‹ Précis de sociologieChapitre 14 sur 99 · DU CONCEPT DE SOCIETE '^O · texte numérisé non relu

DU CONCEPT DE SOCIETE '^O

d'hommes vivant sous la direction didées semblables et avec des instincts identiques \ ))

Une remarque importante ici, c'est que l'unité du vocable société ne doit pas dissimuler la multiplicité des groupements sociaux. On peut distinguer des formes très diverses de sociétés :

Au point de vue de leur étendue, on peut distinguer des sociétés très vastes, telles que par exemple une Église qui est ou aspire à être catholique, c'est-à-dire universelle, — une nation, — une ligue politique qui embrasse un paj's tout entier, — et des sociétés très petites, telles que par exemple une commune rurale, une société de gymnastique, un syndicat de cultivateurs s'associant pour acheter à frais communs des instruments de culture. Au point de vue de leur origine, on pourra distinguer des sociétés naturelles et des sociétés artificielles. La famille est le type des sociétés naturelles. Une société d'actionnaires, un corps de fonctionnaires, une société de cyclisme sont des sociétés artificielles. Au point de vue de leur durée, on pourra distinguer des sociétés temporaires ou même éphémères et des sociétés durables. — Comme exemple de sociétés temporaires, on peut citer un syndicat de grévistes, un comité de tombola ou de bal. Une association durable sera par exemple la franc-maçonnerie qui se perpétue en se transformant pendant des siècles. Ajoutons qu'une société est rarement une. La plupart du temps, elle est un assemblage composite, une mosaïque de sociétés plus petites qui s'entrecroisent et s'enchevêtrent, de manière à former autour de l'individu un tissu de rapports sociaux plus ou moins compliqués. — Famille, cité, état, classe sociale, groupe professionnel, groupe religieux, ce sont là autant de sociétés particulières qui forment autant de couches concentriques au-

1. C* de Gobineau, £'88«t sur l'InêcjaUté des races Jauncdnes p. 7.

tour de l'individu. Cicéroii le remarquait déjà au livre I*'" du De Officils: (( Il y a, dit-il, plusieurs espèces de sociétés parmi les hommes. De cette première qui s'étend à l'infini, passons à une autre qui est plus restreinte, celle où l'on forme une même nation',, un même peuple, où Ton parle la même langue, toutes choses qui lient fortement les hommes entre eux ; une autre encore plus resserrée, c'est lorsqu'on est de la même cité. — Enfin les liens du rang sont les plus immédiats ; c'est la société ramenée de son immensité à un point \ » (( Il est rare, dit M. Bougie, qu'un individu ne ressortisse qu'aune société. Peut-être trouverait-on en remontant jusqu'au Déluge, un membre de tribu qui ne serait que membre de sa tribu, sans plus ; mais le progrès delà civilisation multiplie les groupes dont les individus dépendent, et il semble que plus on est civilisé, plus on compte de ces dépendances. De combien de sociétés un homme du monde ne fait-il pas joartie, depuis l'Église dont il est un fidèle, jusqu'à lasociété d'émulation dont il est le secrétaire, depuis la famille dont il est le père, jusqu'à l'armée dont il est un soldat-? »

Chacun de ces cercles sociaux, impose à l'individu des devoirs particuliers. Qui ne voit qu'il peut y avoir conflit entre ces devoirs? La complexité de la vie sociale a son retentissement dans la vie morale de l'individu. L'étude de ces rapports multiples et des conflits moraux qui peuvent en résulter est un des objets les plus intéressants de la psychologie sociale.

Il est important de ne pas perdre de vue en sociologie cet enchevêtrement des relations sociales, afin de ne pas être dupe de cette expression : la société. A vrai dire, il n'y a pas la société, mais des sociétés.

Il est utile également ici de distinguer deux termes fréquemmentemployésrunpourl'autreilaSociétéetrÉtat.

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