais plus lucide qu'à ce premier moment. Ce mode de guérison, rare d'ailleurs, ne doit pas être considéré comme de bon aloi, et il paraît plus spécial aux manies à type intermittent ou rémittent. 11 faut donc s'en défier, et, lorsqu'il survient, se tenir en garde contre les rechutes.
Un second mode de guérison est celui qui s'opère par oscillations progressives. Lorsque l'accès doit finir, une lueur de calme apparaît, se reproduit à intervalles de plus en plus rapprochés, devenant chaque fols plus longue et plus marquée, et alterne avec le retour de l'excitation qui devient au contraire de moins en moins intense et prolongée pour en arriver à disparaître entièrement.
Un dernier mode de guérison est la guérison par diminution progressive et ininterrompue des symptômes. EUe débute par un apaisement de l'excitation, le retour du sommeil et de l'embonpoint, et aboutit graduellement au rétablissement complet.
Il est évident que cette améhoration des symptômes n'a de valeur que si elle porte à la fois sur l'état mental et sur l'état physique, car, ainsi que nous l'avons dit, le retour de l'embonpoint coïncidant avec la persistance des troubles intellectuels est, au contraire, un signe de fâcheux augure. A part cette éventuahté, le mode de guérison par améhoration progressive, comme d'ailleurs le précédent, est en général favorable.
b. Mort. — La manie se termine rarement par la mort. Celle-ci est due presque toujours, lorsqu'elle a heu, à un délire
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aigu surajouté ou à une complication organique, surtout à une affection pulmonaire.
G. Passage à Vétat chronique. — Après la terminaison par guérison, la terminaison la plus fréquente de la manie aiguë est le passage à l'état chronique.
Ce moment capital, où la maladie aiguë cesse d'être curable pour s'installer définitivement, est l'un des points les plus difficiles à préciser de la médecine mentale. Lorsqu'il doit avoir lieu, on voit l'excitation, après s'être légèrement atténuée, persister indéfiniment à ce degré nouveau, en s'accompagnant toujours d'incohérence et de confusion dans les idées, tandis qu'au contraire les forces reviennent et que l'embonpoint se rétablit. Rien n'est plus variable que l'époque où s'opère ce passage à l'état chronique. Chez certains sujets, il se fait presque immédiatement, au bout du deuxième ou du troisième mois à dater du début de l'accès ; chez d'autres, il n'est pas encore accompli après trois ou quatre ans.