‹ Précis de sociologieChapitre 5 sur 99 · Sighele, Contre le Parlementarisme · texte numérisé non relu

Sighele, Contre le Parlementarisme

3. De Robertv, Morale et Psycholo^jie {Renie philosopJiique, octobre 1900). "

y a accord. Nous ne développerons pas longuement ce point de vue en ce moment. Nous nous bornerons aux remarques suivantes : Il y a souvent dans les idées, les mœurs, les croyances, les institutions d'une société donnée des contradictions qui sautent aux yeux dun observateur un peu attentif. Du jour où la conscience d'un individu aperçoit ces contradictions, elle ne peut s'empêcher d'en être surprise et de se poser un point d'interrogation sur la valeur de la mentalité sociale ambiante. Ce sont ces contradictions sociales qui, d'après le D^" Xordau, sont la cause de l'inquiétude et du malaise qui pèsent sur les consciences contemporaines.

La conscience sociale opprime souvent les consciences individuelles. Les égoïsmes individuels sont très souvent les esclaves et les dupes de l'égoïsme collectif. Nietzche a fortement exprimé cette antinomie : « La plupart des gens, dit-il, quoi qu'ils puissent penser et dire de leur « égoïsme », ne font rien, leur vie durant, pour leur ego, mais seulement pour le fantôme de leur er/o qui s'est formé sur eux dans le cerveau de leur entourage avant de se communiquer à eux ; — par conséquent, ils vivent tous dans une nuée d'opinions impersonnelles, d'appréciations fortuites et fictives, l'un vis-à-vis de l'autre et ainsi de suite d'esprit en esprit : singulier monde de phantasmes qui sait se donner une apparence si raisonnable ! Cette brume d'opinions et d'habitudes grandit et vit presque indépendamment des hommes qu'elle entoure; c'est elle qui cause la fausseté inhérente aux jugements d'ordre général que l'on porte sur (( l'homme », — tous ces hommes inconnus l'un à l'autre croient à cette chose abstraite qui s'appelle (( l'homme », à une fiction ; et tout changement tenté sur cette chose abstraite par les jugements d'individualités puissantes (telles que les princes et les philosophes) fait un effet extraordinaire et insensé sur le grand nombre. — Tout cela, parce que chaque

individu ne sait pas opposer, dans ce grand nombre^ un ego véritable, qui lui est propre et qu'il a approfondi à la pâle fiction universelle qu'il détruirait par là même'. » — Schopenhauer avait aussi noté cette illusion qui fait que tant d'hommes j^lacent « leur bonheur et l'intérêt de leur vie entière dans la tête d'autrui' ».

Ce qui est socialement respectable est souvent sans valeur aux yeux de la raison individuelle de l'homme réfléchi .

Inutile d'insister davantage sur les conflits qui se présentent entre la conscience individuelle et la conscience sociale. Ce que nous venons de dire suffit à montrer qu'il y a là tout un champ ouvert aux investigations du psychologue social. Sa tâche principale serait de déterminer, parmi ces antinomies, lesquelles ne sont que provisoires et lesquelles apparaissent comme essentielles et définitives.

On objectera à ces études d'être plutôt littéraires que scientifiques. Ce reproche n'est pas de nature à nous inquiéter, si l'on entend par là que le sociologue doit s'attacher à la considération de l'aspect subjectif, — sentimental ou intellectuel — des phénomènes sociaux,, au moyen d'une intuition psychologique analogue à celle qu'emploient le romancier, le moraliste, et d'une manière générale le peintre social. Car il vient forcément un moment où, dans le domaine complexe et délicat des choses sociales, l'esprit scientifique, avec ses compartiments rigides, — souvent artificiels, — doit céder la place à l'esprit de finesse. La méthode du psychologue social n'est pas « celle de la vulgaire logique de l'École, qui range les vérités à la file, chacune tenant les pans de sa voisine, mais celle de la Raison Pratique, procédant par de larges intuitions qui embrassent des groupes et des règnes entiers systé-

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