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LIMITATION ET LES LOIS QUI S'Y RATTACHENT

Quand on parle de la vie des sociétés, il faut tenir compte à la fois des lois de causation et des lois d'évolution. Les secondes sont subordonnées aux premières. — Nous allons donc examiner les principales lois de causation, avec les lois dévolution qui en sont les conséquences.

M. Tarde ramène à trois les lois essentielles de causation. Ce sont : 1° la loi d Imitation ; 2» la loi d'Opposition ; 3" la loi d'Adaptation. C'est suivant ces trois lois que les consciences individuelles agissent et réagissent les unes sur les autres dans la vie sociale.

Invention et imitation sont deux termes corrélatifs. La cause des transformations sociales réside dans des initiatives individuelles qui, imitées et répétées à des milliers d'exemplaires, renouvellent la face du monde. On ne saurait trop insister sur cette puissance accumulatrice et multiplicatrice de l'imitation. M. Balicki remarque que l'influence émotionnelle qu'exercent les uns sur les autres les groupes inégaux et superposés n'est pas celle d'une suggestion mutuelle, mais bien d'une suggestion unilatérale, prestige et autorité d'une part, effacement et soumission de l'autre. D'après M. Tarde, la loi d'imitation agit de haut en bas ; mais exceptionnellement elle peut aussi agir de bas en haut. D'ailleurs, les imitations s'entrecroisent ; le même homme peut être inventeur à certains égards, imitateur à certains autres.

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Les idées de Nietzehe sur les initiatives indi\iduelles ne sont pas sans offrir des analogies avec celles de M. Tarde. Mais Xietzche présente comme plus profonde, plus absoluequene lefaitM. Tarde, ladistinction entre les initiateurs et les imitateurs, les esprits primesautiers et les natures moutonnières. Cela revient au fond à la distinction nietzcliéenne des maîtres et des esclaves. Le « maitre )), la nature noble sait prendre une initiative sans craindre un seul instant l'opinion des autres ; car, dit Nietzehe, c'est le propre des (( maîtres » de créer des valeurs; 3.11 contraire, les esprits moutonniers ne s'attribuent pas d'autre valeur que celle que les autres leur attribuent. Ils attendent le jugement des autres pour se juger eux-mêmes. C'est là la forme peut-être la plus misérable de servitude. (( Il faut, dit Xietzche, attribuer à un prodigieux atavisme le fait que l'homme commun, aujourd'hui encore, (ittend une opinion sur lui pour s'y soumettre alors instinctivement : et non seulement se soumettre à une (( bonne » opinion, mais même à une opinion mauvaise et injuste (qu'on songe par exemple à la grosse part d'appréciations et de dépréciations de soi que les femmes pieuses apprennent de leur confesseur, et qu'en général le croyant chrétien apprend de son église '.»

Après avoir indiqué d'une manière générale le fait de l'Imitation, voyons quelles sont les lois d'évolution sociale qui s'y rattachent. Ces lois sont les suivantes : l*' passage de la coutume à la mode ; 2« passage de l'Unilatéral au Réciproque; S*^ loi de l'Irréversible en histoire ; 4^ loi d'Assimilation progressive.

La puissance de l'imitation est facile à constater dans les sociétés primitives. Certains sociologues* se sont demandé si la puissance d'imitation ne va pas en

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