Sighele. Psi/cholofjio clos Soctea, p
2. Lois scientifiques du déceloppenient des Nations (Paris, F. Alcan).
Ob COMMENT LES SOCIETES SE CONSERVENT
de tous les hommes i^morants, — à la persécution est encore plus frappant que leur tendance à limitation. Aucun barbare ne peut se résigner à voir un des membres de la nation s'écarter des coutumes barbares et des anciens usages de sa tribu. La plupart du temps la tribu entière s'attendrait à étrechàtiée par les dieux, si un seul de ceux qui la composent renonçait aux coutumes anti(|ues. ou donnait l'exemple de quelque nouveauté. Dans les temps modernes et dans nos pays policés, nous pensons que chaque personne est uniquement responsable de ses actions, et nous ne pouvons pas croire que la faute d'autrui puisse nous rendre coupables. La culpabilité est pour nous une tâche personnelle qui résulte d'une conduite adoptée librement et ne s'imprime que sur celui qui l'a adoptée. Mais dans les époques primitives, on croit toute la tribu souillée d'impiété par l'acte d'un seul de ses membres; cet acte l'expose tout entière, en offensant sa divinité particulière, aux châtiments célestes. Il n'y a point de responsabilité limitée dans les idées politiques de ces époques.» —Encore conviendrait-il d'ajouter que bien des survivances de cette mentalité subsistent parmi nous. Une classe, une caste, un corps constitué, une administration, ne pardonnent pas à un de leurs membres un acte qui, — bien ({ue relevant de sa seule conscience, — est de natureà froisser les idées ou même les préjugés de l'opinion. Car l'opinion est la divinité dont on craint aujourd'hui par-dessus tout les représailles. Il faut donc être conformiste et moutonnier si Ton veut être en liarmonie avec la morale de groupe.
Cette loi d'élimination ne frappe pas seulement les individus indépendants ou rebelles. Elle frappe aussi les membres frêles, débiles, inhabiles à renforcer le groupe. — Cette morale dégroupe est tout animale. Celui qui a observé les mœurs des animaux dômes tiques a pu voir plus d'une fois une basse-cour tout entière se ruer sur un poulet malade pour l'achever
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à coups de bec. Des faits analogues se produisent dans les sociétés humaines.
Cette morale éliminatrice des faibles et des nonadaptés se montre dans toute sa naïve férocité chez les >ociologues qui voudraient voir les sociétés humainesmodelées sur le type des sociétés animales. Dans les livres de ces sociologues le mot é I ijuina t ion revieni sans cesse, avec une insistance fastidieuse et un mépris tout darwinien de l'individu. Le plus typique deces écrivains est l'auteur anonyme d'une petite brochure parue à Leipzig et intitulée: Die Aristocratiedes Geistes. Cet auteur esquisse l'hypothèse d'une société fondée sur le principe d'une sélection (( rationnelle » dans laquelle on éliminerait par des procédés ad hoc les individus jugés encombrants ou défavorables au progrès de la race. Des villes spéciales seraient réservées aux alcooliques et aux débauchés. Et on leur fournirait là gratuitement et en abondancece qu'on supposerait susceptible d'amener leur promptedisparition. « Là, dit l'auteur, les temples de Bacchuset de Vénus, les maisons de jeu, les cafés-concerts, la littérature pornographique sont en pleine prospérité,, les distilleries d'alcool à bon marché travailleront ferme et à perte, car les riches du parti a sélectionniste conservateur )) ont décidé d'envoyer à travers le gosier des ivrognes une portion de leur superflu, dans l'intérêtj de l'espèce humaine. »
On reconnaît là de suite l'aimable esprit de cettephilosophie sociale suivant laquelle le Progrès n'est pas fait pour l'humanité, mais l'humanité pour le- Progrès.