‹ Précis de sociologieChapitre 61 sur 99 · LIMITATION ET LES LOIS QUI SY RATTACHENT · texte numérisé non relu

LIMITATION ET LES LOIS QUI SY RATTACHENT

chefs et les prêtres exerçaient seuls le monopole du commandement et du dogmatisme.

(( Comment, se demande M. Tarde, la chasse humaine a-t elle fait place à la guerre humaine, la crédulité au libre examen et le dogmatisme au mutuel enseignement? La docilité au libre consentement et l'absolutisme au self-government? le privilège à la loi égale pour tous, la donation ou le vol à l'échange? l'esclavage à la coopération industrielle? au mariage enfin tel que nous le connaissons, appropriation du mari par la femme et de la femme par le mari, le mariage primitif, appropriation de la femme par le mari sans nulle réciprocité? — Je réponds : par l'effet lent et inévitable de l'imitation sous toutes ses formes' . »

C'est par une cascade d'imitations du supérieur par l'inférieur que se sont généralisés les privilèges du premier. Le besoin d'imiter le supérieur, d'être cru, d'être obéi, d'être servi comme lui. était une force immense ({ui a poussé peu à peu aux transformations que nous avons vues. La souveraineté populaire telle qu'elle s'exerce aujourd'hui n'est que la multiplication à des milliers d'exemplaires de la souveraineté monarchique, et sans l'exemple de celle-ci. incarné notamment dans Louis XIV, qui sait si celle-là eût été jamais conçue? — Une troisième loi qui doit être regardée comme un corollaire de l'Imitation est la loi de l'Irréversible en histoire.

D'après M. Tarde, ce qui est capital dans l'histoire des sociétés est irréversible, c'est-à-dire ne peut se répéter à rebours dans le même ordre. — Une évolution sociale donnée est irréversible parce que des faits comme par exemple le passage du monopole à la liberté du commerce, de l'escl^'age à la mutualité des services sont un corollaire des lois de l'imitation. — Or. ces lois peuvent cesser partiellement ou totalement

1. Tarde, Lus Lois de l'Iniitation, p. 405 (Paris, F. Alcan).

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d'agir, et dans ce cas une société meurt, d'une mort partielle ou totale, mais elles ne peuvent pas se renverser. Ajoutons à cela que les courants d'imitation s'entrecroisent et s'entrelacent pour ainsi dire entre eux. Ces nœuds une fois noués ne peuvent plus se dé nouer. — Pour les supposer dénoués, il faudrait admettre un bouleversement, un cataclysme complet de la civilisation.

Nous dirons maintenant quelques mots d'une autre loi d'évolution qui est également un corollaire des lois de l'Imitation. C'est la loi d'assimilation progressive dans les sociétés.

D'après M. Tarde, par suite de l'accumulation des imitations, les aspects de la vie sociale tendent à s'uniformiser. Un exemple est celui des toilettes masculines et féminines qui, après avoir été autrefois très différenciées comme coupes et comme tissus pour les diverses classes de la poputation et pour les diverses provinces de la France, tendent à s'uniformiser de plus en plus.

D'après M. Tarde, cette loi s'applique à tous les domaines d'activité sociale, et elle tend à transformer même la concurrence et la lutte, sous leurs diverses formes. « Par suite du rayonnement imitatif qui travaille incessamment et souterrainement pour ainsi dire à élargir le champ social, les phénomènes sociaux vont s'élargissant, et la guerre participe à ce mouvement. D'une multitude infinie de très petites, mais très âpres guerres entre petits clans, on passe à un nombre déjà bien moindre de guerres un peu plus grandes, mais moins haineuses entre petites cités, puis entre grandes cités, puis entre peuples qui vont grandissants, et enfin on arrive à une ère de très rares conflits très gran dioses, mais sans férocité aucune, entre des colosses nationaux que leur grandeur même rend pacifiques'. »

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